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Bertrand IDIART-ALHOR (1859-1893)

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    M. Bertrand Idiart-Alhor naquit à Lantabat, diocèse de Bayonne, le 26 décembre 1859.

    Notre cher confrère fut élevé dans l’amour de la piété et du travail ; ses parents devaient pourvoir à l’établissement de sept enfants, et leurs revenus dépendaient à peu près uniquement du rapport de la ferme qu’ils font valoir encore maintenant. Tout en comptant sur l’aide de Dieu, ces fervents chrétiens employaient aussi aux travaux de la maison les enfants que le Ciel leur donnait. C’est ainsi que Bertrand devint successivement berger, commissionnaire et même un peu bûcheron ; s’agissait-il de conduire les moutons à la montagne, ou bien d’accom­pagner son digne père au marché voisin, fallait-il aller faire la provi­sion de bois pour l’hiver, on le trouvait toujours prêt à rendre service. Avec quelle chaleur il racontait, plus tard, les travaux de son père ; comme il s’honorait de sa loyauté, digne d’un âge meilleur ; avec quelle reconnaissance il parlait de la sollicitude de sa mère, femme vraiment forte, surmontant la souffrance et la maladie pour veiller aux soins du ménage et surtout à l’éducation de ses enfants. En un mot, il portait à tous les membres de sa famille une affection qui ne se démentit jamais. En voici une preuve : dans la dernière période de sa maladie, notre confrère reçut une lettre d’Amérique. Son oncle, ayant appris la gravité de son état, lui envoyait 50 francs, pour acheter un peu de vin de Bordeaux ; mais le malade, souriant : « Brave oncle, dit-il, il n’est plus temps ! Mon frère, qui est soldat à Pau, est plus près de Bordeaux que moi ; si le vin ne lui est pas nécessaire, l’argent lui servira toujours. » Et le mandat lui fut adressé.

    L’heure arriva où la voix divine se fit entendre à Bertrand. Pour l’aider à répondre à l’appel de Dieu, ses bons parents le placèrent d’abord dans une sorte de maîtrise, où il dut mener de front l’étude du français et du latin. Afin qu’il ne fût pas trop gauche à son arrivée, on lui avait fait apprendre par cœur les quelques phrases françaises usitées dans les visites ordinaires. Par malheur, on avait oublié de lui enseigner un tout petit détail qui avait son importance. A peine Bertrand a-t-il paru devant le Directeur qu’il entonne son antienne, et, sans broncher ni prendre le temps de respirer, il récite d’un trait : « Bonjour, Monsieur, comment allez-vous ?... Pas mal... Et vous ?… Moi aussi. » — Ce fut une explosion de rires, tandis que le cœur de notre ami battait à tout rompre. Lorsqu’il eut été mis au courant de sa méprise, il en rit lui-même de bon cœur, et, plus tard, il aimait à la raconter. Dès lors, il travailla avec une ardeur telle qu’on dut bientôt la modérer.

    Le P. Idiart a toujours regardé comme une des plus grandes grâces de sa vie d’avoir fait ses classes au berceau de saint Vincent de Paul. Très dévot à l’apôtre de la charité, il en avait pris le nom en devenant tertiaire, et il a gardé jusqu’à la fin, pour ces Messieurs de Saint-­Lazare, ses anciens maîtres, une profonde et respectueuse affection. Lui-même en était estimé et aimé, au point que ces Messieurs lui firent des avances pour le garder chez eux. Mais Dieu avait d’autres desseins sur le jeune séminariste, et je ne crois pas que Bertrand ait hésité, même un instant, sur le parti qu’il devait prendre.

    A Dax, il continua ses études avec la même ardeur, s’appliquant aussi soigneusement à la prière qu’à l’observation de la règle, et s’in­terdisant sévèrement toute dépense superflue, afin de pas augmenter les charges de ses parents. Il était dès lors familiarisé avec la morti­fication et l’esprit de sacrifice.

    Ce fut après son ordination au diaconat que le P. Idiart  partit pour Paris. Il fut au séminaire de la rue du Bac ce qu’il avait été à Bayonne et ailleurs : pieux, studieux, scrupuleux observateur de la règle et charmant confrère. Très modeste et même un peu timide, il conquit bientôt l’estime générale des aspirants, et je ne crains pas de me tromper en ajoutant, celle aussi des Directeurs. La preuve en est qu’au lieu de lui laisser achever l’année de probation exigée par le Règlement, le conseil devança pour lui l’appel à l’ordination qui fut fixée au 3 juillet 1884.

    Ceux qui l’ont connu à cette époque savent avec quelle piété édi­fiante il se disposa à recevoir le sacerdoce. Son plus grand bonheur ici-bas fut d’avoir été choisi de Dieu pour devenir son ministre ; il l’a dit et répété trop souvent pour qu’on en puisse douter. Mais le jour où il célébra les Saints Mystères pour la première fois, une autre joie, bien grande aussi, lui était réservée. De septembre 1883 à juil­let 1884, neuf missionnaires avaient été envoyés au Tonkin occiden­tal. Les quatre derniers se trouvaient encore à Paris ; il était donc peu probable qu’il y eût de nouvelles destinations pour cette mission. Or, à la plus grande joie des élus, le Tonkin obtenait deux mission­naires : les PP. Idiart et Pilon. Les vœux de notre confrère étaient comblés, et son cœur n’avait plus rien à désirer.

