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Just FALOURD (1869-1898)

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    M. Just Falourd naquit le 9 mai 1869 à Therves, diocèse de Poitiers, d’une famille profondément chrétienne, dont plusieurs membres se sont consacrés à Dieu.

    Si M. Falourd n’était pas d’une intelligence extraordinaire, on peut dire qu’il avait une piété et une bonne volonté à toute épreuve. Il fut ordonné prêtre à la fête de la Sainte-Trinité 1895. Malgré le désir ardent qu’il avait d’entrer au Séminaire des Missions-Étrangères, il dut, pour obéir à ses supérieurs ecclésiastiques, rester encore 21 mois dans son diocèse, soit comme professeur, soit comme vicaire à Charroux. Dans ce dernier poste, il sut conquérir l’affection de tous. Ce qui le prouve, ce sont les nombreuses relations qu’il a entretenues avec ses anciens paroissiens pendant tout son séminaire de Paris, et même depuis son arrivée en mission.

    M. Just Falourd demanda et obtint qu’il lui fût permis d’entrer au Séminaire des Missions-Étrangères le 14 janvier 1896, fête de saint Hilaire, patron du Poitou.

    À son arrivée, une de ses premières paroles fut celle-ci, en réponse à la bienvenue que lui souhaitait notre vénéré Supérieur du Séminaire : « Mon père, je ne puis pas grand’chose, mais je ferai tout ce que je pourrai. » On peut dire qu’il fut fidèle à sa promesse, et malgré la différence qui existe nécessairement entre le règlement d’un vicaire et celui d’un séminariste, il fut dès la première heure un homme de devoir. La règle paraissait n’avoir pour lui aucune difficulté.

    D’un caractère naturellement timide, il allait volontiers avec les plus jeunes aspirants. J’oserais même dire qu’il recherchait leur société. Pour eux, il était d’une prévenance très grande et d’une délicatesse extrême.

     

    Ce que M. Falourd avait été à Paris, il le fut en mission. Arrivé à Pondichéry le 28 mai 1897, il dut, dès les premiers jours, aller remplacer au collège colonial un professeur qui ne pouvait plus continuer sa classe, pour cause de maladie. Il vit en cela la volonté du ciel et dit simplement à un de ses confrères : « Je suis nommé professeur au collège colonial ; je ne me croyais pas destiné à cette fonction, surtout à cause de ma vue ; le bon Dieu en a décidé autrement, j’accepte mon poste avec plaisir. »

    Six semaines après, à la sortie des classes, il vint se mettre à la disposition de M. Fourcade, curé de Pondichéry. C’est avec bonheur qu’il conféra un grand nombre de baptêmes, soit d’adultes, soit d’enfants. Jamais il ne se refusait au travail ; ses meilleures journées étaient celles où il avait peiné davantage ; il regrettait seulement de ne pas savoir assez de tamoul pour faire des instructions aux catéchumènes, et entendre les confessions.

    À la fin de septembre, il reçut sa destination pour Polur. Quoique novice dans l’administration d’un district, et peu avancé dans la connaissance de la langue tamoule, appuyé sur le principe de l’obéissance : « ne rien désirer, ne rien demander, ne rien refuser, » le bon Père reçut sa nomination avec la soumission la plus parfaite à la volonté de Dieu qui lui était manifestée par ses supérieurs. « Marchons, se dit-il, puisque le bon Dieu le veut ! Il suppléera à mon inexpérience. » Il se rend donc à son poste avec courage et confiance, résolu à se sacrifier tout entier pour le salut des âmes qui lui sont confiées.

    La tâche n’était point facile. Jeune missionnaire dans un poste de nouveaux chrétiens où tout est à organiser, il doit marcher pour ainsi dire dans l’inconnu : langue, mœurs, coutumes, caractères, il doit tout apprendre, et s’y plier de telle manière qu’il n’y ait point de froissement entre le prêtre et les fidèles, que ses ordres et sa direction s’adaptent à l’état et aux dispositions des chrétiens.

