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Albert FORTIER (1911-1998)

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    "Albert, quel zouave !" Seuls certains confrères pouvaient se permettre une plaisanterie de ce style. Car, pour la plupart, le père Fortier inspirait réserve et distance. Pour moi, qui ne l'ai connu qu'en 1957, il était de ces rares confrères que j'ai toujours vouvoyé et réciproquement, tout en appréciant sa compagnie.

     

    Il est né le 24 avril 1911, dans la Sarthe, à Saint-Calez-en-Saonois, à 35 km du Mans. Ses parents sont agriculteurs, il a un frère plus jeune, Georges, qui est prêtre dans le diocèse, et une sœur, sa filleule, qui est religieuse de la Providence;

     

    Il fréquente l'école communale jusqu'à son certificat d'études primaires, puis il travaille à la ferme paternelle. Il est militant de la J.A.C. En 1932, il fait son service militaire chez les zouaves, à Oran ; c'est là qu'il rencontre les Pères Blancs. "Entend-il auprès d'eux un premier appel vers la Mission ?" se demande son frère. Nous avons une photo remarquable d'Albert en chéchia, tunique à galon et fourragère. Son aumônier l'invite à s'orienter vers le sacerdoce, "mais, pour moi, c'est niet, je n'ai pas la vocation !" L'aumônier insiste. "Attendons … Et puis, je n'ai pas fait d'études secondaires !"

     

    Il n'attend pas longtemps et rentre au collège Saint-Paul pour vocations tardives, à Mamers, à dix kilomètres de chez lui. Il a bien du mal à s'y faire. Plusieurs fois, il est sur le point de revenir à la maison. Une visite et causerie du père Depierre le remplit d'enthousiasme pour les missions. Il écrit à la rue du Bac; Le supérieur de Mamers n'envoie pas la lettre … Il insiste, et la lettre est enfin envoyée. Mgr de Guébriant l'invite à assister une cérémonie de Départ. Parmi les partant, il retrouve Roger Laurent, qu'il a connu en Algérie et qui va en Malaisie. Il est l'homme qui s'arrête pas en chemin. Il étudie certainement avec assiduité puisqu'il se prépare en deux ans à la première partie du baccalauréat (latin, grec), qu'il passe en 1935.

     

    En septembre, il est à Bièvres et obtiendra la seconde partie en 1938. Ayant terminé son service militaire comme sergent, il est responsable de la préparation militaire au séminaire. Il sert aussi la communauté comme procureur, distribue pantalons et soutanes. Ses condisciples sourient encore de son indifférence pour l'élégance vestimentaire, un trait qu'il gardera toute sa vie ? Les soutanes pour jouer au football tombaient plutôt en lambeaux….

     

    Mobilisé pour la guerre, il échappe à la captivité, finit son séminaire et est ordonné au Mans par Mgr Grente le 30 mai 1942. L'évêque académicien et futur cardinal n'apprécie guère la barbe de l'ordinand, mais Albert, pour l'occasion, refuse de se raser ; et pourtant, pendant quarante ans, je ne le connaîtrai que rasé de près.

     

    Destiné pour la Malaisie, le départ en mission n'est pas possible à ce moment-là. Il se retrouve comme professeur à Mamers, au collège Paysan. Il est dans son élément. Pendant les weeks ends, il aide en paroisse et, sans en souffler mot, s'engage dans la Résistance. En février 1946, rappel à Paris. Il va s'embarquer, en mai, sur le "Pasteur", avec une trentaine de missionnaires, dont le père Dupoirieux. De colombo à Singapour, où il arrive le 16 juin, il continue sur un bateau anglais.

     

    PREMIERE ETAPE EN MALAISIE – SINGAPOUR 1946-1954

     

    Le père Michel Olçomendy est alors vicaire capitulaire Il envoie Albert à quelque neuf-cents kilomètres au Nord, à Sungei Patani, pas loin de la frontière de Thaïlande. Auprès du père Dominique Vendargon, futur      archevêque de Kuala Lumpur, il va apprendre l’anglais et le tamoul. Comme ça arrivait alors souvent, il n’a pas de professeurs compétents et doit faire avec les moyens du bord.

