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Jean FRAIX (1906-1945)

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    Les détails sur l’enfance et la jeunesse de notre confrère, comme sur les derniers jours de sa vie, nous font défaut. Son père a été, lui aussi, tué glorieusement sur le champ de bataille pendant la grande guerre 1914-1918. Sa mère est une excellente chrétienne.

     

    Après de très bonnes études, couronnées par le premier des diplômes universitaires, M. Fraix entre au grand séminaire de Clermont et gardera, toute sa vie, de précieuses relations avec ses maîtres ; puis il est admis à prendre place parmi les aspirants des Missions-Étrangères. L’année suivante, il fait son service militaire et gagne les galons de sous-lieutenant. Prêtre en juin 1930, il reçoit sa destination pour la Mission du Laos et part en septembre de la même année.

     

    Il débute à Tharé (Siam) sous la direction de M. Combourieu. Deux ans après, M. Fraix doit quitter la région ouest de la Mission pour aller s’établir à Dongmakba, poste laissé vacant par M. Malaval, obligé de se rendre à Hong-Kong pour y prendre un repos prolongé. Pendant trois ans, notre jeune missionnaire mène de front l’évangélisation, le soin des chrétiens et les travaux matériels. Il enclôt d’une palissade tout le terrain de la cure, il agrandit le cimetière, bâtit la maison de deux religieuses indigènes, et construit une nouvelle église en briques. Il avait encore d’autres projets en tête quand, en 1935, Mgr Gouin lui demande de prendre la succession de M. Piljean au petit séminaire de Siraxa. Le coup est dur, mais il obéit admirablement. Il va à Siraxa, dans la Mission de Bangkok, au séminaire où il y a une vingtaine d’élèves laotiens. Il y reste deux ans seulement, assez cependant pour s’instruire sur la formation du clergé indigène ; et, en janvier 1938, il revient, mais comme supérieur du Probatorium, à Nongseng. Il est bien là dans le milieu qui lui convient, il possède les qualités qui lui permettent de remplir ses fonctions, et en l’absence de Mgr Gouin parti en France pour y refaire sa santé, il est libre d’agir sous l’inspiration du ciel. Ce qu’il fait est merveilleux : un superbe petit séminaire en briques et à étages, de 40 mètres de long, solide, bien aéré, et cela dans le minimum de temps et surtout de dépenses ; aussi reçoit-il les plus chaudes félicitations de son Supérieur à son retour de France. A la rentrée des classes, en septembre 1939, les élèves, charmés sans doute par la beauté du bâtiment, affluent tellement nombreux que Mgr Gouin lui demande encore une nouvelle construction ; voilà le jeune supérieur qui se remet au travail. Au commencement de 1940, une aile de 60 mètres de long, dans le style du corps principal, est presque achevée. L’avenir de la Mission est assuré, l’œuvre de Dieu est en progrès.

     

    C’est trop pour l’ennemi du ciel ; il n’attend pas plus longtemps. En novembre de cette même année 1940 éclate la guerre entre le Siam et la France, aussitôt accompagnée au Siam de la persécution religieuse qui n’est, au Laos, sanglante qu’au village de Songkhon où deux religieuses indigènes et quatre chrétiennes font le sacrifice suprême et deviennent ainsi les premières « martyres » de notre Mission. Les missionnaires français sont, dès la première heure, brutalement expulsés de tout le territoire. C’est ainsi qu’avec Mgr Gouin, M. Malaval et une très ancienne Religieuse de Saint-Paul de Chartres, M. Fraix se voit forcé, par une soldatesque haineuse, de tout quitter sans pouvoir rien emporter. Ils se réfugient à Thakhek ; tout ce qu’ils ont dû abandonner est pillé et détruit, depuis la cathédrale, l’évêché, les autres bâtiments, jusqu’au beau séminaire du Sacré-Cœur de Jésus. Quelle perte et quel crève-cœur ! Plusieurs mois plus tard, à notre retraite à Thakhek, Mgr Gouin, rappelant devant les missionnaires ces tristes événements, dut subitement s’arrêter, pour donner libre cours à une profonde émotion. Voilà l’histoire de la sainte Eglise ici-bas ; mais les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. Et une prophétie faite par nos deux religieuses laotiennes « martyres » s’est déjà accomplie : la paix des âmes est déjà revenue et l’autorité siamoise de Lakhon-Sakon, qui avait chassé les missionnaires en 1940, les accueillit de nouveau pendant un an et même en sauva quatre, menacés de mort par les Japonais, maîtres éphémères de la province de Thakhek.

