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Félix HUMBERT (1850-1917)

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    M. Félix Humbert naquit en 1850, à Lesseux, village des environs de Saint-Dié. Ses parents, cultivateurs, n’étaient pas riches des biens de ce monde, mais ils avaient reçu du ciel une foi profonde et un trésor de vertus qu’ils transmirent à leurs enfants.

    Lorsque vint pour Félix l’époque de la préparation à la première communion, le curé de la paroisse fut frappé du caractère sérieux, réfléchi de cet entant qui se distinguait de ses camarades par un savoir plus qu’ordinaire. En conséquence, il demanda à ses parents de le laisser suivre les leçons de latin qu’il s’offrait à lui donner. Les parents, qui espéraient trouver dans leur fils aîné un soutien de leurs vieux jours, ressentirent vivement le sacrifice qu’on leur demandait, mais, par esprit chrétien, ils acceptèrent la proposition du bon curé ; il fut convenu que l’enfant irait tous les jours au presbytère, distant de plus d’une heure de chemin de la maison paternelle.

    Les choses se passèrent ainsi, et l’année suivante, Félix Humbert entra au petit séminaire comme élève de cinquième.

    Ses débuts furent pénibles. S’il conquit d’emblée la première place en mathématique, par contre il s’entendit proclamer le dernier en ver­sion latine. Mais au bout de quelques mois il prit rang pour le latin parmi les meilleurs élèves de la classe.

    Sur ces entrefaites la guerre de 1870 éclata, et le jeune homme regagna le foyer paternel pour quelques mois.

    La guerre terminée, il entra au grand séminaire de Saint-Dié. Dès la première année, il entendit l’appel du Seigneur qui le sollicitait de se dévouer aux Missions-Etrangères. Les circonstances semblaient contraires à la réalisation de ses désirs : il venait de perdre son père ; comment imposer à sa pieuse mère un nouveau sacrifice ? La mère et le fils se souvinrent alors de la parole du divin Maître : « Celui qui aime son père et sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. » Avec l’autorisation de son directeur, Félix, qui avait reçu le diaconat, n’hésita point, et sa mère le laissa suivre sa vocation. Il entra au séminaire de la rue du Bac au commencement de l’année 1874. Il y passa une année mettant dans l’accomplissement de ses exercices de piété, dans l’étude de la théologie et dans l’observation de la règle, le calme et le sérieux qui ont toujours été le fond de sa vie.

    Ordonné prêtre le 19 décembre 1874, il fut désigné pour la mission de Cochinchine occidentale. Il fut envoyé à Choquan, paroisse des environs de Saïgon, pour y apprendre la langue annamite. L’année suivante, il fut placé à Thudaumot, centre d’un vaste district. Il se promettait d’y travailler de toutes ses forces, quand il dut prendre au séminaire la place de M. Favreau, rappelé comme directeur au séminaire des Missions-Etrangères.

    Dans tous les pays tropicaux, et particulièrement en Cochinchine la vie de professeur au séminaire est plus pénible qu’ailleurs. Mgr Colombert avait coutume de consoler ceux qu’il y destinait par un mot caractéristique : damnatus ad bestias. M. Humbert fit généreusement le sacrifice de son attrait pour le ministère actif. Dès ce jour, il se donna tout entier au séminaire, sans se laisser aller à des regrets inutiles. Une fois, une seule fois, au début, il demanda au vicaire aposto­lique de le laisser retourner en district. Mgr Colombert vint trouver le Père dans sa chambre, et avec un geste familier, lui dit qu’il avait jeté sa lettre au panier. Toute velléité de changement disparut.

    La carrière d’un professeur du séminaire, si longue qu’elle soit, celle de M. Humbert fut de quarante années, n’offre guère d’événements saillants. Chargé d’abord d’une classe de grammaire, le missionnaire y montra ses qualités de patience, de ténacité au travail, de piété. Avec les confrères il s’effaçait, ne s’occupait que de son travail ; sans être joyeux de caractère, il contribuait pour sa part à entretenir la gaieté fraternelle, acceptant volontiers d’être l’objet des plaisanteries, même de quelques mystifications d’ailleurs fort innocentes et très supportables. Entre temps il revit et corrigea la grammaire latine à l’usage des élèves.

    En 1878, il fut nommé aumônier de la Sainte-Enfance et du noviciat des Sœurs de Saint-Paul de Chartres. En 1884 il y ajouta la direction spirituelle du pensionnat.

    En 1894, au lieu d’une classe de latin, on lui donna à faire le cours de théologie dogmatique. Il avait depuis longtemps la charge d’économe qu’il remplit jusqu’en 1914. Il y déploya des aptitudes réelles ; à l’esprit d’ordre et d’économie, il joignait plus que le souci de la justice, car chaque année, il inscrivait au crédit une somme prise sur son argent personnel, afin de remédier aux oublis qui auraient pu lui échapper.

    Doué d’une constitution robuste, il ne faisait pas de sieste, ne prenait pas de récréation, et faisait face à ses multiples occupations sans montrer le moindre signe d’impatience ou de précipitation.

