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Pierre FLEURY (1912-1987)

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    Enfance et jeunesse

     

    Pierre Fleury naquit à Vaufrey, Doubs, diocèse de Besançon, le 25 avril 1912. Son père était douanier et de ce fait assez souvent appelé à changer de poste. Ondoyé à Vaufrey, Pierre Fleury reçut le complément des rites du baptême à Charquemont où son père venait d’être muté.

     

    Mobilisé en 1914, Monsieur Fleury revint en 1919 assez mal en point. Nommé à Trévillers en 1920, il y mourut d’une crise cardiaque en 1923, à l’âge de 43 ans. Madame Fleury survivra jusqu’en 1947.

     

    À Trévillers, Pierre Fleury commença l’étude du latin auprès du curé de la paroisse, ancien professeur au petit séminaire de Maîche. C’est à ce moment-là que se produisit une sorte d’événement dans la famille, et voici comment, d’après ce que nous rapporte sa sœur : « Une famille d’un hameau de Trévillers est venue dire à maman : il y a un vieux prêtre de 80 ans qui n’a plus de gouvernante. Iriez-vous le seconder pendant quelque temps ? » C’était à trois kilomètres de Maîche. Maman dit : « Allons-y ». Dans son for intérieur, elle se disait : Je serai près de Pierre, qui était à Maîche. Quand Pierre venait en vacances, le vieux prêtre disait : « C’est l’adoration perpétuelle qui commence ». Maman est restée finalement treize ans à Cernay, car le prêtre est mort à l’âge de 94 ans. « Mais aussi bien pour Pierre que pour sa sœur, c’était toujours Trévillers qui comptait. Ils y ont gardé de fortes attaches et nombreux furent les amis de Trévillers qui vinrent à l’office funèbre célébré à Morteau pour le repos de l’âme de notre confrère.»

     

    Ses études secondaires achevées à Maîche, Pierre Fleury entra pour deux ans au Grand séminaire de Faverney. Son désir de quitter le diocèse et d’entrer aux Missions Étrangères ne faisait que grandir. Mais il y avait un premier obstacle à franchir : obtenir la permission du Cardinal Binet, archevêque de Besançon. Il lui écrivit donc sans trop compter sur une réponse favorable. Aussi fut-il agréablement surpris de recevoir l’autorisation de quitter le diocèse par une lettre très aimable du Cardinal Binet, en date du 14 juillet, lettre qui commençait par ces mots : « Mon cher ami, sans tarder, je viens vous donner — et volontiers — l’autorisation d’entrer aux Missions Étrangères ». Muni de cette autorisation inespérée, Pierre Fleury fit sa demande d’entrée, le 28 juillet 1932. Les renseignements fournis par le supérieur du Grand séminaire de Faverney furent de tous points excellents : « Cet élève a joui de l’estime et de l’affection de ses maîtres et de ses condisciples, soit au petit séminaire de Maîche, soit au séminaire de philosophie de Faverney ». Aussi Pierre Fleury fut-il admis sans difficulté, au début du mois d’août 1932, et entra à Bièvres le 7 septembre, pour sa première année de théologie. Après son service militaire d’un an — avril 1934 à avril 1935 — Pierre Fleury continua ses études à Paris jusqu’au sacerdoce qu’il reçut le 4 juillet 1937. Le soir même, selon la coutume de cette époque, il apprenait sa destination pour la Mission de Canton.

     

     

    En mission (1937-1948)

     

    Parti sur le Félix-Roussel, le 14 septembre 1937, avec seize autres jeunes missionnaires destinés comme lui à l’une ou l’autre des Missions d’Extrême-Orient, il débarqua environ un mois après. Souvent on entendait le P. Fleury faire allusion au « bateau 37 ». Pour évoquer le « climat » en Extrême-Orient à cette époque, rappelons-nous que l’on était en pleine guerre sino-japonaise, qui allait durer jusqu’en 1945, et s’étendre à plusieurs autres pays du Sud-Est asiatique, tant et si bien qu’après la prise de Singapour par les Japonais, en 1941, toutes les relations furent interrompues entre l’Extrême-Orient et l’Europe. Donc presque toute la vie du P. Fleury dans la Mission de Canton se passa dans ce climat de guerre. C’est pourquoi nous n’avons que peu de renseignements sur l’apostolat du P. Fleury dans la Mission de Canton. Peu de temps après son arrivée, la ville de Canton fut prise par les Japonais. Dès son premier voyage, entre Hongkong et Canton, il fit connaissance avec les « fi-ki », les avions Japonais qui bombardaient villes et villages.

