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Jean-Baptiste HARMANDON (1908-1996)

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    Le P. Jean-Baptiste Harmandon avait lui-même rédigé sa notice biographique. Il s'était beaucoup étendu sur son enfance, sa formation, la première partie de sa vie missionnaire et son travail en France au service de l'animation missionnaire. Ce texte est reproduit tel quel, avec cependant quelques coupures pour éviter des longueurs excessives. En revanche, le compte rendu de ses activités après son retour en Inde était très succinct. C'est le P. Raymond Rossignol qui a rédigé la deuxième partie du texte ci-dessous.

    Jean-Baptiste, Marie, Stanislas Harmandon, naquit le 15 mars 1908, un dimanche, à 10h30 du soir, au Mas-Blanc, commune d'Aigremont, canton de Lédignan, dans le Gard. Les historiens nous disent que c'est à Lédignan que fut signée la Paix dite d'Alès, entre le roi Louis XIII et les protestants, en 1629.

     

    Le foyer qui accueillait son sixième et avant-dernier enfant (4 filles et trois garçons) était descendu de la Lozère dans le Midi quelques années auparavant. Attaches lozériennes donc, et attaches M.E.P. La maman, née Irma Chabalier, était la sœur d'un aspirant missionnaire qui deviendrait Mgr Jean-Baptiste Chabalier, vicaire apostolique de Phnom-Penh. Le papa, originaire de la même paroisse et familier des travaux de la terre en montagne, avait dû apprendre ceux de la plaine, où la vigne devenait de plus en plus la culture de l'avenir. Il s'était fait la main sur une petite propriété à l'abandon, et l'avait graduellement arrondie à force de travail, le sien et celui de la maman. Ses deux bidons de lait tirant sur ses bras, on la voyait tous les matins faire plus de 3 kilomètres pour servir à domicile ses clients de Lédignan. Vint un jour où elle put se payer le luxe d'une voiturette d'enfant pour transporter son lait.

     

    Paysage physique de cette région au pied des Cévennes : céréales et vignes. La vigne, détruite par le phylloxéra, reprenait ses droits grâce à de nouveaux cépages. Paysage spirituel : une écrasante majorité protestante, autochtone ; et quelques groupes de catholiques descendus de la montagne, de Lozère et d'Ardèche.

     

    Au moment de la Réforme pasteur et troupeau avaient suivi Calvin. Plus tard les troupes du camisard Jean Cavalier, né dans une paroisse limitrophe, s'étaient mesurées à celles du Maréchal de Villars, sur le territoire d'Aigremont. Lédignan n'ayant plus de catholiques, Napoléon avait donné aux protestans l'église rebâtie après les destructions des guerres de religion. Une indication qui en dit long : la paroisse de Lédignan avec son église toute neuve en ces jours-là, comprenait 7 paroisses anciennes et on pouvait encore voir les ruines des vieilles églises dans plusieurs villages. À l'école du village voisin les petits Harmandon étaient les seuls catholiques et le nouveau-né serait le premier prêtre issu de la paroisse depuis la Réforme.

     

    On ne parlait pas d'œcuménisme en ce début du siècle, et lorsque, en novembre son frère aîné fut tué sur le front de l'Yser, le petit Jean fut tout surpris de voir le pasteur, une bien sympathique personne, entrer dans la maison pour offrir ses condoléances et prier. Il aurait dû se rappeler que tous les dimanches, avant ou après la messe, les Harmandon faisaient une halte dans une famille protestante et qu'on s'y trouvait vraiment en famille. Lorsque les autorités demandèrent à Monsieur le Curé de prévenir la famille de la mort de leur aîné, celui-ci (Monsieur le Curé) trouva tout indiqué de se faire précéder par cet ami protestant qui devait préparer la famille à recevoir la triste nouvelle.

     

    Dans le cimetière de Lédignan, et aussi dans les autres cimetières de la même région, chaque groupe religieux avait son territoire : d'un côté les tombes, en pleine terre pour la plupart, surmontées de la Croix. De l'autre côté des caveaux plus cossus, surmontés d'une urne voilée : sur les tombes comme au temple la croix était tabou. (À 80 ans de distance, les familles protestantes diminuant et disparaissant, la moitié catholique du cimetière empiète de plus en plus sur le domaine protestant).

     

    C'est dans ce cadre que le futur missionnaire allait vivre les 13 premières années de sa vie. Né le 15 mars il ne fut baptisés que le 19 avril. Pourquoi ? Apparemment parce que le parrain, ou plutôt son substitut, n'était pas disponible. Le parrain en titre était son oncle Jean-Baptiste, aspirant missionnaire à la Rue du Bac. Pas question pour lui de descendre dans le Midi. Mais il avait désigné un de ses frères pour le représenter ; celui-ci n'étant pas libre en temps voulu, finalement ce fut un des frères du petit Jean, 10 ans, enfant de chœur expert, qui joua très consciencieusement le rôle du parrain empêché. (Ce même enfant de chœur, 3 ans plus tard, au baptême de la petite dernière, devait sauver la validité du sacrement : de retour à la sacristie : "Mais, Monsieur le Curé, vous avez oublié de verser l'eau !" Oubli de taille, s'il en fut !

