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Stanislas FÉRON (1827-1903)

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    Stanislas Féron, né à Domfront (Séez, Orne), le 22 février 1827, fit ses études théologiques sous l’égide de Notre-Dame de la Garde, au grand séminaire de Séez. Le 21 décembre 1850, avec dispense d’âge, il reçut le sacerdoce des mains de Mgr Rousselet ; le 14 octobre 1854, il entrait au séminaire des Missions-Étrangères. Flers et Argentan s’étaient partagé les prémices de son ministère, et M. Lecornu, curé de Flers, pouvait écrire au frère du jeune prêtre : « De tous les vicaires que j’ai eus, votre frère est celui que j’ai le plus estimé. »

    Le 23 janvier 1856 eut lieu, dans la chapelle de la rue du Bac, la cérémonie du départ. Louis Veuillot se trouvait là ; il venait, lui aussi, faire ses adieux aux partants. Plus tard, il écrira les lignes suivantes : au sujet de ces nobles chevaliers de Dieu : « Une joie « surabondante rayonnait à travers la modestie de leur attitude et de leur visage. M. Féron est « destiné pour la Corée, mission des plus périlleuses. La persécution y est active et sanglante « et M. Féron nous a dit que, dès l’âge le plus tendre, il avait aspiré à cette terre qui dévore ses « apôtres. Il n’a su que peu de jours avant son départ quelle mission lui serait attribuée. C’est « avec une sorte d’ivresse qu’il nous dit : « Je vais en Corée. J’espère y pénétrer en moins de « trois ans... »

    Le 28 janvier, première étape à Cardiff, point d’attache du navire qui doit emporter les jeunes missionnaires en Extrême-Orient. « Ma qualité d’agent du gouvernement français, « écrivait à cette époque notre consul de Cardiff, M. Mahon de Monagham, me procura « l’avantage de les recevoir chez moi. Au cours de ma carrière, j’ai parfois ouvert ma porte à « de hauts personnages ofliciels ; eh ! bien, je puis le dire en toute sincérité, jamais je ne me « suis senti plus honoré que je ne le fus alors, de la présence de ces humbles apôtres. Nous « passâmes une soirée charmante. O puissance invincible de la foi ! Tous parlaient du « martyre, le sourire aux lèvres. J’interrogeai le capitaine qui devait les transporter. « J’aime « ces braves jeunes gens-là, me dit-il, jamais ils ne causent d’embarras à bord ; ils sont « toujours contents, pourvu qu’ils puissent faire leurs dévotions. — J’aime mieux, ajouta.t-il, « vingt robes noires comme celles-là qu’une seule crinoline. »

     

    La persécution n’arrêta pas M. Féron sur les frontières coréennes aussi longtemps qu’il avait pu le craindre. La Providence lui envoya, à point nommé, une barque dont sept rameurs sur douze étaient chrétiens. Après cinq jours de navigation, il arriva au terme du voyage, qui avait duré quatorze mois. « Alors, raconte le missionnaire, il fallut procéder à la toilette « coréenne. J’endossai l’habit qu’un matelot me prêta : ce n’était pas le moment de se « montrer difficile. Je me présentai ainsi déguisé chez Mgr Berneux. J’y trouvai réunis­ « presque tous les confrères. Mgr Berneux venait de terminer un synode et de sacrer son « coadjuteur, Mgr Daveluy. »

    M. Féron fut chargé du district de l’Assomption. Il voulut d’abord payer son tribut à Marie, souveraine de sa paroisse ; il offrit ce tribut sous la forme d’un cœur en vermeil qu’il envoya, avec une dédicace signée de son évêque et des prêtres de la mission, à Notre-Dame de la Garde du séminaire de Séez. Puis, pendant près de dix ans, il mena la vie ordinaire des ouvriers évangéliques. On jouissait alors d’un calme relatif, mais la persécution devait bientôt se rallumer. Dans les premières semaines de mars 1866, les noms de 2 évêques, 7 missionnaires, 50 fidèles, s’ajoutèrent à la liste héroïque des martyrs de Corée. M. Féron devenu, par suite de ces vides glorieux, chef de la mission, écrivait alors : « Je tâche de faire « passer en Chine M. Calais, mon dernier et unique confrère, pour conserver à la Corée un « missionnaire déjà expérimenté ; et je vais rester seul. Je ne puis ni ne veux quitter mon « poste ; j’espère y trouver la victoire ou le martyre. »

     

    « Mais la divine Sagesse en avait disposé autrement ; M. Féron se vit, malgré lui, et par la force des circonstances, obligé de quitter la Corée. Il rentra en France, et, après quelques mois de repos, il s’embarqua de nouveau, à destination, cette fois, de Pondichéry. Plus tard, quand il aura passé trente années dans les plaines du Carnatic, la Providence aura pour lui cette attention délicate de le rappeler un instant sur ce théâtre où il avait espéré la mort des martyrs ; et, nou­veau Siméon, il pourra s’endormir content, après avoir vu de ses yeux la merveilleuse résurrection de cette Église coréenne, qu’il avait laissée jadis toute fumante du sang de ses fidèles et de ses pasteurs.

     

    Arrivé à Pondichéry en 1870, M. Féron fut envoyé à Viriour. C’est là qu’il devait poursuivre et terminer sa carrière apostolique.

