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Camille HÉRAUD (1867-1937)

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    M. Héraud naquit le 8 juin 1867 à Mervent, petite commune du canton de Saint-Hilaire-des-Loges dans le diocèse de Luçon. Camille ne devait pas connaître bien longtemps son père et sa mère, car il devint orphelin de bonne heure ; ce fut une tante qui se chargea de son éducation. Les détails sur son enfance et sa jeunesse nous manquent totalement.

    Immédiatement après avoir terminé ses études au petit sémi­naire de son diocèse, il entra au Séminaire des Missions-Étran­gères de la rue du Bac. Trop jeune pour être ordonné prêtre avec les aspirants de son cours, il dut attendre une année ; ce n’est que le 1er mars 1890 qu’il reçut l’onction sacerdotale, et dès le 30 avril suivant il partit pour la province du Kwangsi. Le premier évêque de cette Mission, Mgr Foucard, était mort l’année précé­dente et n’avait pas encore été remplacé. Le Supérieur intérimaire, M. Renault, eut la joie d’accueillir le nouveau missionnaire à Changse, et ce fut là que peu après son arrivée, il rendit les der­niers devoirs à un jeune confrère qu’il avait connu avant son départ de France, M. Rase, décédé le 17 juillet à la résidence épis­copale de Changse à l’âge de vingt-neuf ans. Une petite chrétienté voisine, Tong-Tchong, échut à M. Héraud pour y apprendre la langue cantonnaise, mais il y était à peine depuis un mois, qu’il dut se rendre à Hongkong où il passa quelques semaines. A son retour au Kwangsi, il s’achemina vers Kouyhien pour présenter ses devoirs à Mgr Chouzy, son nouveau Vicaire apostolique ; c’est là qu’il reçut une autre destination pour le marché de Sanly, que quittait M. Frayssinet qui allait s’établir aux Cent-Mille-Monts.

    M. Héraud se mit à l’étude avec courage, il s’assimila si bien la langue hakka et les caractères chinois, qu’il devint rapidement assez habile pour donner des leçons aux autres. Plus tard, de­venu sinologue distingué, il sera demandé par les Supérieurs du Séminaire de Paris pour travailler au bien général des Missions de Chine dans notre Maison de Nazareth. Sa résidence à Sanly était entièrement construite en bois. Par ailleurs, il n’avait que très peu de chrétiens à côté de lui, quatre ou cinq familles seu­lement au village de Laitsen, situé à quelques kilomètres ; aussi sa nature ardente ne put supporter longtemps l’inaction. Les res-sources qui venaient de sa famille lui permirent d’exécuter un vaste projet, qui consistait à acheter non loin de son poste un grand terrain inculte, d’y fonder un village et de le peupler de chrétiens venus de Kouyhien et de Longniu. Que de travail il dut fournir pour aboutir, que de dépenses et de soucis... Bref, grâce à MM. Poulat et Bertholet qui lui envoyèrent, le premier de Kouyhien et le second de Longniu plusieurs familles, le projet réussit tellement bien, que le missionnaire vint lui-même se fixer dans son nouveau village de Lomei, abandonnant sans regret la maison en bois du marché. L’actif missionnaire était visiblement heureux d’avoir pu mener à bonne fin les plans qu’il s’était tracés.

    A cette époque, nombre de païens pauvres, mais braves gens, habitant les montagnes de Kou-Ping-Tchong, sur les confins du territoire des tribus Yao, se firent chrétiens ; ce qui décida le missionnaire à acheter une maison dans la ville même de Pin­gnam. Toutefois, il n’avait pas compté avec le diable et ses suppôts ; le 22 mars 1898, en effet, des bandes de brigands, se disant autorisés par le mandarin, se portaient en plein jour sur l’oratoire et l’école annexe du lieu, puis pillaient les neuf familles chré­tiennes du voisinage ; écoliers et chrétiens, heureusement avertis à temps, avaient pu prendre la fuite et se réfugier dans une sous-préfecture voisine. La lenteur de la répression, regardée par les pillards comme un gage d’impunité, ne fit qu’encourager la malveillance. Le 14 avril, pendant que M. Héraud était à Kouyhien, une troupe de malfaiteurs entra à Lomei et se mit à démolir une partie de l’établissement agricole qu’il avait construit pour les chrétiens ; le 16, revenant à la charge, ils prirent une douzaine de buffles et annoncèrent aux femmes et jeunes filles qu’ils reviendraient bientôt pour les enlever. Cette fois, le sous-préfet s’émut un peu ; il fit rendre onze des animaux volés et verser une indem­nité pour les dégâts.