     

    Les paroissiens de Lédignan se souvenaient que quelques années plus tôt le papa Harmandon avait fait partie d'un commando nocturne pour soustraire la belle statue de Notre-Dame aux tracasseries des inventaires et la cacher en lieu sûr dans une ferme amie.

     

    En 1913, le parrain barbu, partant pour le Cambodge venait faire ses adieux à la famille et faire la connaissance de son filleul de 5 ans. Beaux cadeaux, belles photos. Dès que le petit bout d'homme fut à même de tenir une plume, ses premières lettres furent pour son parrain, à Battambang.

     

    1914, presque simultanément la déclaration de guerre et la mort du Pape Pie X. Avant la fin d'août le frère aîné, Joseph, est blessé. On le voit quelques jours au Mas-Blanc, appuyé sur sa canne : il a reçu une balle explosive dans la cuisse. Il abrège sa convalescence et demande à repartir en première ligne.

     

    Fin novembre, l'inquiétude grandit à la maison ; les lettres n'arrivent plus. L'ami protestant déjà mentionné, envoyé par Monsieur le Curé, vient très embarrassé préparer la famille. "Des soldats de passage à Lédignan auraient dit que Joseph avait été blessé et évacué…" Quand Monsieur le Curé se présente quelques minutes plus tard on a compris. Les larmes coulent silencieusement. Une page est tournée ; c'est une nouvelle atmosphère familiale : conscience du devoir accompli, et du sacrifice accepté.

     

    La paroisse va bientôt se trouver sans prêtre. Malgré sa tuberculose, l'abbé Paulet est mobilisé : il va mourir sous les drapeaux en quelques semaines. Le doyen de St Jean-de-Serres qui dessert déjà deux églises prend charge de Lédignan. Tous les mois il viendra dire une messe matinale, et le papa Harmandon, avec sa jardinière, sera l'un des volontaires du transport. Les autres dimanches on ira à St-Jean, 6 kilomètres par la route, 4 par les chemins de terre. 1ère Communion privée en 1915 : un prêtre en permission est venu du doyenné. Communion Solennelle le 9 juin 1918, à St-Jean, après 8 jours de retraite, il fallait bien cela pour des enfants privés de catéchisme régulier. La confirmation suit dans la quinzaine, à Boucoiran. Monseigneur Buéguinot est un vieillard au bout de sa carrière.

     

    Entre-temps le petit Jean va régulièrement en classe à l'école communale de Savignarques plus rapprochée du mas que celle d'Aigremont. Mais tout au début, cette école laissant fort à désirer au point de vue tenue. Il avait bien profité des leçons particuliers de sa sœur aînée et on l'avait vu étudier sa grammaire tout en gardant sa vache, le long des chemins…

     

    Ses projets ? Très jeune, la pensée du sacerdoce s'était un jour imposée à lui, dans un éclair. "Prêtre ! mais un prêtre ne fait pas de péchés !" Éclair sans lendemain, du moins apparemment. Un jour, une sœur en tournée de quête pour un orphelinat, se présente à la maison. Fixant le petit garçon et sa toute jeune sœur, elle dit, comme une chose toute naturelle : "Voilà un garçon qui fera un prêtre, et une fille qui fera une religieuse ! - Vous croyez, dit la maman, que le Bon Dieu peut prendre des enfants dans une famille comme la nôtre ?" Parole en l'air ou parole inspirée ? La petite sœur mourra postulante du Carmel d'Uzès.

     

    La fin de la guerre, Lédignan reçoit un nouveau curé, tout jeune ; et il insuffle de la vie aux jeunes, l'abbé Béraud. Le jeudi pour encourager la communion, il offre le petit déjeuner aux enfants qui sont venus à jeun des différents mas et hameaux. Un jeudi le jeune Harmandon sort du confessionnal et à genoux fait sa pénitence ; tout à coup Monsieur le Curé est à côté de lui ; penché sur lui, et apparemment complète son exhortation : "As-tu jamais pensé à devenir prêtre ? Il faut y penser. Tu es fait pour ça." Le vieux rêve enfoui dans le subconscient refait surface et ne s'éclipsera jamais.

     

    En attendant, la vie continue. De classe en classe on arrive à la classe du certificat… et même un an au-delà, car la jeune institutrice fait bien travailler. Mais le moment est venu d'entrer dans un pensionnat catholique, comme les aînés. À l'insu de l'intéressé son frère et un oncle, frère enseignant, font les démarches requises en ville d'Alès, et mettent le garçon devant le fait accompli. Celui-ci qui a gardé jalousement son secret en est bouleversé. L'oncle avec le sens psychologique d'un bon pédagogue, devine le pourquoi de la réaction négative, toute muette, de son neveu. "Ça ne vous va pas ? Vous préféreriez peut-être faire du latin ?" - Un oui sans équivoque. "Alors ce sera le collège de Langogne, où votre parrain missionnaire a fait ses études."

