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Jean-Baptiste FAURE (1844-1909)

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    Jean-Baptiste Faure naquit à Saint-Étienne en Foret (Lyon, Loire), le 28 juillet 1844. Son père et sa mère, chrétiens convaincus, travail­leurs excellents, gens d’honneur, d’une grande loyauté en toutes leurs relations, étaient universellement estimés et aimés de leurs compatriotes.

    Du foyer domestique tout imprégné de foi, Jean-Baptiste passa au collège des Pères Jésuites, à Saint-Étienne. Parmi ses condis­ciples, on en rencontrait de plus brillants ; il n’y en avait pas de plus laborieux à l’étude, de plus sérieux en classe. Sur les cours de récréation, son entrain était du meilleur aloi. A la chapelle, sa rare piété le donnait en exemple. Ses études classiques terminées, il entra au grand séminaire de Lyon. C’est là que le Seigneur lui inspira la vocation apostolique. Après avoir communiqué son désir à son direc­teur et reçu son approbation, il demanda à être admis au Séminaire des Missions-Étrangères. Le 12 octobre 1866, il arrivait à Paris et prenait place parmi les aspirants. Il venait alors d’être promu aux ordres mineurs.

    M. Faure fut ordonné prêtre le 6 juin 1868. Le 15 juillet, il s’embar­quait à Marseille, et, un mois après, il abordait à Pondichéry, sa nouvelle patrie.

    Trois mois plus tard, Mgr Laouënan, évêque titulaire de Flaviopolis, était sacré à Pondichéry et prenait en mains le gouvernement du vicariat apostolique. Très judicieux observateur, le nouveau supé­rieur de la mission eut bien vite distingué le grand esprit de roi et la fermeté de caractère de M. Faure. Il l’envoya faire ses premières armes en compagnie du futur archevêque de Pondichéry, M. Gandy, au milieu des néophytes de Coneripatty. A l’école de ce missionnaire modèle, M. Faure eut vite fait de se former à la pratique des vertus apostoliques. Après quelques années de ministère à Conéripatty, le disciple était devenu une parfaite copie du maître. Mgr Laouënan put lui confier successivement les districts d’Atur, de Kalcavery et enfin, en 1875, celui de Vadugarpatty. Ce district qui comptait plus de 6.000 anciens chrétiens, était d’une administration pénible et difficile, à cause surtout du caractère de certains notables, amateurs de chicane, qui avaient mis le trouble dans plusieurs stations considérables. M. Faure accepta sa nomination avec la meilleure grâce du monde. Sa sage administration parvint à déraciner les abus les plus graves et à faire respecter les lois de l’Église.

    Depuis dix ans déjà, ce vrai type du missionnaire apostolique menait « dans les terres » une vie de labeurs opiniâtres et de sacri­fices joyeusement acceptés. La langue tamoule n’avait plus guère de secrets pour lui. Bénis du ciel, son travail constant et sa prière inces­sante avaient fait produire de belles moissons à des terrains réputés ingrats. Vers la fin de 1879, Mgr Laouënan l’appelait à un poste honorable entre tous, en le nommant supérieur du grand séminaire de Pondichéry. Sur ce nouveau théâtre de son apostolat, M. Faure, pendant plus d’un quart de siècle, se donnera de tout son cœur à la formation du clergé indigène

    D’une activité prodigieuse, il se dépensa sans réserve pour le bien de sa maison, où il voulait tout voir, tout inspecter et tout ordonner lui-même. Ses jeunes collaborateurs trouvaient parfois que les charges de supérieur, de directeur, d’économe, de professeur, accumulées, pesaient lourdement sur les épaules du vaillant missionnaire. Ils demandaient à en prendre une partie, mais inutilement. M. Faure, toujours prêt à aider les autres, n’entendait pas qu’on l’aidât lui-même.

    L’amour de la science sacrée lui faisait augmenter sans cesse le seul trésor qu’il eût en ce monde : sa bibliothèque. Notre confrère regardait ses livres comme de bons amis, toujours prêts à lui rendre service et à répondre à ses questions. Afin d’être en classe clair, sobre et intéressant, de former des prêtres très vertueux pour leur propre compte, en même temps que des hommes apostoliques, le zélé professeur ne cessa jamais de lire, de relire, de méditer et de savourer à loisir les ouvrages des saints et les meilleurs écrits des savants. Tant qu’il fut au séminaire, il n’étudia absolumnent que des sciences sacrées ; il le fit avec ardeur et leur consacra sa vie.

    Cet éloge n’est pas banal, appliqué à un prêtre européen, vivant dans une atmosphère de feu, sur la côte de Coromandel, l’une des régions les plus torrides de la terre, où, pendant dix mois de l’année, une chaleur écrasante énerve les plus robustes et rend tout travail intellectuel excessivement pénible. Durant les vacances, au lieu d’aller se reposer, M. Faure reste dans les plaines du Carnatic, s’en allant de district en district porter secours aux confrères surchargés ou souffrants. Le vieux missionnaire possède le tamoul comme un indigène, converse couramment en anglais, parle assez bien le télégou, l’hindoustani lui-même ne lui est pas étranger. Il met à profit ses vacances pour se parfaire dans la connaissance de ces langues, ad majorem Dei gloriam.

    Il faut du temps et beaucoup de patience pour faire d’un Hindou païen un bon chrétien, vrai disciple de Jésus-Christ. Il en faudra davantage encore pour rendre nos chrétientés indiennes fécondes en vocations sacerdotales et capables de produire un clergé indigène sérieux et nombreux. Seuls les missionnaires qui ont longtemps vécu dans les contrées d’Extrême-Orient peuvent se faire une idée juste, des difficultés que rencontre le recrutement du sacerdoce parmi des popu­lations si lentes à se pénétrer de l’esprit de l’Évangile et à comprendre ce que c’est qu’une vocation ecclésiastique.

