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Joseph FAUQUE (1844-1919)

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    Joseph-Amable Fauque naquit le 12 février 1844, à Martouret, hameau du village Le Noyer dans le diocèse de Gap. La maison paternelle, coquettement assise sur un contrefort du prestigieux Champsaur, abritait le foyer de deux époux admirables tant par leur amour du travail et leur honnêteté que par leur foi profonde. Souvent, durant sa longue carrière apostolique au Siam, les noms de Jean et d’Euphanie, père et mère de notre vénéré confrère, jaillirent avec amour de ses lèvres sacerdotales.

    Le petit Joseph demeura toute sa vie, le modèle achevé de la piété filiale, au point de s’appliquer constamment à enseigner aux autres ce qu’il pratiqua lui-même éminemment, le respect des parents.

    Un digne prêtre, le curé de Poligny, fut l’instrument choisi par la Providence pour dégager de sa gangue primitive et faire briller bientôt comme un diamant, la vive intelligence du jeune Joseph. Durant trois ans il recueillit les leçons de ce prêtre pieux et dévoué. Quand se manifesta sa vocation pour la prêtrise et l’apostolat ? Nous l’ignorons, mais ce fut vraisemblablement à l’époque de sa première communion.

    Dès qu’il eut un idéal à poursuivre, Joseph se mit à l’étude avec ardeur, et ses progrès en humanités devinrent si rapides que le vénérable ecclésiastique dut confier à d’autres l’instruction du futur lévite. On le mit au petit Séminaire d’Embrun et il y conquit la première place jusqu’à la fin de ses études. C’était une intelligence d’élite.

    Bientôt l’appel au sacerdoce se fit plus pressant, l’appel des âmes surtout résonna fortement à ses oreilles. C’était l’époque où la France apprenait avec admiration l’héroïsme de plusieurs de ses fils que le bourreau coréen venait d’immortaliser. Les noms des Berneux et des Just de Bretenières — martyrs que Benoît XV veut justement honorer puisqu’il vient de signer, le 13 novembre 1918, le Décret d’introduction de leur Cause de Béatification — circulaient alors dans tous les diocèses, pieusement murmurés par des adolescents qui brûlaient du désir d’aller prendre leur place vide en Extrême-Orient.

    Joseph, sa résolution prise, se rendit à la maison paternelle pour demander à son père et à sa mère leur bénédiction ; puis il se dirigea vers Paris. Il quittait tout et définitivement, parents bien-aimés, amis d’enfance, maîtres dévoués et vénérés, le sanctuaire chéri du Lans et sa Madone, les Alpes riantes, tout enfin, pour ne plus jamais les revoir ici-bas. Mais, en entrant au Séminaire des Missions-Étrangères, il trouva une nouvelle famille. Le Supérieur, le vénéré M. Albrand, était également du diocèse de Gap. Aussi M. Fauque se forma-t-il vite et bien.

    Ordonné prêtre le 22 décembre 1866, il reçut comme destination la Mission de Siam. Parti de Paris le 15 mars 1867, il mit plusieurs mois pour arriver à destination. Il aimait à rappeler l’enthousiasme qu’avaient excité en lui la vue des paysages exotiques et l’accueil fraternel des missionnaires accourus pour le recevoir. Mgr Dupont, nommé évêque d’Azoth le 9 septembre 1864 et sacré à Saïgon le 22 février 1865, reçut avec une paternelle bonté celui qu’on appela de suite du titre coutumier « le jeune Père nouveau ». On lui laissa un peu de temps pour se reposer du long voyage et pour s’acclimater aux rayons du soleil tropical. Puis, Sa Grandeur chargea M. Vey, jeune missionnaire lui aussi, arrivé l’an 1865, de donner des leçons de siamois au débutant. C’est grâce à la connaissance approfondie de cette langue, qu’il parlait avec une rare perfection de tonalité, grâce également à son teint cuivré, à son visage glabre et osseux, à sa démarche légèrement solennelle, que M. Fauque, quelque quarante ans plus tard, dut cette bonne fortune d’être pris certain jour, par un Ministre de France au Siam, pour un dignitaire siamois converti au catholicisme et entré dans les Ordres.