     

    Quelques semaines d'initiation au latin, le rosa, rosae, du vieux Lhomond, avec Monsieur le Curé, et le neveu était accueilli au collège du Sacré-Cœur par le supérieur, Chanoine Rozières qui gardait bien vivant le souvenir de J.B. Chabalier, son élève 15 ans plus tôt. Et il avait en réserve les gros dictionnaires latin et grec de l'oncle qu'il s'empressa de passer au neveu.

     

    Le collège du Sacré-Cœur était pratiquement l'un des trois petits séminaires du diocèse de Mende, sans le nom. Voilà donc le jeune méridional parachuté dans un monde nouveau, et regardé les premiers jours comme une bête curieuse par ses nouveaux camarades en sabots, bien plus à l'aise dans leur dialecte, dit "patois", que dans l'usage obligatoire du français. Langogne, 900m d'altitude, c'est le Massif Central, si différent du Midi méditerrannéen. On n'y craint pas le froid ; et au collège il n'y a de chauffage qu'à la cuisine ! Certains soirs avant de se glisser sous les couvertures, il faut, près des fenêtres, secouer les flocons de neige tombés pendant la journée. Il n'est pas rare les matins d'hiver, de voir le surveillant faire une petite flambée sous les robinets des lavabos, qui ont gelé. Cela donne une idée de la température des dortoirs et des salles d'étude. À l'époque, dans la région, on ne trouve pas cela extraordinaire. Le collège de Langogne n'est pas fait pour les tempéraments délicats, mais les fils des paysans lozériens n'y sont pas dépaysés.

     

    Notre méridional s'adapte bien à cette vie spartiate, d'autant plus qu'il se trouve là chez lui, plus que dans le Midi : toute sa parenté maternelle est là, à Langogne et dans des paroisses environnantes. Une fois par mois, cousins ou cousines viendront le chercher pour une sortie. Il va passer 4 ans dans cette maison : comme il a eu un bon départ en primaire, on lui fera faire l'économie de deux classes.

     

    Et là il va faire la connaissance des Missions Étrangères. Un beau soir arrive le légendaire Père Depierre avec son matériel de projection : scènes bibliques, paysage de la Baie d'Along… On lui dit qu'il y a dans la maison un neveu du Père Chabalier ; on le lui présente. Et c'est ainsi que le garçon apprit que son parrain appartenait à une Société de Missionnaires appelés Missions Étrangères de Paris. Jusque-là il croyait que tous les missionnaires ne formaient qu'une seule Société. Cette rencontre devait avoir des retombées. Deux externes accompagnèrent le P. Depierre à la gare : il leur donna la Vie du Bx Théophane Vénard, et leur envoya quelques cartes postales, comme il le faisait par toute la France.

     

    La Vie du Bx théophane Vénard, prêtée par un camarade, tomba dans les mains de Jean Harmandon qui la dévora pendant une retraite et fut profondément marqué par cette découverte du monde des missionnaires et des martyrs. À mesure que la fin des études approchait la pensée des Missions se faisait plus pressante. Mais ce n'était pas du domaine public. Une chose à la fois. L'étape du bachot franchie et sa famille mise au courant, il demanda à son curé, celui qui avait réveillé en lui le rêve du sacerdoce, de proposer sa demande d'admission aux Missions Étrangères. Réaction de surprise. Pendant le récent pèlerinage de Lourdes, Monsieur le Curé avait absolument voulu le présenter à l'évêque de Nîmes, Mgr Girbeau, et le jeune homme avait fermement refusé. De fait cette rencontre avait été arrangée avec Monseigneur, à qui on avait fait espérer une recrue pour son grand séminaire. Par la suite, lorsqu'il y aura rencontre, le prélat paraîtra ignorer son jeune diocésain, transfuge à ses yeux. Mais c'est une autre histoire…

     

    La réponse de Paris, sous la plume du P. Boulanger, deuxième assistant du Supérieur Général, fut très encourageante : "Si le neveu ressemble à son oncle Chabalier, il promet de faire un bon missionnaire."

     

    Quelques semaines plus tard, c'était le "Gai Bonjour" à Bel-Air. Plus de 30 nouveaux aspirants avaient déjà été accueillis pour cette rentrée de 1925. Quelques mois plus tôt c'était la béatification des premiers martyrs de Corée, très rapprochée de la canonisation de Sainte Thérèse de Lisieux. Bientôt la communauté de Bel-Air se transportait à la Rue du Bac pour le solennel triduum des martyrs de Corée célébré à l'église paroissiale de St-François Xavier. Le visage buriné du Vieux Monseigneur Mutel attirait les regards : il s'était tellement usé en Corée, dès avant la fin des persécutions, et dépensé pour la glorification des martyrs ! Ce triduum d'actions de grâces mettait les nouveaux aspirants dans le bain, plus que de longues exhortations.