    Le 28 octobre 1884, le P. Idiart et son compagnon arrivaient à Hanoï et mettaient leurs forces et leur vie au service de leur nouvelle patrie, si malheureuse et partant si aimée.

    Après quelques jours de repos, Mgr Puginier leur fit commencer l’étude de la langue. Quelques semaines plus tard, Sa Grandeur envoyait le P. Idiart à Ké-so. Par son ardeur et son application, le jeune missionnaire arriva très vite à pouvoir parler et prêcher ; mais il ne s’en tenait pas à l’étude de l’annamite, il cherchait en même temps à se mettre au courant des usages de la mission ; il écoutait les anciens et les interrogeait sur les différentes manières de traiter avec païens et chrétiens, ainsi qu’avec les autorités indigènes ; puis, il notait les renseignements recueillis, les étudiait, les comparait et finalement en tirait une ligne de conduite pratique. On peut dire qu’il savait s’assimiler les connaissances des autres et les utiliser pour sa propre gouverne. Il l’a bien montré plus tard.

    Au mois de juillet 1885, il fut envoyé à Ké-set pour s’initier au ministère apostolique. Il allait se mettre à l’œuvre quand Mgr Pugi­nier l’appela à Hanoi. A cette époque, les troupes françaises rem­plissaient de blessés et de malades les hôpitaux du Tonkin. A Hanoi, le P. Landais, chargé du ministère paroissial de la ville et du service religieux de l’hôpital, succombait à la tâche. Pour le soulager, Mon­seigneur confia au P. Idiart le service de l’aumônerie. Il faut remar­quer que l’hôpital comptait alors 600 à 800 malades ; la mortalité atteignait en moyenne six à sept décès par jour. En outre, les malades étaient logés un peu partout, de sorte que l’aumônier devait faire une véritable course pour parcourir toutes les salles. Le P. Idiart se dévoua aux malades, sans compter avec la fatigue. Non content de les visiter et de les exhorter, il priait encore beaucoup pour eux, surtout pour ceux qui se montraient rebelles à la grâce. On l’a vu plusieurs fois, aller se prosterner devant le Saint-Sacrement, les bras en croix, pour obtenir la conversion des endurcis.

    A la fin d’octobre, le P. Girod prenait le service de l’hôpital et le P. Idiart allait regagner Ké-set, lorsque le choléra éclata avec plus de violence que jamais. C’était une véritable épidémie. Les soldats succombaient en grand nombre ; aussi les autorités médicales réso­lurent-elles d’établir un lazaret spécial pour les cholériques, et défense fut faite aux personnes qui les soignaient de communiquer avec le reste de l’hôpital. L’aumônier se trouvait donc dans la nécessité d’abandonner les blessés et les malades ordinaires, ou bien de laisser sans secours et sans consolations les malheureuses victimes du fléau.

    Le P. Idiart s’installa bravement au milieu des contaminés, afin de leur assurer tous les secours religieux. Il craignait tant de « manquer » un malade qu’il ne quittait le lazaret que pour prendre ses repas. La nuit, il reposait, comme il pouvait, sur une chaise longue, afin d’être prêt au premier appel.

    L’épidémie ayant enfin disparu, notre confrère alla faire l’adminis­tration des chrétientés de Ké-set et de Phung-quang, puis il fut envoyé avec le P. Robert à Son-mieng. C’était l’année du jubilé. La besogne déjà très lourde en temps ordinaire dans ce district, devenait écrasante. A lutter contre de telles fatigues, on s’expose à succomber ; c’est ce qui arriva à notre trop courageux missionnaire. Ses séances prolongées au confessionnal et sa façon de considérer un repas omis comme un bon repas, sans parler des autres pratiques de ce genre, auraient épuisé des constitutions plus fortes que la sienne. On ne fut donc pas surpris quand un jour il se plaignit de douleurs au foie, Mgr Puginier l’obligea à prendre quelque repos ; mais l’inaction lui pesait encore plus que la souffrance, et il ne voulait pas ouvrir la porte à l’ennui. Il ne songeait donc qu’à continuer son travail, quand il fut de nouveau mandé à Hanoi par son évêque. Il s’y rendit aussitôt, n’emportant que les effets nécessaires pour un voyage de quelques jours.