    C’était un commencement de justice. Puis vinrent les beaux jours de l’empire libéral. M. Héraud fut chargé d’acheter à Kouypin, grande ville située au confluent du Hong-Choui-Kiang et du Si-Kiang, une maison destinée à devenir éventuellement résidence centrale de district. Son évêque le nomma également chef de la région, lui donnant en même temps mandat de traiter avec les mandarins toutes les petites affaires pendantes, ce qui rehaussa son prestige aux yeux du peuple et des lettrés, mais pas le moins du monde à ceux des brigands qui continuaient à infester le pays, et n’allaient pas tarder à lui prouver qu’ils existaient toujours.

    A la fin de l’année 1901, laissant Lomei à M. Auguin, il vint habiter la ville de Kouypin. Au mois d’août de l’année suivante, alors qu’il retournait à Lomei rendre visite à son auxiliaire, il fit la rencontre des indésirables pirates. Ceux-ci se précipitèrent sur lui et lui portèrent un coup de sabre qui l’aurait sûrement coupé en deux, s’il n’avait de son bras paré le choc. Le pauvre mission­naire roula dans le ravin et perdit beaucoup de sang ; ses bagages furent volés, mais il eut la vie sauve. L’affaire fut portée aux autorités locales qui la traitèrent rapidement ; une indemnité fut accordée au blessé. Elle servit à réparer, à embellir et à agrandir la résidence de Kouypin, et aussi à y établir une école qui, mal­heureusement, ne dura pas longtemps. C’est vers cette époque qu’il reçut du gouverneur Houâng le globule de mandarin de quatrième classe en témoignage de satisfaction, pour la manière dont il traita les affaires pendantes du nord-ouest de la Mission, au nom de Mgr Lavest.

    D’une activité incessante, il faisait projets sur projets sans se décourager, même s’il ne les réalisait pas. Afin de se procurer les ressources nécessaires à un plan d’évangélisation de grande envergure, il chercha, sans grand succès, à développer la culture du manioc. Une autre fois, voulant mettre en valeur le terrain acheté à Lomei et procurer ainsi à ses chrétiens de belles rizières à fort rendement, il chercha à élever l’eau de la petite rivière qui coule en contre-bas du village ; il fit donc venir de Pékin un élé­vateur d’eau fabriqué par les Chinois, mais la machine ne put jamais fonctionner ; il dut se contenter de rizières ordinaires et de champs d’arachides et de patates.

    Cela ne l’empêchait pas d’ailleurs de s’occuper directement des âmes qui lui étaient confiées. De Longniu il avait fait venir une femme catéchiste pour l’instruction des néophytes et des caté­chumènes ; elle lui rendit service pendant plusieurs années tant à Lomei qu’à Kouypin. Il était tout heureux quand il constatait que son zèle lui avait procuré quelques consolations. Souvent en courses à travers le pays pour visiter ses nouvelles chrétientés, il lui prit, un jour, la fantaisie de traverser les montagnes des Yai, tribus non soumises aux Mandchoux et si jalouses de leur indépendance, qu’elles ne toléraient pas que les Chinois pénétrassent chez elles. M. Héraud ne fit qu’y passer et faillit être arrêté.

    Jusqu’en 1908, sa santé ne lui avait suscité aucun ennui ; c’est à cette époque qu’elle commença à décliner, ce qui l’obligea à se rendre pour quelque temps au sanatorium de Béthanie à Hong-­kong. Après sa guérison, le Supérieur de l’Etablissement lui offrit la surveillance de l’impression des livres chinois ; il ne pouvait se résigner à quitter la Mission, témoin de ses premiers labeurs et de ses souffrances si vaillamment supportées. Il revint donc à Nanning se mettre à la disposition de son nouveau Vicaire Apos­tolique, Mgr Ducœur, qui le nomma professeur au séminaire. Ce travail si différent de celui qu’il avait fait jusqu’alors était peu adapté au tempérament de notre confrère ; il en fut bientôt déchargé pour prendre la direction de la paroisse de la cathédrale. Dans un faubourg, à l’ouest de la ville, il devait bâtir la léproserie pro­jetée par Mgr Lavest ; à cette intention, il éleva des maisons sur un vaste terrain acheté précédemment et, quand tout fut terminé, le gouverneur de l’époque, Lou Yong-Tin, donna l’ordre de mas­sacrer et de brûler les trente-six premiers lépreux qui venaient les habiter : c’était le 14 décembre 1912.

