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Antoine HERMANN (1877-1963)

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    Antoine Hermann est né le 19 février 1877 en Alsace, à Kienzheim, à quelques kilomètres au nord de Colmar, dans le diocèse de Strasbourg. Il vint en France terminer ses études classiques à Saint-Sulpice et, le 14 septembre 1897, entra au séminaire des Missions Etrangères de Paris. Lui qui n’avait parlé qu’alsacien à la maison et à l’école gardait l’accent de son pays lorsqu’il s’exprimait en français, ce qu’il faisait d’ailleurs fort bien, moins couramment pourtant qu’en latin. Nommé cérémoniaire à la rue du Bac, il remplissait cette fonction avec aisance et distinction. Il reçut la tonsure le 23 septembre 1898, le sous-diaconat le 22 septembre 1900, le diaconat le 2 mars 1901, et fut ordonné prêtre le 23 juin suivant. Désigné pour la mission de Malacca, il partit le 24 juillet.

     

    Dès son arrivée à destination il reçut de son évêque, Mgr Fee, son affectation à la mission indienne, et fut envoyé au curé de Saint François-Xavier, à Penang, le P. Louis Perrichon, celui qu’on appelait le « petit Ichon » par opposition avec le « grand Ichon », son cousin, qui appartenait également à la mission de Malacca.. Le P. Hermann se lia d’amitié avec son curé, dont il voulut être non le vicaire, mais le disciple ; et pour ses intimes il restera toujours le  « Disciple ».

     

    Il fit des progrès rapides en tamoul et le parla bientôt aussi parfaitement qu’un étranger peut le faire. Son vocabulaire était riche. Mais il ne voulut pas s’arrêter en si bon chemin, et toute sa vie il continua l’étude de cette langue, afin d’être plus à même de rendre service aux Indiens dont il restera toujours chargé et qu’il ne cessera d’aimer.

     

    En juin 1902, le Disciple quitta le petit Ichon : il était nommé curé de la paroisse indienne Saint-Louis de Taïping, au nord de la mission, à la hauteur du cinquième parallèle ; il y restera 25 ans. Il se mit tout de suite et sérieusement au travail. Il multiplia ses visites à ses paroissiens et ne tarda pas à voir son église se remplir non seulement le dimanche mais encore en semaine. Il apprit à ses fidèles à bien pratiquer leur religion, les guidant vers la communion fréquente comme aussi vers la pratique des mois de saint Joseph, du Sacré-Cœur, du Rosaire et le culte des morts en novembre. Il obtint aussi de belles conversions ; ainsi le 10 avril 1921 fut un beau jour pour sa paroisse lorsqu’il baptisa seize nouveaux convertis, dont plusieurs de la famille d’un prêtre de la déesse Khaly, auquel il eut la joie de conférer le baptême, ainsi qu’à sa femme, au mois de juin suivant. Il fonda deux écoles, une pour les garçons, avant l’arrivée des Frères des Ecoles Chrétiennes, où les élèves apprenaient le tamoul et l’anglais, l’autre pour les filles, qui fut confiée à la direction de la fameuse sœur Euphrasie, des Dames de Saint-Maur.

     

    Quand son grand ami le P. François Le Mahec mourut d’un cancer à la bouche en 1927, le P. Hermann fut nommé à sa place à la paroisse indienne Saint-Antoine de Kuala-Lumpur, la plus importante de la ville qui comptait alors près de 100 000 habitants. Elle groupait de cinq à six mille chrétiens ; c’était une besogne trop absorbante pour un seul homme ; aussi presque tous les jeunes Pères Français ou autochtones, destinés aux Indiens débutaient-ils comme vicaires à Saint-Antoine. Le P. Hermann se remit au travail auprès de ses nouveaux paroissiens avec autant d’ardeur qu’à Taïping ; mais il se plaignait d’avoir à « travailler dans la masse », ce qui ne lui permettait pas de connaître facilement les brebis de son bercail. Il y arriva cependant à force de visites qu’il faisait toujours à bicyclette. Il était très régulier pour aller faire le catéchisme chez les Frères et chez les Sœurs ; et quand on allait le voir chez lui, on le trouvait presque toujours fumant le cigare en train de catéchiser un groupe d’Indiens assis à ses pieds à la manière du pays. Une de ses grandes joies fut, en 1930, la conversion d’un Bengali qui réussit à triompher de toutes les difficultés et de toutes les souffrances suscitées par les siens qui le dépouillèrent de tout son avoir.

     

    Il sut diriger habilement les efforts de ses militants pour une bonne organisation de la paroisse. Dès 1928, à Brickfields, gros centre chrétien, il favorisa la création d’une association qui fit preuve d’une activité peu commune ; elle comprenait plusieurs sections s’intéressant soit aux études littéraires ou religieuses, soit à l’art dramatique, soit aux sports, soit même à la lutte contre l’intempérance ; elle fonda aussi à ses frais une école qui pourrait également servir de lieu de réunion pour différents exercices religieux. En 1929 il établit le tiers-ordre de Saint François d’Assise qui avait les faveurs de ses chrétiens. En 1936, l’action catholique s’organisa pour pouvoir répondre d’une façon pratique aux besoins des fidèles : visite des familles isolées, enseignement du catéchisme, constitution de fonds pour permettre aux enfants pauvres de fréquenter l’école.

