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François FOURNIÉ (1872-1900)

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    Le 8 mai 1872, au village de Pomiès, canton de Conques, diocèse de Rodez, naissait François-Casimir Fournié, l’aîné des enfants d’une de ces familles privilégiées où se perpétuent avec la foi robuste des aïeux,les saines traditions de vertu et d’honneur chrétiens. De bonne heure, l’esprit ouvert et curieux, le caractère doux et jovial, l’aimable autant que naïve franchise et, par-dessus tout, l’angélique piété de l’enfant semblèrent présager un autre avenir que celui qu’on rêvait pour lui à la maison paternelle. Il était trop heureusement doué pour être seulement un paisible cultivateur de sa terre natale ; ainsi en jugea le zélé curé de la paroisse, toujours en quête de vocations sacerdotales.

     

    Le 3 mai 1882, le jeune Casimir faisait sa première communion et ne tardait pas à fréquenter l’école de la maison presbytérale. Ses progrès, dans l’étude des langues classiques, dépassèrent toute espérance. A l’occasion de la confirmation, dans l’église Notre-Dame d’Aynès, on pouvait entendre un enfant de douze ans réciter l’évangile en grec, à la grande satisfaction de Mgr Bourret, dont le regard, visiblement admiratif, accompagné d’un fin et bienveillant sourire, allait, par intervalles, de l’ l’élève au professeur. L’application et la régularité constante du petit étudiant lui avaient, à un tel point, gagné la confiance du maître, que ce dernier, avant de s’absenter, l’érigeait en surveillant de ses camarades de classe ; aussi l’honorions-nous d’une profonde estime et d’une affection sincères. Elles l’accompagnèrent au petit séminaire de Saint-Pierre où il entra en cinquième, au mois d’octobre 1884, et fut, sous tous les rapports, jusqu’en rhétorique, un des meilleurs élèves de sa classe.

     

    Arrivé au grand séminaire, il s’y distingua encore par l’amour du travail et de la piété. Après sa philosophie, l’abbé Casimir se disposait à partir pour le Séminaire des Missions Etrangères. Ses parents, alarmés, redoutèrent d’abord la perspective d’un avenir différent de celui qu’ils avaient rêvé pour leur fils ; mais la résignation chrétienne finit par adoucir les déchirants regrets de la séparation.

     

    Ordonné prêtre le 9 mars 1895, le P.Fournié vint apporter à sa famille les joies et les consolations d’un retour si impatiemment attendu ; elles devaient être , hélas ! de trop courte durée. Vers le commencement d’octobre, sonnait l’heure des attendrissants adieux ; il y  eut bien des larmes versées au foyer domestique ; l’inconsolable mère n’avait pas encore séché ses pleurs et, déjà, celui qu’elle aimait d’un amour de prédilection, touchait au sol de Cochinchine.

     

    Après quelques mois passés à l’étude de la langue annamite, le jeune missionnaire fut nommé professeur au petit séminaire d’An-duc. La fièvre et d’autres maladies ayant forcé élèves et professeurs à se rapprocher de la ville de Saïgon, le P.Fournié, passa avec les mêmes fonctions, au nouveau petit séminaire de Tan-dinh construit par les soins de Mgr Dépierre ; mais la maladie d’entrailles, contractée par notre missionnaire à An-duc, après plusieurs alternatives de mieux et de rechute, finit par l’obliger à aller essayer un changement d’air et de climat à Hong-Kong, au sanatorium des Missions Etrangères, où il obtint, au bout de quelques semaines, une amélioration de santé qui lui parut suffisante pour lui permettre de retourner à son poste. Malheureusement, presque aussitôt repris par le mal, il dut faire le sacrifice, très pénible pour lui, de se séparer de ses jeunes élèves à qui il avait donné toute son affection, et demanda à ses supérieurs d’essayer si le ministère, proprement dit, dans un district, ne serait pas plus favorable à sa santé que la vie trop régulière et trop astreignante du professorat. C’est alors qu’il fut envoyé chez lz vénérable Provicaire de la Mission, le P.Gernot, où il devait trouver, avec les meilleurs soins, l’occasion de satisfaire son zèle pour le bien des âmes.

     

    Quelque temps après, Monseigneur l’appela à occuper le petit poste de Ben-san, l’un des plus agréables de la Mission, tant par la beauté du site que par les excellentes dispositions des habitants. Le P.Fournié, enchanté de sa nouvelle situation, se donna tout entier aux soins de sa chrétienté, mais ses forces trahirent sa bonne volonté, et, au bout de quelques semaines, rentré presque mourant à Saïgon, il reprit le chemin de Hong-Kong, où il attendit une saison favorable pour faire au pays natal un voyage qui s’imposait.

     

    Parti au mois de février 1900, le P.Fournié arriva en France dans un état de santé assez alarmant ; la traversée ne lui avait pas apporté d’amélioration sensible. Du sanatorium de Montbeton, il écrivait à ses parents : « Cette dernière quinzaine, le temps change bien souvent et mon état de santé aussi ; je souffre un peu de tous ces changements du ciel… »

     

    Toutefois, son séjour au sanatorium lui fut quelque peu profitable ; vers la fin de juin, le Père crut devoir donner satisfaction à sa famille et partit pour son village natal. Le voyage, par suite de circonstances imprévues, fut long et plus pénible qu’on ne devait s’y attendre, et c’est très fatigué que le missionnaire arriva chez lui. Quelques jours de repos, la joie du retour dans la maison paternelle, joints au bon air natal et aux soins d’une excellente mère suffirent pour le remettre, du moins en apparence, de telle sorte qu’il déclarait ne s’être jamais aussi bien trouvé depuis sa maladie. Cependant, vers la fin de juillet, il ressentit quelques malaises accompagnés de fièvre et bientôt compliqués de violents vomissements. Le missionnaire, soutenu par son énergie, tout en s’avouant très fatigué, cherchait à donner confiance à ses parents. Le 29 juillet, il put encore, assis sur une chaise, recevoir plusieurs visites, mais la nuit suivante fut très pénible et le médecin, consulté, ne laissa guère d’espoir.

     

    Le malade entièrement soumis à la volonté de Dieu, demanda lui-même les derniers sacrements. Il les reçut avec une grande piété et sembla un instant oublier ses souffrances, pour faire ses recommandations et consoler sa famille éplorée. La maladie, cependant, continuait son œuvre et la nuit du 1er au 2 août ne fut qu’une longue agonie.

     

    Gardant sa pleine lucidité d’esprit, le missionnaire aimait à redire les pieuses aspirations qu’on lui suggérait ; il baisait sans cesse la croix de son chapelet et invoquait Jésus et Marie.

     

    Dès le grand matin, son père, inquiet, était à son chevet ; le cher malade s’attacha à son cou pour lui faire ses adieux et ne voulut plus s’en séparer. Vers les 7 heures, le P.Fournié rendait paisiblement sa belle âme à Dieu, en baisant le crucifix une dernière fois.

     

    Ses funérailles furent un vrai triomphe. Beaucoup de prêtres et un peuple nombreux vinrent prendre part à la cérémonie, heureux de rendre hommage aux vertus chrétiennes et sacerdotales de ce jeune apôtre qui, ayant peu vécu, avait rempli une longue carrière. « Consummatus in brevi explevit tempora multa » (Sap., IV,13.)

     

     

     

     

     

    • Numéro : 2195
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1895