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Salvat FOURGS (1877-1937)

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    M. Fourgs naquit à Soustons, dans les Landes, au sein d’une famille foncièrement chrétienne. Sa vieille mère, âgée de 84 ans, reçut la nouvelle de la mort de son fils missionnaire avec un grand esprit de foi, offrant courageusement à Dieu ce dernier sacrifice comme elle a offert celui qui lui avait été demandé le jour des adieux en 1903. Son mari est mort depuis longtemps ; c’était un terrien très distingué, irréductiblement attaché aux grands principes chrétiens et sociaux.

    Au petit et au grand séminaires, le jeune Salvat est un des meilleurs élèves. Il se fait remarquer par sa piété, sa régularité et son dévouement. « Quand M. Fourgs me manifesta son « désir d’être missionnaire et d’entrer aux Missions-Etrangères, nous écrit son directeur « spirituel, j’eus à examiner cette vocation et à prendre une décision. J’en ai gardé un souvenir « inoubliable, car jamais vocation ne m’était apparue aussi déterminée et aussi irrésistible. Il « me vint à l’esprit d’exposer au jeune séminariste, que peut-être il serait sage de surseoir « quelque temps avant de prendre une décision ferme ; cette pensée causa à l’abbé Fourgs une « telle impression de tristesse, que je n’insistai pas. En apprenant la détermination de son fils, « le digne père de l’abbé Fourgs dut reconnaître qu’il était peut-être une des causes « déterminantes de sa vocation, car il avait répété maintes fois à son fils: « Si je devais être « prêtre, moi, comme tu le seras toi-même un jour, au lieu d’aller végéter dans une de nos « petites paroisses, je partirais pour les Missions-Etrangères ». Quand M. Fourgs, suivi de son « condisciple, M. Déléon, qui lui aussi, voulait être missionnaire, quitta le séminaire d’Aire « pour les Missions-Etrangères, ce fut un départ impressionnant et magnifique. »

    En juin 1903, après son ordination, notre jeune aspirant revint à Soustons célébrer sa première messe à l’autel de sa première communion ; la population soustonnaise qui, pourtant, est habituée à ces touchantes cérémonies, a gardé de celle-ci un souvenir ému et qui dure encore. Destiné à la Mission de Malacca, il arrive en août 1903 à Singapore où il ne séjourne que quelques semaines. Il est d’abord nommé assistant de M. Catesson qui administrait alors le jeune et prometteur district de Seremban avec un zèle remarquable. Au centre du poste existaient plusieurs chrétientés chinoises et mantras très florissantes et qui demandaient un soin particulièrement régulier et assidu ; le travail ne manquait donc pas, mais, pour le faire il fallait acquérir la pratique des langues anglaise, chinoise et malaise.

    Le ministère parmi les tribus mantras, dispersées dans la forêt était une attraction toute spéciale pour le jeune missionnaire. Un an à peine après son arrivée, M. Catesson est rappelé comme directeur au Séminaire de Paris en remplacement de Mgr Barillon, nommé évêque de Malacca. De ce fait, M. Fourgs devient l’apôtre des mantras de Batang, Labu et autres chrétientés. Afin de les grouper autant que possible, il fit à Labu une petite église que Mgr Barillon alla bénir, à la grande joie du pasteur et des chrétiens. Le jour de la bénédiction, S. Excellence donna la confirmation aux enfants et à quelques adultes. Les cérémonies religieuses terminées, des présents et fruits de la forêt ont été offerts à l’évêque ; et lorsqu’il repartit, la tribu accompagna Monseigneur à travers la forêt jusqu’à la gare.

    Pendant plusieurs années le travail de M. Fourgs, accompagné de son fidèle catéchiste, Casimir, est de visiter fréquemment ses sauvages, d’instruire les enfants et les catéchumènes, d’exhorter les anciens à la persévérance, d’écouter leurs aventures de chasse, de partager avec eux leur repas, en un mot de se faire tout à tous pour gagner leurs âmes à Dieu. Chaque fois il rentrait à Seremban, parfois grelottant de fièvre ou dévoré par les petites sangsues qui se sont attachées à lui à son passage dans la forêt ; quelques semaines après, s’il était bien guéri, il recommençait ses péregrinations chez ses sauvages, trop heureux de vivre au milieu d’eux. Son zèle et son dévouement lui ont-ils valu de grands succès ? Il eût fallu pour cela vivre la vie nomade de ces tribus et les suivre dans leurs continuels déplacements à travers la forêt, et M. Fourgs n’eût pas demandé mieux ; mais les circonstances l’obligèrent à orienter son activité vers un autre champ plus vaste.

    Au début de 1980, en effet, M. Nain, titulaire du poste de Seremban depuis le départ de M. Catesson, tombe malade et rentre en France ; M. Fourgs chargé pendant deux ans de ce district, doit renoncer à ses longues randonnées parmi ses chers Mantras. En 1910, au retour en mission de M. Nain, M. Coppin, curé d’Ipoh, est envoyé d’urgence en France pour y rétablir sa santé ; c’est encore M. Fourgs qui fera l’intérim ; et pour la première fois il quitte Seremban et ses sauvages. Bien que son séjour fût de courte durée, M. Fourgs eut cependant le temps de ce faire apprécier par ses chrétiens. D’Ipoh, il est appelé à la cathédrale de Singapore comme assistant de M. Nain. L’estime et l’affection réciproques qui avaient uni curé et vicaire à Seremban s’accrurent encore à Singapore pour le plus grand bien des paroissiens qui en ont gardé un constant souvenir. Cette intime collaboration dura jusqu’en 1913 et fut interrompue par le départ pour la France de M. Nain, dont la santé était si gravement atteinte, qu’il succomba deux ans plus tard, sans revoir sa Mission. M. Fourgs put reprendre enfin et avec joie le chemin de Seremban ; il eut à peine le temps de terminer la construction du nouveau presbytère dont son prédécesseur avait posé les fondations, quand commencèrent les hostilités de 1914.

