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Auguste FERRAND (1844-1906)

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    M. Auguste-Pierre Ferrand naquit à Cubières (Mende, Lozère) le 5 juillet 1844. Cubières est un petit village, où les convictions religieuses des habitants sont aussi fortes que leur constitution physique est robuste. Il appartenait à une famille qui se fait gloire d’avoir compté plusieurs prêtres parmi ses membres, et dont les traditions pieuses se transmettent de père en fils comme un legs précieux.

    Aussi, dans un tel milieu, sa vocation de missionnaire se révéla-t-elle dès son enfance. Voici ce qu’écrit M. l’abbé Boissier, ami intime de notre missionnaire : « Petit écolier de dix ans, il dissimulait sous sa blouse les Annales de la Propagation de la Foi ou de la Sainte­ Enfance, et, quand son tour de lecture arrivait en classe, il demandait poliment la permission d’en lire quelque touchant passage. Son visage d’enfant s’irradiait d’une joie communicative ; il paraissait déjà vivre la vie de missionnaire au milieu des peuples qui attendent l’évangile du salut. La sagesse, en lui, marchait de pair avec l’âge ; les leçons de l’école et l’exemple de la famille entretenaient ses heureuses dispositions.

    Son instituteur, chrétien de pur métal, avait l’habitude de faire jouer dans l’église, à la fin du carême, le drame de la Passion. Le rôle du Christ revenait de droit au plus studieux, au plus pieux de ses élèves : le choix d’Auguste Ferrand ne faisait pas de jaloux, tant son mérite était évident. Dans ce rôle délicat entre tous, le jeune acteur mettait tout son âme et faisait naître dans celle de ses auditeurs une émotion dont le souvenir n’a pas encore disparu. C’est au sortir d’une de ces représentations que sa pieuse mère, répondant aux félicitations de ses voisines, pleura ce cri de son cœur maternel : Mon fils est un saint ; je bénis Dieu tous les jours de me l’avoir donné, je le lui rendrai ; il sera prêtre.

    Oui, il sera prêtre, à l’exemple des curés du Malzieu, de Palhers et de Meyrueis, ses oncles paternels, qui, tous les trois, furent des saints.

     

    De bonne heure, le jeune Auguste résolut de faire revivre le zèle sacerdotal de ses oncles ; bien plus, il voulut y joindre l’auréole de l’apostolat et être missionnaire. Malheureusement, des circonstances particulières ne lui permirent pas de réaliser l’objet de ses rêves ; ce fut, surtout, la mort de cette sainte et héroïque mère, qui rendait si généreusement son fils à Dieu, et qui eût été capable de tous les sacrifices pour lui permettre de poursuivre ses études. Cette mère mourut trop tôt. Son père, qui aimait particulièrement Auguste, le benjamin, tint à le garder auprès de lui, pour qu’il fût le soutien de sa vieillesse.

    Notre futur missionnaire, tout en respectant la volonté paternelle, n’abandonnait pas ses projets. Chaque fois qu’il le put, il joignit le travail intellectuel au travail manuel, donnant sa préférence aux ouvrages scientifiques. À la fin il fit céder son père à ses désirs, toujours exprimés avec soumission, mais irréductibles. Il avait alors vingt-deux ans.

    À cet âge seulement, dit la Semaine religieuse de Mende, il peut aborder l’étude du latin. Sous la direction de son frère aîné, professeur d’Université, deux hivers de travail et de veilles lui permettent de suivre le cours de rhétorique au petit séminaire de Chirac, et d’entrer enfin en philosophie en 1870. La guerre met une nouvelle entrave à sa vocation. Il doit suspendre son cours et endosser l’uniforme militaire. Sous les armes, il sera ce qu’il fut toujours : l’homme du devoir. Le grade de sergent-major lui avait été décerné, dès l’entrée en campagne, à cause de ses talents d’organisateur, connus et appréciés de tous. Ses camarades, vieux aujourd’hui, n’ont oublié ni ses exemples de discipline, ni les services désintéressés qu’il rendait à ses hommes. C’était un sergent modèle, disait récemment un soldat de sa compagnie ; il ne punissait jamais, et nulle part la discipline n’était mieux observée. Il nous était si dévoué, qu’aucun de nous n’aurait voulu lui faire de la peine, et s’il nous avait conduits à l’ennemi, nous nous serions fait tuer pour lui plaire.

