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Urbain FERRIÈRES (1886-1965)

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    Le Père Urbain FERRIÈRES naquit le 2 avril 1886 au hameau de Loubatières, dans la paroisse de Notre-Dame d’Aynès, commune de Sénergues, au diocèse de Rodez. Loubatières était un hameau de trois maisons, à flanc d’un coteau abrupt, au milieu de taillis de châtaigniers qui descendent à la rivière. Il domine la paroisse de Notre-Dame d’Aynès et surplombe les gorges du Lot de quelques deux cents mètres. Plus bas, au bord de la rivière, quelques maisons autour de la petite église : c’est là la paroisse dont autrefois le curé servait aussi de passeur. Sénergues se trouve au-dessus, au sommet du plateau, non loin de Conques. Au-delà de la rivière, sur la pente rocheuse passe la route d’Entraygues à Décazeville. Le site est pittoresque, mais les communications y sont difficiles et la vie rude.

     

    Urbain naît dans une famille de modestes exploitants agricoles : un petit élevage, quelques maigres vignes accrochées aux pentes et les châtaigniers sont les seules ressources du pays. Le travail reste la vraie richesse, et aussi le courage. Sixième d’une famille de huit enfants, le jeune garçon descendait tous les matins la pente abrupte pour venir à l’école du pays et fréquenter le catéchisme de l’abbé Martel, alors curé de Notre-Dame d’Aynès. Très tôt, il pense à devenir missionnaire. S’en ouvrit-il à son curé ? Est-ce celui-ci qui découvrit cette vocation ? En tout cas, l’abbé Martel le prépare pour entrer au petit séminaire Saint-Pierre de Rodez où il fut admis directement en quatrième, à la rentrée de 1902, à l’âge de 16 ans. Peut-être visa-t-il un peu trop haut ? Il semble qu’un certain travail de base lui ait manqué, comme il l’a lui-même avoué, mais il rattrapa tout cela par un travail acharné qui lui valut un prix d’honneur à sa sortie de Saint-Pierre.

     

    Dès la quatrième, sa vocation missionnaire prit forme avec ses exigences. Elle mûrit. Et en première, Urbain, aidé par les conseils de son directeur, décida de venir aux Missions Etrangères, avec la hantise de « gagner la vaste Asie ». Avant d’avoir fait part de sa décision à ses parents, il fit sa demande d’admission à Paris. Ce n’est pas qu’il doutait d’eux, car comme il le dit : « ce sont de bons chrétiens et ils feront cela pour l’amour de Dieu ». Mais peut-être sentait-il qu’il devait vaincre cette timidité qui l’accompagnera tout au long de sa vie et redoutait-il d’avoir à s’exprimer, à expliquer ? Une fois admis, la chose devait lui sembler plus facile.

     

    Entré au Séminaire de Bièvres en septembre 1906, il fut ordonné prêtre le 29 juin 1912 et destiné à la mission de Cochinchine occidentale dont le siège était à Saïgon. Il partit le 27 novembre 1912, sans se douter que les événements politiques le ramèneraient en France peu de temps après.

     

    Ses premières années de mission furent consacrées à l’étude de la langue vietnamienne à Travinh, en 1913, puis à l’apprentissage du ministère à Rach Lop en 1914 et au Cap Saint-Jacques en 1915. Cette année-là, la guerre le ramène en France, et il est affecté à un hôpital de Paris, ce qui lui permet de fréquentes visites au Séminaire. Démobilisé en 1919, il retourne aussitôt à Saïgon, et après trois ans de ministère, il est nommé, en 1922, procureur de la mission de Saïgon. Il le restera de 1922 à 1928. Sur toute cette période de la vie missionnaire du Père Ferrières, les quinze premières années, les détails sont rares : les premiers essais d’un jeune missionnaire et les tâches d’un procureur n’offrent guère de matière à la chronique. On peut supposer, sans crainte d’erreur, que le Père Ferrières fut déjà ce que, pour tous les confrères de la Société, il restera : le bon Père Ferrières, qui a l’estime de tous, serviable, voire corvéable à merci, souriant, aimable, égal d’humeur, régulier, pieux, tel qu’il fut pendant vingt et un ans au Séminaire de la Rue du Bac.

     

    Car c’est là que maintenant va se dérouler sa vie. En effet, en 1927, en remplacement du Père Léculier, décédé le 4 décembre 1925, le Père Ferrières est appelé au Conseil Central de la Société pour y représenter le groupe des Missions de Cochinchine - Cambodge. Avant de venir prendre ses fonctions à Paris, il entreprit la visite des missions qu’il devait représenter : Quinhon, y compris la partie montagnarde du vicariat, Hué, où il passe huit jours ; de là, il pousse jusqu’à Hung Hoa dans la mission du Haut-Tonkin, et revient par Nong Seng, siège du vicaire apostolique de la mission du Laos. Puis il prend la route du Mékhong et s’embarque pour la France. Aura-t-il jamais autant voyagé de sa vie ?