    Depuis le début de la guerre jusqu’en 1917, il est tour à tour brancardier en Algérie, puis sur diverses parties du front, notamment à Verdun, où sa belle conduite lui vaut une citation à l’ordre de la division et la croix de guerre. Durant les deux années suivantes, ses services comme commandant d’un groupe de travailleurs chinois ont été très appréciés de ses supérieurs. La guerre terminée, il prit quelques mois de repos auprès de sa vaillante mère ; puis en juillet 1919, il regagna sa chère Mission pour reprendre son poste de Seremban. Mais pendant sa longue absence, la ville s’est transformée et agrandie, les diverses chrétientés se sont développées à tel point que celle de Mantin réclame une église plus vaste. Grâce à la générosité des catholiques chinois, les fonds nécessaires ont été promptement recueillis ; et, en juillet 1921, S. Exc. Mgr Mérel bénit solennellement la nouvelle église Saint-Louis de Gonzague à la grande joie du dévoué pasteur et de ses ouailles.

    Ce travail terminé, M. Fourgs est de nouveau appelé à Ipoh pour permettre à M. Coppin de retourner une seconde fois au pays natal. Dès l’année suivante, il revient à Seremban et travaille avec ardeur à développer toutes les œuvres du district, et il s’occupe plus particulièrement à la formation des jeunes générations dont le bon esprit et la ferveur font la joie et la consolation du pasteur. Les chrétiens de Seremban et des environs eurent l’occasion de manifester leur estime et leur vénération pour leur bien-aimé Père lors de ses noces d’argent sacerdotales, en septembre 1938. Cette fête inoubliable précéda de quelques mois seulement le départ définitif de M. Fourgs pour Ipoh, que la mort prématurée de M. Coppin avait privé de son pasteur. Encore une fois, il reprit contact avec les paroissiens de Saint- Michel qui l’accueillirent avec enthousiasme. Malheureusement, la crise économique commençait à se faire de plus en plus sentir. Les mines d’étain, hier si prospères, cessaient, les unes après les autres, d’être exploitées ; les plantations de caoutchouc étaient abandonnées, et les pauvres ouvriers sans travail et sans vivres assiégeaient la maison du missionnaire ; des familles entières demandaient gîte et nourriture. Aves une charité toute paternelle, M. Fourgs, pour venir en aide à ses chrétiens, demanda le concours de l’Action catholique, organisa une véritable croisade de charité à l’égard des pauvres, recueillit dans sa maison les enfants abandonnés et en profita pour leur enseigner les vérités chrétiennes.

    Mais les forces humaines ont une limite. Une extrême fatigue eut raison de la santé de notre dévoué confrère ; le cœur était atteint ; la première attaque fut si grave que les médecins ne virent pas d’autre remède qu’un retour immédiat en France. Une saison à Vichy et quelques mois de repos dans sa famille lui redonnèrent assez de forces pour reprendre le chemin de sa Mission ; toutefois il n’était pas guéri, car la moindre fatigue l’épuisait. Vers la fin de 1935 il eut une forte crise cardiaque qui l’obligea à prendre un repos prolongé au sanatorium de Cameron. À partir de ce moment-là, le cœur, très fatigué, ne lui laissa que de rares instants de répit ; mais il conserva toujours sa bonne humeur et son calme habituels, ce qui fut pour ses paroissiens un sujet de profonde édification. À la fin de cette année de souffrances, les progrès du mal devinrent très inquiétants, aussi ses chrétiens prièrent avec tant de ferveur qu’il se produisit dans son état une amélioration vraiment extraordinaire qui lui permit de reprendre son activité.

    En juillet 1937, à l’occasion d’une mission prêchée à la paroisse, il se donna tant de peine que le mal reparut et le condamna pour toujours au repos. « C’est fini, dit-il à son évêque, ne comptez plus sur moi ; je ne crains pas la mort, je suis prêt, que la sainte volonté de Dieu soit faite ! »

    C’est dans ces admirables dispositions qu’il vécut les derniers mois de sa vie. N’ayant plus la force de célébrer la sainte messe, il recevait chaque matin la sainte communion et faisait ses exercices spirituels ; il s’intéressait à tout et ne voulait être à charge à personne. Le matin du 18 décembre 1937, après avoir communié et fait une fervante action de grâces, il descendit déjeuner gai comme à l’ordinaire. En remontant dans sa chambre, il eut une crise d’étouffement. Ses confrères l’aidèrent à se mettre au lit, mais constatant la gravité de son état, l’un des missionnaires présents lui donna les derniers sacrements, et quelques instants après son âme paraissait devant Dieu.

    Il repose maintenant au centre du cimetière paroissial, à côté de son prédécesseur et ami, M. Coppin, qui l’a devancé de 10 ans dans l’éternité. Nous regrettons tous le charmant confrère, le sage et zélé missionnaire, l’homme de bon conseil et d’une exquise délicatesse que nous aimions à appeler le bon Père Fourgs.

     

     

     

     

    • Numéro : 2732
    • Pays : Malaisie Singapoure
    • Année : 1903