    À peine eut-il commencé à se familiariser avec la langue siamoise, que le « jeune Père nouveau » fut envoyé dans le poste de Pétrin comme auxiliaire de M. Péan. Ce dernier, d’ailleurs, eut peu de temps pour reconnaître les qualités de son jeune confrère, car on le nomma le 9 décembre 1867, directeur au Séminaire des Missions-Étrangères.

    De retour à Bangkok où il séjourna quelques mois à l’église de l’Assomption, M. Fauque fut bientôt confié à M. Schmitt, chargé du poste de Thakien en 1866. Linguiste éminent, le bon curé sut promptement apprécier les connaissances intellectuelles de son vicaire ; mais il lui fallut reconnaître qu’il manquait un peu de science pratique, car les murs d’une petite église qu’il l’avait chargé de construire, à Thakien ne tardèrent pas à s’écrouler.

    Néanmoins, M. Schmitt, étant tombé malade, dut retourner en France en 1869 et confier le soin de son poste à M. Fauque, assisté de M. Emile Saladin.

    En 1872, M. Schmitt étant revenu guéri, M. Fauque se vit avec bonheur décharger d’un fardeau trop lourd pour ses épaules. Son évêque Mgr Dupond, le nomma professeur au Séminaire de la Mission, dont le Supérieur était alors M. Vey. Ce dernier d’ailleurs, obligé de retourner en France pour raison de santé, lui laissa bientôt la direction du Séminaire en lui faisant adjoindre M. Saladin comme professeur et M. Colombet comme économe.

    De 1872 à 1875, M. Fauque dépensa toutes ses forces pour mener à bien cette tâche délicate de l’éducation cléricale. Quand Mgr Vey revint de France, il fut élu évêque de Geraza, il vit combien s’était affaiblie sa santé et il l’envoya au poste de Vainiau (Thava). Mais, quelques mois plus tard, M. Fauque tombât malade à Bangkok et était obligé de passer en Chine afin d’y remettre sa santé. Pendant deux ans, il fut l’hôte de Mgr Guillemin, le célèbre Vicaire Apostolique du Kouang­tong et le fameux bâtisseur de la superbe cathédrale de Canton, et, quoique malade le missionnaire de Siam ne resta pas inactif. Il étudia plusieurs dialectes chinois, visita de nombreux postes et se rendit compte par lui-même des difficultés de l’apostolat en cet empire.

    De retour au Siam en 1878, il fut nommé à l’église Notre-Dame du Rosaire à Bangkok, où il résida cinq ans ; puis, en 1883, on l’envoya de nouveau comme supérieur à son cher Séminaire de Bangxang. Pendant dix ans, il y déploya ses talents et son zèle. Former des prêtres est un art difficile partout, mais surtout en pays païen ; c’est une œuvre de longue haleine et de particulier dévouement. Eclairer des intelligences souvent très ordinaires, former des consciences peu développées, conduire dans les voies de la sainteté des âmes de choix sans doute, mais entourées d’une ambiance malsaine, voilà des fonctions qui requièrent, avec l’amour des âmes pour les âmes et pour Dieu, de la prudence, de la prière, et du discernement. Or M. Fauque sut organiser le régime spirituel et le curriculum littéraire et théologique de ceux qui lui furent confiés. Il parvint à imprégner les esprits des jeunes d’alors d’une sève religieuse qui circule encore aujourd’hui dans la Mission. Son but très simple était de relier tout en Dieu, de rétablir et d’instaurer tout en Jésus-Christ. Il s’y dépensa de toutes ses forces, car l’esprit oriental ne s’assimile pas aussi vite que l’intelligence de l’Européen les notions grammaticales du latin, les systèmes abstraits de la philosophie et les thèses parfois concises de la théologie, indispensables pour parvenir au sacerdoce. Il doit être porté vers ces hauteurs par une direction ferme et soutenue. L’indispensable en tout cas est d’inculquer aux jeunes lévites un idéal élevé du sacerdoce, comprenant un minimum de science et de vertu.

    M. Fauque, dont la foi vive et pénétrante avait compris la noblesse du prêtre, mit tout son cœur dans ses fonctions d’éducateur sacerdotal. Aussi ressentit-il une peine profonde, que du reste il ne déguisa pas, lorsqu’en 1893 son évêque le retira de ce poste pour lui confier le soin de la paroisse de l’Immaculée-Conception à Bangkok.

