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Léon HOLHANN (1851-1926)

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    Léon-Joseph Holhann, né à Bar-le-Duc, le 23 juillet 1851, entrait simple clerc encore au Séminaire des Missions-Etrangères le 5 août 1872, recevait la prêtrise le 19 septembre 1874 et partait au commencement de novembre suivant pour Hongkong, destiné à travailler dans les procures de la Société.

    « Deux ans à peine s’étaient écoulés dans la préparation à ses futurs emplois, écrit un de ses contemporains, qu’il fut nommé pour aller à Singapore, remplacer M. Martinet dans la direction de cette procure. Il ne fit qu’y passer ; sa santé s’altéra vite ; et lorsque je débarquai, au mois de mai 1879, à Singapore, pour me rendre au Collège général de Penang, déjà il avait son remplaçant provisoire, M. Chapuis, et il remontait à Hongkong par le bateau que je venais de quitter. Nous avions eu à peine le temps de nous entrevoir, mais la Providence ménageait à courte échéance notre communauté de vie et de relations, pour un quart de siècle, successivement à Penang et à Nazareth de Hongkong.

    Nous savions au Collège que M. Holhann désirait sortir des procures. Une occasion favorable se présenta après le rappel de M. Chibaudel au Séminaire de Paris ; encouragé et secondé par M. Wallays il fit sa demande de transfert de la procure de Singapore au Collège général de Penang, et dès les premiers mois de 1881, sa demande ayant été agréée par le Conseil de Paris, il venait prendre son rang parmi nous.

    Il avait trente ans, et nous apportait, avec son activité naturelle, toute la richesse de son dévouement consacré désormais à l’instruction de nos élèves et à la formation de leurs âmes. Il avait un esprit sérieux et réfléchi, un caractère droit, sensible, parfois même un peu trop à telles observations ou plaisanteries, nullement enclin à la jovialité ou aux conversations bruyantes, sans attrait pour le jeu durant le temps des récréations, et s’isolant pour consacrer celles-ci à quelque travail personnel, quand il ne devait pas être au chevet de quelque malade.

    « Le Père Holhann au chevet des Confrères malades ! » Voilà l’une des deux gravures typiques que j’aimerais savoir reproduire ses traits dans l’une des salles de Béthanie. Deux gravures en effet, pour ceux qui ont eu l’avantage de le voir dans sa vie active de missionnaire, l’exprimeraient avec une parfaite fidélité : « L’homme de Dieux » priant pour les confrères militants de notre chère Société. Il avait bien vraiment fait sienne, sous ce rapport, la sentence biblique du livre des Machabées : Hic est fratrum amator et populi Israël ; hic est qui multum orat pro populo et universa sancta civitate…Ensuite « l’homme de ses frères souffrants », à l’activité inlassable auprès d’eux pour les soulager dans leurs maux et leur rendre la santé. Je crois que ses  premières assiduités furent à l’égard de nos élèves malades de Penang. Tout au plus avait-il pu, à son arrivée à Hongkong, voir au sanatorium de Béthanie, qui ne datait que de quelques mois (1874), le P. Patriat, « la maman Patriat », se prodiguer auprès des premiers missionnaires confiés à sa sollicitude. A Penang, son goût et ses talents naturels allaient commencer à jeter tout leur éclat.

    Après les petites vacances de juillet (1881), il recevait ses premiers élèves qu’il devait former à la langue latine par le moyen du latin. Le professorat ne le gênait pas, nous avoua-t-il bientôt, mais il n’en était pas de même pour la prédication en latin, qu’il devait faire alternativement avec un autre confrère, le dimanche, à l’une des deux divisions.  Aussi demanda-t-il à échanger cette fonction pour une autre. Quant à la charge formelle de « Père infirmier », elle lui fut attribuée à l’unanimité lorsque le titulaire, M. Teurtrie, quitta définitivement le collège, sur la fin de 1882.

