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Xavier FOLTÊTE (1849-1886)

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    Nous étions trois bons amis, écrivait, le 10 mai dernier, le P. Fourcade au P. Fleury, nous ne sommes plus que deux. Notre cher P. Foltête est mort samedi dernier, vers 7 heures du matin. Je venais de finir ma messe quand les cloches n'annoncèrent la triste nouvelle, je trouvai le P. Bottero en sortant de l'église ; il me dit :« Une si sainte mort fait plus de bien que la meilleure retraite. » Nous sommes tous très tristes d'avoir perdu cet ami, ce bon ouvrier ; mais cette tristesse est mélangée d'une grande joie; à cause des beaux sentiments qu'il a manifestés tout le temps de sa maladie.

    M. Marie-Joseph-Xavier Foltête était né à la Vèze (Doubs), le 3 octobre 1849. Ses études classiques achevées, il passa un an au séminaire dé philosophie à Vesoul. Le 25 octobre 1873,il entrait au Séminaire des Missions-Étrangères.

    D'un caractère franc et très ouvert, sous une nature impression­nable et un extérieur un peu rude, il cachait d'admirables qualités d'esprit et de cœur. Ordonné prêtre, le 23 septembre 1876, il partit la même année pour la mission de Pondichéry.

    Il arriva dans l'Inde au commencement de la grande famine, et fut envoyé dans le district de Salem que dirigeait alors le P. Brisard. C'est sous la conduite de ce vénérable missionnaire que le P. Foltête fit ses premières armes. Il fut placé ensuite à Eroocoor, puis à Attipakam avec le P. Prieur; un peu plus tard nous le trouvons dans les districts de Conancouritchy, Pinneypondy et Acharapakam et enfin dans celui de Tindivanam.

    C'est surtout dans ces deux derniers postes que se manifestèrent les qualités et les vertus apostoliques de notre confrère. Le compté rendu de 1884 a relaté avec quelle ardeur il menait la sainte entre­prise de la conversion des néophytes. Son zèle devait lui attirer des contradictions. Les païens se tournèrent contre lui et voulurent se débarrasser de sa présence en mettant le feu à sa maison. Cette fois, ils échouèrent dans leur entreprise, mais l'année suivante, un incendie, allumé par la malveillance, mit en cendres sa résidence et presque tout ce qu'elle contenait. Quel était l'auteur de ce crime? On peut bien dire à coup sûr que c'est le diable, écrit-il; s'il a pris des notes exactes sur ce que l'on fait ici depuis six mois, je dois me trouver bien mal dans ses papiers. Avec la grâce du Bon Dieu, nous lui avons repris près de 2,000 âmes, et nous continuons et nous continuerons jusqu'à ce que nous lui ayons fait lâcher jusqu'à la dernière des 3000 qu'il nous a volées.

    Et il continuait en effet. N'ayant plus de résidence, il s'installe dans l'étable de son cheval et se remet à l'œuvre de plus belle. Bientôt il ramène au bercail nombre de brebis infidèles, et peut enregistrer quelques baptêmes de païens. Vraiment, écrit-il alors, notre métier de pêcheur d'âmes est rude et âpre ; il ne le cède à aucun pour les peines et les chagrins, mais aussi quand Dieu se plaît à couronner nos faibles efforts par des succès, quelle joie ! C'est à n'y pas tenir. Le regret de s'être plaint quelquefois serait de nature à vous briser; quand surtout on voit avec quelle prodigalité le Bon Dieu nous inonde de consolations.  ­

    À un confrère qui le félicitait de ses succès il écrit : On dirait que votre affection pour moi vous aveugle au point de m'attribuer le bien qui se fait ici. Remontons un peu plus haut. Vous me cou­naissez; je suis moi-même le premier étonné ; mais, avec un pareil outil, faire d'aussi belle besogne, prouve en faveur de l'Ouvrier. À Lui donc et à Lui seul nos louanges et nos actions de grâces.

    Un mois environ avant le carême de cette année, le P. Foltête était allé à Markanam pour faire la visite des chrétientés environnantes. Il paraît, continue le P. Fourcade, que cette administration fut très pénible soit sous le rapport hygiénique, soit en ce qui concerne les chrétiens. Déjà même à Tindivanam, le Père, dans le but de faire des économies pour ses enfants spirituels, s'était retranché beaucoup trop de choses dans sa nourriture. De plus, l'eau de Markanam est mauvaise. Peut-être faut-il attribuer à ces causes la fièvre hectique, paludéenne qui a déterminé sa mort?