    Enfin la paix est signée. Auguste Ferrand peut reprendre ses études au séminaire de Mende, et entrer, en octobre 1873, au séminaire des Missions-Étrangères. On imagine son bonheur : il touche au but qu’il a si longtemps poursuivi. Sa correspondance reflète son enthousiasme, et il se dénomme lui-même le « chevalier apôtre ». En septembre 1876, il est ordonné prêtre et désigné pour la mission du Kouang-tong. Au commencement de l’année suivante, peu après son arrivée à Canton, il est envoyé à Wai-tchao, dont il sera le véritable apôtre.

     

    Wai-tchao est une petite île située dans le golfe du Tonkin, à trente mille environ au sud de Pak-hoi. C’était autrefois un repaire de pirates qu’on voyait parcourant les mers, pillant les barques, faisant parfois une descente sur terre, enlevant les femmes, les enfants, les richesses des habitants du continent, dont ils étaient la terreur. Maintes fois, les troupes régulières eurent à lutter contre eux, et ne furent pas toujours les plus fortes.

    Un grand mandarin militaire ayant été tué dans une rencontre avec ces pirates, des troupes nombreuses entourèrent l’île et s’en emparèrent. Sur l’ordre de Pékin, les habitants furent exterminés. L’île fut en quelque sorte rayée du monde ; elle ne figura plus sur les cartes géographiques, ne releva plus d’aucune préfecture ou sous-préfecture, et la peine de mort fut portée contre quiconque essayerait d’y pénétrer de nouveau.

    Lors de la fameuse guerre entre Poun-Ti et Hak-Ka, qui ravagea la province au commencement de la seconde moitié du siècle dernier, des Hak-Ka catholiques, ayant le missionnaire à leur tête et suivis de quelques païens, cherchèrent un refuge dans l’île de Wai-tchao, abandonnée depuis de nombreuses années. Là, ils se cachèrent pendant quelque temps, vivant de la terre naturellement fertile et du produit de la pêche. Puis, la guerre ayant pris fin, les habitants de l’île entrèrent peu à peu en relations avec ceux du continent.

    Les  mandarins eurent alors connaissance du repeuplement de l’île ; mais, voyant les bonnes dispositions des nouveaux habitants, la discipline et l’entente parfaite qui régnaient entre eux, grâce à l’autorité du missionnaire, ils les favorisèrent de tout leur pouvoir et firent retirer, à Pékin, la peine de mort portée contre les insulaires. Bien plus, ils obtinrent des privilèges spéciaux aux habitants, sur lesquels le missionnaire a toujours eu la plus grande autorité.

    Tel fut le champ d’apostolat de M. Ferrand, à son arrivée en Chine. S’il parut restreint au missionnaire, habitué à gravir les pics de la Lozère, il était grand dans le domaine des âmes. Le district est un des plus florissants de la mission ; la vie chrétienne y est intense, les œuvres prospères, et le ministère du missionnaire actif et fructueux.

     

    Cependant M. Ferrand crut remarquer que l’instruction religieuse laissait à désirer ; aussi résolut-il d’instruire lui-même ses chrétiens. Il se mit à la tâche, ne manquant aucune occasion d’exhorter ses ouailles, prêchant en toutes circonstances, catéchisant les enfants, et surveillant avec soin les enseignements donnés par les catéchistes, poussant ceux-ci à déployer encore plus de zèle qu’ils ne le faisaient.

    M. Ferrand exhorta fortement les chrétiens à la communion fervente, notamment à la communion du premier vendredi du mois ; et les résultats qu’il obtint, au point de vue de la piété, de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus et à la sainte Eucharistie, sont vraiment admirables. Il lui est arrivé d’entendre plus de mille confessions, dans les dix jours qui précèdent la fête du Saint-Sacrement. Après de semblables fatigues, la nature était à bout de forces, mais quelle consolation pour une âme sacerdotale et apostolique !…

    Notre confrère savait que souvent, pour atteindre les âmes, il faut soulager les corps ; aussi, se donna-t-il tout entier aux œuvres de miséricorde. Il faisait l’aumône aux pauvres, et surtout, procurait du travail à ceux qui n’en avaient pas. Il en créa au besoin, et, quand cela était nécessaire, il donnait aux ouvriers un salaire supérieur à celui qu’ils méritaient.