    Le cher Père se mit à l’œuvre avec la bonne volonté qu’il apportait à toute chose. Par une vigilance continuelle sur lui-même, par un soin tout particulier à étudier la manière de parler et d’agir de ceux avec qui il avait à traiter, il s’initia peu à peu à son laborieux ministère. Ce n’est pas sans luttes ni souffrances intérieures qu’il put se faire tout à tous. Ces souffrances, il les offrait au divin Cœur de Jésus auprès duquel il aimait à chercher lumière et force dans les moments difficiles.

     

    Cependant l’administration d’un immense district comprenant environ 4.000 chrétiens ne suffisait pas au zèle et à la charité de notre confrère.

    Il n’oubliait pas que le missionnaire doit aussi travailler à la conversion des païens. A force de douceur et de prévenance, il sut en attirer un certain nombre à l’étude du catéchisme et des prières, et cinq ou six mois seulement après son arrivée à Polur, il était tout heureux de pouvoir donner le sacrement de la régénération à  48 adultes.

    Hélas ! il ne devait pas travailler longtemps dans le champ du Père de famille. A la fin de mai, ressentant de vives douleurs au côté droit, il dut quitter son poste pour venir à Pondichéry. Tout d’abord, les médecins crurent que c’était seulement une fatigue passagère causée par l’excès de travail, et prescrivirent un repos complet. Mais dix jours après, le mal s’accentuant de plus en plus, ils craignirent un abcès au foie, et engagèrent le malade à aller à  l’hôpital : « Comme vous voudrez, docteur, dit-il, je suis à votre disposition. » Il y entra sans tarder et y fut soigné avec un dévouement admirable par les sœurs de Saint-Joseph de Cluny. Mais les bons soins des religieuses ne purent ramener le Père à la santé. La douleur augmentait de jour en jour. Elle était parfois si vive que le malade ne pouvait s’empêcher de pousser quelques soupirs. « Je vous en prie, dit-il un jour à la sœur qui le soignait, faites sortir les infirmiers ; j’ai peur de les scandaliser. » Le cher confrère était bien loin de scandaliser. Tous pensaient plutôt à compatir à ses souffrances et à les diminuer autant que possible.

    Le 29 juin, les deux docteurs pensèrent que l’abcès était suffisamment formé et déclarèrent au malade qu’une opération était absolument nécessaire. Il se soumit avec résignation à cette décision, la regardant comme venant de Dieu.

    Le lendemain. M. Giraud vint le voir de grand matin et le trouva calme et souriant. Il le remercia même d’être venu assister à l’opération. Lorsqu’il lui demanda s’il était prêt : « Oui, répondit-il, je me suis confessé hier soir, et j’ai reçu le saint Viatique. » M. Paillot, vicaire de Notre-Dame des Anges, arriva, lui aussi, quelques instants après et fut accueilli avec le même sourire. Quand vinrent les docteurs, le visage du malade pâlit un peu. « Eh bien, Père, êtes-vous prêt ? lui demandèrent-ils. — Oui, docteurs, » répondit-il simplement ; et il fut chloroformé. L’opération dura une heure trois quarts.

    Elle paraissait avoir réussi à merveille ; les médecins étaient on ne peut plus satisfaits ; la guérison devait être complète en une quinzaine de jours. Quand le Père fut réveillé, il était aussi gai que s’il n’eût jamais été malade. Vers 3 heures de l’après-midi, il disait à la sœur : « C’est bien, on vient de me débarrasser de mon infirmité : dans quinze jours ou trois semaines, je serai guéri. C’est moi qui vais en abattre de l’ouvrage à Polur ! » Le bon Dieu avait d’autres desseins. À 8 heures du soir, survint une syncope. On dépêcha bien vite deux hommes, l’un auprès de M. Paillot, l’autre auprès de M. Giraud. Quand ils arrivèrent, il était trop tard, tout était fini ! La syncope avait duré deux ou trois minutes, et le cher P. Falourd avait paru devant son Juge. Dieu s’était contenté de la bonne volonté de notre confrère.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 2273
    • Pays : Inde
    • Année : 1897