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Joseph HATINGUAIS (1852-1886)

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    « M. Joseph-Marie-Félix Hatinguais, lisons-nous dans la Semaine religieuse de Rouen, était né le 18 juin 1852, à Oissel-sur-Seine (Seine-Inférieure). Elevé par des parents chrétiens, il manifesta tout jeune le désir d'être prêtre ; mais ce qu'il y eut de particulier dans cette vocation précoce, c'est que dès l'âge de onze ans il se sentit porté, comme par un irrésistible attrait, vers l'apostolat. Au témoi­gnage de ceux qui l'ont le mieux connu, il aurait, au moment de sa première communion, promis formellement à Dieu de se consacrer aux missions.

    « Bien que sa vie eût toujours été fort simple, et ne se distinguât en rien de celle des enfants de son âge, il ne se détacha plus de cette pensée : c'était chez lui une idée fixe, disons mieux, une mystérieuse impulsion de la grâce. Il fit ses études classiques à l'Institution ecclé­siastique d'Yvetot. Y laissa-t-il percer quelque chose de ses projets d!avenir? ou bien, comme il arrive parmi les écoliers, quelque raison futile lui valut-elle un surnom vraiment prophétique ? Tou­jours est-il que ses condisciples et ses maîtres eux-mêmes l'appe­laient familièrement le Chinois. Il acheva ses études théologiques au Grand-Séminaire de Rouen, en 1874. Il n'avait alors que vingt-deux ans et dut attendre l'âge d'être ordonné prêtre. Il passa ces deux années en qualité de précepteur dans le diocèse de Bayeux. Il reçut la prêtrise, le 23 juillet 1876, et, au mois d'octobre suivant, il entra comme professeur à l'Institution ecclésiastique d'Yvetot.

    « Il avait voulu partir aussitôt après son ordination; Mgr le car­dinal de Bonnechose s'y était formellement opposé, et l'avait envoyé à Yvetot, afin qu'il y étudiât encore sa vocation. Et pour que cette épreuve fût décisive, le Cardinal le nomma, le 24 juillet 1877 second vicaire à la Sainte-Trinité de Fécamp, lui promettant que si, après deux ans de ministère, il persévérait dans sa résolution, il aurait toute liberté de quitter le diocèse. M. Hatinguais, dont le cœur d'apôtre était aussi docile qu'il était généreux, accepta sans murmurer ce nouveau délai.

    « Mais, professeur ou vicaire, quelque occupé qu'il fût de l'ensei­gnement ou du ministère paroissial, il ne perdait pas de vue un seul instant sa véritable vocation. Les lettres des missionnaires publiées dans les Annales de la Propagation de la Foi, faisaient ses délices. Il lisait de plus, assidûment, les livrespubliés sur les  missions, et un de ses confrères, chargé avec lui de la surveillance d'un dortoir, se sou­vient de lui avoir vu tout un été, chaque soir, entre les mains, une Histoire de l'Église de Corée, qui fut si longtemps le théâtre des plus cruelles persécutions. La perspective de semblables souffrances ne l'effrayait nullement. Il parlait du martyre comme d'une chose toute naturelle, et avec une tranquillité d'âme vraiment apostolique. Cependant, afin de se préparer à la rude existence du missionnaire, il s'accoutumait à coucher sur la dure, ôtant le plus souvent de son lit, à l'insu de tous, son seul matelas, pour dormir sur une simple paillasse de séminaire; et encore n'y dormait-il qu'un nombre d'heures limité.

    « Comme vicaire, il ne fut ni moins sévère dans sa vie, ni moins dur à lui-même; il faisait de longues marches, bravant la fatigue, mangeant peu; il était d'ailleurs absolument indifférent à la. nature des mets et à la façon dont ils étaient préparés; plaisantant volon­tiers sur la cuisine qui l'attendait là-bas. On parle encore à Fécamp de l'abbé Hatinguais comme d'un prêtre exemplaire, exact, oublieux de lui-même, mortifié, et d'une austérité qu'il savait merveilleusement dissimuler. Sa modestie et sa simplicité étaient telles, que personne n'eût soupçonné qu'il pouvait y avoir tant d'énergie et de vertu dans un jeune prêtre d'un caractère si facile et si enjoué. Il fut toujours aussi humble, aussi désireux de rester caché; car, quoiqu'il se fit un devoir, quand il eut quitté la France, d'écrire au Cardinal, pour lequel il avait une vénération toute filiale, et dont il était tendrement aimé, bien qu'il eût un véritable bonheur à cor­respondre avec sa famille, ses anciens maîtres, ses nombreux amis, dont il gardait, dans sa lointaine mission, un si fidèle et si affectueux souvenir, jamais il ne permit qu'une seule de ses lettres, qu'une seule page de son journal de voyage fût publiée dans aucune feuille reli­gieuse, si modeste qu'elle fût.

    « Le délai de deux ans, demandé par son Archevêque, étant expiré, le jeune vicaire, au moment. où son digne curé, les adminis­trateurs et les paroissiens de Fécamp faisaient si grand cas de sa personne et de son ministère, vint se jeter aux pieds du Cardinal, et, lui rappelant respectueusement sa promesse, sollicita avec une bénédiction toute spéciale, la permission si désirée de suivre enfin l'appel de Dieu. Vaincu dans ses sages lenteurs et ses paternelles résistances, le bon et grand Cardinal lui accorda ce qu'il souhaitait si ardemment, et l'embrassant avec effusion, il le bénit. Le jeune apôtre, au dire d'un témoin oculaire, sortit radieux de l'audience archiépiscopale. »

    Le 6 septembre 1879, il entrait au Séminaire des Missions-Étrangères. L'année suivante, il fut destiné à la mission du Su­-Tchuen Occidental et partit de Paris le 1er septembre 1880. Il arriva à Tchen-Tou, capitale de la province du Su-Tchuen, le 14 jan­vier 1881.

    « M. Hatinguais, écrit Mgr Pinchon, était un digne prêtre, qui avait reçu de Dieu des qualités supérieures. Muni d'un jugement pratique très sain, intelligent, sage, pieux et zélé, dès les premiers temps de son ministère apostolique, ce cher confrère laissait à tous la convic­tion qu'il était propre à faire honneur aux premiers postes de la mission. Hélas ! Dieu ne lui en a pas donné le temps.

    « Après avoir visité pendant trois ans la chrétienté de Long-­Ngan-Fou, où il a laissé les plus précieux souvenirs, il fut transféré au district de Lio-Pin, pays nouvellement ouvert à la foi. Il y réus­sissait, comme partout ailleurs, lorsque, dans les derniers jours de septembre dernier, il fut atteint d'une maladie contagieuse appelée han-ky, espèce de fièvre typhoïde. Dès les premiers jours, le danger parut grand. M. Maupoint s'empressa d'accourir auprès du cher malade, et ne l'a jamais quitté jusqu'à son dernier soupir, qu'il rendit à une heure après minuit, le 16 octobre.

    « Sa mort a été celle d'un saint. Son agonie a duré trois jours, et, malgré ses horribles souffrances, il n'a jamais cessé de montrer la patience la plus héroïque et la résignation d'un saint prêtre. Notre douleur, en présence d'une telle perte, est bien grande. Le cher défunt nous laisse le cœur navré. Son corps sera porté à notre Grand-Séminaire de Ho-Pe-Tchang, où nous avons préparé un caveau dans lequel les restes de M. Pellé ont déjà pris place.

    • Numéro : 1462
    • Pays : Chine
    • Année : 1880