     

    M. Fraix est aussitôt mobilisé comme lieutenant de réserve en Indochine. D’abord commandant d’armes à Quinhon, il remplit ensuite les fonctions d’officier payeur de la brigade Annam-Laos. Enfin, au printemps de 1941, il quitte l’armée et il en profite pour étudier la langue annamite et visiter les principaux centres de Hue, Vinh, Anninh, etc., non pas à l’instar d’un missionnaire en vacances, mais comme un confrère qui désire s’instruire sur la façon d’enseigner et d’évangéliser employée par ces différentes missions.

     

    À son retour au Laos, en novembre 1941, sur la demande expresse de son Vicaire apostolique toujours soucieux de l’avenir de son clergé, M. Fraix cherche à regrouper en terre française la dizaine de petits séminaristes qui avaient été dispersés par la persécution, plus violente sur la rive droite du fleuve. Mais où leur trouver un local convenable ? C’est une maison des Sœurs de la Charité de Sainte-Jeanne Thouret qui leur est aimablement prêtée comme pied-à-terre et provisoire refuge à 300 kilomètres au sud de la Mission. Mais quelle différence avec leur splendide séminaire de Nongseng dont maîtres et élèves étaient fiers. Là, c’est le dénuement complet et l’endroit défavorable à la santé des élèves ; aussi M. Fraix se croit-il obligé en conscience, pour le bien de ses enfants, de demander à son supérieur de trouver un gîte meilleur, sinon il n’y a plus qu’une solution à prendre, mais elle est radicale : le petit groupe laotien devra quitter la Mission du Laos pour aller très loin s’agréger au florissant petit séminaire de Hué, à Anninh, où il est encore maintenant.

     

    M. Fraix, libre désormais comme un oiseau qui a repris ses ailes, rentre joyeusement dans son cher poste de Dongmakba, au milieu de l’année 1942. C’est l’annexe de Pongkiu qui l’intéresse particulièrement. Ce petit village d’environ 250 habitants est dans un état spirituel déplorable. Notre courageux confrère se fait fort de le ramener à la pratique religieuse. Il commence par y établir à demeure le divin Maître dans une église convenable ; ensuite il appelle à son aide de nombreux catéchistes, hommes et religieuses ; enfin il regarde comme nécessaire la présence presque continuelle du pasteur au milieu de son troupeau.

     

    Mais M. Fraix ne fait en aucun poste un séjour prolongé. C’est ainsi qu’en novembre 1944 le nouveau Vicaire apostolique, Mgr Thomine, le nomme à sa place à Savannakhet. Cette nouvelle vie qui commence ne sera pas longue pour notre confrère : des événements tragiques surviennent bientôt. C’est la déclaration de guerre des Japonais à l’Indochine, le 9 mars 1945. M. Fraix est nommé aumônier des troupes de toute la province ; et c’est au cours d’une de ses tournées et de ses missions qu’il tombe entre les mains d’un groupe laotien dit libre qui, sans pitié, le vend aux Japonais ; et après la trahison, c’est la passion et la mort... et quelle mort ! Il a été massacré près de Thakhek, le 12 juillet 1945. Après Nosseigneurs Gouin et Thomine et M. Thibaud, pour la même cause et avec la même foi il a versé jusqu’à la dernière goutte de son sang. Tous les quatre sont nos premiers « martyrs » ils seront toujours nos intercesseurs dans le ciel.

     

     

    • Numéro : 3419
    • Pays : Laos
    • Année : 1930