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Emmanuel FÉNART (1885-1961)

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    Le Père Emmanuel Fénart reçut sa destination pour le Tonkin Maritime, c’est-à-dire pour la mission de Phatdiem que gouvernait d’une main ferme Mgr Marcou. — Notre jeune missionnaire était à pied d’œuvre, mais avant de s’adonner à l’apostolat, il lui fallait forger l’outil indispensable : se livrer à l’étude de la langue. Après quelques mois passés à l’évêché pour s’initier aux premiers rudiments sous la conduite d’un catéchiste, le P. Fénart fut envoyé dans une paroisse voisine, en plein milieu vietnamien ; il y continua ses études de langue et commença peu à peu à faire du ministère.

     

    En 1912 il reçut une autre destination. Mgr Marcou l’envoya dans la partie montagneuse de la province de Thanh-Hoa, dans ce Chau-Laos qui a fait tant de victimes parmi les missionnaires, les prêtres vietnamiens, les catéchistes et les serviteurs... L’évangélisation de cette région, commencée sous l’épiscopat de Mgr Puginier, a été racontée de façon émouvante par le P. Degeorge dans son livre intitulé A la conquête du Chau-Laos. Mgr Lécroart, premier Visiteur apostolique des missions d’Indochine, écrivait au P. Degeorge après la lecture de son livre : “Votre livre a été lu au réfectoire. Tous les missionnaires sont partagés entre un sentiment de tristesse devant cette hécatombe de missionnaires en pleine force et un sentiment d’admiration pour leur héroïsme”. C’est donc en cette partie particulièrement difficile et déshéritée de la mission que fut envoyé le P. Fénart. Le poste de Naham lui échut. Ce poste, situé à plus de mille mètres d’altitude, était loin de tout autre centre d’évangélisation, cette solitude ne semble pas avoir trop pesé au P. Fénart. Ce n’était peut-être cependant qu’apparence, car il aimait beaucoup la compagnie des confrères. À Naham, le Père entreprit l’étude d’une seconde langue, condition indispensable d’un ministère utile. Les chrétiens de Naham étaient les plus anciens de tout le Chau-Laos ; ils avaient été convertis par le P. Fiot, fondateur de cette mission, un des premiers envoyés par Mgr Puginier dans cette région malsaine, en fin de l’année 1878. Le P. Fénart était tout dévoué à ses chrétiens et suivait leur rythme de vie ; en hiver surtout, la journée ne commençait pas de bonne heure, mais on se rattrapait le soir en des palabres interminables, causeries sur toutes sortes de sujets tout en fumant la pipe à eau. — 1914, la guerre éclate en Europe ; le P. Fénart est obligé de quitter son Chau-Laos. Mais aussitôt démobilisé il reprit la route du Tonkin et Mgr Marcou le renvoya à son poste de Naham. Le cher Père ne devait pas y rester bien longtemps. Tout le Chau-Laos est une région où règnent la fièvre des bois et le paludisme, bien rares sont ceux qui y échappent. Le P. Fénart ne tarda pas à en être frappé et la maladie prit chez lui une forme assez rare, bien que signalée dans les ouvrages de médecine : crises épileptiformes, violentes, terribles. Devant cette situation force fut à Monseigneur de muter le Père. Il fut alors nommé aumônier du carmel de Thanh-Hoa nouvellement fondé, et s’acquitta de sa fonction avec beaucoup de ponctualité mais sans jamais se mêler, en quoi que ce fût, des affaires intérieures de la communauté. Pendant cette période, les crises de sa maladie s’espacèrent de plus en plus grâce aux précautions que prit le Père et grâce aussi aux soins qu’il reçut. C’est pourquoi, en 1923, Monseigneur fit appel à lui pour Phucdia, paroisse nouvellement fondée en bordure de la grande forêt. La mission avait obtenu dans cette région une concession qu’il s’agissait de lancer et de développer. C’est pourquoi on avait fait appel à des familles chrétiennes du delta tonkinois surpeuplé ; ce sont ces chrétiens, travailleurs sur la concession, qui formaient la majeure partie de la population de cette nouvelle paroisse. Le P. Fénart leur apporta les secours de son ministère sacerdotal ; sa régularité exemplaire les édifiait beaucoup.