    A cette époque, la province de Thanh-hoa était bouleversée de fond en comble. La persécution avait de nouveau semé la mort parmi les chrétiens, renversé les églises, dispersé les fidèles. Les troupes fran­çaises luttaient contre les rebelles, la situation était terrible. Le P. Hébert, chargé de ce district, avait dû aller refaire sa santé délabrée à Hong-kong. Cependant, Mgr Puginier n’avait pas voulu laisser sans pasteur ces paroisses si éprouvées. Il fallait relever les ruines et empêcher de nouveaux désastres ; il fallait ramener les chrétiens chez eux et profiter en même temps de la présence des Français, pour obtenir quelque justice en faveur des victimes. Si celles-ci avaient besoin de direction, elles avaient encore plus besoin de secours ; la famine faisait, en effet, parmi elles, de tristes et trop nombreux ravages. Avant tout, il importait de se rendre un compte exact de la situation ; Mgr Puginier jugea le P. Idiart capable de remplir cette grave et délicate mission. Il lui expliqua donc ses intentions, lui fit entrevoir quelques-unes des difficultés à surmonter, insistant sur certains points et laissant le reste à l’appréciation du missionnaire ; puis Sa Grandeur ajouta : « Demain matin, il y a « encore un bateau pour Nam-dinh, vous aviserez au meilleur moyen d’arriver le plus vite « possible à Thanh-hoa. » — « Mais, Monsei­gneur, je n’ai ni hommes, ni effets. » — « Oh ! « un catéchiste vous suffit, prenez une couverture et un ou deux habits de rechange, c’est « assez ; je ne vous envoie que pour peu de temps. Bon courage ! Que le bon Dieu vous garde « et vous bénisse ! » Et le lendemain, au point du jour, le Père s’embarquait.

    De Nam-dinh à Thanh-hoa, le voyage ne fut pas gai. Les préoc­cupations du missionnaire augmentaient à mesure qu’on approchait ; comment serait-il reçu ? où logerait-il ? trouverait-il des chrétiens pour le renseigner ? Autant de questions, autant de sujets d’angoisses. Mais si le P. Idiart se défiait de lui-même, il avait en revanche pleine confiance en Dieu. Dieu ne lui manqua pas. Si la première entrevue avec les autorités supérieures ne fut pas très chaude, elle ne laissa pas que de produire de bons résultats. Le colonel Pernod offrit un logement au Père. C’était une vieille petite pagode démantelée, ou­verte à tous les vents et située en dehors de la citadelle. On était si peu sûr de la situation que les patrouilles devaient circuler toute la nuit dans la ville, et qu’on avait placé des factionnaires devant la pagode où le Père devait loger. Voici ce que le missionnaire écrivait de sa nouvelle demeure le 5 octobre 1886 : « Je suis dans « une ancienne pagode où il n’y a que la terre nue ; tout se réduit à zéro. J’ai attrapé un « commencement de diarrhée depuis que j’y habite, mais ça va bien quand même. »

    Se mettant aussitôt à l’œuvre, le Père fit les démarches qu’exigeait la mission qu’il avait à remplir ; il n’eut pas à regretter ses courses multiples. Au bout de quelques jours, les préventions à son égard étaient tombées, il avait gagné tout le monde. Il en profita pour assurer le succès de sa cause, c’est-à-dire la cause des chrétiens. Un assez grand nombre d’entre eux, quittant la province, s’étaient enfuis au Ninh-binh ; les autres, étaient venus se réfugier à la ville même de Thanh-hoa, où ils manquaient de tout. L’apôtre ne recula devant aucune fatigue ; il se fit leur consolateur et leur aumônier, quêtant des secours et intéressant les autorités françaises à leur infortune. Et quand il avait couru longtemps, il rentrait dans sa misérable pagode et écrivait à Mgr Puginier pour lui communiquer tous les renseignements. Son sommeil, abrégé par les veilles forcées, était encore troublé par des alertes continuelles ; je ne parle pas du régime auquel il était soumis : « Aujourd’hui, écrit-il le 29 novembre 1886, « j’ai mangé ma première bouchée à 1 heure ½ de l’après-midi ; mais, en revanche, j’ai « mangé un morceau de viande sans songer à la vigile de saint André »

    Si les officiers français n’avaient pris l’habitude de lui envoyer des vivres ou de l’inviter à leur table, je crois bien qu’il serait mort d’épuisement. C’est à Thanh-hoa, et non ailleurs, qu’il a contracté sa maladie de poitrine. Les privations auxquelles il fut soumis dans la suite développèrent le germe du mal qui se trahissait périodiquement par des rhumes de plus en plus violents. Le froid de l’hiver (1886) se fit rudement sentir dans la triste pagode. Il écrivait le 5 octobre : « Je n’ai plus qu’un ao lot (chemise) pour mon usage. » Et ces pri­vations se prolongèrent.

    Les jours et les semaines passaient, mais les événements ne s’amé­lioraient pas aussi vite, et le séjour du Père se prolongeait indéfini­ment. Le 16 décembre 1886, Mgr Puginier lui écrivait : « En vous envoyant à Thanh-hoa, je pensais que ce serait pour un ou deux mois, « mais l’état des choses allant en empirant, votre présence à la ville est de plus en plus utile ; « vous ferez bien de vous procurer les effets les plus nécessaires, dans la prévision d’avoir à « passer plusieurs mois à Thanh-hoa. » Le Père reçut la lettre le 11 jan­vier 1887. Ses effets auraient mis trop de temps à venir de Son-mieng, et il passa comme il put le reste de l’hiver, se réchauffant au feu du zèle et de la charité qui brûlait dans son âme.

