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Auguste HALBOUT (1864-1945)

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    M. Halbout, Augustin-Alphonse-Pierre, né le 21 novembre 1864 à Lonlay-l’Abbaye (Orne), futur missionnaire au Japon, au diocèse de Nagasaki, devait y rester 54 ans sans revoir la France. Son père avait 44 ans, quand il contracta mariage avec Nathalie Heudiard, plus jeune que lui de 20 années. De cette union naquirent deux garçons, l’aîné Emile, et Augustin. Parmi ses oncles et tantes pa­ternels et maternels, il y eut des prêtres et des religieuses. C’est ainsi qu’il fut baptisé par un oncle, alors vicaire à Briouze, M. l’abbé Heudiard. Une tante religieuse à la Providence de Séez, lui confectionna de ses propres mains pour le jour de son sacerdoce un ornement de chaque couleur, une chape, une étole et une magnifique aube. Avant de mourir, M. Halbout manifesta le désir d’être revêtu à sa mort de la chasuble violette, et d’avoir entre les mains le crucifix de son oncle, ce qui lui fut accordé. Il espérait voir à Saïgon une cousine religieuse de St-Paul de Chartres, mais la divine Providence en avait décidé autrement en la rappelant à Elle quelque temps auparavant.

     

    Sur ses jeunes années les renseignements nous font défaut. Elevé au sein d’une famille aussi chrétienne, il y a lieu de croire que de bonne heure la pensée lui vint d’être prêtre, puisque ses études primaires terminées, il entra au petit séminaire de l’Immaculée-Conception de Séez, où il remporta de réels succès. De ses maîtres et notamment de son professeur de grec, M. l’abbé Maunoury, il conserva toujours un excellent souvenir. Dans ses conversations avec ses confrères en mission, les noms de plusieurs de ses condisciples, en particulier de M. Audollent, devenu Mgr Audollent, évêque de Blois, et avec lequel il est toujours resté en relations, revenaient souvent sur ses lèvres. Sa dernière lettre envoyée à Blois en 1940, lui est revenue à cause de la guerre.

     

    Au petit séminaire de Séez on parlait fréquemment des missions et les vocations pour les Missions-Étrangères étaient nombreuses. Aussi, à la fin de ses études secondaires, et après mûre réflexion, Augustin résolut de rejoindre les amis qu’il avait déjà à Meudon. Il quitta donc sa belle Normandie pour aller se préparer à la vie apostolique. D’un naturel calme et souriant, pendant quatre ans il fut un fervent aspirant, très appliqué à l’étude des sciences ecclésiastiques, ce qui lui valut sans doute l’emploi de maître des cérémonies. Pendant sa longue vie il sera très assidu à observer les rubriques le mieux possible.

     

    Le 26 septembre 1885 il reçut la première tonsure, et trois ans ­plus tard, le 22 septembre 1888, il fut ordonné prêtre à Paris par Mgr Laouënan, archevêque de Pondichéry. A cette époque, les aspirants prenaient leurs vacances à Meudon et les partants étaient autorisés à aller une quinzaine de jours dans leurs familles pour les adieux. M. Halbout profita de cette permission pour embrasser une dernière fois ses parents et revoir sa chère Normandie, puis revint au séminaire se préparer au départ pour le Japon qui devait avoir lieu le 28 novembre 1888. La cérémonie fut présidée par Mgr Bour­ret, évêque de Rodez, et Mgr Cordier, vicaire apostolique du Cambodge. Mgr Bourret prononça l’allocution d’usage. Faisaient partie du départ, dix nouveaux missionnaires, dont cinq pour le Japon. De ces dix partants, M. Halbout a été le dernier à quitter cette vie. M. l’abbé Rombault, Supérieur du petit séminaire de Séez, et treize de ses condisciples, notamment M. Audollent, étaient présents à cet inoubliable baisement des pieds.

     

    Parti de Marseille le 2 décembre 1888, le 13 janvier 1889 il débarque au Japon. Dès le mois d’avril, il eut sa destination pour Oita où il s’initia aux us et coutumes du pays. Quelques mois plus tard, son évêque, Mgr Cousin, le jugeant capable d’exercer utilement le ministère l’envoya à Usuki. Là, les consolations spirituelles ne fu­rent pas abondantes ; il eut toutefois le bonheur de baptiser quelques nouveaux chrétiens, dont M. Ito Makoto, qui eut un fils prêtre du diocèse de Fukuoka.

     

    A la retraite annuelle de 1893, M. Halbout quitte Usuki pour Chinaze sa nouvelle destination. C’est là que deux mois seulement après son arrivée à ce poste, il a la joie d’administrer 75 baptêmes d’adultes. Très satisfait d’un aussi splendide début, il travaille avec acharnement à augmenter encore son petit troupeau ; il se construit un presbytère qu’il habite l’année suivante. Escomptant une pêche miraculeuse aux environs de Yamatohama, le missionnaire est aux anges et voit déjà à l’horizon un nouveau centre à établir. Hélas ! ce ne fut que feu de paille. D’autre part le nombre de ses néophytes à Chinaze progressant sans cesse, il rêve d’une élégante petite église dotée d’une cloche qui conviera les fidèles à venir à la maison du Bon Dieu. Sans plus tarder, il fait appel à ses amis et connaissances de France, qui lui permirent de mettre son projet à exécution, et le 12 avril 1899, quatre prêtres et plusieurs centaines de chrétiens venus des autres postes de l’île étaient présents à la bénédiction de l’église de Chinaze. Trois ans après, M. Halbout cède Chinaze, à un prêtre japonais et va s’installer à son nouveau poste de Akaogi, où il commence tout de suite la construction d’une église qui fut bénite dès l’année suivante, le 12 avril 1903.