     

    En 1948, le Bulletin de Hongkong commença à reparaître. La plupart des Missions envoyèrent alors au Bulletin une chronique résumant les principaux événements survenus pendant ces années de silence, une sorte de « rétrospective ». La livraison de janvier 1948 porte, en ce qui concerne le P. Fleury, les notations suivantes : « Benjamin de la Mission, c’est accompagné par le cri strident et prolongé des sirènes d’alerte, l’éclatement des bombes d’avion, le crépitement des mitrailleuses que le P. Fleury dut forger sa langue, qu’il s’assimila les tons d’un parler dont il a la maîtrise aujourd’hui (1948). Les bombes du 8 août 1938, qui firent une centaine de victimes, tombaient à une centaine de mètres de son logis, le Carmel. Impavide, il courut consoler les âmes atterrées de Shik-Shat et des communautés voisines. L’horrible fracas sur la ville dura 70 jours encore, à raison de 6 ou 7 bombardements par jour. Pendant ce temps, étant l’hôte de la Mission, il fit la navette pour porter secours à tous. Il faillit être pris avec les Pères Bousquet et Narbaitz. Ces deux confrères furent mis en prison par les Japonais. Le P. Bousquet décéda pendant sa captivité. Quant au P. Narbaitz, il « tint le choc » pendant 405 jours et fut libéré lors de la capitulation japonaise ». C’est à peu près tout ce que l’on trouve dans les documents concernant le P. Fleury. Les confrères qui auraient pu donner des renseignements sont tous décédés.

     

    Cependant on peut glaner encore quelques autres renseignements plus ou moins disparates qu’il est difficile de relier ensemble pour suivre le P. Fleury dans ses activités.

     

    En septembre 1939, il part en compagnie du P. Narbaitz pour son nouveau district de Cheung-Mouk T’sao. En cours de route, ils sont arrêtés et pillés par de « faux douaniers ». Le P. Fleury y perd sa montre et une médaille. Quant au P. Narbaitz, il est arrêté et emmené pour une destination inconnue. Le P. Fleury revient à Canton pour rendre compte de la situation et attendre des jours meilleurs.

     

    Le 6 octobre, le P. Narbaitz est libéré. Le 10 octobre, tous les deux reprennent courageusement le chemin de leurs districts. Le P. Fleury reste à la tête de ce district jusqu’en 1942, non sans difficultés, car les étrangers, surtout à la campagne, sont étroitement surveillés et ne peuvent se déplacer comme ils le désirent. En 1943, et jusqu’en 1946, le P. Fleury est au séminaire et chargé de l’orphelinat. En 1946, il est adjoint au P. Veyrès, comme « socius » et, en cette même année, il prend la charge de la Procure de la Mission pendant quelques mois avant de partir en congé. C’est tout ce que l’on trouve concernant le P. Fleury.

     

     

    En France

     

    Arrivé en France, le 30 juillet 1948, il prit un repos bien mérité dans sa famille qui était venue s’installer à Morteau. Pour la rentrée scolaire 1949, il fut nommé professeur au petit séminaire de Beaupréau. Il assura cette charge pendant deux années scolaires. Puis en 1951, il prit place dans le service des Procures, à Paris, et cela jusqu’en 1977. S’il est un service qui ne comporte rien de sensationnel, c’est bien le service des Procures : pourtant un service important qui demande beaucoup de dévouement et de disponibilité. Personne n’est mieux placé que son chef de service — si l’on peut ainsi parler — pour nous dire ce qu’a fait le P. Fleury. Laissons-lui donc la parole : « A son arrivée en Procure, en 1951, le P. Fleury aurait voulu, ou tout au moins désiré, faire un peu de ministère en ville ou en paroisse. Sachant le travail qui l’attendait à la procure, je le lui ai déconseillé discrètement. Il s’est vite rendu compte qu’il était impossible de courir deux lièvres à la fois.

     

    Il s’est donc mis à son travail de procureur à fond et jusqu’à la fin. Pour moi, il est un modèle du devoir d’état qu’il accomplit pendant presque trente ans avec une régularité absolue. Absolument fidèle et exact aux heures de bureau, il était à la disposition de tous les confrères, et spécialement de ceux qui venaient de mission pour leur congé, leur don­nant tous renseignements utiles pour leur congé, et s’informant auprès d’eux de leur travail en mission, de leurs joies et de leurs peines, de leurs difficultés. Pour cela, il prenait tout son temps. On aurait dit qu’il n’avait rien à faire que de converser avec le confrère qui se présentait. Et pourtant le travail ne manquait pas. Tous les comptes se faisaient à la main ; ce n’est que plus tard que la Procure se munit d’une machine comptable encore rudimentaire en comparaison des machines actuelles. Le P. Fleury se mit rapidement au courant du fonctionnement de cette machine et devint très expert dans son utilisation. Un travail aussi qu’il accomplissait avec une régularité impeccable, c’était d’envoyer aux confrères ces petits « avis de crédit », car il savait le plaisir des confrères lorsqu’ils recevaient ces humbles avis dans leurs missions : c’était pour lui un lien amical avec les confrères qui ne se doutaient pas de tout le travail que cela représentait !

