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Jean François HUGUET (1872-1949)

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    Originaire du diocèse de Moulins, Jean-François Huguet fit ses études secondaires au petit Séminaire de Felletin, et de là entra directement au Séminaire des Missions-Étrangères de Paris. Ordonné prêtre le 29 février 1896, il reçut sa destination pour la Mission de Pondichéry où il débarqua le 2 mai suivant.

    Pour permettre au jeune missionnaire d’étudier le tamoul, Mgr Gandy le chargea d’abord de la surveillance pendant une heure environ chaque jour de la salle où la Mission vendait, avec autorisation, des objets de piété tels que : statuettes, chapelets, médailles, images pieuses qu’on n’aurait pas pu trouver ailleurs. Quelques mois plus tard, un confrère lui présente la « méthode Baulez », pour lui faciliter l’étude de la langue ; le P. Huguet prend le livre, l’ouvre, le parcourt, le referme, le met sous son bras, et dit en souriant : « j’ai tout cela dans la tête, désormais je puis voler de mes propres ailes. » De fait, il avait rapidement progressé dans la connaissance de cette langue ; aussi Mgr Gandy l’envoya-t-il à Chetpet, vicaire du P. Darras, ascète réputé et grand convertisseur, dans la partie-nord de la Mission de Pondichéry. Il avait baptisé des milliers de païens ; mais ces nouveaux chrétiens étaient dispersés dans de nombreux villages dont beaucoup fort éloignés du centre. Le P. Darras était donc toujours en course pour aller visiter ces braves gens, les encourager, poursuivre leur instruction et leur fournir la possibilité de s’approcher des sacrements. C’était là un travail absorbant. Puisque la Providence lui accordait un aide, il installa le P. Huguet à Budamangalam où quelques parias venaient de se convertir à la religion catholique. Ce village, qui était à une très longue distance de Chetpet, n’avait qu’une modeste résidence pour le missionnaire, mais pas d’école, pas d’église ; aussi le dimanche, le P. Huguet n’avait qu’une piètre assistance à la messe. Bâtir une église était donc le travail le plus urgent à entreprendre. Non loin de son presbytère s’élevait un petit monticule rocheux qui lui semblait devoir être l’emplacement idéal du nouvel édifice, mais il fallait employer la dynamite. Malheureusement les explosions répétées finirent par occasionner au missionnaire une demi-surdité qui lui rendit désormais le ministère des confessions difficile. Quoi qu’il en soit, avec l’aide de la Mission, il mena à bonne fin la construction de l’église.

    Le P. Huguet désirait beaucoup apprendre l’anglais. Or, peu de temps après son arrivée à Budamangalam, un Angle-Indien se présente à lui et demande l’aumône. L’occasion est excellente ; le Père propose au quémandeur de lui donner des leçons d’anglais, et en retour, il promet le couvert et le gîte, et le contrat est conclu de part et d’autre avec enthousiasme. Tout alla bien pendant quelque temps, mais le professeur trouva bientôt les journées trop monotones il préférait sa vie d’aventures. Or, un beau matin, il disparut et ne donna plus jamais de ses nouvelles.

    Cependant le P. Huguet travaillait ardemment à la formation chrétienne de ses ouailles ; mais il oubliait qu’il avait affaire à des néophytes, admis hâtivement au baptême à cause de circonstances particulières. Mgr Gandy craignant que son jeune missionnaire ne se décourageât en raison du peu de progrès de ces nouveaux chrétiens, l’envoya prêter main-forte au P. Maillard qui le reçut à bras ouverts. Sans plus tarder, le nouveau curé confia à son vicaire le village de Santavasel où végétait une chrétienté de parias récemment baptisés. La situation était donc à peu près la même qu’à Budamangalam. Le P. Huguet ne soupçonnant pas que la formation des nouveaux chrétiens est un travail de longue haleine et se jugeant incapable d’un tel apostolat fut, sur sa demande, transféré à un poste d’anciens chrétiens où il resta de 1902 à 1909.

