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Abel HOUGARD (1891-1982)

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    Enfance et jeunesse

    Abel Hougard naquit à Colleret, dans le Nord, au diocèse de Cambrai, le 27 novembre 1891. Il semble que sa famille ne tarda pas à s’établir à Jeumont, car c’est là qu’il fit ses études primaires. Après quoi il entreprit des études commerciales, obtint son diplôme d’expert-comptable et exerça cette profession jusqu’à son service militaire, qui durait alors trois ans. Il allait être libéré quand éclata la guerre. Il servit dans l’artillerie pendant tout le conflit et termina la guerre comme lieutenant. C’est pendant ces longues années de guerre qu’il sentit naître en lui le désir du sacerdoce. Une fois démobilisé, il entra à l’école apostolique Saint-Antoine, aux Essarts, près de Rouen, dirigée par les Pères Assomptionnistes. Il lui fallait en effet compléter ses études et apprendre suffisamment de latin avant d’entrer dans un grand séminaire. Il fit sa demande d’entrée aux Missions Etrangères en juillet 1921 et entra à Bièvres le 15 septembre. Au bout d’un an, il contracta une sorte de sciatique et fut obligé de quitter le séminaire pour rentrer dans sa famille. Mais il ne perdait pas de vue son idéal ; une fois convenablement remis, il demanda son admission au séminaire de Cambrai où il poursuivit ses études tout en consolidant sa santé, avec succès d’ailleurs. C’est pourquoi il demanda de nouveau son admission aux Missions Etrangères. Au vu des certificats du docteur et du supérieur du grand séminaire de Cambrai, il fut accepté et revint au séminaire de la rue du Bac le 7 octobre 1924. Il avait fait deux années de théologie et reçu les ordres mineurs. Il poursuivit ses études et fut ordonné prêtre le 18 décembre 1926. Destiné à la Mission de Pondichéry, il partit le 24 avril 1927. Le 17 mai il était à Pondichéry : il avait 35 ans. C’était le « bateau centenaire », car les trois partants : Hougard pour Pondichéry, Patrouilleau pour le Japon et Charrel pour la Chine avaient 100 ans à eux trois !

     

     

    En mission

     

    Tout d’abord le P. Hougard mit tout son courage et toute sa persévérance à s’initier à la langue tamoule. Il faut dire qu’étant donné son âge, il ne réussit jamais à bien parler cette langue. Il fut néanmoins vicaire en plusieurs paroisses et ensuite procureur intérimaire de la Mission de 1933 à 1935. C’est alors, le 17 mars 1935, qu’il fut adjoint comme vicaire au P. Blaise, à la paroisse Notre-Dame des Anges à Pondichéry. Après le P. Blaise, il collabora avec le P. Trideau. Cette paroisse était appelée « la paroisse blanche » parce qu’elle était fréquentée par des chrétiens de race blanche et aussi par des Indiens parlant français, surtout des anciens fonctionnaires et des anciens militaires. Pratiquement tout l’apostolat se faisait en français : prédications, catéchismes, administration des sacrements. Le P. Hougard était donc plus à son aise dans ce milieu qu’en milieu tamoul. Quand le P. Trideau donna sa démission, en janvier 1945, le P. Hougard devint curé de Notre-Dame des Anges et il assuma cette fonction jusqu’au mois de juillet 1958, date à laquelle il rentra en France où il arriva le 26 juillet.

     

     

    En France

     

    Comme sa santé était un peu déficiente, il se soigna et se reposa pendant quelques mois. Le 15 novembre 1958, il prit le poste qui était déjà prévu pour lui avant son départ de Pondichéry, à savoir l’aumônerie des Sœurs de Saint-Joseph à Cluny. Il devait y rester jusqu’à sa mort le 30 septembre 1982. Pendant les dernières années, il était devenu aveugle et n’était donc plus capable de remplir sa charge. Mais les Sœurs de Saint-Joseph voulurent le garder chez elles, à Cluny, et le soigner en témoignage de reconnaissance pour tout ce qu’il avait fait pour elles aussi bien à Pondichéry qu’à Cluny. Cependant dans les dernières semaines, elles furent obligées de l’hospitaliser, car l’état du P. Hougard exigeait des soins constants que les Sœurs ne pouvaient lui assurer chez elles. Hospitalisé à Cluny même, il reçut constamment la visite des religieuses et de ses nombreux amis. Il avait demandé à saint Joseph, patron de la Bonne Mort, de rester lucide jusqu’au bout. De fait cette grâce lui fut accordée. Jusque dans les derniers moments, alors qu’il semblait sans connaissance, il comprenait tout ce qu’on lui disait et il le faisait savoir en serrant la main de ceux et celles qui lui parlaient. Il fut inhumé à Cluny le 2 octobre 1982.

     

    Après ce curriculum vitae, essayons de dégager quelques caractéristiques de la personnalité du P. Hougard. Un de ses condisciples au grand séminaire de Cambrai donne quelques détails intéressants. Il s’agit des deux années que le P. Hougard passa au grand séminaire de son diocèse (1922-1924) : « Il fut un excellent élève à Cambrai, pieux, studieux, très bon esprit. Il faisait sensation avec sa calotte noire et son pantalon qui dépassait la soutane. Il aimait raconter des histoires, faisait beaucoup rire, était fort populaire. Il passait pour quelque peu original, même aux yeux du vénérable supérieur. Quand, à la fin de l’année 1923-24, j’allai voir le supérieur pour lui déclarer que je songeais à aller aux Missions Etrangères, cela me valut la réflexion suivante : « Vous, aux Missions Etrangères ! M. Hougard, oui... mais vous ? » Un exemple du « genre » de l’abbé Hougard à Cambrai. Le professeur d’Ecriture sainte parlait aux élèves de ce texte prophétique : « A cause de la guerre qui allait écraser Israël et tuerait presque tous les hommes, sept femmes entoureraient un homme. » Suivant son habitude, le professeur interpelle un élève. Cette fois ce fut l’abbé Hougard. « M. Hougard, qu’en pensez-vous ? » Hougard se lève et répond : « Je pense qu’avec une, il en avait assez » : ce qui fait éclater de rire toute la classe. Cette réflexion et l’habitude qu’il avait de raconter des histoires nous montrent qu’il était de tempérament joyeux. En mission, il en fut de même et jusqu’à la fin de sa vie, il garda sa bonne  humeur.

