Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Clément IDATTE (1862-1888)

Add this

     

    Les détails qui suivent, sur les premières années de M. Idatte, sont extraits d’une notice que lui a consacrée un de ses anciens condisciples, M. l’abbé Ch. Pierre, secrétaire particulier de Mgr l’Évêque de Nancy.

    « Né à Saint-Louis (Moselle), le 23 novembre 1862, au sein d’une pieuse famille, justement honorée de l’estime générale, Clément Idatte se vit, bien jeune encore, forcé à venir parmi nous chercher la France, qui lui était ravie par une cruelle annexion. Après la guerre, en effet, la famille Idatte s’établit à Lunéville, où Clément, alors âgé de dix ans, entra comme externe à l’Institution Bienheureux-Pierre-Fourier. Ainsi, dans ce malheur, la Providence lui ménageait une grâce ! Dieu, qui avait abaissé sur cet enfant son regard paternel, voulait que les lecons et les exemples de maîtres chrétiens vinssent compléter l’éducation de la famille. Il voulait confier à des cœurs de prêtres le soin de développer dans cette âme privilégiée l’esprit de foi, de générosité et de sacrifice, qui devait faire de Clément un de ses plus vaillants soldats.

    « C’est dans cette institution que le jeune Idatte fit sa première communion. On garde encore le souvenir de la piété avec laquelle il se prépara à cette grande et sainte action, de son recueillement attendri pendant la cérémonie, et de l’édification qu’il donna à ses maîtres et à ses condisciples.

    « Rien pourtant ne laissait encore soupçonner la faveur insigne que le Seigneur réservait à cet enfant ; mais la grâce dont sa belle âme était ornée, dut lui faire comprendre que la première communion est une entrée dans cette vie militante, dans ce combat de chaque jour, qui répondait si bien à son ardente nature. Il ne serait pas étonnant qu’il ait entrevu ce jour-là, dans un rêve que sa jeune imagination poétisait peut-être, ces rivages de l’Extrême-Orient, auxquels il devait porter un jour le bienfait de la foi.

    « Pendant les trois années qu’il passa à Lunéville, Clément se fit remarquer, par son caractère plein de franchise et d’entrain, une humeur toujours aimable, qui lui concilièrent l’estime et l’affection de tous. Aussi, malgré le court séjour qu’il fit à l’Institution Bien-heureux-Pierre-Fourier, sut-il y laisser de précieux souvenirs.

    « Pour lui, cependant, l’heure de Dieu n’avait pas encore sonné. Il interrompit pendant quelques années ses études classiques, et suivit les cours de l’Ecole de pharmacie de Nancy, sans soupçonner de quelle utilité lui seraient plus tard les connaissances qu’il y acquérait. Mais un jour, la lumière apparut dans toute sa clarté, à cette âme qui cherchait sa voie. Son grand-père étant gravement malade, Clément se dévoua pendant six semaines au chevet du pauvre octogénaire, lui prodiguant ses soins et son assistance, jusqu’au dernier moment. Il passait la nuit à lire, dans le bulletin des Missions Catholiques, les intéressants récits des vaillants apôtres de la foi. Ce fur pour lui une révélation : à la pensée de ce dévouement, auprès du lit de mort de son grand-père, Clément entrevit sous un jour nouveau le but de la vie ; il entendit l’appel de Dieu :  « Je veux être missionnaire, dit-il à ses parents », et sans hésiter, il reprit ses premiers travaux, avec cette fidélité à la grâce, qui devait faire dans la suite sa grande force au milieu des épreuves.

    « A l’Ecole Saint-Sigisbert de Nancy, Clément joignit à une maturité d’esprit, supérieure à son âge, les éminentes qualités de cœur qui l’avaient fait remarquer à Lunéville. Il y avait dans le regard de ce jeune homme une limpidité, dans l’expression de sa physionomie une douceur, une gravité et une énergie extraordinaires, dont l’alliance formait le plus étonnant contraste, attirait l’attention et commandait l’estime et le respect. Cette première impression, loin de s’effacer, s’accentuait encore, dès qu’on entrait en relations plus intimes avec lui. Il fut bientôt considéré comme un jeune homme d’élite, capable de grandes choses.