    Cependant, les chrétiens revenaient peu à peu chez eux, mais com­ment relever leurs    cases ? Ce que l’incendie n’avait pas détruit, les païens se l’étaient approprié ; les haies de bambous avaient été rasées et arrachées, les arbres coupés, les mûriers déracinés ; les bœufs, les buffles avaient été volés ; en un mot, les chrétiens se trouvaient sans ressources. Le Père se fit leur avocat auprès de l’autorité, et réussit à leur faire rendre les biens et le mobilier enlevés par les païens. Il obtint aussi d’autres avantages qui les dédommagèrent en partie.

    Toutes ces fatigues ne l’empêchaient pas de se dévouer aux sol­dats malades. Le choléra s’étant déclaré de nouveau au printemps, le Père se multiplia pour apporter aux victimes du fléau les conso­lations et les espérances de la religion ; il leur consacra ainsi ses soins pendant toute la durée du séjour de l’armée à Thanh-hoa. Pour se reposer, il alla (mai 1887) rendre visite au P. Willar fixé à Hua-lau. Depuis longtemps, cette entrevue était désirée de part et d’autre, mais les occupations, les troubles et les dangers du voyage s’y étaient opposés jusque-là.

    Les deux Pères se confièrent mutuellement leurs peines, leurs craintes et leurs espérances, puis adoptèrent une ligne de conduite commune pour les affaires à traiter. Désormais, puisque les chemins étaient libres, on s’arrangerait de façon à se rencontrer plus souvent. Hélas ! ce projet ne devait pas se réaliser. Bientôt après, en effet, le P. Willar tombait dans un abominable guet-apens ; un coup de fusil tiré à bout portant l’étendait mort au moment où il revenait de visiter un malade.

    Le P. Idiart se retrouvait seul (27 octobre 1887) pour réparer, dans cette vaste province, les ruines matérielles et morales amon­celées par la persécution et la rébellion. Il voulut d’abord s’en rendre un compte exact. Il parcourut donc les six paroisses, faisant l’admi­nistration dans le plus grand nombre possible de chrétientés. Son intention n’était pas d’apporter un remède à tout, mais de connaître les besoins de ses ouailles afin d’en référer, de prendre conseil ; plus tard, dans une administration moins rapide, il pourrait, avec chance de succès, arranger les difficultés et panser les plaies.

    Une année environ fut consacrée à cette visite, et le Père s’en acquitta avec un zèle que la prudence n’arrivait pas à modérer. Il croyait ses forces inépuisables, et, non content de les dépenser cou­rageusement, il négligeait encore de les entretenir ou de les réparer par une alimentation convenable. Aussi écrivait-il le 3 octobre 1889 : « Depuis quelques jours, mon « foie me donne de ses nouvelles ; mais tant qu’il se contentera d’un arrosage de teinture « d’iode, cela n’ira pas trop mal. » Le régime des privations continuait toujours. Les catéchistes peuvent attester que ses repas étaient souvent bien simplifiés sinon supprimés, quand il n’avait pas eu l’occasion de tuer une pièce de gibier. « Les gens sont pauvres, « pensait-il, le marché éloigné ; un peu de poisson et de riz à la rigueur peut me suffire ; pour « une fois, on n’en meurt pas, et demain, je ferai des provisions à la chasse. » Mais, comme la pauvreté régnait dans toutes les chrétientés, c’étaient partout les mêmes raisons et les mêmes privations.

    En s’occupant de ses chrétiens, le Père rendait encore mille ser­vices aux autorités françaises ; ses renseignements étaient très appré­ciés, car ils étaient toujours exacts. Sa franchise plaisait aux officiers, sa bonté les gagnait et son dévouement comme sa vertu leur allait droit au cœur.

    Quand les troupes quittèrent Thanh-hoa, ce fut une scène bien touchante que celle des adieux entre les officiers et le P. Idiart. Les sentiments d’amitié exprimés au Père étaient si bien au fond des cœurs, que malgré les distances et les années, un certain nombre d’officiers entretinrent depuis lors des relations avec lui ; d’autres demandaient de ses nouvelles aux camarades demeurés au Tonkin. C’est que le Père s’était montré, pour eux et leurs soldats, un auxi­liaire et un ami dévoué.

    D’autre part, le Père fut toujours en très bons termes avec l’auto­rité civile, et il profita plus d’une fois de cette situation pour obtenir justice en faveur de ses chrétiens. Ses requêtes étaient présentées si gracieusement et appuyées sur de si bonnes raisons, il était lui-même si complaisant qu’on n’osait le rebuter ; tout au plus le laissait-on attendre quelque peu, mais finalement, on faisait droit à toutes ses demandes. Il est vrai que le P. Idiart ne se décourageait pas devant un accueil plus ou moins favorable ; il savait revenir à la charge sans se lasser.

