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Toussaint FRICHOT (1842-1898)

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    Sébastien-Toussaint Frichot naquit à Paris, le 25 décembre 1842 , d’une famille de commerçants très à l’aise. Il perdit sa mère de bonne heure, et sa première éducation fut confiée à ses parents maternels qui demeuraient en Normandie.

    C’est dans cette province, à Séez, qu’il fit ses études classiques ; elles furent couronnées par l’obtention du diplôme de bachelier. Ce parchemin officiel était la clef des belles carrières. Le commerce paternel étant, d’ailleurs, très prospère, le jeune Frichot avait, de plus, la clef d’or sans laquelle le diplôme de bachelier ouvre difficilement les portes du succès. La vie lui souriait : le jeune homme hésita un instant. Il passa un an, comme surveillant, dans une institution libre dirigée par un laïc. Ce court apprentissage du monde suffit pour le lui faire mépriser. Il avait l’âme élevée, il voulut se donner à Dieu. Il entra donc au séminaire du Saint-Esprit ; mais il n’y passa qu’un an. C’est la vie apostolique qui lui fallait, et il fit sa demande d’admission au séminaire de la rue du Bac.

    Après trois ans d’étude et de fervente préparation, le jeune lévite devenu prêtre reçut sa destination pour la Mission du Tonkin méridional où il arriva en 1869.

     

    L’époque des grandes persécutions était passée, mais il fallait encore user de stratagèmes pour faire pénétrer au Tonkin les nouveaux missionnaires. M.Frichot et deux autres confrères qui l’avaient rejoint à Saïgon, durent se cacher sous des balles de coton pour n’être pas aperçus par les employés de la douane. « Le beau temps  » disent les jeunes, les ardents.- Oui ! beau de loin, «  répondent les anciens, ceux qui ont connu les souffrances physiques  et morales de ces temps troublés.

    Quand les trois jeunes missionnaires arrivèrent au Tonkin méridional , l e chef de la Mission, M.Gauthier, venait de partir pour la France, chargé par le roi Tu-Duc de plaider sa cause auprès du gouvernement impérial et de préparer la fondation d’un collège à Hué. Saluons en passant ce grand Evêque, Mgr Gauthier. Plus tard écrivant la notice biographique du premier Vicaire apostolique du Tonkin méridional, M.Frichot dira de lui : « Mgr Gauthier est, sans contredit, une des plus nobles et des plus saintes figures qui honorent les annales du Tonkin, » et ce jugement est ratifié par tous ceux qui ont connu l’ampleur de son intelligence, la fermeté de son caractère et la dignité de sa vie.

    En l’absence de son chef vénéré, la Mission était dirigée par M.Croc, provicaire, que nous verrons plus tard devenir coadjuteur et successeur de M.Gauthier. M.Croc n’avait alors pour le seconder que deux missionnaires. Aussi dut-il utiliser aussitôt les trois nouvelles recrues. M.Frichot n’avait encore que quatre mois de mission, quand il fut nommé supérieur du petit séminaire. Cet établissement avait été jusqu’alors sous la direction d’un prêtre indigène. Lorsqu’on vit mettre à sa tête un jeune missionnaire fraichement débarqué, les « nationalistes » s’agitèrent. Il y eut « complot » ; mais point ne fut besoin de réunir la « Haute Cour » ; la fermeté du Supérieur de la Mission et l’habileté du nouveau du collège suffirent pour aplanir toutes les difficultés, et M.Frichot ne tarda pas à acquérir auprès des professeurs et des élèves, une autorité qui ne fit que grandir pendant les longues années qu’il demeura chargé de l’établissement.

    Au collège, M.Frichot se trouvait dans son élément . Il avait du goût pour l’enseignement et il aimait la jeunesse. Il devait néanmoins rencontrer bien des difficultés et des épreuves de tout genre dans l’exercice de sa fonction.

    En 1868, ce sont les lettrés des environs qui se soulèvent et s’organisent , se donnant comme mot d’ordre l’extermination des chrétiens. En trois jours, 33 chrétientés deviennent la proie des flammes. Mgr Gauthier, à son retour de France, trouva partout l’épouvante et la désolation. Désigné lui-même plus spécialement à la haine des méchants par sa haute position et le services qu’il avait rendus, il se hâta de choisir Mgr Croc pour coadjuteur. La charge de provicaire étant devenue par là même vacante, Mgr Gauthier en pourvut le jeune supérieur du petit séminaire.

