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Flamand HINARD (1850-1917)

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    Le Bulletin de l’Associarion amicale des anciens élèves du collège et institut libre de Saint-Lô a publié sur l’enfance et la jeunesse de notre cher et regretté P. Hinard les détails suivants (Février-mai 1917, p. 45.) : « En 1859, au mois d’octobre, un jeune élève d’aspect turbulent, aux mouvements brusques, au regard curieux et plein de vie, arrivait au collège diocésain. Il était né à Belval le 26 mai 1850 et se nommait Flamand Hinard. La discipline le gêna peu dès l’abord, car il parut s’en soucier médiocrement. Un camarade, qui est encore de ce monde, se souvient d’avoir entendu l’un des surveillants de réfectoire s’expliquant à lui-même, à mi-voix, les notes qu’il mettait sur le cahier de semaine, murmurer une fois entre ses dents quand arriva le nom de Flamand Hinard : « Je ne l’ai pas vu parler, mais il a dû parler. » La main sanctionnait l’observation, en crayonnant dans la colonne ad hoc une note hebdomadaire médiocre, un 3. Le propos fut naturellement redit à l’intéressé, et l’on devine s’il se défendit comme un beau et bon diable contre cette trop sommaire justice. Il ne niait pas sans doute qu’il eût parlé ; « mais puisqu’on ne l’avait pas vu !»

    Flamand Hinard débuta sous M. Pelchat, en classe préparatoire. « Ah ! le bon temps que c’était ! » répétait-il plus tard. Son premier maître resta parmi ses meilleurs souvenirs.

    L’écolier obtint, chaque année, au cours de ses études l’un ou l’autre des prix d’excellence. Il conquit en seconde le premier rang sur l’abbé Chauvin, tandis qu’il cédait la première place, en 1869, en rhétorique à son rival heureux.

    Cette année-là marque une date dans la vie du collégien. Un changement visible à  tous les regards s’opérait en lui. Il avait toujours traité sérieusement les choses saintes. Mais il devint plus foncièrement pieux ; et la régularité de sa conduite lui valut toutes les semaines la plus haute des récompenses : la mention honorable.

    « Le grand séminaire de Coutances, où il entra en 1870, acheva l’œuvre de sa transfor-mation. Le jeune abbé montra partout une gravité sans affectation et une piété de bon aloi qui imposaient à ses camarades l’estime et la sympathie. « Heureuse la paroisse qui le recevrait comme vicaire ! » pensaient ses condisciples. Le nouveau prêtre avait d’autres vues.

     

    « Dès la fin de son séminaire, en effet, il fut admis à la maison des Missions-Etrangères, rue du Bac, à Paris. Il devait s’y préparer pendant près d’un an, d’octobre 1874 à juin 1875, à l’œuvre qui serait l’occupation de sa vie. Lorsqu’il eut terminé son année de probation ses supérieurs l’envoyèrent en Mandchourie. »

    Le vicaire apostolique, Mgr Verrolles, le plaça à Yangkoan pour y apprendre le chinois, et s’y former aux us et coutumes du pays. M. Hinard eut pour maître de langue un vieux chrétien, fier de ses fonctions et conscient de son devoir. Si, lorsqu’il demandait quelque chose, le Père avait le malheur de se tromper sur le ton d’un mot, le vieux maître, quoique ayant bien saisi la pensée de son élève, lui refusait impitoyablement l’objet demandé ; c’est ce qui explique la sûreté avec laquelle M. Hinard s’exprimait.

    Au printemps 1876, il alla faire l’administration de quelques chrétientés avec celui que nous appelions le saint Père Venault pour guide.

    En 1878, il fut chargé de la direction du séminaire, alors à Yangkoan ; il devait conserver cette charge jusqu’en 1885. Il y vivait dans le calme, fort aimé de ses élèves, qu’il traitait tout à fait paternellement, lorsque dans les derniers jours de juillet 1879, la petite rivière, qui coule à quelques pas du séminaire, se gonfla subitement par suite de pluies torrentielles. Le 5 août, au matin, ses eaux envahirent l’établissement. Réveillés à temps, les élèves purent gagner la colline voisine, d’où, sous une pluie battante, ils virent leur maison disparaître dans les flots. Ce matin-là, M. Hinard se trouvait à la procure de Newchwang. Quand la triste nouvelle lui parvint, il loua une barque pour aller chercher ses élèves sans abri, et sur l’ordre de son évêque, s’installa avec eux à Chaling que le séminaire avait quitté peu d’années auparavant. L’ancien établissement subsistait encore, il faisait partie de la résidence du missionnaire ; il était petit et humide. M. Hinard résolut de le reconstruire ; il intéressa les chrétiens de Chaling à son projet, reçut des secours de la mission et à l’automne de 1881 les bâtiments étaient prêts pour loger les élèves. Notre confrère y continua sa vie régulière de supérieur et de professeur.