    En 1897, il succéda à M. Thiriet dans la charge de confesseur des Sœurs de Saint-Paul ; mais la maladie le força brusquement à cesser ses travaux, l’interruption ne fut d’ailleurs que passagère ; il dut peu après, en 1899, faire un séjour de six mois au sanatorium de Hongkong. A son retour, il reprit peu à peu, sauf au pensionnat, toutes ses occupations. Il put même aider le supérieur, M. Dumas, dans la direction du séminaire, le suppléant pour les lectures spirituelles et veillant activement au maintien de la discipline. Il s’y montra ferme sans raideur envers les élèves qui avaient en lui une très grande confiance. Sa bonté se manifestait envers ses nombreux pénitents par un accueil affectueux, une patience à toute épreuve, et des conseils toujours très pratiques. Les prêtres qu’il avait formés, restaient en relations avec lui, et il continuait de les soutenir avec la plus grande condescendance. La raison de cet attachement plus qu’ordinaire, était autant dans sa discrétion que dans sa charité. Parlant peu, il passait de longs moments dans la lecture des livres de piété, afin d’y trouver un soutien pour son âme et des lumières pour la conduite des autres. L’argent qui provenait de ses honoraires de messes, il l’employait à acheter les meilleurs livres ascétiques ; il se composait ainsi une bibliothèque choisie, que les confrères étaient heureux d’avoir à leur disposition pendant les re­traites.

    En 1914, commença pour M. Humbert la phase douloureuse de son existence. Une phlébite se déclara tout à coup, accompagnée de longs et violents accès de fièvre.

    Il accueillit la maladie comme une visite du Seigneur, sans se plaindre, acceptant d’être obligé de laisser peu à peu, les unes après les autres, les occupations qui faisaient le bonheur de sa vie. C’est ainsi  qu’il fut, vers 1915, déchargé de la direction du noviciat des Sœurs de Saint-Paul. Il est à propos de placer ici la note que les Sœurs nous ont communiquée sur leur cher directeur : « Dans l’exercice de son ministère à la Sainte-Enfance, le Révérend Père Humbert a toujours été admirable par son dévouement, son désintéressement et son zèle. Mais c’est surtout auprès des religieuses malades, alors qu’il fallait les disposer à bien mourir, que son zèle n’a point connu de bornes. Son souvenir est inoubliable parmi les Sœurs de Saint-Paul. Nous lui devons une reconnaissance éternelle.»

    Condamné à l’immobilité absolue, il ne fit jamais entendre une seule plainte, et continua à travailler dans la mesure de ses forces. Chaque jour, les séminaristes se rendaient auprès de lui pour le cours de théologie, d’abord à l’infirmerie du séminaire et plus tard dans sa chambre. Outre sa classe quotidienne, il suppléa assez longtemps, depuis le début de la mobilisation, le confrère chargé de la classe de rhétorique. Il avait une véritable passion pour l’enseignement de la théologie dogmatique, et préparait sa classe avec grand soin. Il consacra toujours de longues heures chaque semaine à lire et à méditer les grands auteurs, tels que Contenson, Franzelin, etc… Aussi, malgré sa modestie, son savoir se trahissait fréquemment par la justesse de ses réponses, lorsqu’une question théologique se posait au cours de la conversation.

    Il trouvait dans sa dévotion à l’adorable Eucharistie sa principale consolation. Il fut d’abord longtemps privé de dire la sainte messe, car son infirmité ne lui permettait pas de descendre à la chapelle. Grande fut sa joie, quand Mgr Mossard, à son retour de Rome, l’autorisa à célébrer dans une chambre de l’étage où il habitait. Peu après, le docteur lui permit de descendre deux fois par jour ; il lui sembla alors que l’assistance aux offices, et sa présence au réfectoire le ressuscitaient, parce qu’il continuait ainsi cette vie de communauté qu’il aimait tant.

    Dans les premiers mois de 1917, il eut quelques rechutes qui interrompirent ses travaux ; mais nous étions si habitués à le voir se remettre, il se plaignait si peu, que tous nous avions l’espoir de le conserver longtemps encore au milieu de nous. Cependant l’heure approchait où le Seigneur allait appeler à Lui, son fidèle serviteur.

    Dans le courant de la semaine sainte (1917), la laryngite dont il avait plusieurs fois souffert au cours des dernières années, lui occasionna une fatigue accompagnée de fièvre ; l’alimentation et la respiration devinrent plus difficiles. Cependant il put venir le jeudi saint assister à la messe et recevoir la communion ; il célébra même le saint sacrifice le dimanche et le lundi de Pâques, mais avec de grands efforts. Le mercredi soir, il sembla si oppressé qu’on alla chercher le médecin. Celui-ci constata une paralysie du tube digestif et déclara le mal sans remède. Mgr le Coadjuteur, en l’absence de Mgr le Vicaire apostolique, donna au cher malade les derniers sacrements. Notre confrère gardait sa pleine connaissance, il semblait heureux de se voir près de sa délivrance. Il répondait à toutes les questions, et répétait toutes les prières qu’on lui suggérait. Il put communier encore le jeudi et le vendredi. Les Sœurs de Saint-Paul se succédèrent toute la journée du jeudi auprès de lui ; pendant la nuit, les élèves du grand séminaire le veillèrent et prièrent de tout leur cœur. Le vendredi matin 13 avril, un peu avant dix heures, il tomba en agonie, et après une dernière absolution, le bon serviteur s’endormit tranquillement dans le Sei­gneur.

    Les funérailles eurent lieu au séminaire le samedi matin ; après le service solennel, l’absoute fut donnée par Mgr le Vicaire apostolique. Dans la soirée, après le chant des vêpres et une nouvelle absoute, le corps fut conduit au cimetière des missionnaires, près du tombeau de Mgr d’Adran. De nombreux confrères, tous les séminaristes et une grande partie de la communauté des Sœurs de Saint-Paul accompagnèrent le défunt jusqu’à sa dernière demeure. Le souvenir de sa piété et de ses vertus est de ceux qui édifient et fortifient, conservons-le long­temps.

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1240
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1875