     

    Et les initiatives du pape des Missions, Pie XI, allaient jalonner et marquer ces débuts de la formation missionnaire. Encyclique sur les Missions ; proclamation de la Petite Thérèse, patronne des Missions ; nomination des six premiers évêques chinois ; nomination du premier évêque japonais, Mgr Hayasaka, qui honora les Bel-Airiens de sa visite. La vocation missionnaire avait décidément le vent en poupe ; et la ferveur de la communauté ne pouvait être sérieusement affectée par les remous causés dans l'Église de France par la condamnation de l'Action Française. Le départ d'un aspirant fut la seule réaction visible aux directives de l'Église. Mais cela fit problème pour un certain nombre de fidèles de Léon Daudet et de Charles Maurras. La ligue de prière St-Louis pria de plus belle pour la conversion des deux leaders politiques.

     

    D'autres grands hommes honoraient la communauté. L'inimitable Père Bibollet, ne pouvait se priver, en classe de philosophie, de parler de son ami Jacques, Jacques Maritain pour le commun des mortels, dont il était l'aumônier privé. Et c'est ainsi que le philosophe Maritain, de renommée mondiale, vint un jour à Bièvres pour faire passer l'oral du baccalauréat de philosphie scolastique…

     

    Et ainsi passèrent les 3 ans de vie à Bel-Air ; pas tout à fait : il fallait franchir l'étape du service militaire qui commençait en mai. L'aspirant, "Monsieur" Harmandon, bénéficiait d'une réduction de six mois de service, réduction méritée par la mort de son frère aîné au champ d'honneur. De plus il pouvait choisir son unité. Il opta pour le 81ème de ligne, le régiment de son frère et de son oncle missionnaire. Il descendit donc dans le Midi, à Montpellier, ville universitaire. Il en profita pour tenter sa chance, en uniforme, et si possible décrocher la 2ème partie du bac, avec l'acquis des deux années de philosophie de Bel-Air. Et la chance joua honnêtement le jeu.

     

    La fin de mai 1929 ramena notre aspirant, non plus à Bièvres, mais à Paris, pas pour longtemps. En octobre, avec Georges Cussac, 5 anciens romains et le P. Garnier, il prit le train de Rome. La question romaine avait été réglée quelques mois plus tôt. Rome avait retrouvé son connaturel climat spirituel. Bien sûr le fascisme affichait sa présence et sa puissance à chaque pas ; Mussolini allait tenter de mettre l'Action Catholique à son pas à lui, en usant des méthodes qui lui avaient réussi avec ses adversaires politiques : mais il allait aussi se rendre compte qu'il n'était pas de la taille de Pie XI.

     

    Rome c'était la Grégorienne avec sa clientèle cosmopolite, littéralement bigarrée dans les uniformes des différents collèges et séminaires, cosmopolite aussi le nombreux corps enseignant. Occasion unique d'élargir son angle de vision, de nouer des relations avec les "autres", par-delà les frontières de l'hexagone…

     

    Rome c'était le centre de l'Église, évidence du présent et témoignage du passé, proclamé dans les momuments. Rome, c'était une vivante histoire de l'Église depuis les catacombes jusqu'à radio Vatican, installé par Marconi, le père de la Radio et inauguré par Pie XI. Rome, c'étaient les célébrations solennelles, de St-Pierre, canonisations et béatifications…

     

    Rome c'était le pape, le pape des Missions, Pie XI, vu de près et le privilège de recevoir sa bénédiction, d'avoir un mot de lui, dans son bureau…

     

    Une des audiences quotidiennes, dite semi-publique : l'évêque de Nîmes présente au pape un groupe de ses prêtres : un à un ils baisent la main du Souverain Pontife. L'aspirant Harmandon a accompagné ses compatriotes. Quand vient son tour l'évêque, point réconcilié, avec l'idée de perdre une vocation pour son séminaire, emploie une formule spéciale : "Voici un jeune homme qui nous a quittés pour les Missions !" - "Bene, bene…", approuve le pape, et ses deux mains enserrent énergiquement la tête de l'aspirant. Réflexion d'un des pèlerins : "Le pape vous a remarqué ! Il a l'air d'avoir un faible pour les Missions !" Le contraire serait étonnant.

     

    Le 11 juin 1933, Pie XI consacre 6 évêques d'Asie : un Indien, le premier Vietnamien, Mgr Tong, et 4 Chinois. Quelques jours plus tard le jeune prêtre apprenait une nouvelle à laquelle il s'attendait : pendant qu'il assistait à la cérémonie, à St-Pierre, sa jeune sœur, sortie du Carmel d'Uzès où elle était postulante, avait fait une sainte mort dans sa maison natale du Mas-Blanc. Pour lui c'était la période des derniers examens. Entre-temps il avait reçu sa destination pour la mission de Mysore. Il va maintenant passer quelques semaines dans sa famille : l'atmosphère de paix qui y règne en ces jours de deuil est impressionnante. "Je m'en vais : il ne faut pas pleurer…" dernières paroles de la mourante, accompagnées d'un grand signe de croix. Sur l'avis spontané de son directeur le partant recueille les souvenirs des personnes qui ont vu de près la jeune malade pendant ses derniers mois au Carmel et en sana. Il faudra rédiger une notice sur cette vie édifiante d'apostolat et de prière.

