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Clément FAVREAU (1882-1965)

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    Le 6 juillet 1882 naissait à la « Mercerie » de La Tessouale, Clément FAVREAU. Son père, Pierre Favreau, et Marie Chupin sa mère, donnèrent à leurs dix enfants une éducation foncièrement chrétienne. Aussi Clément suivit-il avec les enfants de son âge la classe du Frère Maxime et les cours de catéchisme de l’abbé Grellier. Le jeune enfant manifestant très franchement tous les signes d’une vocation sacerdotale, le vicaire de la paroisse commença à lui donner des leçons de latin, si bien qu’en 1896, Clément entrait au petit séminaire de Beaupréau. où il devait rester cinq années.

     

    Elève studieux et tranquille, il fut aussi un camarade aimable et affectueux. Il ne jouissait malheureusement pas d’une excellente santé, et il ne poursuivit ses études qu’à force d’énergie et de bonne volonté.

     

    Il pensait déjà aux missions lointaines. Mais avec une santé ébranlée comme la sienne, il préfère attendre un peu, et, prenant le parti le plus sage, il rentre en 1901 au grand séminaire d’Angers. Durant cette année, sa santé et sa vocation se raffermissent à un tel point qu’après les vacances de 1902, les portes du Séminaire des Missions Etrangères de Paris s’ouvrent toutes grandes devant lui.

     

    Après un an de service militaire près de sa famille à Cholet, l’aspirant-missionnaire Cl. Favreau continuait ses études philosophiques et théologiques dans un séminaire préparant directement aux Missions... Si la durée des études, les appels aux Ordres, les aspirations sont les mêmes que dans un séminaire diocésain, il y a cependant une grande différence dans la formation et la mentalité d’un clerc se destinant aux Missions. Ce fut dans l’atmosphère de la Salle des Martyrs et les contacts avec les vieux missionnaires qui, en ces temps, revenaient rarement en France, que vécut pendant cinq ans le P. Favreau.

     

    Le sacerdoce couronna naturellement, pour ainsi dire le cycle des études théologiques : il n’eut aucune difficulté à prendre les décisions définitives ; il y était préparé par une vie exemplaire. Ce fut le 21 septembre 1907 qu’il fut ordonné prêtre dans la cha­pelle de la rue du Bac et destiné à la Mission du Kouang-Tong, dans le sud de la Chine. Désormais les événements vont se précipiter. Après avoir passé quinze jours seulement de congé pour faire ses adieux aux siens, il s’embarqua à Marseille le 4 décembre 1907 et, avant la fin de l’année, le jeune missionnaire sera en Mission, à Canton.

     

    Son séjour à l’évêché de Canton ne fut pas long : il est envoyé dans un district important pour apprendre la langue hakka. La langue à peine connue, il est transféré dans un autre poste de langue différente, le hokko ! Puis quelques mois plus tard, son évêque lui impose le sacrifice d’apprendre un troisième dialecte, le cantonnais !

     

    Il était dans son nouveau poste depuis quelques années quand, en 1911, éclate la Révolution chinoise, époque troublée où les œuvres d’évangélisation et les missionnaires eurent particulièrement à souffrir dans la région où se trouvait alors le Père.

     

    En 1914, mobilisé à Tien-tsin et Pékin comme infirmier, il fut envoyé en France en 1915, où tour à tour il fut infirmier à Fréjus et à Orléans.

     

    Démobilisé, il s’embarque à nouveau pour la Chine, où il recommença sa vie nomade, envoyé qu’il fut par Mgr de Guébriant dans la région de Hoyun, zone non encore évangélisée, à 300 km au nord de Canton ; il est obligé d’apprendre un « patois » nouveau. Ce fut dans cette région de passage des armées chinoises qu’il fut vraiment le défenseur de la cité, si bien que, quand il dut quitter la région pour céder son poste à un prêtre chinois, les notables du pays, tous païens, lui offrirent des présents et des soieries où on l’appelait « le père et la mère du peuple », « le sauveur de la cité ».

     

    Il ne resta cependant que deux ans dans ce poste, car il fut nommé en 1921 dans une ville de 80.000 habitants, Fatshan, dans le voisinage de la ville épiscopale. Il se donna totalement à l’évangélisation de la masse païenne et au soin vigilant de ses nombreuses et ferventes chrétientés du Sheuntak, jusqu’en 1930, où la confiance et l’estime des missionnaires vinrent le chercher pour l’envoyer en France les représenter à la première Assemblée Générale de la Société

     

    Après une absence d’une année, pour la troisième fois, il rentre en Chine. Il rejoint son poste qu’il ne quitta qu’en 1935, contraint par la fatigue et la maladie d’accepter un poste dans le diocèse de Hong-kong. Il devint le premier curé des ouvriers de l’imprimerie de Nazareth à Tai-Kou-Lao. La proximité de son presbytère avec le sanatorium de Béthanie fit que de nombreux missionnaires de Chine, du Japon, de Corée, d’Indochine connurent le P. Favreau, qui les recevait toujours avec bonne humeur et une grande charité. Ce fut là qu’il passa les dures années de la guerre sino-japonaise, s’ingéniant à protéger et soulager chrétiens et païens des environs : ce fut le point de départ de nombreuses conversions dans cette partie de l’île de Hong-kong.

     

    En 1952, il devait prendre son congé décennal en France. Les expulsions des missionnaires de la Chine continentale firent qu’un jeune missionnaire de Canton, le P. René Chevalier, un angevin des Mauges comme lui, fut nommé pour prendre la relève.

     

    Depuis cette époque, il fut contraint par les événements de Chine de revenir en France et de rester loin de ses chrétiens, des prêtres chinois qu’il avait conduits au sacerdoce ; mais il resta en relation épistolaire avec eux, les aidant spirituellement et matériellement. Il était serviable, et ses loisirs forcés, il les employa à rendre service à tous les prêtres qui demandaient de l’aide, que ce fût dans le diocèse d’Angers ou les diocèses voisins.

     

    Ces dernières années, en 1961, la vieillesse se faisant de plus en plus sentir, il demanda et obtint son admission à la maison de retraite diocésaine de Saint-Michel à Beaupréau où sa charité envers tous, sa gaieté et sa bonne humeur le firent connaître et apprécier.

     

    Il sut garder jusqu’au bout l’enthousiasme du jeune missionnaire ! Il aimait à redire comme tous les missionnaires de sa génération: « Vive la joie… quand même » Trois jours seulement avant sa mort, il disait à un de ses confrères, un compagnon de mission depuis quarante ans, les mots de notre ancien Supérieur de la rue du Bac, Mgr de Guébriant :

     

    « Pourrais-je me laisser aller à la tristesse quand je songe à la longue vie si pleine de bonheur, si pleine de variété, si passionnante d’intérêt, que le Bon Dieu m’a donné de vivre, en y mêlant parfois la goutte d’amertume qui en fait le prix surnaturel ».

     

    Au début de mai 1965, le Père se sentit plus fatigué que de coutume. Il désirait cependant aller à Paris faire sa retraite, afin d’y rencontrer « une dernière fois » ses confrères. Mais la Providence en avait décidé autrement : l’avant-veille de la retraite, ses confrères de Saint-Michel, ne le voyant plus à l’heure habituelle à la chapelle pour célébrer la messe vinrent frapper à sa chambre. ­Dieu l’avait rappelé à Lui.

     

    Il repose maintenant dans le petit cimetière de La Tessoualle au milieu des siens et de ses compatriotes qui se souviendront longtemps du « Tonton » Clément.

     

     

     

     

    • Numéro : 2983
    • Pays : Chine
    • Année : 1907