     

    Cependant, pas plus dans ce poste, qu’il aimait et où il se dévouait tout entier, que dans celui de Singapore, il ne devait, selon l’ordre providentiel, prolonger sa vie et   ses services. Au cours de sa seconde année, la nouvelle nous arriva au collège que   M. Rousseille venait fonder en Extrême-Orient un nouvel établissement sui generis,  et devait profiter de son voyage pour s’arrêter parmi nous. Son plan s’éclaircit           ou se précisa peu à peu ; nous apprenions qu’il avait obtenu de Mgr Coadou, aux     Indes, M. Monnier pour l’un de ses collaborateurs ; à Penang même, M. Béal,      notre hôte temporaire, pro-préfet apostolique de Canton. Et, à Penang encore, avec l’acquiescement du Conseil de Paris, il fit des ouvertures à M. Holhann pour l’emmener comme son troisième associé.

    A l’automne 1884, arriva la lettre du Conseil de Paris, nous retirant notre confère, et celui-ci vers la fête de la Toussaint nous faisait ses adieux. Sa vie allait désormais s’écouler aux côtés de M. Rousseille, soit dans la maison même de Nazareth en tant que membre de la Communauté, soit tout auprès, au sanatorium de Béthanie, où le départ de M. Patriat pour Penang et de là pour l’Europe, pour cause de maladie, le fit nommer supérieur, d’abord intérimaire et puis à titre définitif.

    Ce que, dans ce nouveau poste, il fut l’espace de quinze ans, deux mots peuvent   le résumer. Comme administrateur du sanatorium, il poussait jusqu’à l’extrême la défiance de lui-même ; mais il trouvait du moins le contre-poids dont il sentait tout   le besoin, dans le ferme jugement et les lumières de M. Rousseille. Comme infirmier assidu et attentif auprès des confrères malades, il porta  en vérité jusqu’au  maximum, son dévouement inlassable de jour et de nuit, depuis le moment où un malade arrivait  à Béthanie jusqu’à celui où il pouvait reprendre le chemin de sa Mission, ou bien   s’en allait au Ciel recevoir le prix de ses travaux et de ses souffrances.

    Les travaux exécutés dans la maison pour accroître le confort des chambres et en ménager quelques-unes à l’écart, où les malades souffriraient moins du bruit et pourraient de plus, sans sortir de chez eux, assister à la messe et recevoir la sainte communion et dans la propriété, la création de la petite vacherie de Béthanie, témoignent de l’attention toujours active du Supérieur du Sanatorium à procurer aux confères tous les avantages possibles.

    Mais le départ définitif de M. Rousseille, au printemps 1899, privait M. Holhann de son appui nécessaire et il sentit trop lourde pour lui la charge du supériorat. Le Conseil de Paris accueillit sa demande de démission et, en lui envoyant un successeur, l’autorisa à reprendre sa place dans la Maison de Nazareth. Il y continua ses services soit auprès de ses confrères, soit auprès des Chinois employés dans nos chambres ou  à l’imprimerie. Son principal malade fut M. Béat qu’un séjour prolongé en France n’avait pu guérir de son mal implacable. Il s’installa à son chevet, à Nazareth même, et lui procura tout ce qui était dépendant de la science médicale et du dévouement le plus fraternel. Le mal fut plus fort que tout, et M. Holhann voyait mourir dans ses bras, le 11 février 1904, ce cher P. Béat, l’un des premiers compagnons comme lui de M. Rousseille.

    On avait laissé ignorer au mourant la nouvelle, arrivée en ces jours mêmes, du retour prochain en France de son cher et inséparable infirmier. Le Conseil de Paris venait en effet de rappeler M. Holhann, dans le dessein de lui confier l’organisation d’un nouvel établissement, annexe du sanatorium de Montbethon, qui allait se créer au bourg de Niederfeulen, dans le grand duché de Luxembourg. Dans ce même mois de février 1904, M. Holhann quittait donc, pour ne plus les revoir, ces trois établissements de Hongkong, auxquels, à des titres divers, il avait appartenu et consacré presque la moitié de sa vie apostolique, la procure, Nazareth et le sanatorium de Béthanie. »

     

    La seconde partie de cette vie de missionnaire fut en France ce qu’avait été la première, peut-être même d’une manière encore plus accentuée, une vie toute de prière, une vie de « chartreux ». Il est difficile de le suivre dans les postes qu’il a occupés à Niederfeulen (1904-1911) et à la procure de Londres ; il faudrait se  répéter et désormais sa vie cachée et tout intérieure offre peu de prise aux regards,    car il tient les volets soigneusement clos. La prière était la première et la plus aimée de ses occupations ; elle le tenait constamment élevé au-dessus des choses matérielles ou pratiques. Le vit-on jamais les yeux sur un journal ou un livre profane ?