    Il développa les œuvres existantes, en créa de nouvelles. Sous lui, l’orphelinat était à son grand complet. Il fonda aussi un hospice, où il recueillit bon nombre d’infirmes et de vieillards, leur procurant des occupations conformes à leur état.

    Enfin, il réunit quelques lépreux, leur construisit de petites habitations en terre foulée et donna aux moins malades quelques rizières à cultiver. Leur nombre alla en augmentant et forma une véritable léproserie, avec plus de quarante malades. Parmi eux, M. Ferrand choisit quelques lettrés, les instruisit plus complètement et les établit catéchistes de leurs compagnons de misère. Lui-même, d’ailleurs, aimait à les visiter ; il leur adressait de bonnes paroles, les exhortait à la patience, à la soumission à la volonté divine, et leur procurait le bienfait des sacrements. C’était véritablement là son œuvre de prédi­lection.

     

    En 1884-1885, pendant la guerre du Tonkin, nous trouvons M. Ferrand chargé du district de Ho-un. En raison des troubles qui régnaient dans la province, presque tous les mission-naires, sur l’ordre du consul de France à Canton, s’étaient retirés à Hong-kong. M. Ferrand ne juge pas tout d’abord à propos de quitter son poste. Il continue de visiter son district pendant la nuit, se cachant dans les montagnes pendant le jour. Mais les païens rebelles en sont bientôt avertis et se mettent à la recherche du missionnaire. Deux fois, celui-ci échappe à leur poursuite, comme par miracle. Les chrétiens, émus, craignent pour la vie de leur Père, le conjurent de mettre sa vie en sûreté, et c’est alors seulement qu’il se résout, non sans peine, à rejoindre ses confrères à Hong-kong.

    Après la guerre, M. Ferrand fut de nouveau nommé titulaire de Wai-tchao. Il retrouva et développa les œuvres qu’il y avait laissées, à son départ pour Ho-un. Il entreprit même, malgré la mobilité du sol, de construire une grande église, où il pourrait conserver le Saint-Sacrement et faire de belles cérémonies. Le démon fit d’abord tout ce qu’il put pour s’opposer à la construction de cette église. Et lorsque M. Ferrand commença à y conserver le Saint-Sacrement, le malin esprit causa mille tracasseries au missionnaire qui, par précaution, couchait dans une chambre située au-dessus de la sacristie. La nuit, il jeta des pierres à maintes reprises sur la toiture de l’église, et ébranla plus d’une fois tout l’édifice, comme si celui-ci allait s’écrouler. M. Ferrand ne s’en émut pas, pria avec ferveur, et demanda à Notre-Seigneur, si c’était son désir que le Saint-Sacrement fût conservé, de le faire savoir en supprimant les bruits telle nuit qu’il fixa. Cette nuit-là, aucun bruit ne se fit entendre ; le missionnaire était fixé. Peu à peu, les bruits cessèrent complètement, et le Saint-Sacrement a tou­jours été gardé, depuis, dans l’église de Wai-tchao.

    Notre confrère resta au même poste jusqu’à l’arrivée des marins français dans la baie de Kouang-tchao-wan. Il fallait là un missionnaire. Le préfet apostolique jeta alors les yeux sur M. Ferrand. Allez, lui dit Mgr Chausse, je vous donne un poste de confiance ; allez, et faites naître à Kouang-tchao les œuvres que vous avez créées à Wai-tchao.

    Agé de cinquante-cinq ans, après vingt-trois ans de ministère apostolique, M. Ferrand quitte tout pour se livrer à un travail dur et pénible comme le ferait un jeune missionnaire. Il arrive à Kouang-tchao, et se construit une misérable hutte en bambou et en paille de riz, recouverte de feuilles de latanier. L’habitation comprend deux chambres : l’une lui sert de chapelle, et il y célèbre la sainte messe chaque matin ; l’autre lui sert de chambre à coucher, de salle à manger et de cabinet de travail.

    En novembre 1899, les Français, pour venger la mort de deux officiers massacrés par les Chinois, se décidèrent à occuper militairement le territoire avoisinant la baie de Kouang-tchao. M. Ferrand demanda à accompagner la colonne en qualité d’aumônier militaire. Il se fit remarquer par son intrépidité, prodigua ses soins aux blessés, assista les mourants et donna à tous des paroles d’encouragement.

