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Jean FILÈRE (1842-1887)

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    M.Jean-Clément Filère appartenait au religieux diocèse du Puy, qui a fourni déjà et continue de donner de nombreux missionnaires aux pays infidèles. Il était né à Saint-Just-près-Chomelix. Entré diacre au Séminaire des Missions-Étrangères, le 26 mai 1867, il fut ordonné prêtre l’année suivante et destiné au Coïmbatour.

    « Ce cher confrère, écrit Mgr Bardou, grand de taille, d’un port grave, d’un caractère franc et ouvert, fidèle observateur de ses devoirs de missionnaire, arriva au Coïmbatour en 1868. Après s’être livré avec ardeur à l’étude de la langue du pays, il fut chargé de diverses importantes chrétientés où il sut se faire estimer de ses confrères aussi bien que de ses chrétiens.

    « En 1876, je l’appelais à la direction de notre orphelinat agricole. C’est à cette oeuvre que le cher confrère a consacré les onze dernières années de sa vie de missionnaire. Il était à peine arrivé à ce nouveau poste, auquel il se dévoua de tout cœur, qu’il eut à dépenser tout son zèle et toutes ses forces pour recueillir, soigner et diriger les nombreux orphelins que la terrible famine de 1877-78 fit affluer à l’orphelinat. Ces pauvres enfants exténués de misère et de faim, couverts de plaies, n’ayant pour tout vêtement que des haillons en lambeaux, inspiraient la plus grande pïtié. Quoique toujours souffrant lui-même, tantôt de la fièvre, tantôt de la migraine, il était du matin au soir occupé à soigner et à préparer au baptême ces pauvres enfants, dont plus d’un millier lui doivent avec la grâce de la régénération, le bonheur dont ils jouissent maintenant au ciel; et, sans nul doute, à sa sortie de ce monde, ces milliers d’orphelins lui auront fait un beau cortège et auront prié le divin Maître de lui donner le bonheur qu’ils lui doivent.

    « Après que les esprits furent remis des terribles secousses de la famine, il fallut former ces pauvres orphelins aux habitudes de la vie chrétienne et du travail, les marier, les établir. Si la tâche fut pénible, les résultats en furent consolants. Il a pu établir plus de cinquante nouvelles familles. Quoique sévère, il avait su se concilier l’affection de ces chers enfants qui tous le regardaient comme leur père, et sa mort laissera de longs et profonds regrets dans ces jeunes cœurs qui tous ne soupiraient qu’après son retour.

    « Là ne se borna pas son zèle; malgré ses constantes occupations au milieu de sa nombreuse famille, il put encore convertir une centaine de païens habitant les montagnes voisines de l’orphelinat. Mais tant de travaux et de sollicitudes de tout genre avaient fini par ébranler fortement une santé déjà assez faible.

    « À la fin de l’année dernière, une fièvre violente vint l’assaillir. Il en était à peine remis, qu’une espèce de chancre lui dévora une phalange  de l’index de la main droite. Ce qu’il eut à souffrir pendant deux mois, Dieu seul le sait. La douleur causée par ce chancre ne lui laissait de repos ni jour ni nuit, et cependant il ne pouvait se résoudre à quitter l’orphelinat. Ce ne fut qu’avec grande peine, que je pus le décider à venir aux Nilgiris pour y chercher un peu de santé et de nouvelles forces. Mais la fièvre intérieure qui le minait lentement résistait à tous les traitements. Ce fut alors que je dus le forcer à s’embarquer et à aller jusqu’à Hong-kong, dans l’espoir que la mer le débarrasserait de sa fièvre. J’étais loin de penser alors, hélas ! que ce voyage finirait par la mort. Ce ne fut qu’à contre-cœur qu’il se décida à partir. On dirait qu’il avait comme un secret pressentiment de sa fin, que rien alors ne faisait prévoir. La veille de partir pour aller s’embarquer à Pondichéry, il disait tout pensif : « Je ne sais pas pourquoi « je m’en vais ; rendu à Pondichéry, je pourrais bien n’aller que jusqu’à Karikal, et de là, « retourner à l’orphelinat. » –  Il ne l’avait quitté qu’à regret, il ne devait plus le revoir ! »

    Le voyage fut assez pénible; la fièvre le reprit et ne le quitta guère. Quand il arriva à Hong-kong le 25 novembre, il était très agité, et la nuit fut mauvaise. Le 27, il vint à Béthanie où l’on s’apercut bien vite qu’il était dangereusement malade. Il avait peine à se tenir debout, ses yeux étaient hagards et il suivait difficilement ses idées. Un mieux sensible se manifesta ensuite, il put descendre au réfectoire à midi et le soir, et sa conversation fut joyeuse. La fièvre ne le quittait pas, personne néanmoins ne l’eût cru si près de sa fin. Le médecin qui le vit ce jour même, ne le traita que comme un fiévreux ordinaire.

    Cependant dès le 28, on commença à avoir des inquiétudes; la fièvre avait redoublé d’intensité, le délire s’était emparé du malade. Dans un moment où la connaissance lui était revenue, il put se confesser ; il fit ensuite à Dieu le sacrifice de sa vie en disant : In manus tuas, Domine, commedo spiritum meum, paroles qu’il répéta clairement plusieurs fois. Dès lors, il ne parut plus avoir conscience de ce qui se passait autour de lui ; il répétait seulement les invocations qu’on lui suggérait. Le 30, jour de la fête de saint André, on lui administra l’extrême-onction un peu avant midi ; vers deux heures, il rendait son âme à Dieu.

    Les funérailles ont eu lieu le lendemain ; le cher défunt repose à Béthanie près du P. Lizé, dan un prolongement de l’ancien cimetière, devenu trop petit pour contenir de nouvelles tombes. « Notre regretté confrère, ajoute Mgr de Coïmbatour, avait pendant près de vingt ans fait fructifier les talents que le divin Maître lui avait confiés, et tout nous fait croire qu’il aura obtenu la récompense promise au bon et fidèle serviteur. Que son âme soit dans la paix et la joie du Seigneur ! ».

     

    • Numéro : 999
    • Pays : Inde
    • Année : 1868