    Pendant les huit premières années de son séjour dans l’Inde, il se fit l’humble compagnon de M. Bardouil, curé du district, auprès duquel il avait à s’initier aux éléments d’une langue nouvelle, aux mœurs d’un pays nouveau. M. Bardouil était aveugle. « M. Féron s’est attaché étroi­tement à lui, disait en 1878 Mgr Laouënan ; il l’a soigné avec une attention, un respect et une persévérance, qui nous ont souvent remplis d’admiration non moins que de gratitude. Aussi le bon vieillard se plaisait-il à l’appeler ses yeux. »

    Et M. Féron continua parmi nous, avec la même simplicité vaillante, un ministère dont les débuts avaient été si fertiles en actes de dévouement et de charité.

    Il avait quelque fortune personnelle. Laissant donc aux prud’hommes du village le soin d’éclaircir les querelles tapageuses et vaines, il se consacra, en dehors des soins spirituels de l’administra­tion paroissiale, à l’œuvre des bâtisses : la mission de Pondichéry lui doit trois de ses plus belles églises et de ses plus beaux presbytères... La dévotion au Saint-Sacrement était comme le centre de sa vie intérieure. C’est devant le tabernacle qu’il faisait, chaque matin, une heure de méditation, avant sa messe célébrée à cinq heures ; c’est là qu’il revenait pendant la chaleur du jour, pour réciter son bréviaire et faire sa visite ; c’est là, qu’à la nuit tombante, il se rendait encore pour dire bonsoir au bon Dieu. Il passait de longues heures au confessionnal et ne le quittait qu’à regret. Les jeunes gens étaient tout spécialement l’objet de son zèle dans ce ministère fructueux mais pénible.

    Près de vingt années se passèrent ainsi, riches en œuvres, heu­reuses dans la paix. C’est en 1900 que le vénérable M. Féron sortit de sa retraite pour se rendre à l’appel de Mgr Mutel, vicaire apostolique de Corée, qui instruisait le procès de béatification des martyrs ; le vétéran, leur frère, entreprit allègrement le voyage, malgré ses soixante-treize ans. « Son séjour parmi nous, disait Mgr Mutel, a coïncidé avec la retraite annuelle, et tous nous avons eu le bonheur de voir et d’entendre cet ouvrier, ce témoin des anciens jours. Il nous a procuré, de plus, l’occasion inespérée de fêter la cinquantaine de prêtrise d’un missionnaire coréen »

    M. Féron était aussi un missionnaire de l’Inde, et ses noces d’or se renouvelèrent à Pondichéry. Mgr l’archevêque et tous les prêtres présents à la retraite de janvier 1901 tinrent à honneur de fêter leur aîné dans le sacerdoce, et tous admirèrent la bonne humeur avec laquelle il accepta d’être le héros de la solennité.

     

    Rentré dans son district, il comprit bientôt qu’il avait à se préparer prochainement pour une autre fête : celle de l’entrée en paradis. A soixante-quinze ans, la grande maladie, c’est la vieillesse ; elle s’aggravait chez lui de toutes les souffrances d’une cystite chronique. Le 28 août 1902, il écrivait aux confrères ses voisins : « Si c’est la mort qui vient par là, je vous « invite dès à présent à mon enterrement. »

    Au reste, la pensée de la mort lui était familière, et, chaque fois qu’il s’agenouillait devant le tabernacle, ses regards pouvaient aller de la croix à la tombe creusée pour lui près de l’autel. Le 5 octobre, il reçut le saint viatique et l’extrême-onction. La maladie se prolongea, occasionnant une série de crises de plus en plus pénibles jusqu’au mois de juin 1903. Si le martyre avait manqué à M. Féron, Dieu ne lui refusa pas les mérites des grandes douleurs. « Oh ! qu’il faut souffrir pour mourir ! s’écriait-il parfois ; que cela me soit seulement compté « comme temps de purgatoire ! »

    Le jour de la Pentecôte, il reçut l’indulgence plénière en parfaite connaissance, s’unissant aux pieuses pensées qui lui étaient suggérées et le mercredi 3 juin, muni d’une dernière absolution et renouvelant le sacrifice de la vie, il rendit tranquillement le dernier soupir. Il avait soixante-seize ans et quelques mois.

    Les confrères des environs arrivèrent bientôt pour les funérailles. Les chrétiens remplissaient la chambre mortuaire. Ils s’y succédaient sans interruption et récitaient le chapelet. L’enterrement, fait à leurs frais, fut de la part de ces pauvres gens un témoignage de leur piété filiale et de leur reconnaissance. Une dernière fois, le missionnaire traversa les rues de l’humble village dont il avait été si longtemps la joie et la bénédiction. Au service solennel que firent célébrer les familles chrétiennes, il y eut environ 300 communions, et, dans 300 poitrines, le Dieu de la miséricorde et du pardon entendit la prière : « Seigneur, donnez à son âme le repos dans la paix » , pendant que celui qui avait engendré ces néophytes à la foi dormait dans l’attente du réveil glorieux, devant l’autel de Marie, à la place qu’il avait lui-même marquée pour son dernier sommeil, lorsqu’il construi­sait la maison du Seigneur.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 680
    • Pays : Corée Inde
    • Année : 1856