     

    En résumé, je peux dire que le P. Fleury fut un homme de devoir, avec comme objectif : rendre service à la Société en faisant de son mieux le travail qui lui était confié et rendre service à tous les confrères indistinctement, en les aidant de toutes les manières en son pouvoir et en les recevant le mieux possible lors de leur passage à Paris. Tout peut se résumer en un mot qui n’est pas un mince éloge : le P. Fleury était un homme de devoir ».

     

    Et cela jusqu’au moment où il prit sa retraite, en 1979. Il avait trouvé une place dans une maison pour personnes âgées, à Paris, dans les envi­rons de la Place d’Italie. Il devait y rester pratiquement jusqu’en 1986. Retraite, oui, mais pas inactivité. Sans se mêler des activités de la paroisse, il exerçait un ministère discret auprès des personnes âgées résidant dans ce foyer ; il visitait aussi les malades du quartier qu’il connaissait, ainsi que les prisonniers. Mais on peut dire qu’il travaillait « en franc-tireur ». Parfois, il venait faire un petit tour à la Rue du Bac. Apparemment, il se portait bien, jusqu’au jour où il eut subitement une attaque dans la rue. Transporté d’urgence à l’hôpital, on découvrit qu’il avait une artère obstruée. Il fut opéré sans plus tarder et une fois suffisamment rétabli, envoyé en convalescence dans une maison spécialisée, en grande banlieue parisienne. Pour achever sa convalescence, il se rendit dans notre maison de Lauris. Il y passa environ deux mois. Mais depuis son arrivée, il se sentait fatigué et n’avait pas repris son entrain habituel. Le 7 janvier, il se sentit encore moins bien... Le 8, il descendit pour prendre son petit déjeuner, mais sans appétit, et il rendit tout ce qu’il avait pris. Appelé le 9 janvier au matin, le médecin, voyant son état, demanda son hospitalisation sans délai. Ce qui fut fait. Le P. Fleury fut admis en urgence et soins intensifs à l’hôpital de Pertuis. Le 10 janvier, le P. Desroches lui rendit visite dans la soirée et lui porta la communion. C’est à ce moment-là que l’état du P. Fleury s’aggrava subitement, avec un pouls battant très vite. De fait, malgré tous les soins qui lui furent prodigués, le P. Fleury rendit le dernier soupir la nuit même, vers 11 heures. Son corps fut ramené immédiatement à Lauris où ses obsèques eurent lieu le 13 janvier.

     

    Un dernier témoignage va nous permettre de conclure cet aperçu trop bref de la vie et des activités du P. Fleury : « Depuis son retour de Chine, le P. Fleury passait régulièrement un mois de vacances à Morteau, là où était venue s’installer son unique sœur, Mme Faivre-Pierret, bien connue des missionnaires de passage pour l’accueil qu’elle sait leur réserver. Dans cette paroisse qui n’était pas celle de son enfance et de sa jeunesse et qu’il découvrit seulement à son retour, en 1948, en même temps qu’il faisait la connaissance de ses neveux et de ses nièces, il se fit rapidement de nombreux amis. Non qu’il se soit fait connaître à l’église elle-même : il était très discret et n’aimait pas assurer la prédication bien que de nombreux paroissiens se soient souvenus du sermon qu’il avait consenti à donner, un dimanche de 1948, en parlant de la Chine en termes émouvants. Mais sa simplicité, ses conversations avec les gens, son souci des personnes âgées ou malades, lui ont assuré la sympathie et l’estime des paroissiens. Un trait le dépeint bien : durant ses derniers séjours à Morteau, il prenait le temps et la peine d’aller concélébrer l’Eucharistie avec un prêtre hémiplégique âgé, décédé peu de temps après lui ».

     

    Ce trait montre bien qu’il fut, pendant toute sa vie un homme de devoir, soucieux d’aider tous ceux qu’il rencontrait sur sa route.

     

    • Numéro : 3591
    • Pays : Chine
    • Année : 1937