     

    Il se fit aussi constructeur. Dans la chrétienté Saint-Joseph de Workshops, qui groupait quelque six cents chrétiens employés pour la plupart aux ateliers des chemins de fer, en 1928, il remplaça la chapelle devenue absolument insuffisante par une église solide, spacieuse et pas chère, qui fut bénite en 1929 ; il y ajouta un peu plus tard un beau presbytère pour permettre à un prêtre d’y rester à demeure ; ainsi était créé le noyau d’une nouvelle paroisse. Aussitôt après il se lança dans l’agrandissement de son église Saint-Antoine ; l’ancienne, du P. Le Mahec, forma les bras de la croix du nouveau bâtiment et il eut ainsi un bel édifice, très pratique, qu’il dota d’un magnifique clocher. A côté, il construisit une école destinée à recevoir des enfants indiens trop pauvres pour aller chez les Frères et ceux qui étaient trop âgés pour pouvoir être admis ailleurs. Ainsi beaucoup de jeunes gens purent terminer leurs études et trouver du travail. Les chapelles des plantations de Serdang et de Tonjong Malim furent également édifiées par lui. Avant de tomber malade, en 1951, il se proposait de bâtir encore l’église Notre-Dame de Fatima à l’extrémité de Brickfields road ; il n’eut pas le temps de la réaliser, mais rassembla une assez belle somme d’argent pour l’exécution de son projet.

     

    Ce qui peut être considéré comme le trait dominant du P. Hermann, c’est son sens de l’économie. Il n’était pas riche, mais il épargnait, quêtait pour ses divers projets et était habile à faire fructifier son argent. Même les Chetties (commerçants indiens) qu’il a approchés pour placer ses fonds n’ont jamais pu le tromper, alors que d’autres confrères ont tout perdu avec eux. Comme saint Jean Bosco, il y allait parfois un peu fort. Ainsi un jour, en visite chez un Indien qui n’était pas de sa paroisse, il lui dit : « Signe ici cinq cents dollars pour l’église de Fatima » ; et la signature fut donnée. Mais quelques jours plus tard, le curé de l’endroit se rendant en visite dans la même famille fut tout étonné de ne pas y trouver notre Indien. Celui-ci croyant que c’était le P. Hermann qui venait réclamer les dollars promis s’était adroitement éclipsé. Il économisa toute sa vie et, par des placements sages, prépara l’avenir tant à Taïping qu’à KualaLumpur. A Taïping où la paroisse était à ce moment-là propriétaire d’une mine d’étain il en prêtait les revenus ainsi que ceux de son école et ses propres économies aux chrétiens du nord de la Mission. Les capitaux n’étaient pas considérables, mais ils augmentèrent peu à peu et quand le Père quitta Taïping, il y laissa une petite fortune qui aida beaucoup à construire la nouvelle et belle église St-Louis. Il fit de même à Kuala-Lumpur et là aussi il laissa de belles économies dont le diocèse se servit pour bâtir plusieurs églises, agrandir celle de Tonjong Malim et l’école Saint-Antoine.

     

    Le P. Hermann fut toujours un excellent confrère, plein de charité et l’on ne se souvient pas de l’avoir jamais entendu mal parler de quelqu’un. Une solide amitié le lia aux PP. Le Mahec et Maury et lors de leurs rencontres il aimait se distraire avec eux dans de joyeuses parties de cartes ; il se faisait même un malin plaisir de tricher, soit en disposant des miroirs derrière les joueurs soit en montrant ses cartes.

     

    Bien qu’il ne fût pas de forte constitution, il réussit cependant à se porter assez bien jusqu’en 1951. En 1918 il alla prendre quelque repos à Hong-kong et en revint tout ragaillardi ; en 1932 et en 1947 c’est en France qu’il alla prendre son congé. En 1951 il célébra ses noces d’or sacerdotales à Saint-Antoine, puis, épuisé par l’âge et le labeur, il fut sur sa demande déchargé des responsabilités de la paroisse. C’est d’ailleurs cette même année qu’il eut un commencement de paralysie du cerveau ; et celle-ci ne fit qu’empirer, occasionnant la perte de la mémoire. En 1952, il se rendit au sanatorium de la Mission, à Cameron Highlands ; mais un peu plus tard il trouva refuge chez le P. François à Ipoh, l’une des villes les plus prospères de Malaisie et qui donnait alors de grands espoirs de conversions. Le 22 octobre 1935 il put encore participer au jubilé d’or de l’église indienne Notre-Dame de Lourdes d’Ipoh, dont il avait été un insigne bienfaiteur, lorsqu’il était à Taïping. Bientôt il dut cesser de célébrer la sainte messe et de réciter son bréviaire ; mais il continua presque jusqu’à la fin à égrainer de nombreux chapelets pour l’Eglise, le Pape, les confrères et sa famille. La dernière année, les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie de Petaling Jaya acceptèrent de s’occuper de lui. Il ne reconnaissait plus personne, sauf son ami le P. Maury. Il était alors devenu comme un enfant ; de temps en temps, il se rendait compte de son état et soupirait :  « Je n’aurais jamais pensé qu’on puisse tomber si bas » !

     

    Il a quitté cette terre le 2 mars 1963, à dix heures du matin. NN. SS. Olçomendy et Vendargon vinrent chercher se dépouille mortelle pour l’emmener à l’église Saint-Antoine de Kuala-Lumpur où eurent lieu les cérémonies des funérailles au milieu d’une nombreuse assistance. De là le convoi mortuaire, précédé d’un long défilé de scooters, fut conduit au cimetière. Qu’il y repose en paix !

     

    • Numéro : 2569
    • Pays : Malaisie
    • Année : 1901