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Alphonse HERZOG (1876-1914)

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    Alphonse Herzog naquit à Niedersteinbrunn (Strasbourg, Alsace), le 28 mars 1876, d’une de ces famille aisées et profondément chrétiennes, si nombreuses dans cette belle province. L’annexion de 1871 porta un coup fatal aux maisons d’éducation religieuses qui, en peu de temps, firent place à des gymnases ou lycées de l’Etat. C’est dans l’une de ces institutions, soi-disant neutres, que le jeune Alphonse dut suivre les cours des études scolaires. Ses humanités achevées, il entra à l’université de Fribourg-en-Brisgau, comme élève de médecine. Il ne fit qu’y passer. L’atmosphère de matérialisme et de licence dont il se vit entouré, lui inspira un tel dégoût, qu’un beau jour, il dit adieu à la médecine et vint frapper à la porte du Séminaire des Missions-Etrangères. Sa première vocation au sacerdoce, peut-être même à l’apostolat, un moment endormie, s’était réveillée plus pressante que jamais. L’aspirant missionnaire n’en avait rien dit à personne : à l’exemple de saint François-Xavier, il avait renoncé à voir sa famille pour répondre directement à l’appel de Dieu.

    À Paris, M. Herzog se fit remarquer par une brillante intelligence. « Mais, dira-t-il plus « tard, quelle différence entre le bruit et les dissolutions de la condition d’étudiant, et la vie « toute de paix et de piété du Séminaire des Missions ! J’ai passé là les plus belles années de « ma vie. »

    Ordonné prêtre le 25 juin 1899, M. Herzog reçut sa destination pour la Birmanie méridionale. A son arrivée à Rangoon, il fut dirigé sur Mittagon-Zaundaung.

    Les Alsaciens sont connus pour la facilité avec laquelle ils s’assimilent et parlent les langues étrangères. Loin d’être une exception, le nouvel apôtre surpassa encore ses compatriotes : il devint un érudit en birman, le meilleur linguiste de la mission. Aussi, à la mort de M. Bringaud en 1904, avait-il tout ce qu’il fallait pour lui succéder. D’une bonté et d’un esprit de conciliation plutôt excessif, il eut vite fait de régler à l’amiable avec les autorités une foule de difficultés pendantes. A force de douceur et de courtoisie, il se gagna tous les cœurs. Je ne crois pas exagérer en affirmant que le cher défunt, ami de tous, n’eut jamais un seul ennemi.

    Son influence morale lui permit d’entreprendre et de mener à bonne fin un travail vraiment gigantesque. Il s’agissait de refaire une digue qui, depuis plusieurs années, s’était rompue, ce qui avait rendu impossible la culture de nombreuses rizières. La direction des Travaux Publics avait étudié et abandonné le projet comme irréalisable, à cause du couvant impétueux et des crues énormes de l’Irrawaddy. M. Herzog, après avoir examiné le problème et les moyens de le résoudre, n’hésita pas à s’adresser au colonel Maxwell, gouverneur de la division de Bassein. Cet officier comprit et accepta de suite le plan et les devis du missionnaire. Plein de confiance, M. Herzog appelle les villageois par centaines et leur fixe le travail à faire. Il les dirige, les encourage et veille à ce que les ouvriers reçoivent exactement le salaire convenu. Tout marche à souhait, quand le choléra fait son apparition parmi plusieurs équipes campées en plein air. La panique s’en mêle, et. M. Herzog va voir son œuvre s’en aller à van l’eau à la prochaine saison des pluies. Lui-même est épuisé de fatigue et de soucis. N’importe ; il ramasse ce qu’il lui reste de force, réussit à donner du courage à ses fidèles ouvriers, et le travail continue jusqu’à parfait achèvement. Les premières pluies qui suivirent donnèrent bien quelques inquiétudes, mais la nouvelle digue tint bon, et, depuis lors, elle n’a fait que se consolider. En reconnaissance du service rendu, le gouvernement eut l’heureuse pensée d’offrir à M. Herzog un fusil d’honneur. Inutile d’ajouter que Birmans et Carians, rentrés en possession de leurs anciennes rizières, acclamèrent le curé de Zaundan comme leur bienfaiteur insigne.

