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Anatole HEUZET (1870-1944)

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    Anatole Heuzet naquit au diocèse de Bayeux le 28 octobre 1870, dans un hameau de la paroisse de Noyers-Bocage. Fils unique, il fut particulièrement choyé par ses parents pour lesquels il garda toujours un profond sentiment de piété filiale. Remarqué par son pasteur, il entrait au petit séminaire en octobre 1882. Bien que nous n’ayons pas de détails sur les huit années qu’il y passa, il est probable qu’il fut un élève consciencieux donnant pleine satisfaction à ses maîtres comme à son curé. En octobre 1890, le grand séminaire lui ouvrait ses portes. Plus tard, M. Heuzet aimera toujours à parler de ses vénérés professeurs, les prêtres de Saint-Sulpice, dont il avait gardé un excellent souvenir. Trois ans durant, il profite de la bonne formation que ces éducateurs émérites savent donner aux jeunes clercs. Le 8 décembre 1893, relate-t-il dans ses notes intimes, il prit la ferme résolution de devenir missionnaire, mais son vénérable évêque ne consentit qu’en mars 1894, à le laisser quitter son diocèse.

     

    C’est le cœur brisé de n’avoir pas pu voir ses parents avant de partir qu’il arrive à la rue du Bac, heureux néanmoins de réaliser son désir de se consacrer aux missions. Un an après, successivement il recevait, en mars 1895 le sous-diaconat, en juin le diaconat, et le 21 septembre la prêtrise. Le 18 décembre de la même année, M. Heuzet et M. Eugène Joly, s’embarquaient et arrivaient tous les deux à Nagasaki le 26 janvier 1896. Le vénérable et encore vigoureux Mgr Cousin, leur évêque, les reçut à bras ouverts. Après les avoir gardés quelques jours à l’évêché, il les confia au maître attitré des jeunes missionnaires, le savant et zélé M. Raguet, alors en résidence à Kagoshima. Pendant un an et demi, M. Heuzet se mit à l’étude du japonais. Ses efforts ne furent pas couronnés de succès, il est vrai, néanmoins il fut envoyé aux îles Gotô. Après avoir fait un bon apprentissage de la vie apostolique à Dozaki, auprès de M. Pélu, chef de district, il alla s’installer à Kiânousa où il restera dix-huit ans. M. Heuzet sera tout à ses anciens chrétiens dispersés dans différentes îles, bâtira presbytères et églises, visitera en bateau ses ouailles et, tout à tous leur permettra d’accomplir leurs devoirs religieux. Il était heureux au milieu de ses enfants à la foi profonde, aux manières peut-être frustes, mais dévoués à leur pasteur.

     

    En janvier 1915, Mgr Combaz, successeur de Mgr Cousin, ayant M. Heuzet en grande estime, l’appela près de lui, au poste de Shitsu, aux environs de Nagasaki. Le cœur de notre missionnaire a dû saigner en quittant ses îles, mais toujours très respectueux et obéissant envers ses Supérieurs, il arriva à Shitsu où il trouva des anciens chrétiens descendants des martyrs d’il y a 300 ans.

     

    Encore soumis à la loi militaire, la guerre de 1914 le ramène en France où, durant deux ans, il sera d’abord infirmier à Deauville, puis transféré au contrôle postal de Marseille jusqu’au jour où, en avril 1917, il pourra regagner son poste.

     

    En septembre 1920, la confiance toujours grandissante de son évêque en son missionnaire lui valut d’être nommé au premier poste du diocèse, à Arakami, centre d’anciens chrétiens, célèbre dans l’histoire de l’Eglise du Japon par leur foi et leur patience dans les persécutions. Pendant sept ans il administra cette paroisse avec une grande bonté et avec fermeté, quand le bien des âmes l’exigeait, ce qui ne manqua pas de susciter une certaine opposition de la part des fidèles peu fervents. En décembre 1927, le premier évêque de Fukuoka, Mgr Thiry, voyant en M. Heuzet un homme de bon conseil le fit venir près de lui à Nagasaki. Il y restera trois ans. A la mort de Mgr Thiry, son successeur, Mgr Breton, ayant lui aussi une très grande confiance en ce missionnaire, l’appela à son évêché en octobre 1931. L’année suivante, en janvier 1932, son Supérieur lui demanda d’aller prendre la succession de M. Bertrand, malade, au poste de Kokusa. M. Heuzet ne trouva pas là des chrétiens de vieille souche, mais de nombreux infidèles à convertir. Il commença par bâtir un presbytère, puis une splendide église gothique, agrémentée d’un clocher dominant tout Kokusa. Peu de temps après, il construisit un dispensaire et, l’établissement terminé, un médecin et plusieurs infirmières commencèrent à donner leurs soins aux pauvres des environs. Pendant quatre ans, M. Heuzet administra le poste. A la fin de l’année 1936, il devint, à Bivasaki, l’aumônier des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie et de leurs malades, spécialement des lépreux et, durant six ans, il remplit son ministère à la satisfaction de tous.

     

    La guerre avec les puissances occidentales provoqua une plus grande sévérité de la part de la police japonaise qui fit de fréquentes visites au domicile de M. Heuzet. Elle n’y trouva rien de bien compromettant ; cependant, après plusieurs mois de pénibles soupçons et de graves calomnies inventées par les journaux de la localité, il se vit condamner à une légère amende pour n’avoir pas déclaré à temps un appareil de radio et avoir parlé plaisamment des coutumes du pays. Pour le soustraire à tous ces soucis, Mgr Breton le fit venir près de lui, et jusqu’à ses derniers jours, il fut le commensal de son Supérieur, à l’évêché d’abord, et ensuite dans la propriété des Sœurs de la Visitation moins exposée aux bombardements.

     

    Désormais la vie de M. Heuzet, jusqu’en septembre 1944, sera une vie de retraite, de prière et d’étude. Il reverra ses travaux, spécialement sur le mariage, le vade mecum du diocèse, si apprécié des missionnaires. Comme tout le monde, il souffrit beaucoup des privations inévitables dues à l’état de guerre et des bombardements devenus plus fréquents. Peu à peu ses forces diminuèrent et néanmoins il est toujours vaillant. Quand l’hémiplégie viendra subitement le terrasser, ce sera à l’issue d’une classe de philosophie à un grand séminariste. Quelques jours après, M. Heuzet s’endormait paisiblement dans le Seigneur, le 15 septembre 1944.

     

    • Numéro : 2206
    • Pays : Japon
    • Année : 1895