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Marcel FAYOLLE (1913-1983)

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    Enfance et jeunesse

     

    Marcel Fayolle naquit à Dunières (Haute-Loire) le 11 février 1913, en la fête de Notre-Dame de Lourdes. Après ses études primaires dans sa paroisse, il entra au petit séminaire. Ses études secondaires terminées, il se dirigea tout naturellement vers le grand séminaire du Puy. Il suivit la filière des études ecclésiastiques sans événement marquant et fut ordonné prêtre le 29 juin 1937. Dès ce moment il aurait voulu entrer aux Missions Étrangères, mais l’évêque du Puy lui imposa deux années au service du diocèse. Il fut donc nommé professeur au petit séminaire de La Chartreuse où il enseigna pendant deux années scolaires, de 1937 à 1939. Mais son désir d’être missionnaire ne s’était pas évanoui. Après avoir obtenu, non sans difficulté, la permission de l’évêque du Puy, il fit sa demande d’entrée aux Missions Etrangères le 9 juin 1939 et fut admis le 21 juin. Mais au lieu d’entrer à la Rue du Bac en septembre 1939, il fut mobilisé dans les Chasseurs alpins et envoyé sur la frontière italienne. C’était le calme plat. Marcel Fayolle n’eut même pas l’occasion de tirer un coup de fusil. Une fois libéré, il entra aux Missions Étrangères, le 27 octobre 1941, pour y faire son année de probation au terme de laquelle il reçut sa destination pour la Mission de Mysore (Inde du Sud). Mais, étant donné la situation, il ne pouvait partir immédiatement. C’est pourquoi il rentra dans son diocèse où il fut curé d’une petite paroisse jusqu’en 1946. C’est le 24 mai 1946 qu’il put enfin partir pour rejoindre sa Mission.

     

     

    En mission

     

    À son arrivée à Mysore, il a 33 ans et une riche expérience pastorale. Mais il lui faut maintenant forger l’instrument indispensable pour l’apostolat. Il se met donc courageusement à l’étude de l’anglais et du tamoul. Il arriva à maîtriser ces deux langues, particulièrement le tamoul ; jusqu’à ses derniers jours, il continuera à se perfectionner.

     

    Après quelque temps, comme vicaire à la cathédrale Sainte-Philomène à Mysore, il fut nommé curé de la petite paroisse de Nagalur, au pied de la chaîne qui prolonge les Nilgiris. Bien vite, Mgr Feuga le nomma responsable d’une paroisse plus importante, Kotagiri, en 1953. C’est lui qui érigea sur la tour de l’église la statue de Notre-Dame. C’est pendant son séjour à Kotagiri que se produisit un événement douloureux. Un matin le corps du P. Boissières, aumônier du couvent des Franciscaines de Marie, fut découvert dans un bain de sang. Ce Père ne fermait jamais ses portes et plusieurs fois il avait été volé par un de ses domestiques qui avait été emprisonné pour cela. En sortant de prison, ce domestique s’était vengé en assassinant son ancien maître. Pour le faire condamner, la police voulait utiliser comme preuve à charge le parapluie maculé de sang du P. Boissières. Dans ce but, on demanda au P. Fayolle de certifier, par-devant la cour de justice, que ce parapluie était bien celui du P. Boissières. Le P. Fayolle refusa, ce qui mécontenta la police.

     

    En juillet 1955 fut créé le diocèse d’Ootacamund par division de celui de Mysore. Le P. Fayolle restera au service de ce nouveau diocèse jusqu’à sa mort. Au mois de mars 1956, il prit son premier congé en France et à son retour, au début de 1957, il fut nommé curé de la paroisse de Sathyamangalam. Cette localité avait été un centre célèbre des Jésuites au XVIIe siècle. Le plus célèbre parmi eux fut saint Jean de Britto, martyrisé à Oriyur le 4 février 1693 ; il avait été curé de Sathyamangalam. Mais cette chrétienté n’avait pas résisté aux vicissitudes des guerres et des persécutions. Elle ne comptait plus guère qu’une dizaine de familles chrétiennes. A son arrivée, le P. Fayolle n’y trouva qu’une toute petite église et pour logement une sacristie minuscule. Mgr Padiyara, évêque d’Ootacamund, chargea le P. Fayolle de construire un presbytère convenable et de s’occuper de l’orphelinat des garçons, bien délabré. Dans la chaleur et la poussière de Sathyamangalam, il fit de son mieux pour répondre au désir de son évêque ; il réussit même à construire une petite église dans la desserte de Kothamangalam ; il eut la joie d’y baptiser un garçon auquel on donna le prénom de Marcel. Depuis ce garçon est devenu prêtre au service du diocèse. Mais le climat ne convient guère au P. Fayolle. De plus, il souffre du foie. Aussi, en novembre 1960, il est nommé à Ithalar, petit centre créé dans un village de Badagas, à une quinzaine de kilomètres de Ootacamund. Il n’y a aucune famille chrétienne dans cette tribu, la plus importante parmi les habitants des Nilgiris. Ce sont des cultivateurs qui se livrent à la culture du thé dans de petites plantations. C’est un milieu fermé, hostile au christianisme. La présence d’un prêtre au milieu d’eux était délicate et demandait une patience angélique. Le P. Fayolle sut pourtant se faire des amis pendant les quatre années qu’il passa dans ce village. Il exerçait son apostolat parmi les ouvriers qui travaillaient à la construction de deux grands barrages à Emerald, à quelques kilomètres de sa résidence. A cela il ajouta le service de la paroisse de Kundah, en 1962-1963, pendant que le P. Lefèvre était en congé.