    « On éprouvait pour lui une profonde estime ; ses condisciples lui témoignaient tous une véritable affection, bien justifiée par l’aménité de son caractère ; et l’on peut dire que son départ pour le Séminaire des Missions-Étrangères laissa au cœur de tous de profonds regrets, mais n’étonna personne. A cette âme fortement trempée, il fallait la dépense de toutes ses forces, l’immolation continuelle d’elle-même. Le ministère dans nos pays ne lui aurait pas suffi ; sa nature généreuse, faite pour le sacrifice, se portait comme d’instinct vers les fatigues et les renoncements de la vie d’apostolat, vers les périls, les incertitudes, les chances de mort sans cesse amassées sur la tête d’un missionnaire. A Dieu, qui l’avait tant aimé, Clément Idatte éprouvait le besoin de tout donner, et surtout de donner sa vie dans le martyre !

    « C’est dans cette pensée qu’il quitta Nancy, au mois de septembre 1881, pour entrer au Séminaire des Missions-Étrangères de Paris. Son existence, durant ces quatre années, ne put être que la continuation du passé. Dès longtemps, sa vie était celle d’un séminariste, et ses vertus se développèrent et grandirent dans ce milieu béni. Là, comme à Nancy, plus encore qu’à Nancy, son âme droite et pure allait à Dieu par le plus court chemin, celui des petits devoirs de chaque jour. Il aimait la prière, la visite au Saint-Sacrement, et, en véritable aspirant aux Missions, il avait un culte tout spécial envers Celle qui, tant de fois, s’est montrée si merveilleusement la protectrice des missionnaires. Rien de plus édifiant que le respect avec lequel il s’approchait de la Sainte-Table, rien de plus aimable que la charité avec laquelle il soignait les malades du séminaire.

    « Les lettres qu’il écrit à cette époque respirent toutes une joie et une paix profondes. Il aime à parler de cette vie « bien simple, bien douce et bien heureuse. » « Nous sommes « heureux, écrit-il quelque temps après son entrée au Séminaire ; nous nous aimons tous « comme des frères, et c’est à qui sera le plus charitable envers les autres. Nous avons la paix « de Notre-Seigneur . » Il ne sait comment exprimer sa reconnaissance envers Dieu, pour toutes les grâces recues : « Cette pensée, dit-il, est la pensée favorite des missionnaires, car « c’est elle qui les pousse à se dévouer au service des âmes. »

    Ordonné prêtre le 27 septembre 1885, le P. Idatte fut destiné à la mission du Tonkin Occidental, où il arriva au commencement de l’année suivante. Tout en travaillant, à Ké-so, à l’étude de la langue, il trouve l’occasion d’exercer son zèle et sa charité.

    « Souvent il va visiter à Phu-ly les soldats francais, malades du choléra, rapporté de Formose. Avec quelle émotion il les entretient de Dieu et de la France. Avec quelle ardeur il leur prodigue les trésors de son cœur ! Vers le milieu de l’année, il a la consolation de sauver la vie, par ses soins intelligents, à l’un de ses confrères dangereusement malade. Enfin, la veille de l’Assomption, il connaît assez la langue annamite pour entendre les confessions, et il est tout heureux d’inaugurer son ministère sous les auspices de Marie !

    « Cependant, avant de l’envoyer au loin, et de lui confier une mission définitive, Mgr Puginier veut initier le nouveau missionnaire aux détails pratiques de l’administration. Il l’envoie donc, pendant quelques mois, avec le P. Escallier, dans le district de Dong-chua. « Faire l’administration, c’est prêcher tous les jours, confesser la moitié de la journée, et « régler les affaires et les différends entre les chrétiens. » Toutefois, ce n’est pas à cette mission qu’il doit donner ses peines et sa vie. Dieu l’appelle à un plus grand honneur, c’est-à-dire à des labeurs plus rudes encore, et à un sacrifice plus entier de lui-même. »

