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Albert FALIÈRE (1888-1968)

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    Albert Pierre FALIÈRE naquit à Miguels, paroisse de Rieupeyroux, dans le diocèse de Rodez, le 8 juillet 1888, d’une famille de cultivateurs, profondément chrétienne : deux de ses frères devinrent prêtres. Dès son jeune âge, son père lui inculqua de solides principes dont il se souvint toute sa vie, car il en parlait encore étant évêque. De sa jeunesse il n’a pas raconté de souvenirs ; il fit ses études secondaires au collège de Villefranche. A cette époque, le diocèse de Rodez, riche en vocations, fournissait chaque année un contingent d’aspirants au Séminaire des Missions Étrangères. Le jeune Albert Falière entra à Bièvres en 1906 avec le P. Ferrière, il y suivit les cours avec la conscience d’accomplir son devoir ; après avoir terminé ses études de théologie à Paris, il fut envoyé à Rome, où il suivit les cours de morale à la Grégorienne pendant un an et fut ordonné prêtre le 7 mars 1914.

     

    Destiné à la Birmanie septentrionale, il prit le bateau en compagnie du P. Prunier, qui devint évêque de Salem, et du P. Roy, futur provicaire. puis vicaire général de la Birmanie méridionale... Débarqué à Rangoon, en soutane blanche, le lendemain matin il alla dire la messe revêtu de cette soutane, ne connaissant pas les règles du lieu ; il reçut un abattage de la part du vieux curé de la paroisse, si bien qu’il se demandait s’il ne devait pas reprendre le bateau. Il n’en continua pas moins son voyage jusqu’à Mandalay, où il fut reçu par le P. Hervy, provicaire, qui le garda chez lui à la paroisse tamoule de Saint-François-Xavier afin d’y apprendre l’anglais et le tamoul, deux langues qu’il arriva à parler très bien. Le P. Hervy était un homme posé, calme, patient avec son monde un peu turbulent ; sous sa direction, le jeune P. Falière acquit une grande expérience du ministère, les enfants de la paroisse l’aimaient et avec eux surtout il apprit le tamoul bien vite.

     

    Il passa là deux belles années, après quoi Mgr Foulquier l’envoya à Tamethin. à cette époque paroisse importante avec plusieurs districts à visiter, beaucoup de catholiques étant disséminés çà et là. De Taunggyi, sur les plateaux Shans, il allait jusqu’à Myingyan, petite ville sur l’Irrawaddy, où il y avait des catholiques birmans, un district vaste comme le sud-ouest de la France ; il dut se mettre à étudier le birman, mais, faute de temps libre, il n’arriva pas à le parler aussi couramment que le tamoul, ce qu’il regretta toute sa vie. Le P. Falière, plein de zèle et d’ardeur, était souvent en voyage, visitant toutes ses ouailles, les encourageant et les enseignant. En 1920, cette région riche en pétrole s’était bien développée ; il y avait là des catholiques de toute race et de toute langue qu’un vieux missionnaire visitait de temps à autre. Mgr Foulquier choisit le jeune P. Falière pour ce poste où tout était à organiser. Le Père alla s’installer à Yenangyaung, le plus grand centre des puits de pétrole à cette époque. Pendant dix ans, il va missionner à la recherche de ses brebis, car les Tamouls surtout allaient et venaient dans ces « oil fields », changeant de patron très souvent. Les centres ne sont pas des villes proprement dites, car à part le bazar et les bureaux, les maisons sont très dispersées dans ce pays à l’aspect sauvage. Si le sous-sol est riche, il n’en est pas de même à la surface où rien ne pousse : terre jaunâtre, poussiéreuse et où le soleil tape dur. Le P. Falière, à pied, parcourait chaque jour de longues distances pour relancer les catholiques, qui n’avaient guère de zèle pour venir à l’église, ou pour enseigner le catéchisme aux enfants. Il fallait construire aussi: à Yenangyaung d’abord, une grande église et un petit presbytère en bambou, puis à Chauk une église, qu’il dédia à Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, à Magwe et à Minbu des chapelles. Pour tous ces travaux, il ne demanda jamais l’aide de la Mission, il obtint sur place les fonds nécessaires de ses paroissiens et aussi de ses amis non catholiques, car il faisait l’admiration de tous par son dévouement, sa gaieté, sa simplicité, il avait porte ouverte partout. Il était heureux dans ce district où il se fit beaucoup d’amis qui lui sont restés fidèles jusqu’à la mort.

     

    En 1929, Mgr Foulquier, à demi-aveugle, malade, envoya sa démission de vicaire apostolique au Saint Père ; le choix du successeur se porta sur le jeune P. Falière. Appelé à Rome et à Paris, où il arriva pour participer aux dernières séances de l’Assemblée Générale de 1930, il alla recevoir la consécration épiscopale à Villefranche, dans la chapelle de son ancien collège ; elle lui fut conférée par Monseigneur l’Évêque de Rodez. Mgr de Guébriant qui y assistait, racontait qu’après la cérémonie du sacre, une vieille dame disait à qui voulait l’entendre : « J’ai connu le nouvel évêque enfant, et je me disais souvent que le petit Albert Falière irait loin et deviendrait un grand homme, je ne suis pas étonnée de le voir évêque aujourd’hui ».

