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Jean FAUGÈRE (1921-2007)

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    Le Père Jean Faugère est né le 19 septembre 1921 à Agnat, dans la Haute Loire, paroisse du diocèse du Puy. Il était fils de Philippe, décédé le 11 octobre 1977, et de Jeanne Mialhe. Ses parents étaient cultivateurs. Il fut baptisé le 25 septembre 1921 à Agnat. La famille comptait trois enfants, Jean et deux filles.

    Jean suivit l’enseignement primaire dans son village. Il fut confirmé à Agnat par Mgr Moury (S.M.A.). Il entra ensuite au petit séminaire de La Chartreuse du diocèse du Puy. Il passa son baccalauréat série A, avec succès. et fut ensuite admis au grand séminaire du Puy. Après la défaite de 1940, et l’armistice signé à Rethondes le 22 juin 1940, la France est divisée en deux zones, la zone occupée par les Allemands et la zone dite « libre », où réside, à Vichy, le chef de l’État, le maréchal Pétain.  Jean Faugère se trouve alors appelé dans les Chantiers de Jeunesse  à Saint-Pons, alors qu’il  songe déjà à une vocation missionnaire.

    Après un séjour au grand séminaire Saint-Irénée de Francheville (Rhône), Jean Faugère rédigea sa demande d’admission au séminaire des Missions Étrangères. Répondant à une lettre du Supérieur du séminaire MEP, le Supérieur du grand séminaire de Francheville, le 24 juillet 1942, ne peut que lui donner une excellente appréciation sur Jean : »Bon esprit, bonne volonté, caractère bon et même délicat, piété sincère, modeste, avec peut-être un peu de timidité. En somme, un bon sujet d’une valeur plutôt au-dessus de la moyenne. Le séminaire du Puy est heureux de le donner « à la belle œuvre des Missions ».

    À partir du 8 novembre 1942, les Allemands occupent toute la France. Jean Faugère réussit à gagner le séminaire de Paris. Il est agrégé temporaire le 25 avril 1946. Selon le règlement en vigueur, il ne sera agrégé définitif qu’après une période de trois ans en Mission. Il est ordonné diacre, le dimanche de la Passion de 1946 et ordonné prêtre le 29 avril 1946. Le jour même, il reçoit sa destination pour le Vietnam, au Vicariat apostolique de Thanh Hoa, alors occupé par le Viêt Minh., et donc pour le moment  inaccessible. Par ailleurs  il est très difficile  à l’époque de trouver une place sur un des paquebots ou vaisseaux de transport de troupes se dirigeant vers l’Indochine.

    Commence alors, pour Jean Faugère , une longue carrière de professeur dans les collèges  et les séminaires. Il est nommé professeur au petit séminaire des Missions Étrangères de Ménil-Flin (Meurthe et Moselle). Ce séminaire de 1er cycle préparait aux examens de l’époque (Brevet élémentaire). Les petits séminaristes sont là parce qu’ils songent à une vocation missionnaire. Ceux qui persévèrent se retrouvent ensuite au séminaire de second cycle à Beaupréau (Maine et Loire). Le Père Faugère y enseigna pendant deux ans, sans doute le français , à la satisfaction de tous.  Il se fit remarquer aussi par ses compétences d’infirmier bénévole au service des élèves. Mais il n’avait en réalité qu’un désir : arriver au Vietnam et si possible à Thanh Hoa. Il s’embarque pour le Vietnam le 12 novembre 1948. Partaient avec lui les Pères Guerry et Charmot pour Hung Hoa, le Père Grannec pour Hanoï et deux Sulpiciens. Leur navire, le  Cap Tourane  subit une série d’avaries et d’incidents : une panne de machine les immobilise dix jours à Port-Saïd ; puis une panne de 12 heures en pleine Mer Rouge. Enfin le navire s’immobilise à Djibouti. Ils peuvent reprendre leur voyage sur le Pasteur  et arrivent dans la baie d’Along, le 27 décembre 1948. La dernière étape fut encore plus dangereuse : le train Haïphong-Hanoï sauta sur une mine. Il n’y eut que des blessés sans gravité. Tout le groupe arriva enfin  à Hanoï le Jour de l’An 1949.

    Les cours de langue vietnamienne étaient donnés par des professeurs bénévoles vietnamiens à l’orphelinat Sainte-Thérèse fondé par le Père Paul Seitz. Ce centre s’était considérablement développé pour accueillir des orphelins, des oubliés de la rue, des jeunes sans aucune formation. Avec ses collaborateurs, le Père Seitz voulait leur apprendre un métier. Il n’était toujours pas possible de se rendre à Thanh Hoa.  Le Père Faugère resta à l’orphelinat Sainte-Thérèse un an et demi pour l‘étude de la langue. Mgr Seitz, voyant qu’il lui était impossible de se rendre à Thanh Hoa, demanda à Mgr Louis de Cooman la possibilité d’utiliser ses services, comme directeur adjoint à l’orphelinat. C’est ainsi que l’activité missionnaire de Jean Faugère se trouva liée à l’œuvre du Père Paul Seitz.