    Après l’occupation, il continua son ministère auprès des Français, visita les malades à l’ambulance ; le soir, il réunit les soldats chez lui, leur procura quelques distractions et les exerça à chanter la messe le dimanche. Il s’attira l’estime et l’affection de tous, soldats et officiers, qui étaient avec lui dans les meilleurs termes. En reconnaissance de ses bons services, le gouvernement de l’Indo-Chine, sur la demande du colonel commandant la place, lui conféra officiellement le titre d’aumônier militaire des troupes de Kouang-tchao.

    M. Ferrand retrouva à Kouang-tchao un bon nombre de ses chrétiens de Wai-tchao, qui, attirés par le renom de la colonie naissante et par l’affection qu’ils portaient à leur ancien missionnaire, vinrent se mettre sous sa direction et sa protection.

    Cependant, la colonie se développait et semblait devoir prendre une grande extension. M. Ferrand en profita pour construire à la hâte une résidence en terre foulée, et jeter les fondements d’une magnifique église gothique, le plus beau monument, après la cathédrale de Canton, des deux Kouang, peut-être de toute la Chine du Sud.

    Ce que la construction de cette église coûta de peines et de sacrifices à M. Ferrand, on ne peut se l’imaginer.

    Les travaux avançaient lentement, faute de ressources pécuniaires. Plusieurs fois, il fut obligé de renvoyer les ouvriers chez eux ; il les reprenait quand il avait trouvé quelque argent. Voyant son embarras, tous les habitants de la colonie, Français et Chinois, ouvri­rent une souscription qui fut d’un grand secours au missionnaire. Pour économiser quelque peu, il fit cuire lui-même ses briques, il brûla lui-même sa chaux, et manœuvra si habilement, qu’avec le minimum de dépenses, il obtint le maximum d’élégance et de solidité ; si bien que, lors du fameux typhon qui ravagea la colonie, en août 1904, le seul bâtiment qui n’eut pas à souffrir fut l’église de Fort-Bayard. Le signe de la rédemption resta inébranlable au sommet des clochers, à vingt-cinq mètres au-dessus des ruines de Kouang-tchao.

    En 1902, quoique non encore terminée, l’église était couverte et en état d’être bénite par Mgr Mérel. L’administrateur en chef, le colonel commandant la place, les autorités civiles et militaires, les colons, tous les Français, sans compter les missionnaires des environs et les chrétiens chinois, avaient répondu avec empressement à l’invitation qui leur avait été adressée. Tous tenaient à être présents, ce jour-là, et à donner cette marque d’estime au  « bon M. Ferrand », comme on l’appelait. Ce fut véritablement un jour de triomphe pour notre confrère.

     

    Si la construction de son église fut la principale œuvre de M. Fer­rand à Kouang-tchao, ce ne fut pas la seule. Il essaya de fonder une école, et fit, pour cela, appel aux religieuses françaises de Canton. Il voulait aussi établir des fermes, dans d’immenses terrains jusqu’alors incultes. Malheureusement, la colonie qui, à ses débuts, promettait d’être si prospère, dépérissait de jour en jour, et les projets du mis­sionnaire ne purent être mis à exécution.

    Il entreprit encore d’établir à Kouang-tchao l’œuvre qu’il avait tant à cœur : celle des lépreux. Il organisa une petite léproserie et fit venir de l’île de Wai-tchao un catéchiste pour instruire les malades, qui étaient déjà au nombre d’une dizaine, en 1904.

    Entre temps, M. Ferrand lisait beaucoup ; il lisait surtout des ouvrages scientifiques, et chacun de nous se souvient de l’intérêt qu’il portait à ces questions.

    En 1903, il fut victime d’un accident qui faillit lui coûter la vie.

    Pendant qu’il se trouvait sur un échafaudage, une planche céda, et il tomba d’une hauteur de six mètres sur le pavé de son église. On le crut mort, mais, sa nature robuste reprenant le dessus, il revint peu à peu à lui. Au bout de quelques semaines, il se leva et reprit son genre de vie ordinaire. Néanmoins, il avait soixante ans et, depuis sa chute, il se plaignait de violents maux de tête et s’affaiblissait à vue d’oeil.