    En 1885 sa santé déclina notablement et Mgr Dubail dut le retirer du séminaire. Il le nomma curé de Chaling, la paroisse où il demeurait et qu’il connaissait bien. L’année suivante, le vicaire apostolique le choisit pour provicaire, en remplacement de M. Boyer qui venait d’être nommé coadjuteur et qui mourut peu de mois après, le 8 mars 1887. La mort du coadjuteur et la maladie du vicaire apostolique firent du provicaire le supérieur réel de la mission. Il en fut aussi le supérieur officiel du 7 décembre 1887 au mois de mars 1888, c’est-à-dire de la mort de Mgr Dubail à la nomination de Mgr Raguit. A cette dernière date, M. Hinard cessa ses fonctions de provicaire (Le Mémorial, vol. I ,  p. 209, qui indique que M. Hinard a été provicaire jusqu’en 1890 est inexact.) et ne garda que la direction de la paroisse de Chaling.

    En 1888, l’inondation ayant ravagé le sud de la Mandchourie, Cha­ling ne fut pas épargné ; M. Hinard s’y dépensa sans compter. Il put aussi procurer aux missionnaires des ressources qui lui furent remises par le comité de secours de Newchwang, dont faisait partie un de ses amis, M. Benh. Ces travaux lui ayant causé une extrême fatigue, Mgr Guillon le plaça à la procure, en lui donnant le titre de secrétaire.

    Peu après, M. Hinard fut choisi pour être un des directeurs du séminaire des Missions-Etrangères. Il quitta la Mandchourie au mois de no­vembre 1890. « Il a laissé ici les meilleurs souvenirs, a écrit Mgr Choulet, le vicaire apostolique actuel de la Mandchourie méridionale. Sa bonté est demeurée proverbiale. Il pouvait être trompé par les nombreux quémandeurs qui l’approchaient, mais à ceux qui lui en faisaient la remarque, il répondait que Dieu ne se tromperait pas sur ses intentions au grand jour du règlement des comptes.

    « Il fut toujours le plus aimable des confrères : jamais un mot peu charitable ne sortait de sa bouche. Un confrère se trouvait-il dans le besoin, s’était-il mis dans une mauvaise situation, M. Hinard ne se donnait pas de repos qu’il ne l’eût tiré de ce mauvais pas, prenant les charges pour lui, payant de sa personne et de sa bourse.

    « D’une discrétion à toute épreuve, il était le confident de toutes les personnes qui sentaient le besoin de confier à quelqu’un le trop-plein de leur cœur. Combien de misères cachées n’a-t-il pas soulagées, combien de confidences secrètes ne lui ont-elles pas été faites, oh ! que de bien il a accompli par sa bonté ! »

    Il fut officiellement reçu directeur le 11 janvier 1891. Voici depuis cette époque jusqu’à sa mort les fonctions qu’il a remplies avec les dates correspondantes : Du 4 juillet 1892 au 24 juin 1901, secrétaire du Conseil et chargé du cours supplémentaire de morale ; du 24 juin 1901 au 1er juillet 1907, professeur de droit canonique, avec les archives et le Compte rendu annuel des travaux de la Société ; du 1er juillet 1907 à 1913, il résida au séminaire de l’Immaculée à Bièvres et y fit le cours de morale de première année auquel il ajouta l’économat depuis le 27 juin 1910 jusqu’au 26 juin 1913.

    À cette époque, il revint à Paris et y professa le cours de morale de seconde et de troisième année. De cette dernière date jusqu’en 1916, il eut encore à rédiger le Compte rendu annuel.

    De 1904 à 1907 il avait été directeur de l’Œuvre des Partants.

    Ajoutons à ces travaux la direction d’un certain nombre d’aspirants, qui allaient à lui avec une grande confiance et trouvèrent dans ses conseils, dont ils ont conservé une reconnaissance profonde et émue, la voie qui convenait à leur âme.