    Durant les vingt-cinq ans de son supériorat, M. Faure vit entrer dans sa maison, à titre d’élèves ecclésiastiques, plus de 300 enfants. Malgré son zèle, il n’a pu voir que 38 de ses élèves sortir prêtres de son grand séminaire ; 21 de ces prêtres indigènes exercent encore le saint ministère dans la mission de Pondichéry ; 10 sont attachés à la mission voisine de Kombaconam depuis 1899. Les 7 autres prêtres sont morts au champ d’honneur.

    En janvier 1905, Mgr Gandy nomma M. Faure curé de l’église cathédrale de Pondichéry. Dans cette paroisse, qui compte plus de 8.000 âmes, la fonction pastorale est un lourd fardeau. Elle exige surtout une grosse somme de travail. M. Faure n’était pas homme à craindre la besogne, mais sa santé allait trahir sa bonne volonté. Surmené, il s’affaissait à vue d’œil. Vers le milieu de 1906, Mgr Gandy fit conduire notre cher confrère au sanatorium de Wellington, espérant que le repos, l’air plus frais et plus pur de la montagne rendraient des forces au malade. Il n’en fut rien. Il revint à Pondichéry, son état de faiblesse générale s’accrut de jour en jour et bientôt il fut condamné à ne plus sortir de sa chambre. Sur les instances réitérées de son archevêque, M. Faure consentit alors à faire un voyage en Europe.

    Il quitta sa mission le cœur bien triste mais avec le ferme espoir de la revoir bientôt. Cette espérance, hélas ! devait être déçue. Son œuvre apostolique était accomplie. Ni l’air du pays natal, ni les soins les plus dévoués et les plus intelligents ne devaient guérir notre confrère, qui paisiblement rendit son âme à Dieu au sanatorium Saint-Raphaël de Montbeton, le dimanche 7 mars 1909.

    Voici en quels termes M. Sibers, supérieur du Sanatorium, a raconté les derniers instants de la vie du vénéré défunt :

    Je crois qu’une fluxion de poitrine compliquée d’une descente de hernie a été la cause de la mort inattendue de M. Faure. Notre confrère était bien fatigué depuis une quinzaine de jours. La grippe le faisait tousser et lui causait une fièvre assez forte. Mais, très dur pour lui-même, tout en étant très bon pour les autres, il acceptait difficilement les soins que nous voulions lui donner. Dans les derniers jours, il a fallu le forcer à prendre quelques médicaments. Hier encore, dimanche 7 mars, il descendit comme à l’ordinaire à 4 h. ¾  du matin, pour célébrer le sacrifice : la faiblesse l’obligea de prolonger les cérémonies et il resta à l’autel près d’une heure. Je m’approchai pour l’aider, mais il voulut continuer seul. Vers 11 heures, il redescendit à la chapelle, et y passa ume bonne heure en adoration devant le Saint­-Sacrement.

    À midi, il prit son repas avec nous. Placé à côté de lui, j’entendais sa respiration gênée et lui répétais qu’il serait mieux dans son lit, qu’il devrait y rester pour y recevoir les soins exigés par sa santé. Mais il me répondait comme toujours : « Je ne puis rester au lit ; je suis mieux dans un fauteuil. Je n’ai rien, ne vous inquiétez pas. »

    A 4 heures de l’après-midi, il redescendit lentement au réfectoire pour prendre le goûter. Je fis à un confrère cette réflexion : « Quelle énergie il a, ce brave Père !... Il ne veut pas rester au lit ; il va à droite et à gauche, et s’expose aux courants d’air, sous prétexte d’oxy­gène, et cependant j’entends dans sa poitrine un souffle saccadé qui ressemble au râle d’un mourant.»

    J’étais, hélas ! trop près de la vérité. Contre son gré, je fis asseoir le P. Faure dans un siège pour le porter à sa chambre et lui éviter la peine de monter l’escalier ; puis je lui donnai un veilleur pour l’empêcher de descendre à nouveau sans appui. Nous allions avoir la bénédiction du Saint-Sacrement et son intention manifeste était de venir y assister. Grâce au veilleur, il consentit à rester dans son fau­teuil et, quelques instants après, demanda son bréviaire pour le réciter. Cette récitation dura longtemps. J’allai le revoir à deux reprises : il tenait toujours son bréviaire en mains, tout près des yeux, à cause de sa grande myopie. Quand il eut fini, il déposa son livre et courba la tête comme pour faire une méditation.

    Vers 7 heures moins vingt, je vins l’examiner de nouveau. A ma grande surprise, je vis que le pouls s’en allait avec la respiration. Je courus à la sacristie prendre les saintes huiles. Je lui donnai l’Extrême-Onction avec la formule la plus courte, une dernière abso­lution, et je finissais à peine, qu’il rendait le dernier soupir.

    Cette mort soudaine, accompagnée de ces circonstances rares d’énergie, d’endurance et de piété, résume bien toute la vie du P. Faure. Les confrères de la mission de Pondichéry qui étaient présents en témoignent : « Telle vie, telle mort. » En disant sa dernière messe, ce jour même, notre confrère se donne lui-même le viatique des mourants. Il rend le dernier soupir, la prière liturgique sur les lèvres, avec le regret de n’être pas auprès de son Rédempteur, à la chapelle. Il meurt en saint prêtre, en missionnaire énergique et pieux, les armes à la main.

    La dépouille mortelle de M. Faure repose maintenant à l’ombre de la chapelle des martyrs, dans le cimetière du sanatorium Saint­Raphaël.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 986
    • Pays : Inde
    • Année : 1868