     

    Le 18 septembre les 20 partants quittent Paris, et le 22 ils embarquent sur l'Athos II. Mgr Tong, le nouvel évêque vietnamien (en ce temps-là on disait annamite) voyage avec eux jusqu'à Port-Saïd. Le 9 octobre les 4 Indiens débarquent à Colombo, et le 12 le Père Harmandon est accueilli à Bangalore.

     

    Bangalore, capitale de l'État de Mysore, est aussi le centre de la Mission de Mysore. Évêché et cathédrale sont à Bangalore. C'est alors une ville de 300 000 habitants avec une importante minorité catholique ; ville en un sens cosmopolite où anglais, kannada, tamoul, télégou, hindi et ouroudou sont d'un usage courant. Les trois premières de ces langues sont employées dans les églises. La Mission de Mysore comprend tout le territoire de l'État de Mysore à l'époque, soit 8 Districts (départements). Cette Mission, par divisions successives donnera plus tard 3 diocèses. En 1933, elle est confiées aux Missions Étrangères : les quelques 30 pères qui y travaillent sont groupés dans la ville de Bangalore : 6 paroisses et de nombreuses institutions, et dans ce qui deviendra l'archidiocèse de Bangalore. Le clergé indien est plus nombreux.

     

    Le nouvel arrivé doit d'abord faire connaissance avec la ville, ses églises, ses institutions, dont les plus importantes sont le collège St-Joseph, et le séminaire régional St-Pierre, en construction.

     

    Il doit ensuite, en priorité, comme tous les nouveaux dans toutes les missions, se mettre à l'étude de la langue. Mgr Despatures estime que le nouveau, évidemment destiné à l'enseignement dans le séminaire régional St-Pierre, doit d'abord se familiariser avec la vie indienne et une des langues dans un climat moins artificiel que celui de la capitale. Six jours après son arrivée, il le conduit à Shimoga, chef-lieu de district à 250 km au nord-ouest de Bangalore. Objectif : le tamoul. La communauté chrétienne tamoule représente 80 pour cent des effectifs de la paroisse. Dès le premier soir, aux dévotions du rosaire (c'est le mois d'octobre) le jeune remarque certaines particularités : on lui explique que le rosaire a été récité en tamoul dans la nef, en konkani dans une aile ; suivi par les litanies de la Ste-Vierge en kannada, et le chant du Salve Regina en konkani. Le Père de Souza parle couramment français et est abonné à la Croix de Paris. Il prêche alternativement en tamoul et kannada… Les jeunes qui viennent tous les soirs au presbytère, pour des répétitions, n'ont aucune difficulté pour communiquer entre eux : chacun peut s'exprimer en trois langues. Le jeune missionnaire était donc bien placé pour s'initier à une des langues, dans le contexte des autres. Un an plus tard le curé et son vicaire, à la messe de minuit, prêcheront en 5 langues…

     

    Tout en étudiant et pratiquant graduellement le tamoul, le Père Harmandon s'intéresse beaucoup à une annexe en plein développement : à 15 kilomètres de Shimoga, Bhadravati est le centre industriel le plus important du Mysore ; une communauté de chrétiens tamouls est en train de se former ; le gouvernement donne un terrain pour la construction d'une église. En attendant, dès qu'il peut faire un peu de ministère, le Père Harmandon se rend à Bhadravati toutes les trois semaines et une centaine de fidèles s'entassent dans le hall du Travellers Bangalow (Pavillon des voyageurs ) pour la messe dominicale. Le centre industriel a continué à s'étendre : sidérurgie, ciment, papier. Il y a aujourd'hui à Bhadravati trois paroisses, un grand complexe scolaire et un hôpital, tenus par les Sœurs.

     

    Mais dans la pensée des supérieurs Shimoga n'était qu'une brève étape pour le nouveau missionnaire. Bien trop courte ! Ce n'est pas en 14 mois, sauf aptitudes exceptionnelles, qu'on arrive à posséder une langue totalement étrangère. Pris par d'autres occupations, et forcé d'apprendre et de pratiquer l'anglais en priorité pour son enseignement, le P. Harmandon souffrira toute sa vie de son ignorance des langues de sa Mission.

     

    Aux premiers jours de janvier 1935, il quitte Shimoga pour St-Peter's Seminary, Bangalore. Le séminaire St-Pierre a fonctionné 150 ans à Pondichéry, sous le vocable de St- Joseph. D'abord diocésain, puis pratiquement inter-diocésain, il est maintenant devenu juridiquement régional, et reste confié aux Missions Étrangères. Il vient de s'installer à Bangalore dans un imposant bâtiment de granit dont la construction a été financée par l'œuvre de Saint- Pierre-Apôtre, d'où son nouveau nom. Il reçoit les séminaristes des 5 diocèses qui forment la province ecclésiastique de Pondichéry. Le corps des directeurs est recruté parmi les Pères des 4 diocèses confiés aux M.E.P. Ils sont 6 en ce début de 1935 : le nouveau fera le septième. Et la communauté compte une bonne soixantaine de séminaristes.

