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Octave HUYSMAN (1862-1935)

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    Octave Huysman naquit à Cuerne-lez-Courtrai d’un de ces vieilles familles flamandes qui sont actuellement encore l’âme de la catholique Belgique : autorité indiscutée du chef de famille, esprit de foi profond, confiance inébranlable dans la Providence. Chaque jour, matin et soir, on priait en commun et l’on ne prenait  les décisions importantes qu’après s’être armé de la prière, de la méditation et du sacrifice. Est-il surprenant que Dieu fit sentir son appel dans l’âme d’Octave ? D’un caractère ardent, il fut enflammé par la lecture de la vie des missionnaires, de leurs joies, de leurs épreuves et de leurs travaux, de leur martyre ; lui aussi serait missionnaire.

    Lorsqu’au terme de ses humanités, la question se posa : que faire ? Il songea d’abord à entrer dans une Congrégation belge missionnaire de création récente. Durant ses études, Octave s’était enthousiasmé pour le mouvement flamand naissant ; il craignit d’aller trop loin, de ne pas faire un sacrifice assez complet, et pour se dompter, il demanda son admission au Séminaire des Missions-Étrangères. Le 27 septembre 1885, il était ordonné prêtre et le lendemain il recevait sa destination pour la Birmanie septentrionale. Dire qu’il ne fut pas déçu au premier instant, ne serait  pas conforme à la vérité ; la nouvelle du massacre de plusieurs missionnaires de Cochinchine venait de parvenir à Paris et les jeunes partants rêvaient de ces Missions où la palme du martyre paraissait si facile à cueillir ; mais son esprit de foi eut tôt fait de chasser ces pensées, et joyeusement il s’embarqua le 18 novembre suivant pour la plus belle des Missions puisque Dieu le voulait là.

    Les débuts de sa vie apostolique furent très pénibles : sachant les difficultés dans lesquelles se trouvait son évêque pour envoyer un missionnaire dans le poste le plus éloigné, M. Huysman se mit généreusement à sa disposition. Il se trouva en pleine brousse birmane vivant entièrement à la manière indigène. Dieu le récompensa presque aussitôt de sa générosité en lui accordant la joie de baptiser deux petits enfants moribonds. Il aimait à dire que toute sa vie fut comme illuminée par ce bonheur des premiers jours et la pensée de ces deux anges auxquels il avait ouvert le ciel, l’a payé largement de son sacrifice. Ce fut ensuite dans les camps et hôpitaux de l’armée anglaise que ce missionnaire exerça son ministère. Sa rondeur toute flamande lui gagna vite les sympathies. Protestants et catholiques l’aimaient, l’estimaient. Témoin cet officier protestant qui, devant faire un long voyage, lui confiait, de préférence à son pasteur, une forte somme d’argent. Dans sa nouvelle situation, il eut occasion de montrer son zèle infatigable. Il aimait à raconter comment plusieurs fois, par un concours de circonstances presque miraculeuses, il arriva au chevet des mourants juste à temps pour leur donner les derniers sacrements. Ces grâces, il les attribuait à la protection de Saint Joseph envers qui il eut toujours une dévotion filiale.

    En 1894, la confiance de son évêque l’appela à la fonction de Provicaire de la Mission. Comme dans ses charges précédentes, il remplit rigoureusement son devoir et fut réellement le bras droit de son Supérieur. Lorsqu’en 1899, celui-ci démissionna, il le suivit en Europe et reçut de lui ce témoignage qu’il lui avait toujours donné satisfaction et accompli tout son devoir. Mais son cœur resta attaché aux missions et après deux ans de séjour au pays natal, il partit pour la Mission du Travancore où il travailla dix ans comme directeur d’école secondaire ou aumônier de religieuses. Cependant malgré l’accueil si fraternel qu’il a reçu, il ne peut s’empêcher de songer à sa mère famille des Missions-Étrangères. En 1912, il fut admis à Kumbakônam par Mgr Bottero qui l’envoya d’abord à Pilavadanday.