    D’ingénieur des ponts et chaussées, notre confrère se fit architecte et dola l’église de Zaundan, commencée par son prédécesseur, d’un fort beau portail gothique flanqué de deux flèches élégantes. L’ornementation et les peintures intérieures sont également d’un assez bel effet.

     

    Cependant, le zélé missionnaire se dépensait au ministère des âmes. Le nombre de ses fidèles était de 2.500 groupés autour d’une douzaine de chapelles. Quelques jours après Pâques, on l’appelle au secours d’un malade. Au lieu d’envoyer le prêtre indigène, son vicaire, notre confrère se rend lui-même près du mourant, dans la soirée ; il arrive à temps pour l’administrer et recevoir son dernier soupir. Le lendemain matin, il fait l’enterrement ; puis, après déjeuner, vers midi, se met en route pour la gare la plus proche, distance de 8 milles anglais. On était en avril, le mois le plus chaud de l’année. La marche fut pénible. Tout à coup, M Herzog, pris d’un étourdissement, s’affaisse le long du talus. Combien de temps resta-t-il dans cette position, la tête découverte et exposé aux rayons brûlants du soleil, jusqu’à ce qu’on vînt à son secours ? On n’en sait rien. Ce qui est certain, c’est que, depuis lors, il ressentit tous les soirs une attaque de fièvre. On lui conseilla de se rendre à l’hôpital d’Henzada. Il s’y rendit le 20 avril. Il en ressentit un si grand bien, que, sur l’avis du médecin, il n’hésita pas à venir compléter sa guérison à Rangoon. Mais au lieu d’aller directement à l’hôpital, notre confrère vint se reposer à l’évêché. A son arrivée, le 27, rien n’indiquait une maladie sérieuse. Il ne se plaignait que de dyspepsie et de lourdeur dans les jambes. La mort de M. Rouyer, son voisin de district, semble avoir porté un coup trop rude à sa nature si sensible. Depuis lors, en effet, le malade éprouvait un grand assoupissement, le cerveau semblait attaqué, la mémoire atteinte. Il ne se rappelait rien et ne pouvait suivre une conversation. Une consultation médicale, qui eut lieu le 8 mai, ne nous donna qu’une faible lueur d’espoir ; la paralysie gagnait rapidement tout le corps. Averti de la gravité de son état, M. Herzog, quoique surpris, se résigna pleinement à la volonté de Dieu. Il demanda les derniers sacrements avant d’entrer à l’hôpital de la ville. Son action de grâces terminée, il quitta l’évêché. Les soins attentifs d’un major et d’infirmières catholiques amenèrent d’abord un mieux sensible ; mais hélas ! ce mieux était plus apparent que réel. Le malade ne put bientôt plus ouvrir les yeux. Il garda pourtant sa connaissance jusqu’au bout. Entouré de son évêque et des confrères de la ville, le bon M. Herzog rendait paisiblement son âme à Dieu, le samedi 16 mai, à 5 heures du soir.

    Le corps fut porté, le soir même, à l’évêché, où il resta exposé jusqu’au lundi matin, jour des funérailles. Elles furent présidées par Monseigneur le vicaire apostolique, en présence de quinze missionnaires et d’une nombreuse assistance. M. Herzog repose dans la chapelle du cimetière, à côté de M. Rouyer, qui venait de le précéder dans la tombe. Tous deux furent des modèles de douceur évangélique. Espérons que, touché par nos prières, Dieu a déjà tenu sa promesse et mis nos confrères en possession de la terre des vivants : Beati mites, quoniam ipsi possidebunt terram.

    • Numéro : 2438
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1899