     

    Il est souvent sur les routes pour visiter des petits groupes de chrétiens éparpillés dans les plantations et dans les villes de Kulim, au Sud, et Alor Star, à quelque cinquante kilomètres au Nord. C’est là qu’il lance le premier groupe d’infirmières catholiques, en 1947. Elles étaient cinq ! … Transféré quelques mois après à la paroisse Saint-Antoine de Kuala Lumpur ,auprès des pères Herman puis Guittat, il commence un autre groupe et le nouvel évêque, Mgr Olçomendy, est heureux de donner sa bénédiction à la Guilde des Infirmières Catholiques et de la placer sous le patronage de Notre-Dame du Perpétuel Secours.

     

    La communauté indienne occupe le vicaire, qui est chargé aussi de l’apostolat auprès des jeunes sur toute la ville Il a alors maille à partir avec la légendaire Mère Sainte Adèle, supérieure quasi inamovible du couvent des Dames de Saint-Maur, qui lui dit, sans sourciller : « Obéissez-moi, mon Père, et vous aurez tout ce que vous voudrez !… »

     

    En mai 1949, le voici de retour à Singapour, auprès du père Aloysius, curé de Notre-Dame de Lourdes. En plus de la paroisse, il célèbre pendant le week end pour un groupe de chrétiens indiens qui travaillent à la base navale anglaise, au nord de l’île, et qui se rassemblent dans une vieille école.

     

    En août 1950, il prend résidence à Johor Bahru, de l’autre côté du détroit, auprès des pères Thomas Chin puis Noël Goh. Il est curé des communautés indiennes de la ville même, du Sud de l’Etat de Johor, et de la base navale, sur Singapour ; Bien vite, il se met à construire une église en préfabriqué, Notre-Dame de la Mer, côté Singapour et une chapelle, Sainte-Elisabeth, à Kota Tinggi, côté Johor. Et n’oublions pas les groupes d’infirmières catholiques, qu’il aide à s’organiser et qu’il visite, à Singapour même, à Ipoh, à Malacca… C’est le 6 mai 1951 qu’a lieu, à Johor Bahru, le premier « Nurses Day » ; la Guilde est reconnue officiellement par les autorités civiles des deux côtés du détroit. Aussi, en 1954, l’ami Albert va prendre part à un congrès international d’infirmières catholiques au Canada, conduisant une délégation de Malaisie et de Singapour. Pour un temps, il est aumônier pour l’Asie. C’est aussi le moment de son premier congé en France, durant lequel l’archidiocèse de Malacca-Singapour va donner naissance aux diocèses de Kuala Lumpur et Penang.

     

    CURE DE NOTRE-DAME DE LOURDES, SINGAPOUR, 1955-1967.

     

    Le père Aloysius étant choisi comme vicaire général par Mgr Francis Chan, nouvel évêque de Penang, le père Fortier, dès son retour, est nommé curé de la « paroisse-mère » des Tamouls, Notre-Dame de Lourdes, bâtie en 1888. A part la partie Nord de l’île dont s’occupe le titulaire de Notre-Dame de la Mer, il est chargé de tous les Indiens de Singapour. Nous en sommes encore aux paroisses culturelles et linguistiques : anglais, chinois, tamoul … qui vont se changer petit à petit en paroisses territoriales. La plupart des Indiens Catholiques gardent des liens avec « leur église », où l’on confesse dans leur langue, ce qui est très important pour les paroissiens âgés qui ne pratiquent pas l’anglais. Un noyau plus traditionnel y va tous les dimanches, d’autres pour les fêtes, pour les baptêmes, mariages et enterrements.

     

     

     

     

    Albert essaie de servir tout ce monde et, afin qu’ils gardent la fierté de leur lieu de culte et de rassemblement, et à l’occasion du centenaire de Lourdes, il remplace les vitraux détruits  pendant la prise de Singapour par les Japonais par les quinze mystères du Rosaire ; il fait installer des cloches électroniques qui … se détraquent vite dans le climat humide de l’Equateur.