    De là vient sans doute sa crainte irraisonnée des responsabilités ; il les redoutait, non pas qu’il manquât des qualités nécessaires, mais parce que, croyons-nous, elles contrariaient son goût de vie intérieure. Voilà pourquoi il ne se complut jamais que dans les places de second plan, où la direction lui était toute tracée. Aux choses pratiques cependant il donnait tout le temps que réclamaient les devoirs de sa    charge, mais elles ne le faisaient pas descendre des hauteurs où son âme se complaisait ; et alors la minutie des détails lui faisait souvent perdre de vue la perfection de l’ensemble.

    A Feulen, où il arrive le 25 avril 1904, il continue l’installation de la maison avec un jeune confrère malade mais entreprenant, M. Bühl ; il tient son journal où il   inscrit jour par jour les plus petits événements : « installation d’un poulailler, le 4 mai 1904… achat, le 24 mai, de la première poule, qui se met immédiatement à couver… le 10 juin, naissent les premiers poussins… le 10 septembre 1904, naît un veau qui est vendu dans la suite 83 francs au boucher… » Le bon Père Holhann revit dans ces notes et ceux qui l’ont connu ne peuvent que dire en les relisant : Comme c’est bien lui ! Il ne voyait dans les choses de ce monde que ce qu’y voyaient les disciples du patriarche d’Assise. Benedecite omnia opera Domini, Domino ! »

    En 1911, la maison  de Feulen fut fermée et M. Holhann dut la quitter. Le fit-il avec regret ? Nous ne le pensons pas. Il devait en effet reprendre à la procure de Londres une place de second plan et cela le dégageait des responsabilités qu’il trouvait toutes trop lourdes. Que furent ces treize années passées comme socius du procureur de Londres ? On le divine, mais on ne le décrit pas. Confiné le plus  souvent dans la solitude de sa chambre, son âme s’élevait dans la prière et la contemplation des choses éternelles à mesure que son corps s’affaiblissait.

    Vint le moment où l’âge et les infirmités lui firent pressentir la fin de son pèlerinage terrestre. En 1924, il quitta Londres pour aller au sanatorium de Montbeton se libérer enfin et absolument de toute préoccupation terrestre et y préparer son dernier et définitif voyage. Nous le vîmes à son passage à Paris, le corps affaissé, les jambes affaiblies et hésitantes, l’œil atone semblant chercher une place pour tomber. Le bon Père Holhann n’était plus qu’une ruine.

     

    « Il vint s’installer à Montbeton le 17 octobre 1924, écrit M. Sibers. Il était déjà atteint d’ataxie locomotrice progressive, il marchait difficilement et ne faisait pour tout chemin que celui de sa chambre à la chapelle et au réfectoire. Il a pu célébrer la sainte messe jusqu’au 6 novembre 1925 et ne parut plus au réfectoire depuis le 1er décembre 1925.

    Il reçut une première fois l’Extrême-Onction, le 8 décembre, à la suite d’une crise cardiaque qui lui fit perdre toute connaissance pendant vingt minutes. Une piqûre médicinale le fit revenir à lui … Le 7 février 1926, la paralysie fit des progrès soudains ; le bras droit et la jambe droite étaient inertes et un peu plus tard, les jambes repliées ne pouvaient plus s’allonger.

    L’appétit vint à disparaître et il s’éteignit doucement le 5 mai, après avoir reçu de nouveau les derniers sacrements. »

    • Numéro : 1226
    • Pays : Chine Singapour
    • Année : 1874