     

    Évêque, Mgr Falière n’allait pas s’attarder en France, il reprit le bateau dès que possible pour rentrer en Birmanie et arriva à Mandalay pour présider la retraite annuelle du clergé. Jeune encore, il avait 42 ans, plein de vie et d’enthousiasme, il ne se lança pas cependant de suite dans les réformes qu’il jugeait bon de faire. Il étudia et visita ce grand vicariat. Il se rendit dans tous les postes des montagnes Katchin et dans les paroisses de la plaine. L’une de ses grandes préoccupations se porta sur le petit séminaire de Maymyo ; il fit un appel en faveur des vocations sacerdotales, les bâtiments du séminaire furent doublés et il y faisait de fréquentes visites ; il ouvrit un probatorium à Mandalay même, d’où les enfants pouvaient aller suivre les cours de l’école Saint-Pierre, dirigée par les Frères des Écoles chrétiennes, et ainsi recevoir une meilleure formation avant leur entrée au petit séminaire. Les paroisses organisées reçurent comme pasteurs les prêtres du pays qui eurent ainsi plus de responsabilités ; Monseigneur les visitait aussi souvent que possible, quelquefois à I’improviste. Les missionnaires « ad gentes », il se faisait un devoir d’aller les voir, de connaître leurs problèmes, leurs difficultés ; il observait et, de retour à Mandalay il envoyait son rapport : l’enveloppe était quelquefois assez épaisse, certains la soupesaient avant de l’ouvrir. Il y avait certes des compliments, mais aussi des remarques, des suggestions, des encouragements. À l’occasion aussi, il envoyait un petit paquet, contenant ce que le pauvre évêque avait reçu en cadeau ou ce qu’il avait demandé à des bienfaiteurs pour faire plaisir au Père. Il arrivait aussi que l’enveloppe fut très légère, ne contenant qu’un petit « billet doux », pilule plutôt amère !...

     

    Dans ce vaste vicariat apostolique où il y a encore tant d’âmes à gagner au Christ et n’ayant qu’un personnel trop restreint, Mgr Falière voit la solution : céder du terrain à d’autres sociétés missionnaires. Les pourparlers furent lents ; enfin il réussit à céder au nord de la Birmanie et de sa mission le Katchin State aux Pères irlandais de Saint-Colomban qui en prirent charge en 1937. Entre temps, il avait déjà réussi à passer aux missions quelques districts moins importants.

     

    S’il agissait ainsi, ce n’était pas pour restreindre son champ d’action, loin de là. Il y avait, à l’ouest du territoire qui lui était confié, les Chin Hills où les missionnaires catholiques n’avaient pu pénétrer encore. Il y avait eu un essai après l’annexion de la Haute-Birmanie par les Anglais (1885), les PP. Jarre et Laurent allèrent même jusqu’à Haka au cœur des Chin Hills en 1892, mais ils furent éconduits par les autorités et durent redescendre dans la plaine (Le P. Roy devait s’y installer en 1958). En 1934 Mgr Falière se lance à l’aventure des Chia Hills ; il part avec les PP. Audrain m.e.p. et Alexis, birman ; après de longues journées de marche, il arrive à un endroit qui lui semble propice, à Mindat, pour commencer l’évangélisation de ce pays.

     

    Il fallait la foi et le zèle de l’évêque pour commencer cette mission ; il n’hésita pas devant les lourds sacrifices qu’il sut s’imposer à lui-même d’abord pour être à même de demander à ses missionnaires de se les imposer. Ces montagnes sont pauvres, les peuplades du sud où la mission commença sont assez arriérées. Un des premiers missionnaires de l’endroit, en route pour la contra dans un village birman quelques Chins : « À leur vue, disait-il, mon cœur cessa de battre, ce fut un choc ; heureusement qu’à ce moment il n’y avait pas de moyen de communication rapide, sinon je serais retourné à Mandalay ». Ce missionnaire a cependant travaillé de longues années sur les montagnes et aime les Chins plus que les Chins s’aiment eux-mêmes. Malgré les difficultés, Mgr Falière installa aussi un couvent. Il ne s’arrêta pas là. Après quelques années, il renouvela l’aventure dans le nord de Chin Hills, à 600 km au nord de Mindat, trouva un chef de village qui consentit à laisser la mission catholique s’installer dans son village, à condition d’y construire un hôpital. Mgr Falière, tout heureux, n’ayant pas de prêtre disponible pour le moment, laissa là deux catéchistes ; pour l’hôpital, c’était chose promise mais pour plus tard. La promesse a été réalisée de fait quelque quinze ans après ; c’est de là qu’est sortie la belle mission des Chins du nord, qui a déjà donné à l’Église deux prêtres, des religieuses et des frères. Il est vrai que les Chins du nord sont plus civilisés que leurs frères du sud.

