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Joseph JACQ (1922-1991)

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    Joseph-Marie Jacq, ou Jobic, comme il aimait à être appelé, naquit le 18 avril 1922 à Plouédern dans une famille de sept enfants. Son père François et sa mère née Jeanne Yvinec, étaient des cultivateurs « d’une conduite exemplaire au point de vue religieux », au témoignage de leur curé. Le petit Jobic fut envoyé suivre les cours de l’école primaire à Lesneven ; c’était un « enfant sage, travailleur, pieux et présentant des indices de vocation religieuse ». Il entra au petit séminaire Théophane-Vénard à Beaupréau où sa piété s’affermit. Ses études secondaires terminées, il entra au séminaire des Missions Étrangères le 1er octobre 1940, où il connut la vie du séminaire pendant l’occupation, c’est-à-dire les restrictions alimentaires, malgré les prouesses de l’économe de l’époque.

     

    Ordonné prêtre le 29 juin 1947, il fut destine au vicariat apostolique de Kirin en Mandchourie (Chine). Sa joie était rayonnante, mais comme cette province était menacée par la 8e armée communiste chinoise, on lui demanda de retarder son départ pour être professeur au petit séminaire Théophane-Vénard où il avait fait ses études. La Chine ayant été prise par les armées communistes, les supérieurs lui donnèrent une autre destination, le diocèse de Yokohama au Japon, où il débarqua le 28 novembre 1949. Il connut alors le sort de tout nouveau missionnaire qui doit étudier la langue tout en étant transféré d’un endroit à un autre, les jeunes missionnaires étant supposés disponibles. Le 1er décembre, il était à la paroisse d’Otemachi, à Shizuoka, où il resta six mois ; il faut dire que la maison commune de Shizuoka était alors en construction. Lorsqu’elle fut terminée, en juin 1950, Jobic y résida, ainsi que les pères Faure et Courrier, jusqu’en mars 1951, pour y étudier le japonais sous la direction du P. Deffrennes. Il fut alors envoyé comme aumônier à l’hôpital Sainte-Thérèse de Kamakura. Cet hôpital était un sanatorium qui comptait 60 chrétiens, 40 catéchumènes et une vingtaine d’hésitants. Jobic y eut la joie d’administrer ses premiers baptêmes d’adultes. Au mois d’octobre de cette année, il fut nommé vicaire du P. Delbos, à la paroisse de Yawata, dans la ville de Shizuoka, il en devint même le curé pendant quelques semaines à partir du jour de Noël quand le P. Delbos, supérieur régional, partit visiter les missionnaires du Kyushu et de Kobé. Le 25 février 1952, il fut nommé vicaire du P. Jachet à Shimizu, où il resta jusqu’en mai, car il dut alors aller comme aumônier chez les sœurs  de Saint-Paul à Kawaguchi dans la banlieue de Tokyo. Grâce à un médecin chrétien, il obtint la permission d’utiliser les bâtiments d’un jardin d’enfants pour célébrer la messe chaque dimanche, préparant ainsi l’établissement d’une paroisse. Enfin, le 8 janvier 1953, Mgr Arai le nomma curé de Fujieda où il demeura pendant une trentaine d’années.

     

    Fujieda était une paroisse de 360 chrétiens au milieu d’une population d’un demi-million. Ces chrétiens avaient depuis longtemps perdu leur ferveur de néophytes. Aidé de ses vicaires, dont les deux premiers furent les pères Faure et Lanher, Jobic se donna tout entier à son travail apostolique. Il voulut d’abord relever le niveau de ferveur de ses chrétiens, et dans ce but décida de veiller à catéchiser les enfants de 6 à 14 ans. Parlant encore mal le japonais. il lui fallait une catéchiste ; il en trouva une, et appliqua sa méthode. Celle-ci consistait, en un premier temps, à  « se faire aimer pour faire aimer le bon Dieu ». Jobic se mêla donc à la population enfantine qui ne tarda pas à mettre de l’animation aux alentours du presbytère. Il écrivait en 1956 : « Pour ma part, mon plus grand plaisir était de me mêler à leurs jeux, de faire avec eux bien du tapage ; il m’arriva même de casser des carreaux (deux d’un coup), et ils riaient de bon cœur, et moi aussi... En plus du catéchisme, des promenades à la rivière, à la mer, à la montagne enthousiasmaient ces enfants. La paroisse devint intéressante pour eux et ils prirent goût à venir. »

     

    Les enfants mis en confiance, Jobic leur demandait beaucoup « pour faire plaisir à Jésus, pour arracher une âme au démon ». En même temps que l’enseignement du catéchisme, prêtre et catéchiste prenaient soin de l’initiation à la vie d’intimité avec Jésus, le but étant d’« aimer Jésus comme les martyrs ». Jobic organisa des messes d’enfants les samedis et les dimanches, et bientôt assistèrent tous les jours à la messe dix, quinze, vingt enfants dont l’exemple entraîna les parents. Plusieurs de ces enfants entrèrent au séminaire ou dans un noviciat. Le curé de Fujieda essaya même de fonder une nouvelle congrégation religieuse.

