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Noël HAMON (1897-1977)

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    Enfance et jeunesse

    Noël HAMON naquit au hameau de Laraon-en-Pouldreuzic le 1er février 1897. Sans être riche, la famille vivait convenablement. Son père faisait figure de « notable » et avait sa place dans une stalle au chœur, à l’église paroissiale. Noël Hamon appartenait à une famille nombreuse : dix enfants, dont 4 garçons et six filles. Parmi les garçons deux firent des études à St-Vincent de Quimper. Cette maison était le petit séminaire du diocèse. Etabli à Pont-Croix avant la séparation de l’Eglise et de l’Etat, il fut spolié et le séminaire se réfugia à Quimper pendant plusieurs années avant de pouvoir réintégrer Pont-Croix. Parmi les filles, deux devinrent religieuses ; les autres se marièrent et fondèrent des familles.

    Après ses études primaires à Pouldreuzic et à Plonéour-Lanvern, Noël entra à l’Institution St-Vincent de Quimper pour y faire ses études secondaires. Elles furent interrompues par la mobilisation en 1916. Blessé en 1918, il fut démobilisé en 1919. Certains disent qu’au retour de la guerre, il hésita sur la route à prendre. Quoi qu’il en soit, dès le 4 octobre 1919, il adressait sa demande d’admission aux Missions Etrangères de Paris. Arrivé à Bièvres le 25 octobre, il commença ses études ecclésiastiques en vue du sacerdoce. Il semble qu’il avait dû vaincre une certaine difficulté du côté de sa famille. Mais comme deux de ses frères avaient été autorisés à partir pour le Maroc comme « colons », Noël fit valoir cet argument : « Vous les avez laissés partir au Maroc ; pourquoi ne pourrai-je pas partir en mission ?

     

    Aux Missions Etrangères

    Rien de notable à signaler pendant ses années de séminaire. Tel que nous l’avons connu, il fut certainement un séminariste sérieux, laborieux, soucieux de se bien préparer à son apostolat missionnaire. Ordonné prêtre le 6 juin 1925, il reçut quelques semaines plus tard sa destination pour la mission du Yunnan dans la Chine du Sud.

    Après une étude suffisante de la langue chinoise, il fut chargé de divers postes à la campagne jusqu’en 1931. Il occupa en particulier pendant 5 ans le poste de Longki, poste rendu célèbre par le P. Chicard le « Chevalier-Apôtre ». C’était à plus de 20 jours de route de Kunming. Un peu plus tard, en 1935 cette partie du Yunnan fut érigée en Préfecture apostolique et confiée au clergé chinois. Selon la coutume alors en usage, les missionnaires quittèrent tous ces postes dans les années suivantes. Mais le P. Hamon avait été déjà rappelé à la capitale en 1931 et nommé à la tête de l’école des catéchistes à Kunming. Il se donna généreusement à la formation de ces jeunes gens et il pensait y consacrer encore de longues années quand, en 1938, le cours des choses changea pour lui.

    En France

    Il fut en effet rappelé en France comme professeur de philosophie pour remplacer le P. Dourisboure, empêché par la maladie. Il enseigna la philosophie à Bièvres pendant un an (1938-1939). En juin 1939, il fut nommé professeur de morale au séminaire de Paris : il devait commencer son enseignement au mois de septembre.

    Mais les événements bouleversèrent tous ces plans. Avec la déclaration de la guerre le séminaire ne put rouvrir. Le P. Hamon lui-même fut mobilisé pendant un certain temps. Lors de la débâcle, il put échapper à la déportation et avec le temps regagner Paris. De son côté également, le P. Destombes réussit à rejoindre le séminaire, et à organiser une rentrée. Le séminaire put rouvrir au mois d’octobre 1940. Comme il n’y avait pas de professeur de philosophie disponible, on demanda au P. Hamon de se charger de cette matière au moins temporairement. Il faut se rappeler en effet que le séminaire de Bièvres était occupé et que tous les aspirants étaient groupés dans le séminaire de Paris, aussi bien les philosophes que les théologiens. Le P. Hamon continua l’enseignement de la philosophie pendant environ deux années scolaires, puis, les choses se normalisant peu à peu, il fut chargé du cours de théologie morale, enseignement qu’il assura jusqu’en juin 1947. Son enseignement était solide et classique, mais, ce que l’on pourrait appeler le « style » du professeur manquait de « dynamisme » et n’était pas exempt d’une certaine monotonie.