    Mgr Mérel jugea à propos de l’appeler à Canton, pour qu’il pût se reposer un peu ; mais les habitants de la colonie ayant eu vent de la chose, supplièrent Sa Grandeur de leur laisser leur Père. Monseigneur y consentit d’abord ; puis, ayant eu l’occasion de constater de ses propres yeux l’état de faiblesse du missionnaire, il lui ordonna de venir à Canton. Notre confrère arriva en octobre 1904.

     

    Au commencement de 1905, il sentit plus profondément les atteintes du mal qui devait l’emporter. Il eut une première attaque d’apoplexie, au moment où il allait accompagner le préfet apostolique dans une tournée pastorale, et il dut passer le reste de l’année au sanatorium de Béthanie. Sous l’influence de l’air de Hong-kong et des soins qui lui furent prodigués, sa nature sembla se ranimer et il demanda à son évêque de lui donner un poste, ne pouvant se résigner au repos absolu. C’est alors qu’il fut chargé de la paroisse européenne de Shameen, à Canton ; mais au bout de six mois à peine, en juin 1906, il dut retourner à Béthanie, où il éprouva une nouvelle attaque, au mois de juillet.

    Depuis lors, M. Ferrand se rendit parfaitement compte de son état ; il se sentit perdu et se prépara à la mort. Au mois de septembre, il ressentit une troisième attaque et, quelques jours plus tard, le 26 du même mois, il s’éteignit doucement, après avoir fait l’édification de tous ceux qui assistaient à ses derniers moments.

     

    Avant de terminer cette notice, il est nécessaire d’ajouter quelques mots, qui feront connaître encore plus intimement notre vénéré confrère. M. Ferrand fut un saint prêtre, juste, franc, ami de la liberté, agissant toujours d’après les principes qu’il s’était fixés. Que M. Ferrand fût un homme de principes, c’est là une vérité qui ne laissera de doute dans l’esprit d’aucun de ceux qui l’ont connu. Tous se rappellent avec quelle conviction il soutenait une thèse, fût-elle de l’ordre simplement scientifique ou physique. Dans l’ordre moral, il conforma toujours sa conduite aux principes de la vie spirituelle, ne s’écartant jamais de ce qu’il crut être son devoir, quelque sacrifice qu’il dût s’imposer pour cela.

    Il vivait intimement uni avec Notre-Seigneur, et ne voyait les choses que des yeux de la foi. C’est cet esprit de foi qui lui fit supporter si patiemment les souffrances physiques et morales qu’il eut à endurer sur la fin de sa vie.

    Il avait aussi un grand esprit de pénitence. Ses voisins de district connaissaient sa vie mortifiée. Peu de temps avant sa mort, il confiait à un de ses amis que, quelques années auparavant, il avait demandé au bon Dieu une grâce extraordinaire, acceptant, en compensation, de souffrir quoique ce fût. Il fut exaucé et, depuis ce jour-là, il souffrit d’un mal de tête continuel, sans qu’aucun remède pût lui apporter le moindre soulagement.

    Enfin, M. Ferrand fut un missionnaire zélé, tout dévoué à la maison de Dieu. Cette notice a exposé une partie des travaux qu’il a accomplis. D’un zèle infatigable, il entreprenait sans cesse de nouvelles œuvres, et c’est miracle que, privé de ressources comme il l’était, il ait pu les mener à bonne fin. Il s’ingéniait pour trouver de l’argent et, quand il en avait trouvé, il dépensait tout ce qu’il avait, plus qu’il n’avait, sans s’inquiéter de l’avenir. Quand il n’avait plus rien, il s’en remettait à la Providence, sans s’émouvoir des difficultés présentes. Il avait une confiance illimitée en la Providence, et jamais la Providence ne manqua de le secourir. Il aimait à répéter qu’il en avait fait maintes fois l’expérience. La confiance en la Providence, voilà bien le secret de cette vie toute remplie d’œuvres et de travaux apostoliques.

    « Daigne notre vénéré confrère obtenir à ceux qui lui succèdent son esprit de foi, son amour pour la mortification, son zèle pour la gloire de Dieu et sa confiance sans bornes en la Providence ! »

     

     

     

     

    • Numéro : 1315
    • Pays : Chine
    • Année : 1876