    Il obtint ainsi la restitution des champs de Cua-bang, volés par les villages voisins, lors de la grande persécution de Tu-Duc. Les dé­marches faites précédemment avaient toutes échoué. Dire ce qu’il fallut au Père d’énergie, de persévérance et de tact dans ces négocia­tions, nous entraînerait trop loin.

    Comme on le félicitait par après d’avoir mené à bien cette affaire épineuse : « C’est le bon Dieu qui a tout conduit, répondit-il, j’avais fait un vœu au Sacré-Cœur et j’ai été exaucé, il n’y a qu’à remercier Dieu. » Plus tard, constatant l’insuccès de la pêche annuelle, seule ressource de Cua-bang depuis la persécution, il disait : « La restitution des champs a été vraiment un « coup de la Providence. Le bon Dieu semble les avoir fait rendre juste à point pour « compenser la perte du poisson. » Et l’action de grâces envers Dieu montait de son cœur à ses lèvres.

    Au mois de mars 1888, le P. Idiart entreprit d’introduire la reli­gion chez les païens de Vuc-loc. Cette région montagneuse, très éloignée de tout centre, n’était connue du zélé missionnaire que par les rapports que lui en avaient faits quelques habitants descendus dans la plaine et auxquels il avait rendu service. Ces montagnards ne sor­tent guère de leur territoire ; tout au plus descendent-ils parfois aux marchés les plus rapprochés, afin d’y faire quelques échanges. Ils se suffisent à eux-mêmes, vivent de peu et gardent leurs vieilles cou­tumes primitives. Les relations avec la plaine n’existant pas, il n’y a pas de routes ni de chemins. Ceux qui voudront pénétrer dans le pays devront en faire ; avis aux touristes.

    Le Père n’était pas touriste, il. était apôtre. Ayant pris les effets strictement nécessaires, il partit. Le guide ne savait guère le chemin, il connaissait à peu près la direction de Vuc-loc, et c’était tout. On s’engagea donc à l’entrée des montagnes, dans un sentier quelconque qu’il fallut quitter pour rejoindre, à travers la brousse, un second sentier où l’on chercha des traces de pas. Ne voyant rien, on se jeta dans la brousse, pour aboutir à un nouveau sentier; cette fois, on était dans la bonne voie ; et après bien des fatigues, la petite caravane arriva heureusement à Vuc-loc.

    La réception fut cordiale, les propositions du Père furent acceptées. Les sauvages promirent de construire un logement au catéchiste avec un catéchuménat, et prièrent le missionnaire de leur envoyer bientôt quelqu’un pour leur enseigner la religion chrétienne. Ce désir une fois comblé, ils se mirent à l’étude du catéchisme avec beaucoup d’ardeur. Au bout de quelque temps, ils se trouvaient assez instruits pour recevoir le baptême, et la nouvelle chrétienté était dédiée au Sacré-Cœur.

    Mais les épreuves inséparables de toute bonne œuvre arrivèrent bientôt. Le chef de cette région, nommé Khoat, en rébellion avec les Français, ne voulait ni chrétiens ni missionnaires chez lui. Des menaces il passa vite aux tracasseries que le démon suggère à ses suppôts pour entraver les conversions. Le Père vint au secours de ses chrétiens. Sa présence dissipa l’orage. Afin d’assurer la tranquil­lité, il demeura à Vuc-loc pendant quelque temps. A l’enseignement, aux conseils, il ajouta des secours pécuniaires ; une grande partie des aumônes envoyées par ses amis fut employée à aider les néo­phytes. Il se privait pour eux, se mettant au régime suivant : cari à la poule le matin ; cari à la poule le soir. Le lendemain, pour varier, c’était la même chose.

    Les épreuves revinrent bientôt et ruinèrent les belles espérances de l’apôtre. Khoat, sur l’ordre des autres chefs rebelles, dispersa vio­lemment la chrétienté, L’église et le catéchuménat furent incendiés et le catéchiste ne dut son salut qu’à la fuite. Quand le P. Idiart reçut cette nouvelle, il en éprouva une profonde douleur, mais la foi reprit vite le dessus : « Cette chrétienté, dit-il, est dédiée au Sacré-Cœur ; elle renaîtra certainement. »

    Notre intrépide missionnaire venait à peine de finir son premier voyage à Vuc-loc, lorsqu’il en entreprit un plus pénible encore.