     

    Comme sa santé s’affermissait de plus en plus, Mgr Marcou pensa à lui pour un nouveau poste. A quelque vingt kilomètres de là, à Huu-lé, se trouvait un petit collège fondé en 1923, réservé aux enfants laotiens et destiné à former de futurs catéchistes et même de futurs prêtres originaires du Chau-Laos. Cet établissement était dirigé par le P. Rey, un vétéran lui aussi de l’apostolat en cette région. La formation spirituelle était confiée à un Père vietnamien de sainte mémoire qui avait également missionné de longues années dans la montagne. C’est dans cet établissement que devait rester le P. Fénart jusqu’en juillet 1945. Il travailla d’abord sous la direction du P. Rey, puis quand celui-ci quitta, le P. Fénart continua avec un Père vietnamien, d’ailleurs beaucoup plus jeune que lui, le P. Oanh devenu supérieur. Les catéchistes sortis de ce petit collège furent nombreux et rendirent d’immenses services pour l’enseignement de la doctrine aux catéchumènes et aux néophytes du Chau-Laos. Le P. Fénart eut même la joie de voir un de ses anciens élèves et dirigés, M. Tien, entrer au grand séminaire. Ordonné prêtre vers 1947 à Saigon en raison des bouleversements de la guerre, le P. Tien put rejoindre à Samneua les PP. Mironneau et Martin. Lors de l’évacuation de Samneua, ce premier et unique prêtre originaire du Chau-Laos continua courageusement à soutenir les chrétiens de cette région. Sa présence faisait obstacle aux menées communistes, c’est pourquoi ceux-ci ne tardèrent pas à le supprimer dans des circonstances qui n’ont jamais été tirées bien au clair.

     

    En juillet 1945 le P. Fénart vint à la mission de Thanh-hoa pour les vacances selon son habitude. Mais les événements n’allaient pas tarder à se précipiter. Le 15 août les Japonais qui tenaient alors le pays devaient baisser les armes ; les vietminh prirent le pouvoir ; tous les missionnaires durent regagner le centre de la mission. Cette situation dura jusqu’au mois de décembre 1946. Quelques jours après Noël tous furent emmenés à Vinh où ils passèrent près de six ans dans des conditions pénibles. Le 15 août 1952 les missionnaires de Thanh-Hoa étaient autorisés à gagner Saigon, puis la France. Le P. Fénart quitta donc le Vietnam en septembre 1952. Après s’être reposé quelques mois il accepta un poste d’aumônier dans une petite institution tenue par des religieuses, à Masseube dans le Gers. Il devait y rester sept ans. C’est là que vint le surprendre la maladie. Transporté à l’hôpital d’Auch il subit deux interventions chirurgicales ; la seconde, compliquée d’une crise d’urémie, lui fut fatale : transporté mourant à Montbeton, il s’y éteignait le 4 juin 1961 pour aller recevoir la récompense promise au bon et fidèle serviteur.

     

    À ce curriculum vitæ un peu succinct ajoutons quelques lignes qui feront mieux connaître le P. Fénart. C’était un homme grand, bien bâti, avec une belle barbe qu’il taillait soigneusement. “Le soin” c’était une des qualités du P. Fénart; il était même méticuleux dans l’entretien et le rangement de ses affaires. Quelqu’un a dit de lui “qu’il rangeait les aiguilles par diamètre de pointe !”.

     

    Très ordonné, très soigneux, il l’était aussi pour sa vie sacer­dotale ; il en remplissait les devoirs avec une régularité exemplaire mais sans avoir pour cela l’intention de faire la leçon aux autres. De caractère réservé il aimait cependant la compagnie ; il animait la conversation de jeux de mots. Certains étaient des trouvailles qui nous valaient un petit verre supplémentaire à table pendant les vacances. Mais il ne s’offusquait pas le moins du monde quand on ne riait pas de l’un ou l’autre calembour moins bien réussi. Une autre de ses qualités était la douceur, l’humilité, l’égalité d’humeur. Ces vertus lui furent d’un grand secours dans son apostolat au Chau-Laos et au collège de Huu-lé car son tempérament s’accordait bien avec le caractère laotien. Quelqu’un qui l’a très bien connu a dit de lui : “Jene crois pas que jamais quelqu’un l’ait vu s’emporter. Très rarement, quand il s’est heurté brusquement à des contrariétés pénibles et tout à fait imprévues, on a pu voir sa figure s’assombrir et son front se plisser. Mais en quelques secondes ce mouvement involontaire était réprimé et le calme parfait revenait”. Ces vertus n’ont fait que se développer et se sont manifestées jusqu’au bout. Voici un extrait d’une lettre que Mgr Audrain, archevêque d’Auch, écrivait au séminaire après le décès du P. Fénart : “Durant son séjour à l’hôpital il a fait l’admiration des médecins, des infirmiers, du personnel, par sa force d’âme, son oubli de lui-même, sa patience ; jamais il n’a proféré une plainte et il gardait son sourire continuel”.

     

    Le cher P. Fénart est allé rejoindre les Fiot, les Tamet, les Canilhac, les Tien pour ne citer que les plus illustres des apôtres du Chau-Laos ! Que tous veillent sur ces chrétiens secoués encore par la tempête, nous ramènent la paix afin que le grain semé autrefois lève on abondantes moissons !

     

     

     

     

     

    • Numéro : 3059
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1910