     

    Le P. Hougard a laissé un profond souvenir à Pondichéry parmi les paroissiens de Notre-Dame des Anges. Sa mort fut profondément ressentie par ceux qui l’avaient connu et avaient bénéficié de ses secours. Le 5 octobre, une messe fut célébrée par le P. Lafrenez entouré des PP. Pennel, Olivier et Dussaigne. Dans l’assistance on remarquait quelques anciens combattants qui étaient venus avec leur drapeau pour honorer la mémoire de celui qui avait vaillamment combattu pendant la guerre 1914-18. Le P. Lafrenez fit l’homélie, rappela quelques souvenirs personnels et invita l’assemblée à ne pas oublier les exemples du P. Hougard et à marcher sur ses traces.

     

    Selon les termes du P. Lafrenez dans son homélie, pendant 23 ans, à la paroisse Notre-dame des Anges, le P. Hougard fut, dans toute la force du terme, le bon Pasteur.

     

    De tempérament jovial, aimable, souriant, il se faisait tout à tous et se trouvait à l’aise avec tous, aussi bien les grands de ce monde que les plus petits et les plus humbles, on pourrait même dire surtout avec les petits et les humbles. Il accueillait aimablement, non seulement les Européens pratiquants ou non, mais aussi les Indiens de toute croyance.

     

    On peut dire qu’il était le père des pauvres, qui voulait aider tout le monde. Ses clients étaient les pauvres qui envahissaient la cour du presbytère et jusqu’à l’escalier pour recevoir quelques menues pièces, juste de quoi vivoter au jour le jour.

     

    Il faisait tout son possible pour dépanner les sans-emploi. On peut dire qu’il harcelait les différents bureaux de la mairie pour caser les gens sans travail. Il avait un « flair », un talent de débrouillardise pour trouver toujours ce que d’autres ne pouvaient obtenir.

     

    Il portait une attention spéciale à l’orphelinat tenu par les Sœurs de Cluny. Rentré en France, il n’oublia pas cette œuvre. Chaque année il envoyait un secours appréciable et apprécié.

     

    Les personnes seules, âgées, incapables de s’occuper de leurs affaires étaient spécialement secourues. Il détenait leur avoir. Le tout était bien enregistré sur un cahier et il leur remettait en temps voulu ce dont elles avaient besoin. Il les conseillait pour la rédaction de leur testament, non pas à son profit, mais en faveur de telle ou telle personne qui le méritait.

     

    Pour les malades, il était d’une très grande délicatesse. Il les connaissait tous et les visitait. Bien des fois, il lui est arrivé d’attendre dans les couloirs de l’hôpital le signe de la Sœur  infirmière pour approcher au moment propice une pauvre âme en situation irrégulière. Sa grande simplicité lui ouvrait tous les cœurs et il arrivait à des résultats surprenants dans le domaine surnaturel, non seulement auprès des malades mais aussi à l’égard d’autres personnes. C’est ainsi qu’il devint l’ami de l’ancien maire de Pondichéry, un Alsacien protestant qui, grâce au P. Hougard, mourut dans l’église catholique.

     

    On peut tout résumer en un mot : il était serviable pour tout le monde. Tel était pour lui le vrai travail social par le contact direct.

     

    Si le P. Hougard n’oubliait pas Pondichéry, de leur côté ses anciens paroissiens ne l’oubliaient pas non plus. Chaque année, lettres et cartes de vœux affluaient. Un de ses anciens paroissiens annonce même qu’il serait question de lui élever une statue à Pondichéry, en témoignage de reconnaissance.

     

    À Cluny, il continua sa vie de dévouement au service des Sœurs aussi longtemps qu’il le put. Il s’était fait aussi de nombreux amis parmi les personnes du voisinage. Il aimait visiter les malades, les personnes seules et âgées pour leur apporter un peu de joie et de réconfort.

     

    Aussi bien à Pondichéry qu’à Cluny, il eut toujours une grande dévotion pour la Vierge Marie. A Pondichéry, pour l’année mariale 1954, il fit circuler une petite statue de Notre-Dame de Lourdes. Une année durant, la Sainte Vierge visita presque toutes les familles de la paroisse, amenant des réconciliations et des retours à Dieu. Les Fêtes de la Sainte Vierge étaient particulièrement célébrées. Chaque année, au soir du 15 août, il « jubilait » après la traditionnelle procession. Dans les épreuves de sa vieillesse, cécité et autres misères, il s’adressait à Notre-Dame, comme à sa Mère, la mettant au courant de tout, lui demandant conseil, force et courage pour accepter de bon cœur la volonté de Dieu.

     

    Il faut signaler aussi qu’il offrit pour la chapelle des Sœurs à Cluny de belles draperies aux couleurs liturgiques et le nouvel autel face au peuple.

     

    Le P. Hougard, bien qu’ayant commencé sa vie sacerdotale et missionnaire assez tard en raison des circonstances, l’a cependant bien remplie tant en Inde qu’en France. Sa charité envers les autres lui aura valu l’accueil que le Seigneur réserve à ses bons serviteurs.

     

     

    • Numéro : 3330
    • Pays : Inde
    • Année : 1927