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Marius HEYRAUD (1904-1938)

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    M. Heyraud vint au monde le 6 novembre 1904, à Sainte-Sigolène, au diocèse du Puy. D’une nature peu expansive, il par­lait rarement de son enfance et de sa jeunesse, aussi sommes-nous dans l’impossibilité d’en donner aucun détail.

    Il fut ordonné prêtre le 21 décembre 1929, mais ce n’est que le 8 mai de l’année suivante qu’il quitta le Séminaire des Missions-Étrangères pour arriver dans la Mission qui lui était des­tinée. La dernière journée de son long voyage resta profondément gravée dans sa mémoire ; quelques heures seulement avant d’atteindre Anlung, il fut surpris par une fusillade déclenchée par des brigands sortis d’un bois à proximité de la route ; ceux-ci tuèrent à bout portant le guide de la caravane dont faisait partie M. Heyraud, et s’emparèrent des bagages pendant que leur chef tranquillisait M. Richard, compagnon de notre nouveau confrère. Leur coup de main rapidement exécuté, il fallut quelque temps pour retrouver M. Heyraud dont les jambes d’ancien chasseur alpin n’avaient pas perdu de leur agilité. Arrivé à l’évêché de Anlung, il se mit sans tarder à l’étude de la langue chinoise dans laquelle il fit de rapides progrès. Un an après il fut nommé vicaire de M. Nénot à Tayen. En passant à Tchéchou, ancienne résidence sans missionnaire, les chrétiens de cette localité lui firent une réception grandiose. Il serait resté là bien volontiers, mais il lui fallait aller jusqu’à Tayen. Il n’y séjourna pas long­temps parce que les chaleurs lui étaient trop pénibles et les chrétiens de Tayen, à son avis, n’avaient pas les qualités de ceux de Tchéchou auprès desquels il avait trouvé beaucoup de sym­pathie et de simplicité. Il fut donc décidé qu’il irait étudier le dialecte dioy dans ce poste. Là, M. Heyraud ne tarda pas à être pris d’un accès de fièvre, mais grâce aux bons soins de son curé, il se remit assez vite et continua avec ardeur l’étude de la langue qu’il parla très correctement en peu de temps. Malheureusement, il eut à vaincre une grande timidité natu­relle dont il finit par se débarrasser difficilement. Peu à peu il prit la résolution d’enseigner le catéchisme et de visiter les chré­tiens. A l’occasion de la visite épiscopale, il se chargeait plus volontiers de l’administration des baptêmes et des confessions. A la fin de cette visite, il avait baptisé 130 personnes, prêté sa collaboration à entendre plus de 600 confessions, béni 25 mariages et administré une dizaine d’extrêmes-onctions.

     

    L’année suivante, afin d’aider M. Heyraud à vaincre cette timidité et à s’occuper seul du district de Tchéchou, son curé lui conseilla, lors des visites des chrétientés, d’emporter avec lui son phonographe ; ce fut un vrai succès. La maison où logeait le missionnaire ne désemplissait pas, et des délégations de chré­tiens venaient de loin à sa rencontre, tous désiraient avoir la faveur de le recevoir. C’est ainsi que 15 villages du Pansi, dont l’instruction avait été négligée par suite du manque de mission­naire, furent évangélisés tour à tour. De nombreuses distributions de remèdes aux malades firent que ces tournées se terminèrent dans l’enthousiasme.

    Malheureusement, à cette époque, le pays était terrorisé par des bandes de brigands installés aux deux extrémités de son district. Ignorant qu’ils font beaucoup de bruit avant d’en venir aux voies de fait contre les missionnaires, M. Heyraud fut effrayé de voir son curé mis en joue par ces bandits afin d’obtenir de lui l’objet de leurs désirs. L’affaire n’eut pas de suites fâcheuses, mais notre confrère, de retour à. Tchéchou, garda de cette mau­vaise rencontre un souvenir terrifiant. A la moindre apparence du danger, il allait passer la nuit en pleine brousse dans une cabane abandonnée, à 10 kilomètres de sa résidence. Toutefois cela ne l’empêcha nullement de faire son devoir, surtout lors d’une épidémie de fièvre typhoïde pendant laquelle curé et vi­caire administrèrent en deux jours 37 extrêmes-onctions ou bap­têmes à l’article de la mort. Par ailleurs, M. Heyraud était toujours prêt à rendre service quand il le pouvait. C’est ainsi qu’il soigna jusqu’à complète guérison deux grands blessés païens de Ouifong et Panouang laissés pour morts sur la place d’un marché. Ces deux villages, autrefois réfractaires aux exhortations des mis­sionnaires, se montrent actuellement des plus sympathiques. De même le grand village apostat de Yangpa fut ramené à de meilleurs sentiments, grâce aux soins dévoués que prodigua le missionnaire à leurs malades.

