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Jean Pierre IDIART-ALHOR (1904-1948)

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    M. IDIART-ALHOR (Jean-Pierre) né le 28 octobre 1904 à Bunus, diocèse de Bayonne (Basses-Pyrénées). Entré laïque au Séminaire des Missions-Étrangères le 10 septembre 1926. Prêtre le 17 décembre 1932. Parti pour Hunghoa le 21 avril 1933. Mort à Chapa le 18 mai 1948.

     

    M. Idiart-Alhor fut désigné pour la Mission de Hunghoa en 1933. C’était, depuis la fondation du Vicariat en 1895, le quarante-huitième missionnaire que Mgr Ramond voyait arriver avec joie renforcer les rangs des apôtres du Haut-Tonkin. Son Excellence avait connu personnellement l’oncle de notre confrère, décédé à Sontay en 1893 après huit ans seulement de mission, mais qui avaient suffi pour le faire grandement apprécier par ses supérieurs. Le Vicaire apostolique comptait que le neveu serait de la même trempe que l’oncle, et son espoir ne fut pas déçu. M. Idiart-Alhor étudia la langue à l’évêché tout en étant secrétaire de son évêque, fonction qu’il remplit pendant quatre années.

     

    En 1937, Mgr Ramond emmena M. Idiart-Alhor à Chapa où il avait l’habitude de passer l’été pour éviter les grandes chaleurs du Delta. Cette région montagneuse rappelait à notre confrère le pays basque où il était né. Là, on se retrouvait plusieurs confrères et on vérifiait à la lettre combien il est bon de vivre ensemble en frères. Mais cette année-là, Monseigneur laissa son secrétaire à Chape et le jeune missionnaire était vraiment heureux de sa destination. Il se mit aussitôt à l’étude de la langue mèo qu’il parlera plus tard avec aisance. Il avait deux catéchistes annamites dévoués, dont l’un semblait destiné à devenir prêtre chez les Mèos et que le Bon Dieu vient de rappeler à Lui un an avant sa prêtrise. M. Idiart-Alhor fit rapidement connaissance avec ses chrétiens qu’il aimait déjà avec prédilection. Sa santé robuste, sa force de volonté lui permettaient des déplacements par tous les temps. Pendant l’été, le travail ne manquait pas, car Chapa devenait centre estival et l’église était trop petite pour la saison. M. Idiart-Alhor décida donc de l’agrandir et de l’embellir en y ajoutant un clocher, mais plusieurs années lui furent nécessaires pour réaliser son projet.

     

    Chaque année, quelques nouvelles familles mèos attirées par la bonté du missionnaire, demandaient à s’inscrire au catéchuménat. Il construisit deux nouvelles chapelles dans les régions où se trouvaient les groupes de catéchumènes plus nombreux. Il était connu bien au- delà des montagnes de Chapa et tous ceux qui venaient à lui étaient sûrs d’être très aimablement reçus.

     

    En 1942, au début de la guerre du Pacifique, dix religieuses trappistines françaises quittèrent le Japon pour venir se réfugier en Indochine. L’Administration française facilita leur installation à huit kilomètres de Chapa. Ce fut encore le dévoué curé de cette ville qui se dépensa sans compter pendant deux ans pour la construction du nouveau monastère, faisant venir du Delta les ouvriers qu’on ne trouve pas dans la montagne.

     

    Puis vinrent les jours sombres de mars 1945. M. Idiart-Alhor fut enfermé par les Viêtminh avec les autres Européens de Chapa dans la villa des officiers. Un dimanche ou deux il put encore célébrer la messe à l’église pour les chrétiens. Mais deux ou trois mois plus tard tous les internés furent dirigés sur Hanoi, et Chapa, jadis si prospère, devint ville morte avant d’être saccagée et enfin rasée.

     

    A Hanoi, M. Idiart-Alhor offrit son concours à la paroisse des Martyrs où il travailla jusqu’à son retour à Chapa. Son nouveau supérieur, Mgr Mazé, lui proposa alors de profiter de cette époque troublée pour aller revoir le pays basque. « Je demande, répondit-il, d’aller d’abord rejoindre mes chrétiens et de tout remettre en ordre. Plus tard seulement j’accepterai de prendre mon congé. » Afin d’arriver plus vite dans sa paroisse, M. Idiart-Alhor accepta de partir comme aumônier des troupes du nord-ouest qui devaient récupérer Chapa. Il servit ainsi dans l’armée du 8 juillet 1946 au 15 novembre 1947, parcourant tous ces pays de montagnes où les populations n’avaient jamais vu de missionnaire. Chaque fois qu’un groupe mèo le rencontrait c’était une grande surprise suivie d’une joie indescriptible. On voulait le retenir : « Non, leur disait-il, laissez-moi partir, je reviendrai habiter chez vous dès que la guerre sera ter­minée. »

     

    Le jour de la Toussaint 1947, l’aumônier retrouvait enfin son Chapa, hélas ! un triste spectacle s’offrait à ses regards ! La belle église était encore intacte, les bâtiments de la mission avaient été respectés. Deux catéchistes étaient là, trois postulantes trappistines, deux familles annamites qui s’étaient cachées pour ne pas quitter le pays, puis des mèos heureux de revoir le Père. Mais toute la colonie annamite et chinoise avait dû évacuer avant l’arrivée des troupes ; les rues étaient désertes ; les maisons abandonnées ; seule une villa européenne qui servait de bureau au Viêtminh n’avait pas été détruite. Le missionnaire refoula de son cœur le sentiment de tristesse qui commençait à l’envahir et parcourut à pied les villages mèos, encourageant ceux qui avaient persévéré et ceux qui avaient perdu tout espoir. Sachant que Mgr Mazé devait se rendre au printemps à Rome et en France, il lui demanda d’aller voir sa vieille maman à Bunus, au pays basque. Ce fut sa dernière lettre. Son Excellence était à peine arrivée en Bretagne vers le 24 mai, qu’un avis du Séminaire de Paris lui apprenait que M. Idiart-Alhor avait été assassiné le 18 mai à Chapa. Quelques jours plus tard, elle recevait un article du journal l’Entente rédigé par M. Esculier, disant la douleur éprouvée par tous les Français qui avaient connu et aimé le missionnaire. Des détails plus précis arrivèrent plus tard. Notre cher confrère avait été assommé sur son prie-Dieu à six heures du matin alors qu’il se préparait à monter à l’autel, puis l’assassin lui avait tranché la tête.

     

    Le corps du missionnaire repose tout près de là, entre l’église et la tombe de Mgr Ramond. Mgr Mazé s’est rendu en pèlerinage à la maison natale de celui qui a versé son sang pour son troupeau ; il y a trouvé une mère digne de son fils. La courageuse femme attend dans le calme de la foi que Notre-Dame du Calvaire la rende à son fils bien-aimé. L’évêque n’oubliera jamais cette visite à la maison paternelle de son cher missionnaire.

     

     

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    • Numéro : 3476
    • Pays : Vietnam
    • Année : None