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Joseph FRAYSSINET (1860-1936)

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    M. Joseph-Firmin Frayssinet naquit à Camjac, dans l’Aveyron, le 16 août 1860. De son enfance et de sa jeunesse nous ne savons rien. Il fut ordonné prêtre au Séminaire des Missions-­Etrangères le 26 septembre 1886 et le 1er décembre de la même année il partit pour le Kwang-Si où il exerça son zèle apostolique jusqu’en 1895. Ce n’était pas chose aisée à cette époque de prê­cher l’Évangile dans cette partie de l’Empire des fleurs.

    De son séjour au Kwang-Si, M. Frayssinet nous a raconté avec émotion des aventures si nombreuses qu’il y aurait matière à composer un livre fort intéressant. C’était au temps de prise de possession, d’installation nouvelle, partant, de privations continuelles, de dangers fréquents. Durant ses voyages, notre confrère a vu deux missionnaires, en circonstances différentes, se noyer sous ses yeux. Douze fois il a été assailli par les brigands aux­quels il a pu échapper grâce à la rapidité de sa monture. Sa chré­tienté des cent mille monts subit un siège de six mois. Elle com­prenait deux cents habitants et dut, pour se ravitailler user d’expédients. Le riz était mesuré sauf à ceux qui se tenaient en sentinelle à l’orée des bois. Outre du riz à discrétion, ils rece­vaient chacun une demi-livre de viande par jour. Durant le siège, une épidémie de petite vérole s’abattit sur le village. Au Sémi­naire de la rue du Bac, M. Frayssinet avait acquis quelques con­naissances médicales. Il se mit aussitôt à la recherche de simples dont la forêt était richement fournie. Il utilisa ce remède avec intelligence et l’épidémie cessa sans avoir causé trop de ravages. Sur 28 malades, il n’y eut que deux décès, deux imprudents qui n’avaient pas voulu suivre les prescriptions de leur infirmier. Ils s’étaient levés et avaient mangé des fruits verts cueillis dans les bois du voisinage.

    Les montagnes qui, à la limite du Tonkin, séparent les provinces du Kwang-Tung et du Kwang-Si, étaient un repaire de brigands. Les Pavillons noirs s’y réfugiaient toutes les fois qu’ayant fait un mauvais coup, ils étaient poursuivis par la milice de notre colonie. C’est dans ces endroits malsains qu’ils conduisirent des colons français enlevés et auxquels notre confrère put rendre quel­ques services.

    Arrivé au Kwang Tong, M. Frayssinet fut envoyé par Mgr Chausse dans la préfecture de Pok-Lo. M. Chanès s’y trou­vait établi à Kong-tchong. En 1899, celui-ci fut avec plusieurs de ses chrétiens et catéchumènes mis à mort dans le marché de Pak-Tong. M. Frayssinet eut à traiter cette grosse affaire. Il 1e fit avec beaucoup de tact et ses efforts furent couronnés de succès. Il pro­céda aux funérailles des victimes et leur éleva des tombeaux dignes de leur constance et de la cause pour laquelle ils avaient versé leur sang.

    Le laps de temps qui s’écoula après la guerre sino-japonaise, de 1896 à 1900, fut dans la province de Canton, une période glorieuse pour 1’Eglise. Mgr Chausse ne savait comment expri­mer sa joie en voyant les foules envahir nos résidences, non plus pour les détruire, mais pour y recevoir l’instruction chré­tienne. Le district de Pok-Lo eut, malgré la désastreuse affaire de Pak-Tong, de nombreux catéchumènes et néophytes. M. Frayssi­net fut de ce fait obligé de construire une église plus vaste.

