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Gustave HUDRY (1883-1912)

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    Gustave-Marius Hudry appartenait à une excellente famille de Dijon. Il était né le 15 novembre 1883. Au foyer domestique, il trouva dans les exemples et les belles traditions qui s’y transmettaient les germes de la piété dont sa vie a été embaumée. C’est au chevet de sa sainte mère, ainsi qu’il l’affirme lui-même, qu’il entend pour la première fois l’appel divin au sacerdoce. C’était le 1er avril 1891, et Gustave n’avait que sept ans.

    Deux années plus tard, à l’occasion d’une retraite prêchée par un missionnaire, il sent naître en lui le désir de se consacrer à l’apostolat parmi les infidèles. En parcourant ses notes intimes, souvenirs de sa jeunesse, nous lisons que cette pensée des missions lointaines ne l’a jamais quitté. Nous y voyons surtout, comme dans un miroir, le reflet des beautés de son âme, simple et droite : les sentiments les plus tendres et les plus délicats voisinent avec les plus viriles résolutions.

    Les années de son enfance s’écoulèrent au Pensionnat des Frères des Ecoles chrétiennes de Dijon, où il entra en octobre 1889. Il y fit sa première communion le 13 juin 1895. Ce jour béni fut dans sa vie une date importante : jusque-là, en effet, l’enfant avait été plutôt espiègle, remuant, indocile, à tel point que ses pieux parents et ses maîtres concevaient de sérieuses inquiétudes sur son avenir. La première descente de Jésus-Hostie dans son cœur le transforma ; son caractère se modifia totalement, et, avec des talents ordinaires, il se plaça désormais au rang des bons élèves.

    L’année suivante, il entrait au Petit Séminaire de Plombières où il passa six ans. « L’impression qui m’est restée de Gustave Hudry, écrit M. le chanoine Voisot, son vénéré supérieur, est celle d’un enfant pieux, consciencieux, très confiant en ses maîtres, courageux à surmonter les difficultés qu’il trouvait au travail intellectuel, habituellement un peu triste par suite d’une santé chancelante. Ce portrait, tracé du jeune collégien de 15 ans, est encore celui de l’aspirant et du missionnaire, tel que nous l’avons connu, avec cette réserve que la grâce avait perfectionné les dons naturels et développé un grand esprit de foi et un profond attachement au devoir.

    Après une année passée au Grand Séminaire de Dijon et une année de service militaire, M. Hudry obtint son admission aux Missions-Étrangères. Il arrivait à Bièvres le 3 octobre 1904. Deux ans plus tard, le 7 décembre 1906, il s’embarquait à Londres, sur le Mongolia, en compagnie de 35 de ses Confrères, et allait achever ses études cléricales au Collège général de Pinang. C’est là qu’il reçut le sous-diaconat (10 mars 1907), le diaconat (28 mai) et la prêtrise (7 juillet). Le 10 juillet, il prêtait le serment des jeunes missionnaires, et, le surlendemain, il s’embarquait sur le Taroba pour se rendre à Rangoon et de là à Mandalay, dans la Mission de Birmanie Septentrionale, où il arrivait le 17 juillet 1907.

     

    La santé de notre cher et regretté Confrère avait toujours été maladive et demandait beaucoup de ménagements. Afin de lui rendre l’acclimatement plus facile, Mgr Foulquier l’envoya étudier la langue anglaise à Maymyo, petite ville des montagnes d’un climat tempéré et sain. Là, M. Jarre, missionnaire en charge du district, l’accueillit avec sa charité ordinaire et l’entoura de tous les soins qu’il sait prodiguer à ses Confrères, qui, épuisés par les chaleurs excessives de la plaine, vont de temps à autre demander un renouveau de forces au bon air de la montagne. Pendant plus d’une année, M.    Hudry s’appliqua à l’étude de l’anglais, tout en aidant son Confrère dans la surveillance des ouvriers employés par celui-ci à la construction d’un grand pensionnat.

    Au moment de la retraite de novembre 1908, M. Hudry, qui n’avait point encore été à même d’étudier la langue indigène, fut envoyé à Chantagon. Ce poste, exclusivement birman, avait pour lui beaucoup d’avantages. Situé sur la ligne du chemin de fer et à proximité de Mandalay, il lui procurait le moyen de s’entourer de tous les soins que pouvait réclamer sa santé toujours délicate. D’autre part, là plus qu’ailleurs, l’étude de la langue birmane était facilitée par la présence d’un orphelinat de garçons, avec lesquels le jeune Missionnaire pouvait à l’aise et sans crainte converser à tout moment. Mal­heureusement, il lui était difficile de supporter une application intellectuelle quelque peu soutenue, et il lui fallait changer fréquemment d’occupation dans le cours d’une journée. Avec des efforts persévérants, il réussit, néanmoins, à posséder assez bien la langue pour exercer seul le saint ministère, et, en 1909, Mgr Foulquier lui confia le poste d’Yamethin, une place saine entre toutes.

    M. Hudry partit enthousiasmé. Dès son arrivée, il résolut de remplacer les vieux bâtiments de la Mission et il entreprit de suite de se transporter dans un endroit plus central et d’y bâtir à neuf église et presbytère. Il y mit tout son cœur et toute son ardeur. Il eut surtout l’ambition de faire une église selon toutes les règles de l’art, autant du moins que le permettaient les ressources du pays. Démarches incessantes, allées et venues multipliées, tracas de toutes sortes, rien ne comptait à ses yeux, tant qu’il s’agissait de réaliser le projet qui était l’âme de sa vie. Pendant plusieurs mois, il paya énormément de sa personne en demeurant constamment sur les chan­tiers.

    Tout cela ne pouvait se faire qu’au grand détriment de sa santé, déjà si ébranlée, de sorte qu’au mois de juillet 1911, se trouvant littéralement épuisé, il dut partir immédiatement pour le Sanatorium Saint-Théodore dans les Indes. Mais la maladie de poitrine qui le ruinait, était déjà arrivée à un tel point que les docteurs déclarèrent formellement qu’une seule chance de salut lui restait : partir de suite pour la France.

     

    M. Hudry revint en hâte en Birmanie mettre en ordre ses affaires, qu’il avait dû quitter brusquement, et confier l’achèvement de son église aux mains de son successeur. Puis quelques jours après, le cœur bien gros, il quittait sa chère Mission.

    Il arrivait en France au mois de juillet 1911. Il eut la grande consolation de revoir les membres de sa pieuse famille et, entre tous, une grand’mère tendrement aimée ; mais vainement il demanda à la science médicale et à l’air du pays la guérison de ses poumons malades. Une toux opiniâtre, accompagnée de fièvre, indices de la gravité du mal, épuisait son organisme affaibli. Et pourtant son cœur se tournait sans cesse vers sa chère église d’Yamethin. Il se préoccupait de l’état des travaux ; il cherchait des ressources ; il donnait largement de son avoir personnel et mettait tout en œuvre pour élever à la gloire de Dieu un temple digne de la majesté de l’Hôte du tabernacle. Le Divin Maître s’est contenté de sa bonne volonté et de ses intentions et ne lui a pas accordé la consolation de voir son œuvre  achevée.

    Purifiée par de longs mois de souffrances, saintement supportées, la belle âme de notre Confrère était appelée à la récompense le 20 mai 1912. Sa dépouille mortelle repose dans le petit cimetière de notre Sanatorium de Montbeton.

     

     

     

    • Numéro : 2956
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1907