     

    Voici donc le P. Harmandon professeur et étudiant. Tout au début, faute de connaître suffisamment l'anglais, il va faire ses classes en latin et apparemment les élèves peuvent le suivre. Mais il donne beaucoup de temps à perfectionner son anglais afin de pouvoir l'utiliser normalement en classe, dans l'intérêt des séminaristes. On lui a confié le cours de théologie dogmatique :  ce sera l'essentiel de son travail tout le temps de sa présence au séminaire. Mais les circonstances pourront l'amener à assurer temporairement d'autres cours : le corps professoral est si réduit ! Les vacances lui procurent l'occasion de faire un peu de ministère et de cultiver les langues.

     

    Ne pouvant se résigner à ignorer complètement la langue du Mysore le kannada, il va passer les deux mois de vacances de l'été 37 dans la paroisse de Settihalli, qui conserve le souvenir du fameux abbé Dubois.

     

    L'année suivante, les vacances anticipées le conduiront plus loin. Son oncle et parrain, le Père Chabalier, est nommé vicaire apostolique de Phnom-Penh. Le neveu est invité au sacre, la providence arrange bien des choses ! Une épidémie de variole oblige à point nommé à licencier le séminaire pour deux mois : cela résout de façon satisfaisante pour tout le problème du remplacement. Et ainsi, sans l'avoir prémédité, le jeune Indien va faire la connaissance de Penang, la Malaisie, le Siam, le Cambodge, la Cochinchine, l'Annam, le Tonkin. On lui demandera :"Puisque vous venez de l'Inde…" de donner une mini-mission aux communautés tamoules Phnom-Penh et de Saigon…" Au pays des aveugles…"

     

    En cette fin des années 30, le climat européen s'est bien assombri, et le point de rupture se rapproche, inexorable. Après l'anschluss de l'Autriche, et les Sudètes, c'est maintenant le couloir de Dantzig, l'étincelle qui va mettre le feu aux poudres accumulées, et déchaîner la conflagration dévastatrice qui s'étendra au monde entier. La guerre ! la mobilisation ! Le Père Harmandon doit se mettre à la disposition de l'autorité militaire de Saïgon. L'intervention du Gouvernement britannique fait annuler cette décision : les missionnaires français en Inde seront mobilisés sur place au poste qu'ils occupent. Mesure de sagesse.

     

    Durant les mois de "la drôle de guerre", le séminaire Saint-Pierre accueille l'Apôtre du Sacré-Cœur, le Père Mateo Crawley sur la fin de sa campagne de retraites en Asie. À titre de benjamin, le P. Harmandon est mis à la disposition de l'illustre prédicateur, durant les trois retraites que vont suivre d'abord les séminaristes, et ensuite les prêtres de la région, l'une en français, l'autre en anglais. Nous sommes en janvier 1940. Le Père Matéo met les Père en garde contre un optimisme béat : la France ne saurait se prévaloir de titres à une protection spéciale ! Qui aurait pu, en janvier, imaginer l'écroulement de juin ?

     

    Retombées de la guerre à St-Peter's : pour faire face à l'action japonaise sur l'Inde (ils sont déjà en Malaisie et en Birmanie) une puissante armada britannique débarque dans le sud de très importantes unités militaires ; Bangalore sera un de leur centre. Les bâtiments du séminaire sont réquisitionnés. Monseigneur Prunier offre alors son petit séminaire pour accueillir les expulsés devenus réfugiés. On s'entasse tant bien que mal dans des locaux destinés à un autre usage; 3 petites chambres à toiture de palmes et de chaume sont construites pour les 3 plus jeunes Pères. Et Salem n'est pas Bangalore ! Cet exil et ce provisoire vont durer 4 ans. À la fin de 1945, le Père Harmandon est bien fatigué. On lui donne un an de congé. Cela commence par plusieurs mois d'hôpital, à Sainte-Marthe, Bangalore, suivis de plusieurs mois de repos au sanatorium de Wellington. Dans la fraîcheur des Nilgiris il reprend assez de forces pour accepter de remplacer, à Sainte-Marie d'Ooty, le Père Capelle qui part en congé. Mais les supérieurs pensent qu'un retour en France serait la meilleure solution.

     

    Début de juillet 47, il quitte donc l'Inde et s'embarque à Colombo. Il est bien loin de penser que son éloignement de sa Mission va durer quatorze ans ! S'il avait pu le prévoir il aurait certainement opté pour une autre solution. Pourquoi ce long exil ? Ses supérieurs voulurent lui donner généreusement le temps de bien refaire sa santé, tout en s'occupant utilement. Et quand il fut en meilleure forme, l'Inde, maintenant indépendante depuis le 15 août 1947, ferma sa porte à l'entrée des missionnaires. Plus de visas. En attendant l'éventuelle instauration d'une politique plus libérale, on pensa à utiliser le Père dans le service de l'Information Missionnaire, à titre provisoire, en attendant… Justement le P. Châtelain, titulaire de cette activité dans le quart sud-est de la France, venait d'entrer en sana, épuisé par cette vie d'errance. Et c'était un pulmonaire !

     

    Le Père Harmandon alla donc s'installer à Beaugrand, dans le Rhône, une résidence léguée aux Missions Étrangères quelques années plus tôt, au titre provisoire de "bouche-trou". Un provisoire qui allait durer 12 ans !