    La persécution apaisée, ce fut la famine qui désola la Mission en 1871 et 1872. MFrichot se           vit obliger de licencier la moitié de ses chers élèves. Puis survinrent les massacres de 1874. En quelques jours, plus de 200 chrétientés furent livrées aux flammes, et 2000 chrétiens égorgés. L’épouvante se répandit partout, et nos pauvres chrétiens traqués comme des bêtes fauves se réfugièrent en masse auprès de Mgr Gauthier qui eut pour eux la bonté et la tendresse d’une mère. Ils n’étaient pas moins de 20.000. Au milieu de ces tristes événements , le rôle du supérieur du petit séminaire était bien difficile. Il réussit cependant à rehausser le niveau des études, surtout pendant les années de paix qui suivirent. Aussi c’est en partie de son travail personnel qu’il faisait honneur à Mgr Croc, quand il écrivait dans la notice biographique de Mgr de Laranda : «  Il resserra la discipline dans le collège et dans le grand séminaire, grâce à d’heureuses modifications, et rehaussa le niveau des études tant latines que théologiques. »

     

    En 1878, le Vicaire apostolique crut faire plaisir à M.Frichot en lui proposant la direction du grand séminaire, mais le Père demanda à prendre du ministère, et Monseigneur le plaça à la tête du plus beau district de la Mission, le Binh-chinh, district qu’il avait lui-même longtemps administré. Il y avait alors, au Binh-chinh, 20.000 chrétiens, une dizaine de prêtre indigènes, un nombreux personnel de la maison de Dieu. Le provicaire avait d’ailleurs les pouvoirs les plus étendus ; on eût dit un petit évêque dans son diocèse. Mais, en dehors de l’enseignement, le cher Père était hors de chez lui. Il rencontra dans le saint ministère des difficultés auxquelles il n’était pas habitué. . A la fin de 1879, épuisé par les chagrins, les soucis, il tomba malade, et fut forcé de retourner en France. Son voyage ne fut pas inutile à la Mission : en 1881, il revint les mains pleines des aumônes qu’il avait recueillies. Il reprit la direction de son district. En 1883, il alla à Hong-Kong pour réglet des affaires de famille, et passa ensuite un an encore à Binh-chinh. En 1884, Monseigneur lui proposa de nouveau le grand séminaire. Cette fois, le Père accepta avec plaisir. Il rentrait dans son élément ; il retrouvait la joie et la paix.

    Sur ces entrefaites, les évènements se précipitent ; c’est d’abord la guerre du Tonkin ; puis la maladie de Mgr Croc, son départ pour Hong-Kong et sa mort survenue le 11 octobre 1885. M.Frichot eut pendant plus d’un an à diriger toute la Mission. Lourde charge à cette époque si troublée ! Inutile de rappeler ici les héroïques combats soutenus par les chrétiens « pro aris et forcis ». Grâce à l’organisation de la défense, o, n’eut pas à déplorer au Tonkin méridional des désastres aussi grands que dans d’autres Missions, et cependant combien est douloureux le compte rendu de 1886 ; dans lequel M.Frichot résume ainsi nos pertes : « 264 chrétientés et 163 églises ou chapelles brûlées, 4.779 chrétiens massacrés ; 1.181 fidèles morts des suites de la guerre, et 407 dont on ignore le sort. »

     

    Cependant le provicaire se dépensait sans compter. Aussi le premier acte de Mgr Pineau, en prenant la direction de la Mission, fut-il de le garder auprès de lui à Xa-doai. Vers la fin de 1889, M.Frichot retomba malade et dut aller passer six mis au sanatorium de Hong-kong. En 1890, il fut placé à Nghé-yen, poste charmant dans une région très saine. C’est là que se trouve notre principal établissement de la Sainte-Enfance. Le cher Père se mit au travail avec ardeur. Il orna l’église, témoigna le plus grand intérêt  aux orphelins et s’occupa avec zèle des nouveaux chrétiens. Il eût voulu pouvoir faire davantage, mais c’était déjà pour lui le déclin de sa vie .

    Au mois d’octobre 1896, son état de santé l’obligea à faire le voyage de Hanoï. A la fin de 1897, il se rendit à l’hôpital de Haïphong, où on dut lui administrer les derniers sacrements. De Haïphong il alla au sanatorium de Hong-kong. Il était de retour au Tonkin et dans son poste en avril 1898. Le pauvre Père n’était plus qu’une ruine. Après quelques mois d’épuisement, il tomba pour ne plus se relever, et le 18 octobre 1898, il expirait doucement comme une lampe qui s’éteint faute d’huile.

    Le cher Père était bien préparé . Dans les derniers de sa vie, il faisait sa lecture habituelle dans un livre intitulé « Allons au ciel ». Il passait de longues heures à dire son bréviaire devant le Saint Sacrement.

    Ses obsèques furent présidées par Monseigneur, assisté de nombreux missionnaires et prêtres indigènes, suivis d’une foule de fidèles dont beaucoup pleuraient, comme des enfants pleurent la mort de leur père.

    Conformément au désir exprimé per le cher défunt, son corps fut enterré devant l’autel de la sainte Vierge, dans cette église de la Sainte-Enfance qu’il s’était plu à embellir. C’est là qu’il repose ; attendant la résurrection, dans l’atmosphère de la prière qu’il aimait tant, aux pieds de Marie dont il fut toute sa vie le très dévot serviteur.

    Sur son cercueil, préparé de son vivant, le cher Père avait fait lui-même graver ces mots qui peuvent être considérés comme sa devise « Filium tuus ego, Maria ».

     

    • Numéro : 896
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1866