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Jean-Baptiste FLEURY (1885-1974)

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    Jean-Baptiste FLEURY naquit à Eréac, le 27 juin 1885, le cinquième de sept enfants dont trois moururent en bas âge. Son père était menuisier mais cultivait aussi un patrimoine de quelques hectares.

     

     

    Des études contrariées

     

    Dès l’âge de six ans, il fréquenta avec ses deux frères l’école primaire de la commune jusqu’en 1897 : il avait 12 ans. Pendant l’année scolaire 1898-1899, il suivit les cours chez les Frères de Ploërmel qui dirigeaient une école à Merdrignac, commune située à 11 kilomètres d’Eréac. Revenu en famille au bout de cette année scolaire, il se livra aux travaux de la maison avec ses frères aînés. Ce n’est qu’en 1903, à l’âge de 18 ans, qu’il entra au petit séminaire de Montfort-sur-Meu dirigé par les Pères Montfortains.

     

    En septembre 1906, il entra aux Missions Etrangères à Bièvres, mais dès octobre de cette année, il fut appelé au service militaire à Saint-Malo, en principe pour deux ans. Une commission spéciale le réforma temporairement et, très peu de temps après, le « soldat » Fleury revenait au séminaire et y continuait paisiblement ses études. Cependant, en octobre 1907, il retourna à la caserne et accomplit ses deux ans de service dans l’auxiliaire comme planton et bibliothécaire au cercle des officiers à Saint-Malo. En octobre 1909, il revenait à Bel Air jusqu’en juin.

     

    À la suite d’une fatigue sérieuse, il fut autorisé à aller dans sa famille pour s’y reposer. De fait, il y resta jusqu’en septembre 1911, époque à laquelle il rentra rue du Bac pour continuer ses études. Ordonné prêtre le 28 juin 1913, il reçut sa destination pour la mission de Hung-Hoa, que l’on appelait communément « Mission du Haut-Tonkin ».

     

     

    De Hung-Hoa au Chemin des Dames

     

    Parti de Marseille le 14 décembre 1913, il arrive dans sa mission le 19 janvier 1914. C’était le moment de la retraite annuelle. Tous les confrères, sauf deux, étaient présents. Il fut chaleureusement reçu par Mgr Ramond et tous les missionnaires. La retraite finie, chacun regagna son poste et il ne restait avec Mgr Ramond que le Père Vandaele, qui enseignait la philosophie à une quinzaine de séminaristes, et le Père Jaricot, procureur de la mission. Tout de suite, le jeune Père Fleury se mit à l’étude de la langue sous la direction d’un catéchiste. En janvier 1915, il fut envoyé faire ses premières armes à Phù-Lao. Il n’y restera que jusqu’à Pâques.

     

    En effet, c’est la guerre en Europe. La mobilisation a lieu en Indochine depuis le 15 avril 1915. C’est ainsi que, dès le 15 avril 1915, le Père Fleury est mobilisé comme infirmier à l’hôpital auxiliaire du Grand-Palais à Hanoï. En septembre, il part pour la France, est dirigé vers le front de Champagne et devient brancardier à la IIe division coloniale. En fin 1916, une loi décrète que les jeunes brancardiers doivent passer dans l’armée combattante. Et le Père Fleury est du nombre. Ces brancardiers reçoivent d’abord un minimum de formation militaire. Après cela, le Père Fleury est envoyé en renfort au Chemin des Dames de sinistre mémoire. Pour sa part, il y perd un œil et du coup est réformé.