     

    Il allait travailler sous la direction du P. Prouvost dont il connaissait depuis Bangalore les qualités d'organisateur méthodique et énergique. À part le rapport mensuel de ses activités que le Père Prouvost demandait de ses subordonnés, le Père Harmandon jouissait de la plus parfaite latitude pour organiser son travail. Il s'agissait essentiellement de contacts avec les 25 diocèses du sud-est, de Clermont-Ferrand à Pamiers, et d'Autun à Nice. Le schéma de ces contacts était passablement stéréotypé : visite à l'Ordinaire du lieu pour lui remettre une lettre d'introduction de Mgr Lemaire, et obtenir l'autorisation de visiter les institutions qui peuvent contribuer à assurer le recrutement de la rue du Bac : grands et petits séminaires, collèges et écoles primaires, institutions diverses, sans oublier les familles de missionnaires ; beaucoup dépendait de l'accueil de l'évêque. Tel archevêque voit rouge dès que le Père se présente et accumule objection sur objection, et de très mauvaise grâce accorde chichement l'autorisation demandée. "Mon Père, vous ne faites pas un métier bien intéressant ! Vous ne devez pas être partout bien reçu ! - Oh ! Si, Monseigneur ! Généralement je suis très bien reçu." Il y avait l'accueil plus discret mais évidemment sympathique de la plupart ; l'accueil plus réservé, parfois réticent, de l'évêque qui soupçonnait le Père de venir "pêcher à la ligne" dans son vivier de vocations. Une seule fois, l'évêque d'un diocèse très riche en vocations, et traditionnellement fournisseur de la Rue du Bac, refusa le dialogue de façon si radicale que le Père se retira sans avoir remis sa lettre d'introduction.

     

    Ce furent 12 ans de ministère "prenant dans sa variété" : conférences dans les grands séminaires, conférences avec projections et retraites dans petits séminaires, collèges, pensionnats de filles ; retraites de 1ère Communion, journées missionnaires, expositions missionnaires, triduums dans les paroisses…

     

    1949-1961: l'expulsion de tous les missionnaires de Chine et du Nord-Vietnam, l'hécatombe de Corée. Dans certains milieux il fallait éclairer l'opinion désinformée par une certaine propagande. "Je demanderai à vos jeunes (lycéens) de prier pour l'Église persécutée de Chine. - Il n'y a pas de persécution en Chine ! - Mais le pape nous dit qu'il y a persécution." - "Le pape pense ce qu'il veut."

     

    Pendant les mois d'été, c'était la visite des colonies de vacances, où l'on rencontrait des Séminaristes-moniteurs.

     

    Les mois passaient, et les années et le provisoire continuait et le visage de l'Église de France se modifiait. En 1950 le Père Harmandon s'était adressé aux 300 séminaristes des deux grands séminaires de Lyon. Ils n'étaient plus aussi nombreux en 1960. Plusieurs séminaires se fermaient ou fusionnaient. Le fruit de ces 12 années de contacts avec les diocèses du sud-est ? Sans proportion aucune avec la somme d'efforts déployés. Il fallait se rappeler le mot de l'Évangile : "Autre est le semeur, autre le moissonneur."

     

    Au moment où le Père désespérait de jamais retourner dans sa Mission et se résignait (mal) à travailler en France, au service de la Société, un appel absolument inattendu lui arrivait de Bangalore.

     

    C'était en 1960. Le séminaire régional de Bangalore était encore confié à la Société MEP. La nomination des professeurs relevait donc des supérieurs de la Société. Cependant, à leur demande, depuis déjà plusieurs décennies, des évêques de la région acceptaient de mettre quelques prêtres à la disposition du séminaire. En 1960, il y en avait plusieurs dans le corps professoral. Mais le nombre des professeurs était nettement insuffisant, d'autant que le nombre des élèves était en progression constante. La Société MEP se devait donc de chercher aussi parmi ses membres des missionnaires susceptibles de se mettre au service de cette institution.

     

    Sur place, les responsables du séminaire avaient souvent songé à demander le retour du P. Harmandon qui avait laissé le souvenir d'un professeur compétent et efficace. Ses problèmes de santé, qui avaient nécessité son départ de l'Inde en 1947, avaient peu à peu disparu. On pouvait donc envisager son retour. En principe, le gouvernement indien n'accordait plus de visa à de nouveaux missionnaires ; mais il n'était pas impossible, à titre exceptionnel, d'obtenir un visa pour tel ou tel "spécialiste" étranger, si l'Église déclarait en avoir absolument besoin. Mgr Pothacamury, archevêque de Bangalore accepta de faire une telle déclaration. C'est ainsi que le P. Harmadon put obtenir un visa au titre de "spécialiste en théologie". Il rejoignit Bangalore au mois de juin 1961.