     

    Pour l’aider dans son ministère pastoral, il a un, puis deux vicaires – nouveauté pour lui, habitué à travailler seul ! Des confrères MEP, les pères M. Ladougne, R. Nicolas, J-J. Troquier, des prêtres locaux, le père Stanley Fernandez, font auprès de lui leurs premières armes dans le monde indien tamoul. Il ne s’agit certainement pas d’une équipe. Les paroissiens veulent, et doivent, plus souvent voir celui qui décide : le curé,  plutôt que le vicaire. Aussi avance-t-on sur des lignes parallèles …

     

    Albert a été marqué par la manière dont il a fait ses études. Il veut aider les jeunes qui ont des difficultés à suivre les programmes officiels. ? Il construit une école privée où se retrouvent des étudiants moins doués qui, en prenant un peu plus de temps, arrivent quand même à obtenir des résultats satisfaisants. ? Mais il lui faut trouver des fonds pour bâtir et faire tourner une telle école. La communauté paroissiale a des revenus limités et même insuffisants. Le curé économise, on lui fait confiance et d’autres paroisses l’aident. « Our Lady of Lourdes School » fonctionne dès 1960. Trouver des professeurs capables et leur donner un salaire décent reste un problème.

     

    En 1957, le père Fernandez devient aumônier de la Guilde des Infirmières, ce qui aide le père Fortier qui a besoin de se ménager. Des problèmes de hanche le font boiter. Mais il va de l’avant, toujours très classique dans sa pastorale, connaissant ses gens et cherchant les brebis perdues : catéchisme bien appris, et sacrements reçus en temps voulu. Aussi n’a-t-il guère de loisir pour ses confrères et nous ne le voyons que rarement à nos réunions du mercredi. Sa distraction favorite a été, pendant des années, la séance de cinéma du dimanche soir, que le procureur, le père Duquet, offrait aux Sœurs et aux malades de Mandalay, Road Hospital ou aux pensionnaires des Sœurs du Bon Pasteur.

     

    Il suit sa route seul et s’en trouve bien, mais peu à peu son troupeau diminue, avec l’ouverture des villes nouvelles et des paroisses territoriales Notre-Dame de Lourdes, l’église-mère, voit ses familles se disperser et s’intégrer dans les églises auprès desquelles elles habitent, tout en restant un point de référence pour beaucoup : »allons à l’église indienne » disent les grand-mères à l’occasion des mariages ou des funérailles.

     

    NOTRE-DAME ETOILE DE LA MER, 1967-1995.

     

    C’est en 1967 que commence une nouvelle étape pour le père Fortier : curé de Notre-Dame Etoile de la Mer, qu’il avait bâtie lors de ses années à Johor Bahru. Là aussi, le quartier change. Après l’indépendance de Singapour, puis le retrait des troupes anglaises, la fameuse base navale perd de son importance et bon nombre de paroissiens repartent en Inde. Le curé est seul pour s’occuper de ses gens et il apprécie cela. Il retrouve ses goûts de terrien et s’occupe avec beaucoup de soin de ses pelouses et de ses arbres fruitiers, en particulier des dourians, dont il nous régale à la saison. Les bougainvillées éclatent de couleurs et les palmes poussent à profusion. La tondeuse à gazon est une source d’exercice pour lui qui est plutôt sédentaire. A l’aise dans un short kaki de facture anglaise – descendant jusqu’aux genoux – qu’il a récupéré dans les paquets de vêtements apportés pour les pauvres, on pourrait le prendre pour un arbitre de rugby en retraite, ou pour un officier de réserve de l’armée des Indes …

     

    Mais il garde son accent et ses racines françaises : il est abonné à La Croix quotidienne, qu’il lit attentivement et ne manque jamais d’en faire les mots croisés. Il vit simplement dans un presbytère où il n’y a de la place que pour un prêtre. Pour sa fête, il invite tous les confrères et nous nous retrouvons joyeusement autour d’une bonne table, sous le porche de l’entrée, admirant le jardin bien fleuri.

     

    Il visite régulièrement les familles et garde un relevé des paroissiens bien à jour. Cela lui  permet de rester à flot lorsque des nouveaux venus viennent s’installer dans ce coin de l’île, qui de plantations de caoutchouc se transforme en un forêt de HLM. Pour l’aider auprès des paroissiens de langue chinoise, il s’assure, durant le week end, l’aide du père Dufay, qui célèbre une messe et entend les confessions. Une aide précieuse, pour quelques heures seulement. Juste  ce qu’il lui faut. Et ce même père Dufay le remplacera pendant un congé, gardant la place chaude pour le titulaire …

     

    C’est la période de la mise en œuvre du Concile. Le père Binet avait bien rénové le sanctuaire de l’église selon les nouvelles exigences de la Liturgie… Albert, qui n’est pas un fanatique du Concile, continue à sa vitesse les adaptations proposées. Question catéchisme, il reste fidèle aux traditionnels livrets de questions et réponses et les fait même réimprimer Avec cela, il est dans sa ligne et, sans états d’âme, il laisse les autres aller plus vite et plus loin. Pour lui, il connaît bien sa paroisse et reste disponible à ses gens qui savent l’apprécier.