    A partir de la révolution de 1911, la préfecture de Pok-Lo de­vint comme le champ de bataille des partis qui se disputèrent si fréquemment le pouvoir. Wai-chow était le fief de Chan Kwing ming et le territoire de Pok-Lo appartint à Wai Chow. M. Frays­sinet touché de compassion pour ceux qui souffrent, se dévoua auprès des soldats malades et blessés. Il s’imposa des privations pour acheter des remèdes qu’il distribua gratuitement. Il opéra des guérisons merveilleuses. Les soldats du Kwang Si, du Hou­nan et du Yunnan qu’il a sauvés d’une mort certaine, sont très nombreux. Rentrés dans leurs foyers, ils ont dit à leurs familles émues toute la reconnaissance qu’ils avaient envers un missionnaire de l’Eglise catholique dont ils ne connaissaient même pas le nom. L’essentiel était obtenu ; ils savaient qu’il était prêtre catholique. « Ailleurs, disait-on, ils auraient peut-être été rejetés avec dédain par leurs compatriotes, mais un prêtre de l’Eglise catholique, un étranger les avait soignés avec autant de tendresse qu’aurait pu le faire leur propre mère. » Ce n’est pas chose insi­gnifiante que cet aveu d’un fils à ses parents. Plus tard, quelque missionnaire du Yunnan, du Hounan ou du Kwang-si a sans doute été surpris de voir la moisson lever sur tel ou tel point du territoire de sa juridiction ; il s’est demandé quelle en était la cause. Ne serait-ce pas celui qui, à Pok-Lo, avec une charité désintéressée soignait ses frères les soldats blessés ?

    Quand sonnèrent ses 70 ans, M. Frayssinet, épuisé par les fati­gues d’une existence de surmenage, obtint du Supérieur de notre Sanatorium de Béthanie l’autorisation de passer le reste de ses jours dans cette maison. Notre confrère avait l’habitude de consa­crer ses moments de loisir à des travaux manuels : menuiserie, serrurerie, horlogerie. Il arriva un jour de Canton avec tout son outillage et annonça qu’il fixait désormais sa tente dans l’île de Hong-kong, à Pokfulum, chez les malades. Installé au sanatorium, il mit beaucoup d’entrain à passer en revue les pendules, les ser­rures, les chaises et les tables de la maison. A son avis, tous ces meubles et objets avaient besoin d’un raccommodage complet. Il se mit à l’œuvre avec ardeur sans perdre une minute. Un jour, trop préoccupé par ses travaux, et voulant imposer à ses jambes une vitesse que son âge ne lui permettait plus d’espérer, il se laissa choir dans un escalier qu’il n’avait pas aperçu et fracassa ses vieux membres. Force lui fut d’emprunter des béquilles pour ses courts déplacements. Ses Supérieurs obtinrent pour lui qu’il pût célébrer assis, la sainte Messe. Il usa pendant quelques mois de ce privilège, quand une nouvelle infirmité, la cataracte, le ren­dit presque aveugle. Malgré son grand âge, il n’hésita pas à  recou­rir à une intervention chirurgicale. Il recouvra une vue suffisante pour pouvoir reprendre la célébration du saint Sacrifice.

    Tout allait pour le mieux lorsqu’un matin du printemps der­nier, M. Frayssinet, dont la robuste constitution dénotait une santé parfaite, eut des vomissements de sang. L’infirmier qui le soignait appela le Directeur de l’Etablissement. M. Frayssinet lui dit en le voyant : « Ne soyez pas inquiet ; c’est ma fin qui appro­che. Sur leurs derniers jours les diabétiques ont ce tribut à payer. Mes poumons ne sont pas en cause. Allez vous reposer. »

    Depuis ce moment, notre confrère fut incapable de quitter le lit. Patiemment, avec une résignation parfaite, il attendit l’heure de Dieu. Les missionnaires de Canton, vinrent le voir et à son évêque, il dit qu’il offrait toutes ses souffrances pour la Mission, pour la conversion des infidèles, pour la conservation de la fer­veur chez les chrétiens, pour la prospérité de toutes les œuvres. Et, quelques jours après, le matin du 14 juillet 1936, M. Joseph Firmin Frayssinet s’éteignit doucement pour aller jouir au Ciel du fruit de ses travaux, de ses douleurs et de ses mérites.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1722
    • Pays : Chine
    • Année : 1886