    En 1952, le Père Paul Seitz est nommé Vicaire apostolique de Kontum, évêque « in partibus » de Catula. L’orphelinat est alors confié aux Salésiens et Jean Faugère continue son travail  d’éducateur des  orphelins  avec les Salésiens. Après les accords de Genève de juillet 1954, et la division du Vietnam en deux États, les Salésiens décident d’évacuer l’orphelinat vers le Sud. Ils s’établissent d’abord à Ban Mê Thuôt,  dans la région sud du Vicariat de Kontum. Le centre de Ban Mê Thuôt était un ensemble de baraquements peu confortables. Aussi en 1956, les Salésiens prennent le parti d’aller s’installer avec les plus jeunes dans les environs de Saïgon. Le Père Faugère se retrouve seul pour suivre la formation et l’éducation des aînés qui sont souvent des « jeunes à problèmes ». La fondation de l’orphelinat de Sainte-Thérèse avait été une sorte d’épopée. Il s’installa d’abord à l’École Puginier  en 1947,  puis dans un immeuble en ruines, l‘institution Notre-Dame du Rosaire, près du Grand Lac. Finalement, Mgr Seitz put acheter un vaste espace remblayé, marécageux, près du couvent des Rédemptoristes.

    Au cours des années 1954-1956, un grand nombre de réfugiés du Nord (environ 900.000, dont 700.000 catholiques) sont réimplantés dans le Sud et particulièrement sur les Hauts Plateaux. Des petites villes, comme Ban Mê Thuôt deviennent des centres fourmillant d’activités ce qui facilite la création d’emplois pour les orphelins du Père Faugère. Lorsque le Père Purguy et le Père Lange, nouveaux missionnaires de Kontum, débarquèrent à Saïgon, le 21 octobre 1957, le Père Faugère était descendu à Saïgon pour chercher du matériel, mais aussi pour accueillir  les arrivants et les conduire à Ban Mê Thuôt en leur faisant prendre une première connaissance des Hauts Plateaux. Son camion  était chargé à craquer de matériaux divers. Le centre et les environs de Ban Mê Thuôt, étaient trépidants  d’activités. Les nouveaux venus furent impressionnés par le voyage et par l’état des pistes qui, dans cette région de terres rouges,  sont parfois difficilement praticables.

    En 1960, le Père Faugère prend un congé en France, bien mérité.  À son retour au Vietnam, il est nommé professeur au petit séminaire de Kontum. Kontum avait été occupé par le Viêt Minh en 1954. Mgr Seitz avait pu y retourner le 31 août, après les accords de Genève. Très vite  il avait entrepris de réorganiser les institutions de la Mission. Depuis l’épiscopat de Mgr Janin, des écoles et des séminaires avaient été créés pour l’évangélisation des Montagnards : l’école apostolique des Missions « Mogs » à Kontum , le petit séminaire et un probatorium avec trois cours. Les séminaristes étaient vietnamiens : avec quelques montagnards, l’école des catéchistes du Bienheureux Cuénot, à Kontum formait les futurs catéchistes, Bah Nan, Sedang, Röngao.

    À l’arrivée de Mgr Seitz, en 1954, l’ancien probatorium était occupé par une trentaine de séminaristes venus du Nord Vietnam, de Vinh, Phat Diem et Bui Chu, et aussi de la côte centrale, de Quang Nam, Binh Dinh et  Qui Nhun,  ou encore  et aussi du Vicariat de Kontum. Les séminaristes  sont suivis par les Pères  Thoman et Lantrade et plusieurs  prêtres vietnamiens. Le Père Vacher, intendant des bâtiments du Foyer Sainte-Thérèse,  étant  arrivé à Kontum, Mgr Seitz le chargea de reconstruire l’École Cuénot et de construire un Atelier-école technique pour les jeunes orphelins  revenus de Ban Mê Thuôt.

    Mgr Seitz décida aussi de renforcer les études au petit séminaire, et nomma le Père Alexis Lôc supérieur de l’établissement. Originaire de Huê, après des études au Collège de la Providence, ce dernier  avait opté pour la Mission de Kontum. Il était assisté de trois prêtres vietnamiens ainsi que de grands séminaristes  venus du Tonkin. Les Pères Crétin et Thoman assuraient une partie  des cours. Mgr Seitz, tout en maintenant des cours selon le programme secondaire vietnamien, décida d’assurer un enseignement suivant  le programme de la Mission culturelle française,  pour préparer les élèves au BEPC et au Baccalauréat français.  Arrivé à Kontum, en décembre 1958, le Père Lange enseigne le français en classes de 8ème et de 7ème , puis l‘histoire,  la géographie et la géologie dans une classe de quatrième. De retour de congé, en 1961, le Père Faugère est nommé professeur au séminaire. Le Père Davias-Baudrit rejoint Kontum et enseigne le latin. Mgr Seitz n’aura de cesse de recruter de nouveaux professeurs, successivement le Père Ginhoux et le Père Sanier. Dans son ministère d’enseignant, le Père Faugère est très à l’aise. Il parle bien le vietnamien avec l’accent de Hanoï, majoritaire parmi les séminaristes. Il fait aussi office d’infirmier. En 1965, le corps professoral est renforcé par l’arrivée du Père Radelet et du Père Wolf.