     

    Jobic ne délaissait pas la recherche des catéchumènes ni celle des chrétiens dispersés. Pour eux il acheta des terrains où furent bâtis des jardins d’enfants, ou même des églises, centres de nouvelles paroisses : Kalegawa, Okabé, Yaizu, Shimada. Il visitait les malades de l’hôpital, les exhortant à se convertir. Il lança dans sa paroisse la Légion de Marie, la J.O.C., la J.O.C.F. Il prenait grand soin des jardins d’enfants dont il était responsable. Son premier acte à Fujieda fut d’ailleurs d’abattre l’ancien pour en construire un nouveau deux fois plus grand. Néanmoins, il était souvent « par monts et par vaux, pour prêcher », car de nombreuses communautés religieuses faisaient appel à lui pour la retraite annuelle. Certes, ses journées étaient bien remplies, et qui lui rendait visite devait parfois se coucher avant qu’il ne revînt au presbytère, après avoir enseigné un groupe de catéchumènes à une vingtaine de kilomètres de là. Pourtant il était paisible, réservé, tout plongé dans le Seigneur et dans la méditation de quelque projet d’apostolat. Il avait le don de convaincre de la nécessité de ses œuvres ses supérieurs et ses amis qui, par la suite, reconnaissaient avec naïveté : « Il nous a encore eus ! »

     

    Deux anecdotes, contées par ses confrères, suffirent à établir sa personnalité, toute de finesse ingénue, en vue du Royaume : rien ne l’arrêtait ; le bon Dieu arrangerait tout.

     

    Certes, le P. Jacq était un homme de prière. Il était heureux de recevoir la visite de chrétiens, d’administrer le sacrement de pénitence, d’aller visiter les malades. Il confiait volontiers sa joie d’accomplir son ministère. On le voyait toujours avec le chapelet à la main et quand il conduisait son auto, son voisin devait, lui aussi, réciter les « ave » jusqu’à destination. Ce qui ne l’empêcha pas d’ailleurs d’avoir plusieurs accidents, mais sans trop de dégâts. Quand il pensait devoir faire quelque chose pour ses chrétiens, pour la paroisse, il était désinvolte vis-à-vis des autorités ou des règlements. Il devait un jour aller avec ses chrétiens assister à une bénédiction d’église. Ils avaient loué un autocar. Au dernier moment, le chauffeur n’ayant pu venir, il conduisit lui-même la voiture, sans permis.

     

    Jobic n’était certes pas un homme de tout repos pour ses vicaires ni pour ses supérieurs. Le P. Jachet essayant de mettre l’unité dans la gérance des paroisses et d’unifier la comptabilité, nous demanda un jour de lui communiquer les comptes pour faire une caisse commune. Joseph Jacq lui apporta ses comptes. Le même jour, le P. Jachet passant par Fujieda entra dans l’église, les comptes étaient affichés pour les paroissiens, mais ce n’étaient pas les mêmes que ceux que lui avaient présentés Joseph Jacq. Il y eut bien souvent des démêlés au sujet de la comptabilité des jardins d’enfants de Fujieda et Okabe : les comptes étaient fantaisistes. Jobic faisait en effet les constructions jugées par lui nécessaires, ou d’autres dépenses, sans en parler, mais il fallait bien payer les notes. Quand on lui faisait une remarque, il regardait en souriant sans rien dire.

     

    Deux événements marquèrent profondément sa vie : un drame familial en 1971 et, à partir de 1973, les phénomènes liés à la Vierge d’Akita, phénomènes qu’il jugea immédiatement être d’ordre surnaturel. Ces deux événements approfondirent sa solitude... Sûr d’être dans le bon chemin, il ne prenait conseil de personne. C’est ainsi qu’il publia son livret sur la sainte Eucharistie, surprenant tout le monde. Le résultat fut qu’à Pâques 1981 il fut rappelé à la maison com­mune de Shizuoka. En janvier 1983 il rentra en France, où il accepta la charge d’infirmier à la maison Saint-Raphaël à Montbeton. Là, il déclara à un ami : « Je fis comprendre aux malades qu’ils avaient à être missionnaires en offrant le martyre quotidien de leur maladie et de leur handicap, unis au martyre de Jésus dans le saint Sacrifice de la messe. Ma plus grande joie est de parvenir à les aider à offrir, à célébrer le très saint Sacrifice. » Cela ne l’empêcha pas de faire de nom­breux pèlerinages, jusqu’en Yougoslavie ou au Canada, tout en continuant à mener une vie ascétique et mystique. À Montbeton il lui arrivait fréquemment de jeûner, et il passait beaucoup de temps à prier.

     

    Au moins d’octobre 1990, Jobic ne savait pas encore qu’il était gravement malade. Ce fut seulement à la fin de ce mois qu’il éprouva le besoin de consulter un médecin. Quelques jours plus tard, il apprit que la maladie dont il souffrait était fort grave et incurable. Il accueillit cette nouvelle avec une grande sérénité. Il ne semble pas qu’il connût la moindre tentation de refus face à la perspective d’une mort prochaine et tout à fait imprévisible quelques semaines plus tôt. Le mal progressa très vite, Jobic souffrit beaucoup. Ce qu’il demandait habituellement, ce n’était pas que l’on s’occupât de lui, mais qu’on l’oubliât ; il avait toujours le souci des autres : il fallait répondre à telle lettre, ou bien faire un geste pour telle personne... Aussi longtemps qu’il put se déplacer, il fit l’effort de se lever, de descendre au réfectoire, de passer à la chapelle. Il reconnaissait que parfois la souffrance était difficilement supportable, mais il était en paix, édifiant tout le monde.

     

    Jobic, comme tout homme, avait ses limites ; il a pu commettre des erreurs, il restera un modèle de zèle et de piété.

     

    • Numéro : 3783
    • Pays : Japon
    • Année : 1949