    Le P. Idatte se trouvait seul au Laos depuis le mois de janvier ; ceux qui connaissent le Laos comprendront facilement ce que cette situation devait avoir de pénible. Cependant le P. Idatte tenait bon ; il avait su communiquer son courage aux catéchistes et servants placés sous ses ordres, et, malgré toute sorte de peines et d’ennuis, travaillait avec succès au rétablissement de cette mission que la per­sécution avait ruinée de fond en comble. La maladie survint, et la maladie au Laos, c’est presque la mort. Il fit prévenir le P. Idiart. C’était au commencement de mai 1888. Malgré le soleil et la fatigue, le Père fit diligence, et après quatre ou cinq jours de marche, arriva à Phu-lé, résidence de nos confrères du Laos. Sa présence ressuscita pour ainsi dire le P. Idatte et mit la joie dans sa chrétienté. Il enten­dit les confessions et ranima les courages. Ce fut comme une fête qui laissa dans le cœur du P. Idatte et de ses néophytes un souvenir délicieux et réconfortant. Après une huitaine de jours, le P. Idiart retourna dans son district.

    En 1889, le P. Idiart quitta son poste pour venir soigner, à Thanh-hoa, le P. Escallier qui arrivait très malade du Laos. Quelques jours après, le malade rendait le dernier soupir, fortifié et consolé jusqu’à la fin par ses saintes exhortations. Un peu plus tard, le P. Idiart devait encore se faire le compagnon de route et l’infirmier du P. Maquignaz qui revenait mourant de Phu-lé.

    Mgr Puginier, qui connaissait la manière de faire du P. Idiart, lui recommandait souvent de ne pas « trop » travailler, quand il sentait des douleurs au foie. Sous prétexte qu’il n’atteignait pas ce « trop », le Père continuait à se dépenser pour le bien des âmes et la gloire de Dieu et quittait tout pour aller aux malades, fût-il malade lui-même.

    Il est encore une œuvre à laquelle le P. Idiart se dévoua durant les derniers mois de son séjour à Thanh-hoa : la construction de l’église de Cua-bang. Voici à quelle occasion il en conçut le projet. En 1890, la rébellion menaçait de nouveau les chrétientés du Thanh-­hoa ; des malheurs étaient d’autant plus à redouter que le rappel des troupes laissait à quelques centaines de miliciens seulement la charge de maintenir l’ordre : c’était peu rassurant ; missionnaires et caté­chistes se relayaient avec les chrétiens pour monter la garde pendant la nuit. En prévision du renouvellement des malheurs de 1884-86, le P. Idiart se prit à douter de son courage ; mais immédiatement il appela Dieu à son secours. Pour assurer à son district la protection du Ciel, il fit vœu de s’employer de toutes ses forces à la construction d’une vaste et belle église dédiée au Sacré-Cœur . Quant au choix de Cua-bang pour l’emplacement de cette église, il fut inspiré par le souvenir du P. de Rhodes qui aborda en cet endroit, quand il vint évangéliser le Tonkin.

    Le P. Idiart se mit à l’œuvre et par ses pieuses industries recueil­lit çà et là une somme relativement importante. Malheureusement, des retards indépendants de sa volonté l’empêchèrent de se procurer les matériaux nécessaires aux constructions. Au mois de juillet de cette année (1889), le Père dut, à son grand regret, quitter le district du Thanh-hoa, pour n’y plus revenir; mais il continua de loin à s’intéresser à la réalisation de son vœu .

    Il y avait cinq ans que le P. Idiart était au Thanh-hoa. Le poste de Hanoi étant devenu vacant, Mgr Puginier y appela notre con­frère et lui confia les fonctions de curé de la cathédrale et de procu­reur.

    Curé de la cathédrale de Hanoi et procureur... C’était beaucoup pour un seul homme. Le P. Idiart ne recula pas devant le fardeau et se mit courageusement à l’ouvrage. Presque toujours en course pour visiter ses chrétiens ou pour faire les commissions des confrères, il lui restait à peine le temps de réciter son bréviaire. Le soir, il fallait confesser, préparer les sermons, mettre les comptes à jour, répondre aux lettres, etc., sans compter l’imprévu.

    Les Européens de Hanoi furent particulièrement l’objet de sa sol­licitude pastorale : il leur facilitait l’accomplissement de leurs devoirs religieux et leur faisait entendre les enseignements de la foi.

    Le P. Idiart se dépensait sans souci de la fatigue. Dans le courant de l’hiver 1891, une toux qui dégénéra rapidement en rhume très violent, vint lui rappeler que les forces humaines ont une limite. Monseigneur le força à se soigner et à prendre des précautions Il promit d’obéir, mais n’en continua pas moins à travailler à peu près comme par le passé.

    Le 18 février 1892, à la suite d’un léger accès de toux, notre cher confrère éprouva un crachement de sang. Le soir du même jour, de nouveaux crachements survenaient de plus en plus abondants, et l’hémoptysie se déclara avec une telle violence que l’on craignait une suffocation. Le 23, le cher malade recevait le saint viatique et l’ex­trême-onction : « La vie ou « la mort, dit-il après, à la volonté de Dieu, je suis prêt. » En quatre jours, l’intrépide missionnaire se trouvait aux portes du tombeau. Cette nouvelle causa partout une vive émotion, car le Père était universellement aimé ; de tous côtés, on s’intéressa à lui ; ce fut un témoignage général de sympathies, qui se manifestaient surtout par des prières et des sacrifices, afin d’obtenir sa guérison. Mgr Puginier, plus affecté que personne, demandait à Dieu, avec toute sa foi robuste, la guérison du malade. Pour l’obtenir, il fit vœu de célébrer une neuvaine de messes ; trois en l’honneur de la sainte Vierge, trois en l’honneur de saint Joseph, trois pour les âmes du Purgatoire, et pendant toute une semaine trois De Profundis par jour. A la suite de ce vœu, un mieux se pro­duisit dans l’état du malade ; on se reprit à espérer.

