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Jules FERCOT (1851-1892)

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    M. Usse écrivait à M. Péan, directeur du Séminaire de Paris, le 12 mai dernier :

    « Notre cher Père Fercot, deux mois après son arrivée en mission (avril 1875) avait été chargé de l’école anglaise. Il s’acquitta de ses fonctions avec un dévouement peu commun. Cinq ans s’écoulèrent dans l’exercice de cette charité peu appréciée de quelques-uns, mais d’un grand mérite devant Dieu. Ses loisirs étaient employés à en­seigner la musique instrumentale aux plus intelligents de ses élèves, chose peu facile dans un pays où les indigènes n’ont pas la moindre notion de cet art. Le professeur avait si bien réussi, qu’au retour d’Europe de Mgr Bourdon (octobre 1878), il put faire jouer en son honneur les plus beaux morceaux des meilleurs artistes. Le vieux roi Mindoon avait su apprécier ses services et, ai je ne me trompe, lui avait confié l’éducation de quelques-uns de ses enfants. En 1880, le Père Fercot quittait la chaire d’enseignement et était envoyé dans un district du nord-ouest, où il ne resta qu’un an, assez pour se faire aimer des catholiques. Son troisième poste fut Bhamo. C’est là que se passa la grande partie de sa vie apostolique. En 1882, Mgr Simon était allé en Chine, à Talifou, étudier de près la langue et les mœurs chi­noises. A son retour, il s’arrêta à Bhamo. Le Père Fercot profita de son passage pour se mettre, lui aussi, à l’étude de cette langue du fils du Ciel. Il travailla avec tant de persévérance, et le jour et la nuit, qu’il put commencer à prêcher parmi les nombreux Chinois émigrés sur le territoire birman. Cependant la maladie l’obligea de descendre à Mandalay : il se remit promptement et retourna à son poste. La guerre avec les Catchières lui fit reprendre pour la seconde fois le chemin de la ville d’Or. Ces sauvages, descendant de leurs mon­tagnes, avaient juré de s’emparer de Bhamo. Les Chinois se joignirent à eux ; tout fut chez nous ravagé et pillé. Mgr Simon avait à grande peine relevé de ses ruines cette intéressante chrétienté, quand une nouvelle épreuve menaça d’anéantir en quelques heures l’œuvre qui avait coûté tant d’argent et de fatigues. L’évêque, malade, venait de descendre à Mandalay, pendant que le Père Fercot, mieux portant, reprenait en toute hâte la route de Bhamo. Il y était depuis peu de jours, lorsqu’éclata tout à coup la guerre anglo-birmane.

    « Le capitaine d’un steamer birman reçut l’ordre de faire saisir les Européens par un gouverneur de la place voisine. Nos Pères se virent donc arrêtés et conduits en prison, où ils n’eurent d’ailleurs à subir aucun mauvais traitement. Le gouverneur de Bhamo, qui autrefois avait visité la France et l’Italie, se montra plein d’égards. Cependant il n’était question autour d’eux que de mort et de tortures barbares. L’avenir n’était guère rassurant. Les missionnaires se préparèrent à paraître devant Dieu ; mais la Providence veillait sur ses enfants. Le gouverneur de Bhamo reçut l’ordre d’envoyer à Mandalay les prêtres européens. Il y avait encore à craindre pour la route. Les gardes pouvaient bien les égorger ou les jeter au fleuve. Le bon Dieu garda les captifs dans ce double danger. Le convoi arrivait à quelques kilo­mètres au-dessus de Mandalay, quand on apprit que les troupes anglaises avaient emporté la ville et détrôné la dynastie des Alampra. Les Pères étaient sauvés. Les gardes, effrayés à leur tour, deman­dèrent grâce et vinrent tous à l’Évêché chercher protection. Quelques semaines plus tard, le Père Fercot, deux fois pillé, une fois empri­sonné, mais toujours joyeux, repartait pour son cher district. En février dernier, on le rappela pour le charger de la direction des écoles. Il avait été pendant quelques années, à Bhamo, aumônier des troupes anglaises. L’an passé, sa santé ne fut jamais bonne. Il put néanmoins faire sa classe, et s’occuper de la procure. Vers la fin de l’année, à la fièvre et à la dyspepsie qui le tourmentaient depuis longtemps, vint se joindre une forte et mauvaise toux Les médecins pourtant ne prévoyaient pas un danger prochain. Pour lui procurer un changement d’air, Mgr Simon l’envoya, le 22 février, à Rangoon, avec permission d’aller plus loin, s’il était nécessaire. Le voyage fut assez pénible. A son arrivée, il fut reçu par le Père Guérin, qui lui prodigua les soins de la charité la plus affectueuse. Pourtant le cher malade ne tarda pas à se sentir plus fatigué. On fit appel à tous les secours de l’art : ils demeurèrent impuissants.

    « Le divin Maître appelait son apôtre à la récompense du fidèle serviteur. — Depuis plusieurs jours, le pauvre Père n’avait déjà plus sa connaissance parfaite, lorsque le 18 mars, veille de la Saint-Joseph par une faveur insigne, il recouvra le plein usage de ses facultés, put se confesser et faire sa préparation à la mort. Dès lors, il ne parla plus.

    « Le 23 au matin, voyant que l’agonie s’annonçait, le Père Guérin lui administra le sacrement d’Extrême-Onction. Le soir, 10h30 m., notre cher confrère rendait son âme à son Créateur.

    « Mgr Simon délégua le Père Huysman pour représenter la Mission aux obsèques, qui eurent lieu à Rangoon, le 25 mars, fête de l’Annon­ciation, au milieu d’une grande affluence. La haute société anglaise elle-même tint à honneur de rendre, par sa présence, un dernier hommage à celui dont elle avait apprécié plus d’une fois les mérites et les talents distingués. »

     

     

     

     

    • Numéro : 1242
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1875