    En 1914, la grande guerre éclate et prive la Mission de Kumbakônam de 7 missionnaires. Le district d’Ayyampet avec ses 4.500 chrétiens et sa vaste église en construction se trouve donc sans titulaire. Mgr Chapuis, successeur de Mgr Bottero fait appel au dévouement de M. Huysman, car il sait que celui-ci considère le moindre désir de son évêque comme la volonté de Dieu. Quoique la tâche fut bien lourde, l’obéissant confrère, confiant dans la Providence, partit aussitôt. A 52 ans, il lui fallut se familiariser avec une langue pratiquement nouvelle pour lui. Certes, il ne passa pas maître en tamoul, mais il n’omit pas de prêcher chaque dimanche, sans se laisser rebuter, intimider ou émotionner par les difficultés. Quand le mot ne venait pas, le geste suppléait. Parfois son peu de connaissance de la langue lui joua des tours, témoin ce jour où voulant annoncer la bénédiction pontificale, il déclara, ni plus ni moins à ses paroissiens fort étonnés que le Saint Père viendrait chez eux le dimanche prochain pour les bénir ; les villageois aux cœurs simples, ne songeaient même pas à sourire. Ils aimaient leur « Tata » ( grand-père ) comme ils disaient, qui ne reculait devant aucune peine pour leur faire du bien. Quant à lui, il se réjouissait de ces petites humiliations. Durant les 9 ans qu’il  passa à Ayyampet, il continua la construction de l’église ; ses vacances se passaient à prêcher des retraites dans les communautés religieuses et les collèges ; l’esprit de foi qui débordait de ses sermons impressionnait profondément ses auditeurs. Une sainte âme, chargée d’une importante communauté religieuse, n’hésitait pas à dire que ses sermons et ses retraites avaient contribué à la perfection et au salut de beaucoup d’âmes.

    En 1920, une maladie très grave faillit l’emporter ; seule une opération, faite à la dernière minute dans des circonstances providentielles, nous le garda. En 1923, il fut transféré au district d’Uttamenur qui fut témoin de son activité ; cette paroisse comptait 3.000 parias dispersés au milieu des rizières ; l’administration en était pénible : pas ou peu de chemins et quels chemins !… La plupart du temps il fallait parcourir à pied une assez longue distance sous le soleil brûlant pour visiter les malades ; mais pour M. Huysman, ce district était le plus beau. En 1929, au milieu d’un sermon à Ootacamund, M. Huysman s’arrêta net ; il avait perdu la parole ; le médecin consulté donna l’ordre de le faire descendre au plus tôt dans la plaine. On fut inquiet, mais l’heure de Dieu n’avait pas encore sonné ; la parole revint et lors du transfert des missionnaires de la Mission de Kumbakônam à Salem, il fut nommé aumônier des Frères de Saint Gabriel et du pensionnat Anglo-Indien que ceux-ci dirigent à Yercaud ; il y passera 5 ans, édifiant tout le monde par l’exemple de ses vertus. Son amour de la pauvreté lui fait pratiquer cette vertu sans limites. Tout ce qu’il reçoit est aussitôt donné et ses préférences vont aux Petites Sœurs des Pauvres. Il avait un culte spécial pour la Sainte Eucharistie, faisait ses délices de visiter le Divin Prisonnier et de réciter pieusement tout son bréviaire devant le Très-Saint-Sacrement.

    Comme tous les missionnaires, il eut bien des souffrances et humiliations à  endurer : « Elles forment la plus belle partie de mon existence », aimait-il à répéter ; et toutes ces croix acceptées humblement furent dans sa vieillesse une source d’immense confiance et de douce consolation. Toute sa vie est caractérisée par cette foi simple et enfantine que lui avait inculquée son père ; il ne raisonnait pas, il voulait en tout suivre uniquement la volonté de Dieu.

    L’heure approchait où Dieu allait rappeler à lui son serviteur. Le 27 septembre 1935, le vaillant missionnaire devait célébrer ses noces d’or sacerdotales. Il attendait et désirait ce beau jour ; tous nous nous réjouissions à la pensée de fêter bientôt en famille notre cher vétéran. Dieu en avait jugé autrement : le 5 août, pendant la récréation de l’après-midi, une apoplexie foudroyante le terrassait ; le médecin appelé en toute hâte se reconnut impuissant à le sauver et laissa la place au prêtre qui n’eut que le temps de lui donner l’absolution et l’Extrême-Onction avant que  notre regretté confrère rendît le dernier soupir.

     

    • Numéro : 1672
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1885