    À peine arrivé à Hiroudayampettou, il se mit tout de suite à consolider la vaste église de cette localité qui menaçait de s’effondrer. Un des piliers qui supportaient le dôme, tout lézardé, allait céder ; il fallait y remédier au plus vite pour éviter un désastre. Par des combinaisons aussi ingénieuses qu’efficaces, le Père réussit à rebâtir à neuf un nouveau pilier et tout danger fut écarté.

    Ce travail terminé, il reprit ses leçons d’anglais brusquement interrompues par la fugue injustifiée de l’Anglo-Indien. La Providence lui envoyait cette fois un bon confrère, le P. Mathew Collins, Irlandais d’origine. Ils se lièrent d’une si grande amitié que seule la mort mit fin à leur correspondance. Quelques années plus tard, les circonstances ayant amené le P. Mathew à prendre du ministère en Amérique, ce dernier écrivait un jour à son ancien compagnon d’armes, qu’il avait de bonnes relations avec tous ses voisins, mais qu’il n’avait jamais retrouvé sur la terre d’Amérique l’excellente et franche confraternité dont il avait joui dans l’Inde avec les missionnaires des Missions-Étrangères.

    En 1909 le P. Huguet fut transféré à Nellitope, paroisse toute voisine de Pondichéry. Cette chrétienté était composée de parias et de chrétiens de caste. A cette époque-là le vent d’émancipation et d’indépendance soufflait sur l’Inde entière et spécialement sur le territoire français où sa violence s’était accrue par suite de dissensions politiques. Les parias réclamaient en particulier la suppression dans l’église de la balustrade qui, de temps immémorial les avait séparés des gens de caste ; mais ceux-ci enracinés dans leurs anciens préjugés s’y refusaient obstinément. L’autorité diocésaine prévoyant des batailles à l’intérieur du lieu saint en fit fermer les portes. Pour assurer à ses chrétiens la possibilité d’entendre la messe, le Père célébra dès lors le saint sacrifice alternativement pour les gens de caste et les parias dans une petite chapelle voisine. Mais les relations entre les parties adverses ne s’améliorant pas, le prêtre fut finalement retiré. Le P. Huguet était donc disponible. Il fut alors chargé du poste de Kallakuritchi. Dans une localité importante de ce district, à Sinne-Salem, la mission catholique n’avait pas même de pied-à-terre. Le missionnaire réussit à acheter un vaste terrain près de la gare, sur lequel s’élèvent maintenant, grâce au concours du P. Grandjanny : couvent, école, dispensaire, église, et c’est là que les Sœurs missionnaires des Missions-Étrangères travaillent avec zèle.

    Peu de temps après l’achat de ce terrain, le P. Huguet recevait son changement pour Cuddalore-Old-Town, petite ville située sur la côte de Coromandel, conquise sur les Anglais par le bailli de Suffren pendant la guerre de l’Indépendance américaine. Le nouveau curé trouva là une petite communauté de pensionnaires civils ou militaires vivant sur les allocations périodiques qui leur étaient attribuées par le Gouvernement anglais. Comme il n’existait pas d’école de garçons, le Père s’empressa de sacrifier à cet usage la principale salle de son presbytère, et selon l’habitude du pays, les élèves répétaient leurs leçons à tue-tête sur un ton aussi discordant que possible ; il est à croire que, la surdité du curé augmentant avec l’âge, il s’accommoda assez facilement de ce vacarme assourdissant que d’autres n’auraient pas pu supporter.

    Enfin en 1944, il devint chapelain de la maison de retraite des Sœurs âgées ou infirmes que la Congrégation du Cœur Immaculé de Marie possédait à Ariancoupan. Ce fut là sa dernière étape. Le vendredi 18 novembre 1949, alors qu’il célébrait la sainte messe, un malaise l’obligea à quitter l’autel à l’évangile et à revenir au presbytère. Sur le soir, le Père perdit l’usage de la parole et on le transporta d’urgence à l’hôpital de Pondichéry où le P. Planat lui administra le sacrement de l’extrême-onction. Le dimanche matin le P. Huguet nous quittait pour aller recevoir la récompense promise au bon et fidèle serviteur.

    • Numéro : 2215
    • Pays : Inde
    • Année : 1896