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Théodule HAMON (1845-1911)

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    Théodule-Joseph Hamon naquit à Bain-de-Bretagne, arrondissement de Redon, diocèse de Rennes, le 18 mars 1845. Tout jeune, il aimait les cérémonies religieuses et s’exerçait déjà à la prédication. Ne nous racontait-il pas que, à peine âgé de cinq ans, il avait pu répéter de mémoire et devant le prédicateur lui-même un sermon de son archevêque, le Cardinal Godefroy Saint-Marc ? En octobre 1858, il entra au collège ecclésiastique de Saint-Martin de Rennes dirigé par les Eudistes. Il y fit certainement de bonnes études, si on en juge par la facilité avec laquelle il écrivait, ces dernières années encore ; le latin.

    En 1863, M. Hamon entra au Grand Séminaire de Rennes et le 24 juin 1864 il y recevait la tonsure. Ses aspirations vers les Missions le conduisirent à la rue du Bac en septembre 1865 ; l’année suivante Mgr Theurel lui conférait les ordres mineurs. Sous-diacre, puis diacre en 1867, il était ordonné prêtre le 19 décembre 1868. Ce fut pendant son séjour au Séminaire qu’il s’habitua à cette vie régulière, faite de prière, de travail et de fidélité à ses exercices de piété. Il aimait à rappeler ses diverses ordinations et nous en étions arrivés à dire que, pour lui, la vie était pleine d’anniversaires.

    Le 20 février 1869, M. Hamon quittait Marseille pour la Mission de Saïgon, où il arriva le 29 mars. Ce fut à My-Tho qu’il apprit l’annamite : cinq mois plus tard, il était chargé, par intérim, de cette paroisse. Nommé à Ba-Giông en février 1870, il y resta jusqu’en décembre 1872, date à laquelle la maladie le força d’aller passer quelque temps à Hong-Kong.

    N’ayant pu se rétablir suffisamment, M. Hamon repartit pour la France l’année suivante. Il ne voulait pas rester inactif : aussi fut-il heureux d’exercer le saint ministère à Goven, près de Rennes, pendant près de deux années. Il essaya ensuite de revenir dans sa Mission ; mais il dut retourner en France et prit du ministère en Algérie, où il fut curé de Djidjeli pendant trois années environ.

    En mars 1882, il put enfin rentrer en Annam dans la Mission de Qui-Nhon et fut chargé du district de Truông-Dôc. Son existence n’allait pas y rencontrer encore une tranquillité durable. En 1885, en effet, fut exécuté le massacre des chrétiens décrété par les lettrés. Prévenu à temps, il réunit ses chrétiens et voulut les emmener à Qui-Nhon. Ils partirent ; mais, tout le long de la route, on perdit du monde. Certains, se croyant plus en sûreté, revinrent chez eux ; d’autres, voyant les lettrés campés de-ci de-là, n’osèrent avancer. Bref, et malgré de grands dangers, le plus grand nombre arriva à Lang-Sông, résidence épiscopale, d’où il put gagner Qui-Nhon et se mettre à l’abri du drapeau français.

    Nourrir tant de chrétiens dans cette petite ville était impossible ; on dut les expédier à Saïgon et M. Hamon fut chargé de les y ac­compagner. Avec trois cents d’entre eux, il fut placé à Vinh-Long, où il resta jusqu’en 1887, date à laquelle la pacification du pays put enfin lui permettre de regagner son cher district avec tout son troupeau.

    De 1887 à 1910, M. Hamon ne quitta plus le district de Truông-Dôc ; ce ne fut qu’au début de cette dernière année, que, contraint par la maladie, il partit pour la France, espérant y rétablir sa santé. Nous ne pouvions partager ses illusions. Cependant son espoir était si vif qu’il lui donna assez de forces pour passer par Jérusalem, où il ne manqua pas de prier pour nous, comme il l’écrivait alors.

    Notre cher Confrère passa les premiers mois de son séjour en France à visiter sa famille, et crut trouver au bord de la mer le rétablissement de sa santé. Mais l’hiver le chassa de la Bretagne, et il alla au Sanatorium de Montbeton. C’est là que, le 6 mai 1911, il rendit pieusement son âme à Dieu.

    « Depuis plus d’un mois, écrivait M. Sibers, il voyait ses forces diminuer insensiblement. Pour mieux se préparer au dernier acte de sa vie, il demanda la permission de faire un pèlerinage à Lourdes. La prudence ordinaire inspirait des craintes à cause de sa santé précaire ; mais on lui représenta inutilement le danger d’un long voyage, la fraîcheur du climat de la montagne, son épuisement augmenté par les émotions ; il était trop décidé à faire ce voyage : inutile d’insister pour l’en dissuader. Il partit donc pour Lourdes le 25 avril. » Le 28, il était de retour au Sanatorium et continuait de s’y préparer à mourir.

    Que dire de cette vie moins longue que nous ne l’aurions désirée, mais toujours occupée ? Infatigable au travail, nous l’avons admiré des années, seul au milieu de près de deux mille chrétiens et dans un vaste district. Il prêchait très souvent et ses sermons étaient soigneusement préparés et écrits. Le jour, il était sur les chemins, allant visiter ses paroisses, kilométrant la route, comme il disait, par le nombre de pipes qu’il fumait : le soir, il lisait ou écrivait parfois jusqu’à minuit ou une heure, ce qui ne l’empêchait pas d’être debout à cinq heures. C’est dans ces veillées qu’il a traduit en latin quatre volumes de méditations, composé un Mois du Pur­gatoire, compulsé des documents pour un Directoire et fait bien d’autres travaux.

    M. Hamon avait mis son orgueil dans son église. Il la voulait belle et n’épargnait rien pour cela ; tout son patrimoine y passa. Malheureusement, occupé presque toujours à visiter son district, le cher Père négligea de surveiller ses ouvriers : aussi la solidité de l’édifice ne répond-elle pas à sa beauté. Quoi qu’il en soit, il eut la première église en pierre de la Province de Binh-Dinh et en fut fier.

    Très gai, aimant causer sans vouloir que les causeries dégénèrent en pure perte de temps, c’était un confrère charmant. Il est pourtant une chose qu’il négligea toujours, sa cuisine ; ce qui était naturellement loin de faire plaisir à ses visiteurs. Il est certain que sa forte constitution s’accommoda assez bien du dur régime qu’il suivit : mais à combien aurait-il réussi ? Mens sana in cor pore sano, disent les philosophes ; si cela est vrai, ce n’est pas avec la cuisine de M. Hamon que la plupart d’entre nous eussent conservé intacte leur santé intellectuelle.

    Les plus grands saints eux-mêmes ne sont pas sans défaut. Le zèle ardent de notre Confrère, son caractère demeuré toujours jeune l’entraînèrent parfois un peu hors des limites ; mais travaillant comme il travaillait, qui ne se tromperait jamais ? Quoi qu’il en soit, M. Hamon demeure, pour chacun de ceux qui l’ont connu, un modèle de vie apostolique, de travail énergique et persévérant, de piété fidèle ; et nous aimons à espérer que les âmes du Purgatoire, pour lesquelles il travailla beaucoup, lui auront obtenu, comme il aimait à nous le dire, le plus court séjour possible au milieu d’elles.

     

     

    • Numéro : 1002
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1869