     

    En mai 1964, le P. Fayolle fut nommé curé de Lovedale, petite paroisse établie jadis par le P. Crayssac, à 5 km d’Ootacamund. Lovedale est célèbre par son école plus que centenaire ; créée pour les enfants des militaires britanniques, elle est devenue depuis l’indépendance de l’Inde, une école pour les enfants des familles aisées ; la plupart viennent de l’Etat du Kérala et parmi eux se trouvent bon nombre de chrétiens. Le P. Fayolle eut toujours de bonnes relations avec les professeurs et les élèves de « Lawrence School ». Mais le P. Fayolle avait un autre souci, celui d’agrandir et de renouveler l’école primaire supérieure pour les enfants tamouls. Cette école, commencée par le P. Crayssac pendant la guerre, était vraiment maI installée dans une petite maison. Pendant son second congé, en 1965, il ramassa quelques fonds dans ce but et commença la construction de la nouvelle école. Ce travail fut continué et achevé par le P. Descourvières, de 1968 à 1971.

     

    En effet, en janvier 1968, le P. Fayolle avait été transféré à Sélas où il allait rester onze ans. Bien aidé par les religieuses de Saint-Joseph-de-Cluny, il allait donner le meilleur de lui-même au service des chrétiens qui travaillent surtout dans les grandes plantations de thé. En tout cela, il fut aidé par un catéchiste remarquable. Il créa la nouvelle paroisse de Kolacombei qui, depuis, s’est largement développée. En vue de créer encore une nouvelle paroisse dans la lointaine plantation de Non Such, il y rebâtit une chapelle spacieuse. A la visite régulière des familles, au souci pastoral, s’ajoutait la responsabilité d’une importante école secondaire à Selas. Il s’y intéressait activement, tout particulièrement aux manifestations sportives et aux excursions. Malgré son âge il n’hésitait pas à partir avec les élèves pour des randonnées assez lointaines.

     

    En juillet 1979, le P. Fayolle prit un congé. Son retour fut retardé par l’état de santé de sa sœur, tant et si bien que son visa de retour arriva à expiration. Il lui fallut un certain temps pour en obtenir un autre et regagner sa mission, au mois de février 1981. Il est nommé de nouveau à Lovedale, paroisse qu’il connaît bien. Il se remet à la tâche avec courage et enthousiasme. Il achète même un scooter d’occasion pour visiter plus facilement ses paroissiens. Mais sa santé lui crée quelques ennuis : d’abord une opération pour une hernie, puis séjour à Bangalore pour soigner un bras qui le fait souffrir. Mais c’est surtout l’état de son foie qui est inquiétant. A la mi-août 1983, il est obligé de prendre quelques jours de repos à Coonoor, pour des examens plus approfondis à l’hôpital militaire de Wellington. Ce qui n’était tout d’abord considéré que comme une mauvaise jaunisse se révéla être plus sérieux. Une opération s’imposait. Il se rendit donc à Bangalore ; l’opération fut pratiquée le 13 septembre 1983 à St John’s Medical college. Dans les jours qui précédèrent, le P. Fayolle se prépara calmement, n’oubliant pas de rédiger son testament et de penser à tous ses collaborateurs et collaboratrices. L’opération dura cinq heures pour l’ablation de la vésicule biliaire qui contenait 14 gros calculs. Cette opération révéla aussi qu’il était atteint d’un cancer au foie. Il n’y avait donc pratiquement pas d’espoir. Pendant dix jours, il lutta contre la mort, souffrant beaucoup mais avec courage et résignation à la volonté divine. A plusieurs de ses visiteurs, il répéta : « Je suis prêt. » Quand les deux confrères qui travaillent à Kurnool vinrent le voir, ils récitèrent près de lui un Notre Père qu’il acheva en disant par trois fois « Ainsi soit-il ». Citons un passage d’une lettre d’un confrère de la mission d’Ootacamund. « Par sa gentillesse, sa patience, son courage devant la souffrance, Marcel Fayolle a gagné l’admiration du personnel hospitalier de St John’s. Le docteur Nanda Kumar disait qu’il était l’exemple de la patience chrétienne. Il s’était abandonné à la volonté de Dieu et priait beaucoup, m’a dit une religieuse. Il a été entouré des meilleurs soins. Des séminaristes de St Peter’s lui ont donné de leur sang pour l’opération et l’ont ensuite veillé pendant plusieurs jours. Des religieuses ont ensuite pris la relève. Son évêque, Mgr Aruldas, n’hésita pas à faire 600 km pour venir le voir les 15 et 16 septembre. Le P. Fayolle fut très touché de cette visite. Mais, malgré tous les soins, le mal progressait inexorablement. Courageux jusqu’au bout, il s’éteignit en toute lucidité, le 24 septembre 1983, à 8 heures du matin.