    Le 3 mars, dernier jour de la neuvaine, l’hémoptysie s’arrêta entiè­rement ; tout traitement fut suspendu, et de jour en jour, le mieux devint plus sensible. Malheureusement la mort de Mgr Puginier, qu’il avait toujours filialement aimé, qu’il aimait encore davantage depuis les derniers témoignages d’affection qu’il en avait reçus pen­dant sa maladie, causa au P. Idiart une secousse bien cruelle.

    Un voyage à Hong-kong fut prescrit par le médecin et approuvé par Mgr Gendreau. Notre confrère dut s’embarquer pour aller cher­cher la guérison. Malgré les soins qui lui furent prodigués au Sana­torium, son état resta à peu près stationnaire, et lorsqu’à la fin de novembre il rentra dans sa mission, nous comprenions tous que la mort n’était pas loin. Mgr Gendreau l’envoya à Son-tay, où le P. Ro­bert lui avait préparé une installation aussi confortable qu’il avait pu ; mais, malgré les soins assidus du Dr Pichon, les attentions des sœurs de l’hôpital et la bonne volonté des confrères, le malade s’affaiblis­sait peu à peu.

    Le 19 février 1893, quoique plus fatigué que de coutume, il voulut dire la messe pour le Souverain Pontife et s’unir ainsi aux fêtes du Jubilé de Léon XIII. Ce fut se dernière messe. Le soir, il s’alitait pour ne plus se relever, et des signes non équivoques faisaient présager un prochain dénouement. Les jours suivants, la fièvre redoubla d’inten­sité, il ne pouvait prendre aucun aliment ; malgré tout, il demeurait calme et résigné, offrant ses douleurs en union avec Notre-Seigneur pour ses intentions préférées. « Jésus, Marie, Joseph », c’était toute se plainte. « O mon Dieu, disait-il encore, oui, comme vous voudrez, autant de temps que vous voudrez. » Comme son infirmier lui témoi­gnait de la compassion en le voyant souffrir, il répondait : « Oh ! c’est peu de chose ; il faudra en endurer bien davantage en Purga­toire. »

    Quelquefois, il rappelait les grâces que Dieu lui avait accordées pendant toute sa vie, et, dans sa reconnaissance, il ajoutait : « Malgré tout, nous sommes encore les plus heureux, « même en ce monde ; le bon Dieu nous gâte ! Ces pauvres gens du monde ! Je ne changerais « pas ma place, même de malade, contre tout leur bonheur ! » Pendant cette cruelle agonie qui se prolongea près de deux mois, il garda constamment sa bonne humeur. Quelle patience ne lui fallait-il pas pour supporter les ennuis inséparables d’une longue maladie, pour prendre remède sur remède sans jamais témoi­gner aucune répugnance, pour se laisser soigner comme un enfant ! Oui, il faut une grande énergie pour commander ainsi à la nature dans ces moments où un rien la démonte, l’irrite et l’accable. Je me trompe, l’énergie ne suffit pas ; il faut un grand esprit de foi et de sacrifice, et c’est de la vertu.

    Le 27 février, vers sept heures du soir, une crise aussi terrible qu’imprévue le mit à toute extrémité. Averti du danger, il voulut re­cevoir le saint viatique et l’extrême-onction, et soumis à la volonté de Dieu, il fit de grand cœur le sacrifice de sa vie. Après l’adminis­tration des sacrements, le Père s’endormit malgré une très forte fièvre.

    Le lendemain, il demanda le P. Robert : c’était pour le remercier de ses bontés et lui demander pardon de tous les manquements qu’il avait pu commettre à son égard. Puis il dit à son infirmier : « Que le bon Dieu vous rende au centuple, à vous et aux vôtres, tout ce que vous avez fait pour moi ! » Ayant appelé ensuite ses deux servants, il les remercia de leurs soins dévoués et de leur attachement, et les exhorta à marcher toujours dans la bonne voie. Les deux hommes pleuraient à chaudes larmes. Je dois ajouter ici que le Père avait toujours su se faire aimer de ses catéchistes, sans leur passer aucune infraction à la règle.