     

    Il arrive à Paris au début de mars 1928 et fut reçu membre du Conseil Central le 27 du même mois. Il sera représentant des Missions de Cochinchine - Cambodge jusqu’en 1950. Ce sont vingt-deux années de silence, de travail modeste, mais sûrement efficace au service des missions du Sud-Vietnam et au service personnel des confrères qui y travaillent. Quelques dates ressortent à peine. En 1929, il représente la Société à la consécration épiscopale de Mgr Deswazières à Tourcoing ; en 1933, il remplit le même rôle lors de la réception de Mgr Tong à Notre-Dame de Paris ; en 1929, il accompagne Mgr de Guébriant à Rome pour traiter différentes questions relatives aux missions d’Extrême-Orient.

     

    En dessous, caché, c’est tout le travail accompli pendant ces vingt-deux ans comme responsable du service des commissions, et quel travail de minutie et de précision, accompli seul et avec une grande ponctualité ! Qui dira le nombre de colis, de lettres envoyés ? En vingt-deux ans, on ne l’a vu qu’une seule fois vraiment contrarié, au reçu d’une lettre, qu’il faut bien qualifier de lettre d’insultes : une commande avait été incomplètement exécutée. Il n’avait pu envoyer un pédalier et des pneus pour un vélo… dont le confrère avait oublié d’indiquer la marque et le calibre. Il fut contrarié, mais il prit la faute sur lui. Mais il était tellement surchargé dans son service que Mgr Lemaire lui donna enfin, en 1949, un assistant dans la personne du Père Gentinne, de la mission du Mysore.

     

    En 1950. l’Assemblée Générale décida une réorganisation complète de l’administration centrale de la Société. Les représentants de Missions étaient remplacés, auprès du Supérieur général, par quatre assistants. Le Père Ferrières devenait donc disponible et, le 1er décembre 1950, il prenait son poste de responsable de l’accueil des confrères de passage. Pour un homme de 64 ans, c’était une lourde charge : il était à la disposition de tous, et en même temps s’occupait des formalités de départ, accompagnait les confrères, ou allait les recevoir, soit à Orly, soit au Bourget. souvent à la gare de Lyon. Il visitait les confrères malades, s’occupait du docteur, du pharmacien. des démarches auprès des médecins, hôpitaux et cliniques : à toute heure du jour et de la nuit, il devait être là. Une vie hachée, dans laquelle il donna un exemple exceptionnel de calme et de régularité.

     

    Il célébrait la messe matinale, en ville, dans une communauté, chaque jour à 6 h 30. Après un petit déjeuner rapide, c’était le bréviaire à la chapelle, et la méditation si elle n’avait pu prendre place avant la messe. Généralement, le timbre l’appelait vers 8 h 30. Et alors les visites commençaient et les courses en ville. On recourait à lui à tout propos : la proximité de son bureau, voisin de la porterie, était une sollicitation perpétuelle à le consulter pour toutes sortes de renseignements et de cas de conscience. On dirigeait vers le Père Ferrières tous les gens qui ne savaient pas qui demander ou ne voulaient pas dire l’objet de leur visite. Il recevait tout le monde avec amabilité, fournissait réponse aux renseignements, dirigeait adroitement les consciences embarrassées vers de plus avisés que lui. Il s’en excusait d’ailleurs en invoquant son ignorance... très relative. Vers 14 heures, c’était la récitation de l’Office, à la chapelle ou au jardin. Le soir, à 18 heures, de nouveau à la chapelle : office et visite au Saint Sacrement, qu’il reportait après dîner quand le temps lui avait manqué. Il prenait le temps de louer Dieu et celui de bien recevoir les gens : il pensait peu à lui-même. Le soir, à partir de 21 heures, il était à son bureau pour travailler : rédaction des lettres, préparation des dossiers de départ. etc. Vers minuit, une journée bien remplie s’achevait.

     

     

    Pour découvrir le fil conducteur de la vie du Père Ferrières, il faut se rappeler son attachement à la spiritualité de saint François de Sales : douceur, simplicité, humilité, le tout s’exprimant dans une piété d’enfant.

     

    Ainsi se passèrent neuf années. Mais la fatigue se faisait sentir, et en 1959, après un séjour à l’hôpital Pasteur, le Père Ferrières dû songer à prendre du repos. Il se retira à Montbeton où il s’éteignit le 13 juillet 1965. Son départ se fit tout simplement, comme toute simple avait été sa vie.

     

     

     

     

    • Numéro : 3133
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1912