     

    Il retrouvait l'Inde après une absence de quatorze ans. Entre-temps, le pays avait beaucoup changé. L'Inde avait obtenu son indépendance quelques semaines après le départ du P. Harmandon pour la France. Au séminaire même le majestueux bâtiment, inauguré en 1934 et prévu pour accueillir une centaine séminaristes, était devenu trop petit. On avait entrepris de nouvelles constructions qui devaient plus que doubler ses capacités d'accueil. À l'exception du P. Harrou, le corps professoral avait été entièrement renouvelé. Les professeurs indiens étaient sur le point de devenir majoritaires. Le nouveau recteur était un jeune missionnaire de 33 ans. Le P. Harmandon en avait 53. Bref, le P. Harmandon se retrouvait dans un environnement très différent de celui qu'il avait connu avant son départ.

     

    Il eut quelques difficultés pour s'adapter à cette situation relativement nouvelle pour lui. Mais le P. Harmandon ne manquait ni de bonne volonté ni de talents. Peu à peu il se remit à l'enseignement et les élèves ne tardèrent pas à apprécier la précision et la clarté de ses exposés. On reconnaissait volontiers que le P. Harmandon était un bon professeur. Les élèves appréciaient moins sa rigueur dans le domaine de la discipline. Ils éprouvaient cependant un grand respect pour son sens du devoir et sa droiture. Très vite il redevint un directeur de séminaire très estimé, même si certains le redoutaient quelque peu.

     

    Le P. Harmandon accueillit les enseignements et orientations de Vatican Il avec un grand sens de fidélité à l'Église. Il ne les contestait absolument pas. Mais il se trouvait beaucoup plus à l'aise dans l'enseignement de la théologie telle qu'il l'avait assimilée lors de ses études à l'Université Grégorienne que dans les prises de position de plusieurs grands théologiens contemporains. Il éprouvait aussi parfois des difficultés à accepter telle ou telle orientation nouvelle dans la formation des séminaristes. Bref ! peu à peu, il eut l'impression d'être quelque peu déphasé.

     

    Il accepta donc bien volontiers la proposition que lui fit l'archevêque de Bangalore en 1973 : il abandonna le séminaire St-Pierre pour devenir aumônier du noviciat des Sœurs Salésiennes Missionnaires de Marie Immaculée, à Nirmala Giri, près de Kengeri, à 18 km du centre de Bangalore. C'était un noviciat fort important : environ 60 novices venues de trois provinces différentes. En outre, les jeunes religieuses revenaient six ans plus tard pour une nouvelle période de formation avant leur profession perpétuelle. Le P. Harmandon était toujours disponible, non seulement pour célébrer l'Eucharistie et entendre les confessions, mais aussi pour donner quelques cours de théologie ou de spiritualité. Plusieurs centaines de religieuses furent formées à la vie religieuse dans ce noviciat pendant que le P. Harmandon en était l'aumônier. Il connaissait le nom de chacune d'elles et n'avait aucune difficulté à les reconnaître lorsqu'il les rencontrait de nouveau après plusieurs années.

     

    De plus, comme il l'avait fait lorsqu'il était au séminaire St-Pierre, il acceptait volontiers d'aller rendre service dans d'autres maisons religieuses, en particulier chez les Petites Sœurs des Pauvres. On faisait fréquemment appel à lui pour des conférences spirituelles ou des confessions. Pendant longtemps le P. Harmandon s'était déplacé en mobylette ; mais suite à des problèmes de vue, vint le jour où il dut renoncer à utiliser son propre véhicule. Fort heureusement il y avait un bon service d'autobus au départ de Kengeri, et il continuait à se rendre régulièrement à Bangalore, en particulier pour une séance de confessionnal hebdomadaire dans le couvent des Sœurs de la même Congrégation, à Chamarajpet. Entre-temps, en 1975, il avait pris son second et dernier congé en France. C'était une année jubilaire. Il en avait profité pour faire un pèlerinage de 9 jours à Rome à l'aller et un autre pèlerinage de 8 jours en Terre Sainte au retour.

     

    Sa santé devenant de plus en plus défaillante, au mois de mai 1994, il fut relevé de ses fonctions d'aumônier ; mais conformément à son désir, les religieuses consentirent à ce qu'il se retire sur place. Il eut aimé terminer sa vie à Kengeri. Malheureusement son état de santé nécessitait des soins que les religieuses de Nirmala Giri ne pouvaient lui assurer. Non sans réticence, au mois de février 1996, il accepta de rejoindre l'une des chambres mises à la disposition des prêtres âgés dans l'enclos de l'hôpital Ste-Marthe. Peu après, au mois de mai, il fut accueilli chez les Petites Sœurs des Pauvres qui le connaissaient bien pour avoir souvent bénéficié de son ministère. C'est là qu'il mourut le 14 août 1996, à l'âge de 88 ans.

     

    La messe des obsèques fut célébrée dans l'église du Sacré-Cœur. Elle fut présidée par Mgr Alphonse Matthias, archevêque de Bangalore, assisté de Mgr Ignatius Pinto, évêque de Shimoga, le lieu où le P. Harmandon avait commencé sa vie missionnaire 63 ans plus tôt.

     

    Conformément à son souhait, il fut inhumé dans l'enclos du noviciat de Nirmala Giri. Il avait lui-même choisi l'emplacement de sa tombe.

     

     

    • Numéro : 3482
    • Pays : Inde
    • Année : 1933