    Dans toutes ces fonctions, M. Hinard montra les mêmes qualités et les mêmes vertus qu’en Mandchourie et particulièrement une bonté faite de douceur, d’indulgence, d’optimisme dont le charme et l’utilité sont fort appréciables partout, plus encore peut-être dans les com­munautés, où, à l’occasion, elles adoucissent les angles et mettent, selon une expression consacrée, de l’huile dans les rouages pour en faciliter l’ajustage et le fonctionnement.

    Notre cher confrère se gardait bien d’oublier les missions dont il était le procureur, il savait s’adresser à la générosité de ses amis pour envoyer des secours en Mandchourie, au Japon et en Corée.

    Il fut aussi pendant de longues années le confesseur extraordinaire des religieuses de Saint-Paul de Chartres, qui sont au séminaire de l’Immaculée-Conception et des religieuses de la Présentation de Tours qui dirigent un orphelinat à Meudon ; il fut également, depuis 1914, le confesseur ordinaire des orphelines de cet établissement, où il a rendu des services que la supérieure a résumés dans cette lettre :

    « Vous entretenir des souvenirs de notre vénéré et si regretté Père est pour nous une consolation et une véritable satisfaction. Il était si bon, notre cher Père Hinard ! Il a fait tant de bien dans notre maison !

    « Depuis l’année 1895, il était le confesseur extraordinaire des sœurs. Pendant les retraites annuelles, malgré ses graves occupations, il passait chaque jour plusieurs heures au confessionnal ; les retraitantes le connaissaient bien et ne manquaient jamais, en arrivant, de s’inquiéter si le bon Père serait à leur disposition. La nouvelle de sa mort, à la retraite de juillet, causa une grande peine.

    « Au moment de la guerre, en 1914, M. le curé de Meudon voyant partir ses vicaires, confia le spirituel du couvent au P. Hinard, qui fut de plus en plus pour nous un ami fidèle et dévoué. D’une confiance sans limites en la Providence, il savait calmer les craintes si fréquentes et si naturelles en ce triste temps : « Laissez donc, disait-il, avec un accent tout particulier, laissez donc, le bon Dieu aura le dernier mot. Et la sainte Vierge n’est-elle pas là. »

    « Devant les faits pénibles, il constatait, compatissait à vos peines, puis vivement reprenait son inaltérable confiance et la communiquait autour de lui. D’une prudence éclairée, il savait donner le conseil juste et pacifier tous les différends. Plusieurs personnes du monde m’ont dit avoir trouvé près du bon Père une sagesse et une décision qu’elles cherchaient vainement depuis longtemps.

    « Affectueux et zélé, il ne comptait ni avec son temps ni avec ses forces. Pendant l’hiver dernier, si rigoureux et si long, notre cher Père vint chaque samedi, par la neige et le verglas, souvent très enrhumé, confesser à la chapelle, ce qui le retenait parfois assez tard. Il s’intéres­sait beaucoup à nos chères orphelines ; souvent il leur procurait quelques douceurs, leur distribuait des chapelets, des médailles. Il aimait les enfants ; si parfois nous déplorions devant lui, un peu trop de légèreté ou d’indépendance. « Laissez donc, disait-il, elles sont si bonnes, ces petites, elles aiment tant le bon Dieu et la sainte Vierge !

    « Cette bonté n’était pas de la faiblesse. « Si vous voyez, me disait-il, une enfant se laisser aller à quelques manquements qui nuisent au bon exemple, ne la laissez pas faire la sainte communion avant que sa faute soit vraiment réparée. »

    C’est au milieu de ses occupations que la mort vint brusquement saisir notre cher confrère, le 15 mars 1917. A midi il était au milieu de nous, gai comme à l’ordinaire. Le jeudi soir il n’assista pas au salut ; il ne parut pas non plus au réfectoire, un domestique envoyé dans sa chambre pour voir s’il était souffrant, revint en courant nous annoncer : « Le P. Hinard est mort. » Nous nous précipitons, et nous le trouvons étendu auprès de son lit la face contre terre. Il  ne donnait plus signe de vie, mais il n’était pas encore refroidi. M. Roulland (1) lui administra en hâte et sous condition l’extrême-onction. Une congestion aiguë l’avait emporté.

    Les âmes qui ont dû à sa bonté et à sa prudence, lumière et joie, l’ont profondément regretté. Sa disparition a été pour nous, surtout en ces jours de deuil, une véritable tristesse.

     

     

    (1)  Et non M. Delmas, supérieur du séminaire, comme il est dit par erreur dans les Annales de la Société des Missions-Etrangères et de l’Œuvre des Partants, nº  115, mai-juin 1917.

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1246
    • Pays : Chine
    • Année : 1875