    Il venait de rentrer à Tindivanam, peu de jours avant le carême, quand il se sentit attaqué. Après deux jours de grandes souffrances il partit pour Pondichéry. Le P. Desaint lui prodigua les meilleurs soins, d'abord avec un succès qui donna l'espoir de le conserver. Bien que moins forte, la fièvre ne le quitta pas cependant, et de jour en jour, affaiblit considérablement le malade. Il y a environ quinze à vingt jours, on comprit qu'il pourrait encore traîner, mais qu'il ne s'en tirerait pas. Le bon P. Bottero lui déclara qu'il devait se pré­parer à mourir. Cette nouvelle l'impressionna d'abord, puis, il fit généreusement le sacrifice de sa vie. Il fit une confession générale. Oh ! la bonne confession, me disait-il, jamais je n'en avais fait de pareille! D'ailleurs, pendant sa maladie, il avait communié très souvent.

    Avant de mourir, il témoigna le désir de voir les PP. d'Alladhy, de Gengey et d'Achapakam. Le P. Desaint nous l'écrivit. Nous étions tous les trois à Sethoupettou. Nous reçûmes la lettre quelques heures avant la grande procession. Nous partîmes le soir et nous arrivâmes le lundi à Pondichéry. Le malade était en proie à une forte fièvre; il nous reconnut à peine d'abord.

    Comment vous trouvez-vous, lui demanda l'un de nous. - Quand on s'en va en paradis, répondit-il, on est toujours bien, je suis heureux de mourir; je vois que cela vous rend tristes, mes bons amis, mais faisons avant tout la volonté du Bon Dieu, et ce sera bien. Il parlait avec beaucoup de difficulté. Nous renvoyâmes au lendemain matin pour causer plus au long.

    Le jour suivant, en effet, la matinée fut plus calme. Entre autres choses il me dit : C'est singulier, depuis ma confession, je n'ai aucune crainte, aucune inquiétude. J'ai offert ma vie en holocauste pour la conversion des païens et des pécheurs, la persévérance des nouveaux chrétiens et le triomphe de la sainte Église. Ne vous chagrinez pas, Dieu n'a besoin de personne; je suis d'ailleurs plein d'espoir pour Tindivanam, vous verrez que nos nouveaux chrétiens   persévéreront. Je ne me souviens pas de toutes les choses édifiantes qu'il me dit.

    Le mercredi son état s'aggrava. Le jeudi, il était bien mal dans la matinée. Le P. Bottero vint le disposer à la mort; le malade s'unissait avec une ferveur angélique aux oraisons jaculatoires que le Père lui suggérait, il les répétait avec délices. Il demanda la sainte communion. J'ai besoin de Notre-Seigneur, dit-il, pour les derniers combats. Parfois on s'apercevait que l'ennemi du salut venait l'assaillir. Alors il criait d'une voix dolente : Jésus, Marie, Joseph. En même temps, on l'aspergeait d'eau bénite, et il disait Oh ! les démons, ils sont partout, mais les voilà partis.

    Et l'âme du malade se fondait, sa bouche ne cessait de répéter les bonnes inspirations que le Père lui suggérait. Oh! que je suis heureux, disait-il souvent avec un religieux enthousiasme, je vais voir Dieu, quel bonheur! je vais voir Marie, quel bonheur! Il disait jusqu'à vingt fois: Quel bonheur! Parfois il était comme enivré de joie. Il disait: Ma volonté ne fait qu'un avec celle de Dieu; si je savais que ma volonté fût différente de celle de Dieu, je la prendrais par les deux bouts, et je la briserais par le milieu. Quelqu'un lui demandait: Si vous aviez mille cœurs, vous les donneriez tous au Bon Dieu, n'est-ce pas? - Si j'avais mille cœurs, mille vies, dit-il, je donnerais tout au Bon Dieu.

    Dans une attaque à l'ennemi, il criait: Marie l Marie ! après vous avoir tant aimé, serait-il  possible que je fusse perdu? Non ! Non ! Il se faisait réciter le chapelet; les litanies de la Sainte Vierge, il s'y unissait de son mieux; en un mot, malgré sa faiblesse, il n'a cessé pour ainsi dire de répéter : Jésus, Marie, Joseph! et d'autres belles paroles avec une piété et une ferveur qui nous consolaient tous.  Vraiment, si nous pouvions mourir comme lui ! répétaient ses confrères ; que nous voudrions être à sa place !

     

    • Numéro : 1301
    • Pays : Inde
    • Année : 1876