     

    Toutefois, on le sent changer au long des années. Sa santé s’est stabilisée, mais avec l’usure de sa hanche, il boite plus bas et doit s’aider d’une canne. Il dispose de davantage de temps et, bien volontiers, se joint à nos réunions du mercredi. Il aime écouter ou raconter une histoire amusante, une anecdote du passé, Il est à l’aise au volant de sa voiture et cette sortie hebdomadaire lui plait. Le quartier se transforme de plus en plus. Une et même deux nouvelles villes commencent à y pousser : Yishun et Sembawang, et qui dit « nouvelle ville » dit 200 à 250.000 habitants. L’église, érigée en 1953, n’a qu’un permis de bâtir dont la durée est expirée depuis longtemps. Le gouvernement, qui pendant des années a fermé les yeux, veut reprendre le terrain Des familles viennent s’installer en nombre croissant et très vite. Albert les accueille, bénit leur appartement, aussi, il faut penser à bâtir ailleurs un nouvel ensemble paroissial pour une communauté qui pourrait compter 5 ou 6..000 Chrétiens. Or il a maintenant 75 ans. Son successeur, le père L . Amiotte vient auprès de lui en octobre 1986 et prend charge de la paroisse le 1er janvier 1987.

     

    Albert reste sur place, prêtre en résidence. Il s’adapte, avec quelques soubresauts, à la pastorale  du nouveau curé, qui est un fonceur. L’archevêque ne lui a-t-il pas demandé de bâtir grand et solide qu’on pourra acheter un terrain ! L’ancien garde la résidence, reçoit les gens, entend les confessions, aide pour les célébrations. Mal à l’aise devant les changements qu’il sent venir, il déménage avec regret dans la nouvelle église – ouverte en 19…. Mais bien vire il apprécie son grand bureau, sa chambre confortable, où il peut même cuisiner un repas bien à son goût Cette communauté vibrante et nombreuse est différente de ce qu’il a connu. C’est un peu une nouvelle naissance. Il se sent partie d’une paroisse vivante et les anciens comme les nouveaux apprécient sa présence. « Père, vous êtes vraiment bien ! Quelle dignité, quelle belle allure ! »… Et lui, de répondre avec un sourire : « vous avez attendu bien longtemps pour me dire ça ! On ne me faisait pas ce » compliment lorsque j’étais jeune ! »

     

    Les années passent. On célèbre son Jubilé dans une atmosphère d’amitié et de joie en 1992. « Sembawang, c’est ma famille ! » aime-t-il répéter. Il a plus de quatre-vingts et doit faire face à des accrocs de santé : une tension artérielle parfois difficile à contrôler, un peu de diabète. Il marche avec de plus en plus de difficulté ; heureusement, il y a un ascenseur, et bientôt un fauteuil roulant. Il fait quelques séjours à  l’hôpital et à certains moments, semble perdre le fil des choses.

     

    RETRAITE

     

    Finalement, à sa demande et à notre surprise – car i !l avait dit clairement ne pas vouloir y aller – il se retire à Béthanie, la maison pour prêtres âgés dans l’enclos des Petites Sœurs des Pauvres. Il s’y retrouve avec les pères Dufay, Brygier, et plusieurs confrères du clergé local qu’il connaît bien. Il apprécie l’endroit et l’atmosphère. Les religieuses, leurs aides volontaires et le personnel de la maison s’occupent attentivement de lui. « Je n’ai jamais été aussi élégant ». Il aime les visites et bavarde volontiers.