     

     

    Professeur au Petit Séminaire

     

    Après quelques mois en Bretagne en attendant un bateau, il regagne l’Indochine. Il arrive à Hung-Hoa en août 1918 après plus de trois ans d’absence. Pendant ce temps, s’il n’avait pas oublié les éléments de langue vietnamienne qu’il avait appris, du moins avait-il besoin de les revoir et de les compléter. A ce moment, le Père Granger, chargé avec un vieux prêtre vietnamien du gros district de Hà-Thach, tombe malade et est obligé d’aller se faire soigner à Hongkong. Comme il n’y a personne pour le remplacer, Mgr Ramond se voit obligé d’envoyer le Père Fleury pour tenir ce poste. Malgré ses connaissances limitées de la langue, il s’essaie à « donner la mission » pendant le carême. Mais son zèle est rapidement bloqué par une sérieuse crise de dysenterie qui l’oblige à aller se faire soigner à l’hôpital de Yen-Bay pendant neuf mois. Comme il a été remplacé à Hà-Thach par le Père Gaucher, il revient à Hung-Hoa où il reste jusqu’au début de 1923. C’est alors que le Père Jaricot est choisi comme représentant du Tonkin au Conseil central de Paris et le Père Vandaele, professeur au petit séminaire de Hà-Thach, le remplace comme procureur. Et c’est le Père Fleury qui est envoyé au petit séminaire comme professeur. Il y reste de 1923 à 1938. A cette date, Mgr Vandaele, d’abord coadjuteur de Mgr Ramond, prend la direction de la Mission et rappelle le Père Fleury à Hung-Hoa comme procureur de la Mission.

     

     

    Procureur de la Mission

     

    Il devait conserver cette charge pratiquement jusqu’en 1960, à travers mille péripéties occasionnées par la guerre. En effet, en 1946, les confrères de Hung-Hoa furent évacués sur Hanoï où ils séjournèrent plusieurs années. Le Père Fleury y arriva le 28 janvier 1946 en compagnie de Mgr Mazé et du Père Guidon. Il y séjourna jusqu’en fin 1950. Pendant ce temps, le Père Fleury, tout en conservant sa fonction de procureur, fit un peu de ministère dans la ville de Hanoï. Une fois le territoire du Hung-Hoa libéré vers la fin de 1950, Mgr Mazé et les confrères regagnèrent, au moins en partie, leur mission. L’évêque s’installa à Son-Tây et le procureur aussi. Tout alla cahin-caha jusqu’à l’arrivée des Vietminh en 1954. Le Père Fleury venait à Hanoï de temps en temps pour ses affaires. Ce régime dura jusqu’en 1960, date à laquelle il fut expulsé par les Vietminh. Arrivé à Phnom Penh (Cambodge), il manifesta à Mgr Raballand le désir de rester travailler dans cette mission. Mgr Raballand agréa sa demande et le nomma chapelain du Carmel, fonction qu’il remplit jusqu’en 1968.

     

     

    Dernières années en France

     

    Sa santé baissant, il demanda alors à rentrer en France et à se retirer à Montbeton. Ses forces continuèrent à décliner et même dans ses dernières années, on peut dire qu’il était vraiment retombé en enfance. Il s’éteignit doucement le 17 juillet 1974, à l’âge de 89 ans. Il fut inhumé à Montbeton.

     

    Le Père Fleury fut toute sa vie un homme de prière, de devoir et de dévouement.

     

    Jusqu’au bout, il remplit sa charge de procureur avec un soin que l’on pourrait dire méticuleux. Ménager du bien de la mission, il ne desserrait les cordes de la bourse qu’à bon escient, évitant par ailleurs de s’en laisser imposer par des quémandeurs importuns. Mais, dur pour lui-même, avec un abord assez froid qui le desservait un peu et pouvait surprendre ceux qui ne le connaissaient pas, il était d’une grande charité et d’un dévouement entier pour ses confrères et, d’une façon générale, pour les Vietnamiens qui l’estimaient beaucoup. Pourtant, rien ni personne ne pouvait l’amener à infléchir son action ni biaiser, dès qu’il s’agissait de son devoir. Le soutien d’une telle vie de devoir et de dévouement était une vie spirituelle profonde, simple et qui ne s’embarrassait pas de subtilité, mais alimentée par une fidélité sans faille aux exercices de piété traditionnels.

     

    Cette longue vie, marquée de péripéties variées et parfois dramatiques, garde une belle unité. Le Père Fleury est vraiment resté le « serviteur fidèle » à qui, le Seigneur réserve de l’introduire dans sa joie.

     

     

    • Numéro : 3165
    • Pays : Vietnam Cambodge
    • Année : 1913