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Pierre FERRATON (1884-1921)

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    La Mission du Setchoan Oriental vient de faire une grande perte en la personne de son plus jeune missionnaire, M. Henri Ferraton. Cette perte nous est d’autant plus sensible que le manque d’ouvriers se fait plus cruellement sentir et que les morts ne sont pas remplacés.

    Pierre-Heni-Claude Ferraton naquit à Champelause, canton de Fay-le-Froid, au diocèse du Puy, le 25 novembre 1884.

    Nous savons peu de chose sur sa jeunesse. Ses études classiques ­terminées, il fit sa demande d’admission au Séminaire de la rue du Bac où il arriva au mois de septembre 1904. A peine y avait-il commencé ses cours, qu’il dut les interrompre pour satisfaire à l’obligation du service militaire. Ordonné prêtre le 26 septembre 1909, il reçut sa destination pour le Setchoan Oriental, où il arriva à la fin de février 1910. Après quelques jours de repos, il fut envoyé pour apprendre la langue à Pankiao (district de Tongkang) dans une brave famille chrétienne qui du temps du fameux Umantse a souffert à plusieurs reprises de la persécution. Notre jeune confrère s’adonna ardemment à l’étude de la langue ; curieux d’apprendre chaque jour davantage, il ne laissait passer aucune occasion d’interroger et sa bonne mémoire aidant, il parvint très vite à parler assez correctement le chinois et à s’initier aux coutumes du pays.

     

    Après quelques mois d’étude il fut nommé vicaire du confrère qui visitait le grand et montagneux district de Penchoui et établit sa résidence au marché de Santchepin, à 90 lis de la ville. Il était là depuis peu de temps, lorsque les ennemis du nom chrétien suscitèrent une petite persécution locale. La résidence fut envahie et en partie pillée. Le Père avec ses gens eut juste le temps de fuir, de se cacher, et profitant du trouble général il put gagner Penchoui sans encombre. Cette petite affaire s’arrangea assez facilement avec le mandarin de Penchoui ; l’ordre fut rétabli et le Père regagna son poste de Santchepin.

    De là, il fut nommé au poste de Kienkiang, célèbre par le massacre en 1873 du Père Hue et du prêtre indigène Tay. C’est à Kienkiang que vint le surprendre l’appel de mobilisation en 1914. Un peu à regret  notre confrère met ordre à ses affaires et descend à Foutcheou où il put prendre un vapeur de passage pour Itchang. A Hankeou, le conseil des docteurs le déclare impropre à faire la campagne. Cependant, M. Ferraton avait l’air de bien se porter et ce fut pour tous une agréable surprise d’apprendre cette nouvelle, car un grand nombre de nos confrères avaient déjà été mobilisés et la Mission n’avait plus de bras solides pour tenir ses postes. Mais les docteurs avaient parlé et eux ne décident pas sur la bonne mine. Il nous revint donc heureux de reprendre le soin de son district.

     

    Entre temps, M. Perrier, terrassé par la maladie avait dû quitter son beau et important district de Litoupa où il avait créé de belles écoles et imprimé un grand mouvement de conversions vers notre sainte religion ; il était allé demander au pays natal les soins qui ne pouvaient lui être donnés ici. Litoupa ne pouvait rester vacant et M. Ferraton fut désigné pour ce poste. Il accepta de grand cœur et avec reconnaissance avec la pensée que là il pourrait dépenser à son gré et son zèle et sa jeune activité. Il y arriva au mois d’avril 1916. Un coup d’œil sur son nouveau district et ses œuvres, lui montra le bien déjà accompli par son prédéccesseur ; il résolut de pousser  en avant le mouvement donné et de le perfectionner selon ses moyens. Les écoles très prospères déjà eurent ses premiers soins. Pour elles il dépensa sans compter et quelquefois même sans employer toute la discrétion voulue. Mais il avait à cœur de développer cette œuvre ; par ailleurs les encouragements ne lui manquèrent pas et lui furent d’un grand secours pour l’aider à mener à bonne fin le plan qu’il s’était proposé. Il parvint après des démarches longues et pénibles à obtenir le placet gouvernemental avec autorisation de donner les diplômes de fin d’études pour ses deux écoles primaires, l’une de garçons et l’autre de filles. Ces écoles comptent respectivement cette année, la première 127 élèves et la deuxième 60.

    Tout en s’occupant de ces deux écoles, avec l’aide précieuse d’un auxiliaire chinois tout dévoué au district, un ancien élève de l’école Saint Louis de Tchongkin, M. Ferraton ne négligea pas ses autres devoirs de missionnaire : il fit régulièrement la visite des stations de chrétiens plus ou moins éloignées du centre, dans chacune d’elles il établit des écoles de catéchisme et son compte rendu de cette année porte 190 garçons ou filles étudiant la doctrine chrétienne sous des maîtres ou maîtresses choisis.

     

    M.Ferraton se dépensa donc tout entier pour ses chrétiens. Il n’était pas toujours doux pour eux, mais il les aimait de tout cœur et il voulait leur bien ; son caractère un peu froid, au reproche facile, n’était pas fait pour lui attirer les cœurs ; mais les cœurs subissaient l’emprise de cet homme qui voulait si manifestement leur bien. On s’en rendit surtout compte après sa mort : tout le monde fut unanime à reconnaître les qualités du missionnaire et à mettre au compte de la maladie qui le minait depuis longtemps, les impatiences et les vivacités passées.

    Vers l’Ascension, il avait visité quelques stations et avait voulu revenir à Litoupa pour célébrer la fête de la Pentecôte. A peine de retour, une crise terrible le terrassa. On n’y prit pas garde d’abord  car il en avait subi une semblable quelques mois auparavant et quelques jours avaient suffi pour le remettre sur pied. Cependant, ne sentant aucune amélioration il se décida à appeler le Père Monmaton qui réside à une vingtaine de lis de Litoupa. C’était dans la soirée. Le Père Monmaton fatigué lui-même et ne croyant pas que la crise fut grave remit son départ au lendemain matin. Quand il arriva, le cher Père Ferraton venait d’expirer entre les bras de ses chrétiens ­qui l’avaient assisté à sa dernière agonie. C’était le 17 mai.

     

     

     

    • Numéro : 3027
    • Pays : Chine
    • Année : 1909