     

    On détecte bientôt une insuffisance sanguine. Il faut lui faire des transfusions de plus en plus fréquentes. Il somnole la plupart du temps et souvent ne reconnaît pas ceux qui viennent lui ! rendre visite. Il ne peut plus réciter son bréviaire et ne lit plus, mais on le trouve toujours avec son chapelet à la main. Il continue à communiquer avec son frère une fois par mois par téléphone. Il s’affaiblit. Les docteurs décident d’arrêter les transfusions qui ont de moins en moins d’effet et, doucement, il part vers le seigneur le 13 janvier 1998.

     

    Pendant trois soirs, l’Eucharistie célébrée à son intention rassemble amis et paroissiens. Ils viennent nombreux. La messe des funérailles est concélébrée le vendredi 16 par l’archevêque, Mgr G. Yong, entouré de quelque soixante dix prêtres Son contemporain, le père Barthoulot, donne l’homélie et moi-même conduit les prières au cimetière. Le père Albert Fortier avait travaillé pendant cinquante deux ans en Malaisie et à Singapour, surtout parmi les Indiens catholiques.

     

    ALBERT : MODERATION, TRADITION ET REGULARITE

     

    Albert est de compagnie agréable. Si l’on se trouve à-côté de lui sa table, il  aime entendre ou raconter une blague. Mais ce n’est pas l’homme des grands éclats de rire. Il est plutôt réservé et pourtant deux jeunes confrères de Malaisie, qui avaient voyagé avec lui à leur départ en mission, avaient apprécié sa compagnie sur le bateau et aimaient le revoir lors de leurs passages à Singapour.

     

    Il n’est pas du genre fonceur ou casqse-cou. Tout est bien étudié et pesé avant de prendre des décisions. Il va de l’avant pour répondre aux besoins de ses gens,, il n’est ni prophète ni précurseur, il voyage le long des routes déjà ouvertes, attentif et disponible, puisant dans son expérience passée comment répondre aux situations d’aujourd’hui. Ce que sera demain, à d’autres de le deviner.

     

    Il s’est trouvé à l’aise dans l’église de Malaisie-Singapour de 1946 à 1951, avant l’arrivée en nombre des confrères expulsés de Chine. Aussi parle-t-il volontiers du passé : du père Herman, du père Burghoffer, un légendaire curé de Notre-Dame de Lourdes, qu’il n’a pas connu mais dont les paroissiens vénèrent la mémoire. Et les parties de cartes du dimanche soir, en allant d’un presbytère à l’autre … Tout cela n’existe plus, mais en garde la nostalgie.

     

    Créer une école est dans le droit fil de son expérience personnelle, lui qui a travaillé dur pour décrocher son baccalauréat. Les infirmières ? Là, il semble faire du neuf, et pourtant on  se demande s’il n’a pas simplement aidé à intégrer un groupe, déjà existant et animé par le père Vendargon, à la Guilde anglaise des Infirmières Catholiques. Il avait d’ailleurs acquise en France une expérience du monde hospitalier. En tout ccas, il a vu juste et cinquante ans après, l’associaétion est toujours vivante en Malaisie et à Singapour, avec quelque cinq cents membres.

     

    Il est près de ses gens, qui le trouvent dévoué et sévère. « Lorsqu’il était curé de Notre-Dame de Lourdes – écrit une paroissienne – il était strict sur la tenue et plus d’une dame s’est fait rappeler à l’ordre pour ne pas avoir la tête couverte ensuite, il est devenu moins exigeant, et nous étions à l’aise avec lui. Non seulement parlait-il Tamoul, mais il connaissait bien nos habitudes et nos « superstitions ».. Il a une place toute spéciale dans le cœur des Indiens catholiques ».

     

    Il est certain que, surtout dans les dernières années de sa vie, alors en demi-retraite, il est plus détendu et beaucoup en ont fait leur guide et leur confesseur

     

    Oui, Albert le zouave est Albert de la fidélité, de la tradition, discret, réservé, dévoué et zélé. Durant sa retraite chez les Petittes Sœurs des Pauvres, il parle souvent de ses parents qu’il lui tarde de rejoindre. Le Seigneur ne l’a pas fait attendre trop longtemps pour l’appeler vers lui.

     

    Concluons avec le père Barthoulot : « Souriant, le chapelet à la main, il vivait le présent et préparait l’éternité ».

     

     

     

     

     

    • Numéro : 3657
    • Pays : Malaisie Singapoure
    • Année : 1946