    Ce poste, fondé par Mgr Laneau vers 1674, est composé en partie de descendants d’une colonie portugaise chassée par les Hollandais et réfugiée au Cambodge, d’où elle émigra au Siam. M. Fauque s’occupa de cette petite paroisse pendant quinze ans. En 1908, il entra d’une façon définitive à l’hôpital Saint-Louis, où sa santé de plus en plus précaire l’avait obligé déjà à faire plusieurs séjours. Il allait y goûter quelques-unes de ses plus vives joies : celles d’ouvrir la porte du ciel à des centaines d’enfants de païens moribonds. Ses pieds, quoique alanguis par le poids de l’âge et des infirmités, retrouvaient leur souplesse quand il s’agissait de monter à la chapelle pour y administrer un baptême. Comme pour sa messe, il y mettait le temps, savourant les oraisons et ne risquant pas d’omettre par une précipitation brusque les moindres prescriptions du Rituel. Le bon Père Fauque fut surtout vers la fin de sa vie, d’une solennelle lenteur dans l’accomplissement des fonctions liturgiques et dans la célébration de la sainte Messe. Bis repetita placent. On eut dit qu’il se complaisait à répéter les formules sacrées et les oraisons, quitte à troubler les assistants. C’est qu’aussi la messe était la plus sainte action de ses journées. Ses pensées, ses résolutions, et ses actes, gravitaient autour de ce centre sacré. Il tint à la dire jusqu’à l’extrême limite de ses forces et la dernière qu’il célébra fut celle de la fête de l’Epiphanie

    Quant à la récitation de son bréviaire, le bon Père s’en acquitta toujours avec une scrupuleuse exactitude. Il le récitait comme il est prescrit : digne, attente ac devote. On voyait qu’il demandait vraiment à Dieu d’éclairer son intelligence et d’enflammer son affection.

    Conscience délicate, scrupuleuse même, il traitait en saint les choses saintes, sancta sancte ; car il savait que ses actions de ministre de Dieu parachevaient l’œuvre du Christ. Ajoutons, pour compléter sa physionomie religieuse, qu’il eut un talent exceptionnel d’onction, de miséricorde et de consolation près du chevet des malades, qu’il aimait à visiter. Il savait suggérer aux moribonds des paroles d’espérance et les encourager, pour le passage suprême, de tout son cœur d’apôtre.

    Entre temps et au milieu de ces occupations, Dieu lui donna la joie bien douce et plutôt rare en mission de célébrer ses noces d’or sacerdotales : ce fut le 18 novembre 1916.

    Ses forces déclinèrent ensuite rapidement. Que Dieu m’accorde seulement la grâce d’aller jusqu’à la victoire française, nous disait-il, qu’importe après, je m’en irai content. Aussi son allégresse fut-elle intense lors de la signature de l’Armistice.

    Ce fut en janvier 1919 que la divine Providence, jugeant son serviteur digne de récompense, acheva de le purifier par la maladie. Il resta deux mois hydropique, refusant jusqu’au bout les ponctions lombaires qui l’eussent temporairement soulagé. Une crise d’étouffement ayant failli l’emporter le 5 février, Monseigneur jugea prudent de lui admi-nistrer les derniers sacrements. Un mois et quelques jours durant, le cher malade édifia ceux qui 1’approchèrent, par sa patience et son énergie dans la douleur ; le sourire resta sur ses lèvres jusqu’au suprême instant car la mort ne l’effrayait plus. Enfin, le dimanche 16 mars 1919, à cinq heures du matin, le Révérend Père Fauque s’en allait retrouver au ciel ses parents, ses amis d’enfance, plus de trente compagnons d’apostolat au Siam et les milliers de petits enfants qu’il avait baptisés durant sa longue et fructueuse carrière.

    Ses obsèques, présidées par Sa Grandeur Mgr Perros, assisté d’un grand nombre de missionnaires, eurent lieu à la cathédrale de l’Assomption, où il repose en attendant la résurrection glorieuse.

     

     

    • Numéro : 934
    • Pays : Thailande
    • Année : 1867