     

    Son corps fut transporté à l’église de Lovedale, dans la nuit du 24 au 25 septembre 1983. Le dimanche matin, l’évêque célébra la messe pour lui devant ses paroissiens. A 14 heures, le corps fut transporté à l’église Sainte-Marie d’Ootacamund. Pour la messe d’enterrement, à 17 heures, l’église était comble. Environ 60 prêtres concélébrèrent avec l’évêque. Ce furent les prêtres qui portèrent le cercueil de l’église au cimetière. Maintenant le P. Fayolle repose, en attendant la résurrection, auprès des Pères Bassaistéguy et F. Legrand.»

     

    Le 8 octobre 1983 eut lieu une cérémonie pour le P. Fayolle dans sa paroisse natale, à Dunières. L’église était comble. Pendant cette cérémonie, le Vicaire général de la Société, lui-même ancien missionnaire en Inde évoqua la personnalité du P. Fayolle. Citons quelques passages de son homélie :

     

    « Le P. Fayolle était un charmant confrère que nous aimions beaucoup. Il nous communiquait sa bonne humeur. Sa présence dans une réunion était une garantie de gaieté, d’une saine gaieté. Il riait de bon cœur et son rire était communicatif. Ses réserves de bonnes histoires étaient inépuisables. Il avait beaucoup d’humour, mais son humour ne faisait pas de victimes. Il respectait les personnes. Il avait vraiment un talent remarquable pour créer une ambiance de gaieté. C’est un don de Dieu dont on aurait tort de sous-estimer l’utilité dans une communauté. Mais ce n’était pas son seul talent. Il faut souligner aussi qu’il savait écouter : il écoutait avec patience, discrétion et compréhension. C’était en outre un homme de bon conseil, que consultaient volontiers de nombreux prêtres.

     

    Le P. Fayolle était aussi un bon pasteur. Accueillant, perspicace, il connaissait bien ses chrétiens et ne ménageait pas sa peine pour les aider et les former. Le P. Fayolle a passé de nombreuses années dans des paroisses bilingues. Certains de ses paroissiens parlaient tamoul, d’autres parlaient anglais. Il maniait magnifiquement les deux langues. Dans un grand souci de formation, il passait chaque semaine de longues heures à préparer ses homélies du dimanche. Ces homélies étaient très appréciées. Des religieuses qui écoutaient ses homélies depuis des années ont dit : “Nous aimons beaucoup les homélies du P. Fayolle. Elles ne sont jamais ennuyeuses. On l’écoute avec plaisir et on en tire toujours profit”.

     

    Un second point qui mérite d’être signalé au sujet de son activité pastorale, c’était son souci de bien utiliser l’argent dont il disposait. C’était même l’un de ses grands soucis. Il dépensait très peu pour lui-même. Mais son problème était de donner avec discernement et la chose n’était pas facile. Il était toujours difficile de distinguer ceux qui avaient de réels besoins. Le P. Fayolle avait certainement le souci de donner à bon escient, quitte parfois à se tromper.

     

    Il n’aimait pas les grands projets ; il préférait aider ponctuellement des familles ou des personnes qu’il connaissait bien. Cependant il fut amené par les circonstances à entreprendre diverses constructions, par exemple, pour développer une école secondaire et même pour construire tout un village sur un terrain assez élevé et mettre ainsi les gens à l’abri des inondations. Les gens ont décidé d’appeler ce village Fayollenagar ou plus exactement en tamoul Payolle-nagar.

     

    Bon confrère et bon pasteur, le P. Fayolle était aussi un bon missionnaire, ne ménageant pas ses efforts pour annoncer la Bonne Nouvelle aux non-chrétiens, notamment à Italar et à Coonoor. Il était alors à Sélas, à environ dix kilomètres de Coonoor. Deux fois par semaine, il conduisait les religieuses de sa paroisse au marché de Coonoor. Pendant qu’elles faisaient leurs emplettes, le P. Fayolle attendait, mais il n’attendait pas seul. Les chauffeurs de taxis qui attendaient les clients se groupaient autour de lui et il passait ainsi la majeure partie de sa matinée à bavarder avec eux sur divers sujets. Ces hommes étaient déçus quand le P. Fayolle ne venait pas ou n’était pas disponible. C’est ainsi que toute la ville le connaissait.

     

    À travers tous ces aspects de la vie du P. Fayolle, on retrouve facilement le fil conducteur : la fidélité à l’idéal de sa jeunesse. Il a mis tous ses talents au service de cet idéal. On peut donc dire que le résultat est une vie bien réussie. »

     

    Nous avons confiance que le Seigneur a bien accueilli son fidèle serviteur. Nous avons aussi la conviction que le P. Fayolle qui nous a précédés prie pour que se lèvent de nombreuses vocations dans le diocèse du Puy et partout dans le monde.

     

    • Numéro : 3656
    • Pays : Inde
    • Année : 1946