    En 1935, la moitié des résidences de la Mission fut dévastée lors du passage des armées communistes. Un jour, M. Heyraud, averti de leur arrivée imminente, s’enfuit à Tayen à travers les herbes de la montagne, puis rentra tranquillement, après les fêtes de Pâques, à Tchéchou. Mais l’obligation d’être toujours sur le qui-vive, de changer de cachette tous les trois ou quatre jours, finit par produire en lui une surexcitation démoralisante. Pour comble d’infortune, les brigands connurent ces déplacements fréquents et supposèrent que notre confrère devait cacher des trésors. C’est pourquoi le 22 septembre, à 3 heures du matin, le village et la résidence de Tchéchou furent attaqués par 64 bri­gands qui, selon leur habitude, commencèrent à ouvrir le feu dans la direction de la chambre de M. Heyraud pendant que d’au­tres cernaient celle de M. Nénot, parti la veille administrer les sacrements à un malade. Une balle frôla l’oreille du missionnaire qui venait de se lever pour s’enfuir en sautant le mur d’enceinte. Il arriva à Tayen dans la soirée plus mort que vif. Son émotion étant un peu calmée, il alla se reposer quelque temps auprès de ses confrères du Kwangsi. Lorsqu’à son retour à Tché­chou, il vit sa résidence pillée : argent, calice et tous objets emportés, livres abîmés, ne trouvant plus rien d’utilisable dans la maison, notre pauvre confrère faillit se décourager. Déjà quel­ques mois auparavant, il avait perdu son cheval, lors du pillage de la résidence de Tséheng par ces mêmes brigands. Tout cela finit par nécessiter son changement, et il fut nommé à Hinjen. Ce n’est pourtant pas sans regret qu’il quitta les chrétiens de Tchéchou qu’il aimait tant et pour lesquels il s’était dévoué pendant 4 ans, malgré tous les ennuis subis : étude d’une nou­velle langue, mauvaise nourriture, climat déprimant, brigandages, etc. — « Et dire que je ne reviendrai plus jamais à Tchéchou », disait-il en le quittant, les larmes aux yeux.

     

    A peine arrivé dans son nouveau poste, il dut se remettre à l’étude du chinois qu’il avait nécessairement négligée pendant son séjour chez les Dioy. Hélas ! la tranquillité ne dure pas longtemps dans nos régions. Au printemps suivant en effet, les armées communistes envahirent de nouveau la Mission. Il quitta aussitôt la résidence accompagné d’un serviteur, et fit une étape excessivement longue sans se douter qu’il allait dans la direction des communistes qu’il voulait éviter. Averti à temps par un bon paysan, il rebroussa chemin, marchant jour et nuit, pour arriver enfin exténué, 3 ou 4 jours plus tard, à Tchentong. Tout danger avait heureusement disparu ; talonnés par les années gouver­nementales lancées à leur poursuite, les communistes s’étaient dirigés vers le Yunnan. La tourmente passée, M. Heyraud revint à Hinjen où il put enfin jouir pendant plus d’un an d’une tran­quillité relative qui lui permit d’évangéliser plusieurs villages dans la région de Palin. Après la dernière retraite qu’il fit à Anlung, au début de septembre 1938, tout à la joie et plein d’espérance pour l’avenir, il regagnait son district sans se douter qu’il n’avait plus que quelques jours à vivre. En effet, une terrible épidémie de choléra venait de se déclarer dans la région et se propageait rapidement. Infatigable, il se dépensait pour assister les pauvres cholériques. Un jour, il dut faire un long voyage sous le crachin pour administrer les sacrements à deux malades éloignés l’un de l’autre dans la région de Palin ; mais n’ayant pas pris avec lui d’habits de rechange, il eut froid toute la nuit et, le lendemain matin, bien qu’il souffrit d’un fort mal de tête, il alla encore remplir son ministère auprès d’une mourante loin de Hinjen. Le dimanche, il put à grand peine terminer le saint sacrifice de la messe...

    Le lundi 3 octobre, alors que le monde entier fêtait la Patronne des Missions, que sa soeur, carmélite à Lyon, priait pour son frère missionnaire, à 15 heures, assisté d’un confrère accouru en toute hâte, M. Heyraud rendait son âme à Dieu. C’est ainsi que vivent et meurent les missionnaires de Anlung !

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 3407
    • Pays : Chine
    • Année : 1930