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Toussaint HÉBERT (1847-1887)

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    « Il y avait vingt et un mois que je n’avais pas perdu de mission­naire, nous écrit Mgr Puginier, et j’espérais que, d’ici à un assez long temps, je n’aurais pas le regret de vous annoncer une nouvelle de mort. Mais, contre mes prévisions, le Seigneur vient de décider autrement en nous enlevant M. Aster-Toussaint Hébert, décédé à Ha-noi, le 31 mai.

    « Il y avait douze jours que ce cher confrère avait quitté le sanatorium de Hong-kong pour rentrer au Tonkin. Arrivé à Hai-­phong, il faisait, dans la journée du 22 mai, ses préparatifs de départ pour Ha-noi. Il fut surpris par une forte pluie, et, n’ayant pas avec lui d’habits de rechange, il éprouva un refroidissement qui lui occa­sionna une grave maladie. Le 24, nous l’avons vu subitement arriver à Ha-noi déjà bien affaibli, et, en apprenant la cause, de son mal, j’ai eu tout de suite des inquiétudes sérieuses.

    « Le soir, un très bon médecin français, M. le docteur Mothy, vint le visiter et nous donna de l’espoir, tout en nous prévenant qu’il y aurait encore quelques forts accès de fièvre. Le jeudi, voyant le délire se calmer, on administra le sacrement de l’Extrême-Onction au malade, qui s’était déjà confessé. La journée du 27 fut assez bonne et donna un certain espoir ; mais le matin du 28, le délire le reprit et il a duré trois jours. Cependant, chose digne de remarque, lorsqu’on parlait au malade de Dieu, de la sainte Vierge ou de son âme., il reprenait connaissance un moment, il s’unissait aux invocations, et, puis, son esprit divaguait de nouveau.

    « Les obsèques ont eu lieu à Ha-noi le 1er juin, et nous avons eu la consolation de voir un grand nombre d’officiers, de fonctionnaires et de civils montrer par leur présence qu’au Tonkin, tous les Français sont unis de cœur. Personne n’ignore que les missionnaires sont dévoués à leur patrie et à tous leurs compatriotes, et je suis heureux de pouvoir affirmer que nous trouvons partout bienveil­lance, cordialité et dispositions sincères à nous rendre service.

    « M. Aster-Toussaint Hébert, né le 1er novembre 1847 à Saint-­André-de-Briouze, dans le diocèse de Séez, se sentit appelé de bonne heure à la vie apostolique, et il obtint de son Évêque l’autorisation d’aller au séminaire des Missions-Étrangères de Paris, pour se pré­parer d’une façon plus prochaine à suivre sa nouvelle vocation. En 1872, il fut destiné à la Mission du Tonkin Occidental, où il arriva le 20 novembre de la même année, après une traversée un peu accidentée.

    « Après qu’il eut étudié la langue annamite, suffisamment pour prêcher et entendre les confessions, je plaçai M. Hébert avec M. Cadro dans le district de Nam-dinh. C’est auprès de ce confrère déjà formé, qu’il devait se façonner lui-même aux us et coutumes du pays, et à la voie tracée par nos prédécesseurs dans l’exercice du saint ministère. En 1874, il fut mis à la tête d’un district comprenant quatre paroisses, où il travailla pendant deux ans. Je lui confiai ensuite la fonction de professeur au collège de Phuc-nhac, et, en 1879, je le chargeai du grand district de, Thanh-hoa.

    « Le Père a travaillé longtemps, dans ce dernier, poste. Il trouvait un élément à son activité naturelle dans ce vaste district, borné à l’est par la mer, et s’étendant au loin à l’ouest dans l’intérieur des montagnes. Il connaissait très bien toute la province , et les six  paroisses qu’elle renferme. Il les a parcourues bien souvent, cher­chant toujours à rendre service aux chrétiens. Les précieux rensei­gnements qu’il adonnés ont été très utiles, dans ces derniers temps, pour la connaissance des personnes et des lieux, et je puis ajouter qu’on n’a jamais eu à regretter de les avoir suivis.

    « Les premiers désastres qui affligèrent son district au commencement de 1884, alors que deux paroisses furent complètement dévastées, fatiguèrent beaucoup M. Hébert, car il avait une âme très sensible au malheur d’autrui. L’anémie l’avait saisi et elle avait fait des progrès au point que sa vue en était très affaiblie, et qu’il ne pouvait plus dire le bréviaire.

    « Au commencement de cette année 1887, je l’envoyai se reposer au Sanatorium de Hong-kong où, grâce aux soins fraternels qu’il a reçus, son estomac et ses forces s’étaient assez bien remis, pour lui permettre de rentrer dans la Mission. Mais, Dieu a décidé de le rappeler à lui, au moment même où il remettait le pied sur la terre du Tonkin, car c’est dès son arrivée à Hai-phong, qu’il a contracté la maladie qui l’a emporté.

    « Je termine en ajoutant que M. Hébert était un missionnaire d’un dévouement rare, tenant peu compte de sa peine et même de la vie, lorsqu’il s’agissait de rendre service. Il avait une foi vive et une âme droite. »

     

     

     

     

    • Numéro : 1127
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1872