     

    De nouveau au Yunnan

    Au bout de 10 années de professorat, le Père Hamon demanda et obtint l’autorisation de retourner en mission, car telle était la règle à cette époque. Il arriva à Kunming le 31 mars 1948. Après quelques semaines de repos et réacclimatation, il fut nommé le 1er mai aumônier du couvent du Sacré-Cœur. Il avait pour fonction de donner des cours de spiritualité aux novices et des cours d’instruction religieuse aux probanistes du pensionnat. En février 1949, Mgr Derouineau le choisit comme vicaire général. Il exerça cette fonction jusqu’à la nomination d’un vicaire général chinois en 1951. A cette époque, la situation politique se détériorait sérieusement en Chine. Les communistes de Mao-tse Tong occupaient peu à peu le pays et expulsaient les étrangers. En prévision d’une pareille conjoncture, le St-Siège avait donné des consignes précises. Suivant ces directives, le P. Hamon qui n’avait plus de fonction officielle et qui d’autre part n’avait pas, « charge d’âmes » au sens strict fut autorisé à quitter la mission. Il partit le 20 juin 1952 pour Hongkong.

     

    Au collège de Penang

     

    En raison des événements dans leur pays, un certain nombre de séminaristes chinois de divers diocèses avaient fui devant l’avance communiste et s’étaient dirigés vers le séminaire de Penang en Malaisie, pour y continuer leurs études. I1 y avait de ce fait besoin de professeurs. Ce poste fut proposé au P. Hamon. Après un certain temps de repos à Hongkong, il se rendit à Penang et y commença son enseignement au mois d’octobre 1952. Ses années de professorat à Paris l’avaient préparé à cette tâche ; il n’était donc pas dépaysé. Il assura un cours de théologie morale jusqu’en 1960.

     

    Retour en France

    Mais le climat chaud et humide de Malaisie ne lui convenait pas du tout. Il fut peu à peu victime d’un eczéma qui se généralisa et devint bientôt insupportable. Le P. Hamon n’était pas un homme douillet. Malgré sa « volonté » et sa « bonne volonté » il dut, sur avis du médecin, se résigner à rentrer en France avec l’espoir que le climat et des soins appropriés lui apporteraient, sinon une guérison totale, du moins une amélioration notable. Il arriva en France au mois de mars 1960. Il était en piteux état et souffrait jour et nuit comme s’il eût été écorché. Un traitement énergique et spécialisé lui apporta peu à peu un soulagement sensible mais il ne guérit jamais totalement. Ce fut pour ‘lui un véritable « cilice » jusqu’ à la fin de ses jours. Dans ces conditions, il n’était plus question pour lui de penser à retourner en mission, mais il pouvait encore faire œuvre utile tout en souffrant en silence. Il fut donc chargé pendant quelques années de la préparation de l’Ordo de la Société et surtout de continuer le « Mémorial », c’est-à-dire les Notices biographiques des confrères décédés. Il se mit à l’œuvre et accomplit un travail extraordinaire. Le Père Charles Cesselin avait déjà commencé mais son travail avait besoin d’être repris et continué. Le P. Hamon dépouilla attentivement toutes les revues et comptes rendus de la Société et mit sur fiche toutes les références concernant chaque confrère décédé ou encore vivant. Travail discret dont personne dans la maison ne se doutait, mais travail combien précieux ! Il rédigea aussi des Notices biographiques brèves de nombreux confrères décédés. Tout cela est déposé aux Archives et constitue un « vrai trésor documentaire » auquel on a souvent recours.

    De plus, lorsque le P. Gros fut obligé de quitter son ministère au confessionnal, le P. Hamon le remplaça tous les jours de 3 à 5 h de l’après-midi, se tenant fidèlement à la disposition des pénitents.

    En retraite

    Et pendant toutes ces années, le P. Hamon continuait à souffrir en silence.... Vers 1968, sa santé s’altéra sensiblement. Il peinait de plus en plus pour marcher. Aussi, au mois d’août 1969, se retira-t-il à Montbeton, la maison de repos pour les missionnaires âgés et malades. Là pendant 8 ans, il continua à prier et à souffrir. Avec les années, son état empira ; son eczéma se fit plus insupportable. Dans les derniers mois il ne pouvait même plus se lever et, qui plus est, on ne pouvait guère lui apporter de soulagement. C’est le 25 juillet que le Seigneur rappela son bon et fidèle serviteur.

    Le P. Hamon était un silencieux. Il travaillait sans faire de bruit. C’était aussi un homme de prière et de vie intérieure profonde. Jamais, tant qu’il fut au séminaire de la rue du Bas, on ne l’entendait se plaindre et pourtant Dieu seul sait la somme de souffrances qu’il a endurées jour et nuit pendant plus de 20 ans. A Montbeton, alors qu’il était pratiquement « cloué » sur son lit dans les derniers mois de sa vie, son caractère s’assombrit quelque peu. A cela rien d’étonnant, étant donné son état de souffrances continuelles.

    Ainsi, pendant de longues années, il a « participé » dans son corps à la Passion du Christ. Nous avons confiance qu’après de si pénibles souffrances silencieusement endurées, le Seigneur l’a reçu dans sa paix et sa lumière éternelles.

    • Numéro : 3277
    • Pays : Chine Malaisie
    • Année : 1925