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Paul FARGES (1844-1912)

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    M. Paul Farges était originaire de Quircy (Montauban, Tarn-et-Garonne). Destiné au Su-Tchuen Oriental, il partit de Paris le 15 septembre 1867, et arriva à Tchongking à la fin de la même année. Après avoir étudie la langue à Hiang-pao-tang, district de Kiu-hien, il alla faire ses premières armes à Siu-tin sous la direction de M. Croisat. A cette époque, nous n’étions pas nombreux, et les nouveaux venus n’avaient pas le temps de faire un long apprentissage. M. Crois ayant été envoyé sur la frontière, dans les montagnes de Tay-pin et de Tchen-keou, M. Farges resta seul chargé de tout le district de Siu-tin.

    Plein de zèle, il s’acquitta consciencieusement des devoirs de sa charge, avec un dévouement et une charité qui furent bientôt connus de tous. Il aimait à faire l’aumône et à soulager ses ouailles, dans leurs misères corporelles. Faut-il s’étonner que certains aient songé à exploiter cette bonté ? Dans les montagnes du district de Siu-tin avaient pauvrement quelques familles catholiques, plus avides, à cette époque du moins, des biens terrestres que des biens célestes. Ces chrétiens étaient loin d’être fervents, et c’est à peine s’ils consentaient à faire venir le prêtre pour leur administrer les sacrements. Cependant, ayant entendu parler de la générosité de leur nouveau curé, ils l’invitèrent avec empressement. M. Farges ne se fit pas prier et accourut aussitôt. Il trouva ces braves chinois plus disposés à demander l’aumône qu’à s’approcher des sacrements. Le missionnaire n’était pas riche, et sa bourse fut bientôt vide. Assiégé de demandes, il avait beau protester qu’il n’avait plus rien, les chrétiens ne le croyaient pas. On dit même que, pour l’obliger à de nouvelles largesses, ils le laissèrent plus d’un jour sans lui donner de nourriture. Le bon M. Farges ne se fâcha pas contre eux ; patient et mortifié comme il l’était, il offrait toutes ses privations à Dieu pour le salut de ces pauvres gens.

    En 1871, il quitta Siu-tin et fut envoyé à Tchen-keou. C’était là qu’il devait exercer le ministère apostolique pendant la plus grande partie de sa vie. Son premier séjour y fut pourtant assez court. A la suite d’un voyage dans la région de Ieou-iang, Mgr Desflèches crut l’occasion favorable de reprendre l’évangélisation de cette partie du vicariat ; il y envoya donc, en 1873, plusieurs confrères et prêtres indigènes, et assigna à M. Farges le poste de Ho-chi-ia. Les espérances du vénéré prélat furent déçues : la même année, M. Hue et le P. Tay étaient massacrés à Kien-kiang, et l’hostilité contre les missionnaires se déchaîna avec une violence telle qu’il fallut bien battre en retraite. M. Farges retourna donc dans ses montagnes de Tchen-keou.

    Pays peu fertile, cette région est habitée par une population assez instable, composée de pauvres gens qui n’ont pu s’établir dans des endroits plus fortunés. La récolte manque souvent, alors c’est la famine et l’émigration. Dans ces conditions, l’évangélisation devient fort difficile et obtient peu de succès. M. Farges ne se ­lassa jamais, et, durant trente années, il demeura dans ce district, s’occupant de son petit troupeau et cherchant par tous les moyens à l’accroître. C’était un infatigable marcheur, courant sans cesse par monts et par vaux. Il liait conversation avec tous les voyageurs qu’il rencontrait sur la route, leur parlait de leurs intérêts matériels, et profitait de la circonstance pour glisser quelques mots de religion. C’était le semeur inlassable, qui s’en allait jetant le bon grain, avec l’espoir qu’un jour Dieu le ferait germer.

    Amateur de botanique, il se plaisait, dans ses moments de loisir, à faire de l’herborisation, et il fut de longues années en relations avec le Directeur du Muséum de Paris, à qui il envoya maintes collections de plantes. Il s’occupait aussi d’agriculture, dans le but de procurer un peu plus de bien-être à ses pauvres montagnards. C’est ainsi qu’il introduisit, dans son district, la culture de différentes espèces de pommes de terre, supérieures à celles du pays, et réussit à acclimater le seigle. Aussi avait-il acquis une réputation universelle parmi les habitants de la contrée, qui, d’ailleurs, furent à même de constater fréquemment sa générosité.

    Très dur pour lui-même, M. Farges menait une vie mortifiée, ne mangeant pas de pain, ne buvant jamais de vin, se contentant de riz, de maïs et de pommes de terre, comme les Chinois.

    Telle fut en résumé l’existence de notre confrère pendant vingt-neuf ans : simple et cachée, mais assurément précieuse devant Dieu. Cependant l’âge commençait à se faire sentir, les forces diminuaient, les courses à travers la montagne devenaient plus fatigantes. C’est pourquoi Mgr Chouvellon crut bon de rappeler M. Farges à Tchongking, en 1903, comme aumônier de l’hôpital. C’était un poste de tout repos, qu’il méritait bien.

    Mais le bien-être relatif, que M. Farges pouvait trouver à la capitale, ne l’empêchait pas de regretter beaucoup ses montagnes de Tchen-keou.

    En 1909, il fut frappé, pour la première fois, d’une congestion cérébrale, pendant son action de grâces. Il se rétablit assez bien. Pour lui assurer une existence plus paisible, le vicaire apostolique l’envoya à Eul-lang-tan, dans le district de Leang-tcang. C’était de nouveau la vie à la campagne, avec quelques chrétiens autour de la résidence et un confrère non loin de là.

    Lorsqu’il vint à Tchongking, pour la retraite de décembre 1912, M. Farges nous partit à tous bien fatigué. La fin était encore plus proche que nous ne le supposions. Un soir, après le souper, éprouvant un certain malaise, il alla se coucher. C’était une nouvelle attaque qui se déclarait. Il ne devait plus se relever. On le transporta à l’hôpital, où il vécut encore quelques jours. Le 29 décembre, muni des sacrements de l’Eglise, et assisté de plusieurs confrères, il rendit pieusement son âme à Dieu. Il avait soixante-huit ans, et en avait passé quarante-cinq en mission.

     

     

     

     

    • Numéro : 953
    • Pays : Chine
    • Année : 1867