     

    Au 17 août 1920, il y avait déjà 27 ans qu’il habitait l’île d’Oshima, et depuis son arrivée au Japon, il avait toujours été en plein pays païen ; aussi souhaitait-il terminer ses jours dans un poste d’anciens chrétiens ; plusieurs fois il avait déjà manifesté ce désir à l’autorité épiscopale. Mgr Combaz y consentit enfin au mois d’août 1920 en le nommant à Kurosaki. Kurosaki se trouve à sept lieues de Nagasaki. Cette commune fait partie de deux districts : l’un de Kurosaki proprement dit et l’autre de Shitsu. Le premier avait comme pasteur un prêtre japonais qui, hélas, ne donna pas le bon exemple et gagna à sa cause la moitié des chrétiens. Un autre prêtre, excellent d’ailleurs, vint le remplacer, mais l’esprit du diable souffla encore parmi les fidèles dont une partie, se liguant contre lui, demanda son départ. L’autorité, après examen, maintint le prêtre à son poste. C’est alors que cette portion de récalcitrants se sépara de lui et lui fut une très lourde croix à porter. Pendant plusieurs années un autre curé en rupture de ban, vint plusieurs fois à Kurosaki encourager la révolte et fut cause de la mort sans sacrements de beaucoup de catholiques. Peu à peu cependant, la majeure partie de ces insubordonnés revint à résipiscence, consentit à se joindre à ceux qui étaient toujours, restés fidèles, et tous se mirent à réunir les fonds nécessaires à la construction d’une nouvelle église en briques sous la conduite de leur pasteur. Quand M. Halbout prit possession de Kurosaki, les constructions étaient commencées, et la bénédiction de l’édifice eut lieu le 19 décembre 1920. Au comble de ses vœux, M. Halbout bâtit à ses frais un petit presbytère bien aménagé, et il avait soin d’expliquer à ses hôtes que tout y était pour le mieux. Un peu plus tard, le clocher avait une cloche venue de France, dont le son argentin s’entendait jusqu’à Shitsu. Pendant les huit années de bonheur passées à Kurosaki, il réussit à faire rentrer dans la bonne voie le reste des récalcitrants.

     

    La jeunesse lui occasionnait beaucoup de soucis : il fallait sauver ce qui pouvait être sauvé : il fonda donc une œuvre pour retenir les jeunes filles ; il y réussit en leur procurant du travail sur place. Pendant plusieurs années tout se passa bien mais, ne pouvant plus écouler le produit de leur travail, il fallait chercher autre chose. L’idée lui vint de lithographier toute une collection de livres de chants religieux japonais pour chaque dimanche et jour férié ; le résultat fut heureux. M. Halbout était content à Kurosaki quand un nouveau grand sacrifice lui fut demandé ; il devait quitter Kurosaki pour aller s’installer à Sakitsu. Ce sont encore des anciens chrétiens, mais ceux de Sakitsu diffèrent totalement de ceux de Kurosaki ; autant ceux-ci sont fervents, autant ceux-là sont indifférents. Néanmoins, il ne perd pas courage et se met à l’œuvre. L’église était trop petite et très mal commode ; il fait des démarches pour acheter un terrain convenable, et suffisamment vaste sur le bord de la mer pour en construire une autre. C’était exactement l’endroit où autrefois les chrétiens avaient foulé aux pieds la croix et les saintes images. En 1933, un presbytère avec un joli clocher ajouré, muni d’une cloche, contribua à embellir le village de Sakitsu ; ce fut Mgr Breton, accompagné de plusieurs confrères, qui vint la bénir. M. Halbout était heureux.

     

    Mais les années s’accumulaient sur les épaules du missionnaire ; dur d’oreilles et éprouvant quelques difficultés pour parler, il pensa alors que le moment était venu de passer la paroisse à un autre prêtre, et en 1941 il donna sa démission ; il se prépara, tout en restant au presbytère qu’il avait construit, au grand départ pour l’éternité.

     

    Pendant quelques années encore son état de santé fut satisfaisant ; puis les forces diminuant peu à peu, il dut cesser sa promenade quotidienne. Au mois de septembre 1943, il eut une légère attaque, et l’on jugea prudent de lui administrer les derniers sacrements. Au printemps suivant, il put aller chaque matin recevoir la sainte communion à l’église jusqu’au mois de novembre. A partir de ce moment-là, toute sortie lui fut interdite et le 6 janvier 1945, il devint paralysé du côté droit, par suite d’une congestion cérébrale. Présumant une fin prochaine il reçut de nouveau les derniers sacrements et le lendemain l’indulgence plénière « in articulo mortis ». Le dimanche 14 il rendit son âme à Dieu pendant la récitation des prières pour les agonisants. Il conserva sa connaissance jusqu’à la fin et ses dernières paroles furent : « Cœur sacré de Jésus ayez pitié de nous. » Le mercredi 17, les obsèques furent présidées par Mgr Breton et maintenant M. Halbout repose à Sakitsu dans le cimetière commun au milieu de ses chrétiens. Il est mort âgé de 80 ans, un mois et 24 jours sans avoir jamais revu la terre natale.

    • Numéro : 1812
    • Pays : Japon
    • Année : 1888