    A-la fin de 1887, Mgr Puginier jugea le moment favorable pour reprendre la mission des Chau et Laos, violemment interrompue par les massacres de 1884 Le P.Idatte connaît les désirs de son évêque. Il y a dans cette mission quelque chose de grand, d’héroïque; il sollicite la faveur d’être choisi. Ses vœux sont exaucés, et il reçoit l’ordre de se tenir prêt à partir, avec un de ses confrères, le P. Beaumont. « Voilà quelle va être ma portion de l’héritage du bon Dieu à cultiver, écrit-il à ses parents. Au point de vue de la nature, ce n’est pas très gai, mais au point de vue de la foi, c’est le plus beau poste que Mgr Puginier puisse donner à ses missionnaires. Aussi, tous les Pères envient le choix que Monseigneur a fait de moi... Il faudra mourir tôt ou tard, et je vous assure que, m’attendant à mourir sous peu, en allant au Laos, je ne le regrette nullement, bien au contraire, j'en suis tout fier. »

    « Le 8 décembre 1887, jour de la fête de l’Immaculée-Conception, il recevait à Ké-so la dernière bénédiction de son évêque, et se mettait en route avec son compagnon. On avait attendu l’hiver pour partir, car, c’est à cette saison seulement qu’on peut espérer s’acclimater assez bien, pour supporter ensuite les chaleurs d’été de ce pays malsain. Vingt catéchistes accompagnaient les deux missionnaires, emportant toutes les provisions nécessaires pour une année ; car on allait pénétrer dans un véritable désert. Une escorte de soldats français protégeait la pieuse caravane.

    « Après un heureux voyage, les Pères arrivèrent à Phu-lé, le 26 décembre. Suivant les ordres qu’ils avaient reçus, ils s’installèrent à un kilomètre du poste militaire, et durent habiter provisoirement deux radeaux sur le fleuve Song-ma, en attendant qu’ils pussent construire sur terre une maison, pour eux et leurs catéchistes. »

    « Mais, Dieu, dans sa sagesse, avait jugé bon de faire passer cette mission par de nouveaux deuils. Après cinq semaines d’installation, le P. Beaumont succombait à la fièvre des bois ; il allait rejoindre au ciel les treize premiers apôtres du Laos. »

    L’épreuve fut terrible pour le P.Idatte ; aussi, au témoignage de son évêque, cette année 1888 fut-elle pour lui « un temps de dévouement et de sacrifice. On était au mois de février, et la saison favorable pour pénétrer dans les montagnes touchait à sa fin. Il ne m’était pas possible de lui adjoindre un confrère. M.Idatte se résigna à rester seul, pour surveiller et diriger les catéchistes, et entrer en relations avec les chrétientés qui avaient été dévastées par les rebelles. Cependant, il n’a jamais passé deux mois sans rencontrer des missionnaires, car je tenais à ne pas le laisser dans un trop long isolement.

    « Le Père a installé le poste de mission de Phu-lé. Il a réuni là environ 200 néophytes fuyant devant les pirates, et, tout en leur distribuant la nourriture de l’âme, il leur donnait en même temps, pendant dix mois, la nourriture du corps. Les chrétientés situées à deux, et même quatre journées de distance, lui envoyaient des députations, et le Père se préparait à aller les visiter. Au mois de november dernier, il venait au devant de deux missionnaires que j’envoyais renforcer ce district des montagnes. A cette époque, M. Idatte paraissait acclimaté. Les accès de fièvre étaient beaucoup plus rares, et il n’en était atteint que lorsqu’il descendait dans la plaine. J’avais bon espoir, et je me disposais à envoyer un des confrères visiter l’ancien district du P. Pinabel, situé dans le Chau Lang- chanh.

    « Mais, à la fin de décembre, je commençai à avoir de nouvelles craintes, le P. Escallier m’écrivait que le P. Idatte avait été repris de la fièvre. Au bout de trois jours, une seconde lettre m’annonçait que le malade avait reêu les derniers sacrements, et qu’il ne restait plus d’espoir. Le télégramme que je redoutais tant, m’arriva ensuite, et m’apprit que notre cher confrère avait rendu son âme à Dieu. »

    « Notre cher P. Idatte, ruiné surtout par l’estomac, écrit un de ses confrères, nous a quittés pour une vie meilleure, le 31 décembre, vers deux heures de l’après-midi. Le Père a grandement édifié pendant sa maladie, et quant à sa mort, le P. Maquignaz qui avait, nuit et jour, assisté le cher malade, l’a trouvée si digne d’envie, qu’il se prend à regretter de n’avoir pu mourir avec lui et comme lui. »

    • Numéro : 1685
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1885