    En 1965, le diocèse de Kontum est peuplé d’environ 900.000 habitants dont 114.000 catholiques, soit  12,6 % de la population. Le presbyterium réunit 109 prêtres, dont 1 prêtre Bahnar, 69 prêtres vietnamiens et 35 prêtres MEP.

    En 1966 commence une période de grands changements pour le séminaire.  Mgr Seitz décide d’installer le second cycle en dehors de Kontum,  en lien avec de grands collèges qui suivent le programme français. Après de nombreux pourparlers, à Hué et à Saïgon, il choisit de s’associer avec le Collège d’Adran tenu par les Frères vietnamiens des Écoles chrétiennes, à Dalat. Le séminaire s’établit dans les bâtiments d’une clinique désaffectée, la clinique Solnie. Les séminaristes  suivent les cours du Collège. Au Collège d’Adran, le Père Lange est chargé des cours d’histoire et de géographie de la troisième aux classes terminales. Le Père Jean Ginhoux donne les cours de littérature française. Le Père Faugère, lui,  reste à Kontum, en assurant de nombreux cours avec les Pères Radelet, et Sassier. Ce dernier sera tué par une mine, sur la route de Dak To, le 13 mai 1968. La construction d’un nouvel évêché, par le Père Vacher, a permis au petit séminaire d’être plus au large en occupant tout l’ancien bâtiment.

    Kontum a été épargné lors de l’attaque générale des villes par le FLN, lors du Têt Mâu Thân  en février 1968.  Mais la zone de sécurité autour de la ville se rétrécit comme peau de chagrin. Aussi, à la suite de l’offensive de 1972, sur la région de Dak tot au Nord et Nord-Est de Kontum,  Mgr Seitz décide de transférer le 1er cycle du petit séminaire, à Dalat, dans le grand noviciat des Pères Rédemptoristes, pratiquement inoccupé. Le bâtiment est situé, à la périphérie de Dalat et déjà des éléments FLN s’agitent dans les montagnes environnantes. Pour la première fois, tous les cycles du séminaire de Kontum sont rassemblés au même endroit et les responsables  peuvent se rencontrer régulièrement. Depuis 1968, le séminaire de Nha Tran s’est installé à Dalat et les Pères Jean Maïs  et José Larroque enseignent, l’un la philosophie, l’autre les mathématiques, la physique et la  chimie. Ils donnent aussi des cours au Collège d’Adran. Les séminaristes de Kontum obtiennent de très bons résultats au BEPC à Dalat et au Baccalauréat, au  lycée Marie Curie de  Saïgon.

    Puis, en mars 1975,  c’est la chute de Ban Mê Thuôt.  Les professeurs et les élèves réussissent avec beaucoup de difficultés  à gagner Saïgon. Le Père Faugère se porte volontaire pour continuer à rendre des services à la Maison régionale du Sud Viet Nam, rue Nguyen Da, mais il est finalement  expulsé en juillet 1976 et doit regagner  la France.

     

    Montbeton (1976-2007)

    Après un congé bien mérité, le Père Faugère est nommé, pour une période trois ans renouvelable, économe de la maison de retraite Saint-Raphaël, à Montbeton, le Père Émile Dewonck étant alors le supérieur de la maison. Il s’habitue très vite à sa nouvelle fonction,  devenant volontiers  chauffeur pour conduire les malades à l’hôpital, veillant à la bonne marche de la maison comme à la régularité des achats  nécessaires au ravitaillement  L’expérience qu’il avait de la gestion de centres plus importants au Vietnam, à l’orphelinat Sainte-Thérèse  par exemple, l’avait préparé à ce travail.  Il était d’ailleurs efficacement aidé par les Sœurs des Missions Étrangères qui assuraient une bonne partie du travail de la maison : cuisine, soins des malades, lingerie, sacristie.   Plus tard il accueillit son confrère Paul Beysselance, expulsé lui aussi de Kontum-Daknot, qui devint son auxiliaire, et se dévoua  avec lui pendant des années au service des missionnaires retirés à Montbeton. Aussi longtemps qu’il le put, il resta en liaison par e-mail ou par internet avec ses nombreux anciens élèves. Beaucoup d’entre eux, quand ils venaient en France, ne manquaient pas de lui rendre visite à Montbeton.

    Le Père Jean Faugère,  gravement malade, fut conduit à la clinique Bager, de Montauban, où il décéda le 11 décembre  2007, dans sa 87ème année. Après la messe présidée par le Père Jean-Baptiste Etcharren, supérieur général, dans la chapelle de Montbeton, il a été inhumé dans le cimetière situé dans le parc du sanatorium.

     

    • Numéro : 3734
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1948