    Quelques jours à peine le séparaient de sa fin. Le 22 mars, il eut une crise très douloureuse. Puisant force et courage dans les saints noms de Jésus, Marie, Joseph, il baisait amoureusement le crucifix. Sa pauvre poitrine se déchirait, tout son corps se disloquait et sa tête en feu menaçait d’éclater sous les efforts de la toux. Ce fut la première fois qu’on l’entendit dire : « C’est un peu pénible ; oui, c’est un peu pénible », et il ajouta aussitôt : « O mon Dieu, oui, tant qu’il vous plaira ; que votre volonté soit faite ! »

    La crise passée, il demanda à se confesser encore. Il s’entretint ensuite avec son confesseur, parlant de la fête du lendemain, Notre-Dame des Sept Douleurs, et de celle de l’Annonciation. « Notre­-Dame de l’Annonciation, lui dit son confesseur, sera la divine messagère, qui vous annoncera la couronne après le combat. Elle vous montrera le ciel après les souffrances d’ici-bas. Et si elle-même vous ouvrait les portes du ciel en ce jour ! Quel bonheur ! » — « Oui, oui », répondit-il gravement, et il réfléchit quelques instants avant de continuer la conversation.

    Le 24, fête de Notre-Dame des Sept Douleurs, la journée se passa avec des alternatives de calme et de quintes de toux très pénibles. Vers le soir, la fièvre monta à plus de 40º. La respiration devenait de plus en plus courte et précipitée.

    Le matin du 25, je ne lui portai pas la sainte communion, parce qu’il ne pouvait avaler que très difficilement ; d’ailleurs, le danger ne semblait pas plus imminent que les jours précédents. C’est donc sans inquiétude que je le quittai pour aller célébrer la messe à l’hôpital.

    Au moment où je finissais mon action de grâces, on accourt me dire que l’agonie avait commencé. Le P. Robert avait été aussi pré­venu pendant sa messe, et je le trouvai au chevet du mourant réci­tant les dernières prières. M. Idiart avait se connaissance, mais parlait avec peine.

    Je lui présentai de l’eau bénite : il en jeta sur son lit faisant le geste de repousser à l’aide du signe de la Croix quelque chose qu’il aurait vu à droite au pied de son lit ; aussitôt après, il parut plus à l’aise. Il écouta avec recueillement l’acte de contrition que je lui ré­citai et inclina la tête pour recevoir l’absolution.

    Ses regards se portèrent ensuite sur les assistants, et de lui-même, il les bénit en faisant sur eux un grand signe de croix. Puis il renou­vela l’offrande de ses souffrances, de sa vie, disant avec son infirmier : « Jésus, Marie, Joseph, je vous donne mon cœur, mon esprit et ma vie, etc.»

    Une deuxième fois, l’eau bénite lui fut présentée ; il en prit, se si­gna dévotement et à chaque invocation qu’on lui suggérait, il incli­nait la tête en signe d’adhésion. Je commençai l’Ave maris stella. Aux premiers mots, la respiration devint absolument normale, et le mourant leva les yeux au ciel où il les tint fixés. Il écoutait tout re­cueilli les strophes de l’hymne que je récitais très lentement, et il semblait regarder au loin. Son visage, auparavant contracté par la souffrance, reprenait se physionomie ordinaire. Les strophes se suc­cédaient, la respiration demeurait douce et régulière.

    Aux paroles Monstra te esse matrem, le mourant fit encore le signe de tête pour répondre, mais sans quitter la vision qu’il semblait fixer. Vitam prœsta puram, il y eut comme une suspension momentanée dans la respiration. Iter para tutum, nouvel arrêt et nouvelle reprise de la respiration. Ut videntes Jesum, semper collœtemur, le Père laissa échapper un léger souffle. C’était le dernier. Sa tête appuyée contre mon épaule retombait sur ma poitrine, tandis que son âme s’envolait au séjour de l’éternelle joie, sous la protection de Marie, Mère de Dieu. Il était neuf heures du matin.

    La nouvelle de sa mort fut télégraphiée à Mgr Gendreau, qui se trouvait en tournée pastorale et se disposait à revenir à Hanoi. Pres­sant son retour, Sa Grandeur arriva à Son-tay avant la mise en bière et put encore contempler les traits de son fidèle missionnaire, avant de présider à ses obsèques.

    Le lundi 27 mars, un service solennel était chanté dans l’église de Son-tay et le soir, après l’office célébré par Monseigneur, neuf missionnaires, trois prêtres indigènes, les autorités civiles et mili­taires, tous les Français de Son-tay, ainsi que les chrétiens des en­virons conduisaient notre cher et bien-aimé confrère à sa dernière demeure derrière le chœur de l’église. C’est là  qu’il repose à côté du P. Richard, en attendant l’éternelle résurrection...

    La dévotion au Sacré-Cœur et à la Bonne Mère, les visites au Saint-Sacrement : voilà les sources où le cher P. Idiart puisait sans cesse. Il s’est donné tout entier à ses œuvres ; il a aimé jusqu’au sa­crifice de lui-même Dieu et les âmes, la mission et tous ses membres ; mais lui aussi a été aimé de tous et ses œuvres l’ont suivi.

    Euge ! serve bone et fidelis, intra in gaudium domini tui !

     

     

     

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    • Numéro : 1600
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1884