    Sur ces entrefaites, M. Fleury, Supérieur du Séminaire de Paris, demandait à Mgr Ducœur   de lui céder M. Héraud pour notre Mai­son de Nazareth. Celui-ci était indécis et ne savait si son devoir était d’accepter. Le jour même du massacre de ses lépreux arrivait une autre lettre de M. Boulanger, Supérieur intérimaire de Nazareth, annonçant que M. Fleury allait le demander une seconde fois. Dès lors, il comprit l’indication de la Providence ; et, le 27 décembre 1912, il quittait Nanning pour Hongkong.

    Pendant les deux années et demie qu’il resta à Nazareth, la nostalgie de la brousse et des voyages au grand air, l’appel de ses anciens chrétiens qui se disaient abandonnés, lui rendaient la vie à Hongkong trop pénible. A l’occasion de ses noces d’argent qu’il vint célébrer à Nanning, il demanda à reprendre sa place parmi les missionnaires du Kwangsi, et en juillet 1915, il y rentra officiellement pour s’installer à nouveau à Kouypin. De suite, il se remit de tout cœur à faire œuvre d’apôtre, portant principalement ses efforts vers l’ouest, à Pit-Tchouk-Tong, où il construisit les bâtiments qu’on habite encore maintenant. Avec l’aide de caté­chistes il stimula ses chrétiens dans la voie de l’instruction et de la piété, il les soutint fréquemment dans leurs besoins par des bienfaits en nature et en argent ; cependant, il ne put ni changer leur tempérament, ni satisfaire tous leurs désirs, aussi les déboires ne lui manquèrent-ils pas.

    En 1918, M. Héraud, sentant ses forces diminuer, fut très heureux de pouvoir céder Foungtong et les environs à M. Albouy qui venait de lui être envoyé de Ouming ; il ne garda pour lui que Kouypin et les pays habités par des Hakkas, à l’ouest, espé­rant ainsi concentrer tous ses efforts pour essayer de faire un district modèle ; il n’y réussit malheureusement qu’à demi.

    En 1929, Mgr Ducœur, contraint de retourner en France à cause d’une maladie de cœur  très grave, demanda à notre con­frère de vouloir bien l’accompagner en Europe où il pourrait, lui aussi, réparer ses forces épuisées par trente-neuf ans de séjour en Chine. Il accepta. Le missionnaire infirmier se dévoua de son mieux au chevet de son Supérieur en danger de mort presque continuel, mais il ne débarqua à Marseille que pour recevoir son dernier soupir, le lendemain de l’arrivée sur la terre de France.

    Parvenu au pays natal, à Fontenay-le-Comte, sa cousine le soigna comme il ne l’avait jamais été de toute sa vie. Après une année de séjour en Vendée, malgré les soins qui lui furent pro­digués, il se trouva plus fatigué qu’en arrivant de Chine, aussi le médecin dit à la famille : « Je ne permettrai jamais à un mis­sionnaire de partir en cet état. » Il obéit et alla se reposer au Sanatorium de Montbeton. Enfin, six mois plus tard, paraissant suffisamment rétabli, il put se réembarquer pour son cher Kwangsi.

    Mgr Albouy, son confident et ami, devenu Vicaire Apostolique, le chargea de bâtir à Ki-Teou une résidence et, grâce à un don fait par un généreux bienfaiteur, d’y ériger une chapelle en l’hon­neur de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. L’achat des matériaux, la surveillance des ouvriers, les soucis de toutes sortes le fati­guèrent beaucoup et l’affaiblirent de plus en plus. Lors de la retraite, annuelle en novembre 1934, Mgr Albouy lui demanda d’aller, se reposer à Hongkong. Les médecins ne purent que cons­tater l’augmentation de l’anémie et la diminution des forces phy­siques du malade. Une de ses dernières consolations fut celle de revoir en février 1937, M. Robert, Supérieur général, son grand ami de toujours ; il le reconnut mais fut incapable de s’entretenir lon­guement avec lui. Notre confrère continua de s’acheminer lente­ment vers son éternité ; ce fut le 20 mai, après avoir reçu les der­niers sacrements, qu’il remit son âme à son Créateur. Le lende­main, M. Cador célébra la messe des obsèques, et la dépouille mor­telle du vénéré défunt fut conduite au cimetière où elle repose tout près de Mgr Lavest, dont il avait écrit en 1911 la notice nécrolo­gique avec une véritable affection filiale.

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1890
    • Pays : Chine
    • Année : 1890