     

    L’éducation de la jeunesse, dans les villes surtout, attira l’attention de l’évêque. Il donna de sages directives aux Frères et aux Sœurs qui dirigeaient de grandes écoles, il attira leur attention sur l’instruction religieuse et, chaque année avant la fermeture des classes, avait lieu un examen écrit. Il donnait lui-même les questions. Il aurait voulu voir Frères et Sœurs  s’installer dans les villages ; à part deux petits couvents, il n’obtint pas là tout le succès qu’il désirait. Enfin tout progressait sous sa sage administration: l’évangélisation, le recrutement du séminaire ; les, écoles avaient bon renom et remportaient de nombreux succès aux examens du gouvernement, quand éclata la deuxième guerre mondiale.

     

    Le Japon entra en guerre le 8 décembre 1941 ; la Birmanie était loin des champs de bataille, y avait-il lieu de craindre ? L’attente ne fut pas longue, puisque la veille de Noël, Rangoon fut copieusement bombardée par l’aviation japonaise. A Mandalay, la retraite annuelle du clergé eut lieu au début de janvier et le 6. Mgr Falière ordonnait deux prêtres birmans. Les Pères repartirent anxieux dans leur poste. Ils avaient reçu la consigne de tenir malgré tout ce qui pouvait arriver. Le Vendredi Saint, 3 avril, dès la cérémonie terminée à la cathédrale, Mgr Falière se rendit auprès des réfugiés venus de Basse-Birmanie, campés à quelques dix kilomètres au sud de Mandalay ; c’est pendant son absence que les avions japonais vinrent survoler la ville et lâchèrent leurs meurtrières bombes incendiaires. Le soir, quand l’évêque revint, exténué de fatigue, il ne retrouva qu’un amas de cendres à l’emplacement de la cathédrale, de sa maison et du presbytère ; il n’y eut pas d’accident de personne, grâce à Dieu, Tout était perdu, fiat ! Il n’eut pas le temps de se lamenter, il fallait faire face à ce coup brutal : trouver un abri, ce lui fut facile. Le lendemain, il devait constater d’autres dégâts : l’église de Saint François-Xavier, l’école, le presbytère et le couvent, tout était rasé, une Sœur tamoule avait été tuée dans l’église, il n’en restait même pas les ossements. Les Pères en charge avaient réussi à sortir et étaient saufs, pour le moment ; dans la suite, ils furent tués par des brigands dans un village où ils se croyaient en sûreté cependant. Le lendemain, le village catholique birman était consumé par le feu, seuls l’église et le presbytère purent échapper aux flammes. La ville se vida, la population effrayée quitta la ville, ce fut un long défilé de chars à bœufs emportant gens et quelques effets en direction du nord. Mgr Falière, avec quelques Pères, un Frère, des religieuses et quelques pauvres tâchèrent de sauver ce qui restait encore debout.

     

    L’armée japonaise arriva à Mandalay triomphante le 1er mai. La gendarmerie vint immédiatement donner l’ordre de ne pas sortir jusqu’à nouvel ordre ; des sauf-conduits furent distribués après quelques jours et il fut possible de voyager. Les Japonais se montrèrent corrects. Monseigneur avait fait évacuer les petits séminaristes avec un professeur dans un village au nord de la Mission. Voyant qu’il ne pouvait pas travailler beaucoup à Mandalay, Monseigneur alla s’installer à la léproserie Saint-Jean où, dans la suite, les Japonais rassemblèrent des districts éloignés les Pères irlandais de Saint-Colomban d’abord, des Sœurs de Saint-Joseph et des Sœurs Franciscaines de Marie, des Pères italiens ; la léproserie devint une grande communauté et, durant près de trois ans, l’évêque en fut le directeur, consolant, encourageant selon les besoins. Il prêcha plusieurs retraites. Par son courage, il fit relâcher des Pères et Sœurs prisonniers dans des pagodes de la ville, et sur ses instances, les Japonais cédèrent. Vers la fin des hostilités, alors que les bombardements devenant plus fréquents, les nerfs étaient tendus, son exemple donna du courage à tous.

     

    Les Japonais partis, la liberté recouvrée, de suite Monseigneur réorganisa son diocèse : les Pères internés durent repartir dans leur poste, ceux qui vinrent alors de loin ou de près, heureux de revoir leur évêque et quelques confrères, ne devaient pas s’attarder ; pour lui, c’était le moment de rester avec les chrétiens pour les bien garder en main. Dès qu’il lui fut possible, il se rendit sur les montagnes qui avaient souffert de l’occupation quelques mois seulement, mais Japonais ou alliés avaient tout détruit. Partout, si ce n’était pas destruction complète, les bâtiments étaient bien délabrés.

     

    N’ayant plus d’évêché, il fallait cependant trouver à Mandalay même un refuge : la Mission possédait une vieille maison, non loin de l’emplacement de la cathédrale ; Mgr Falière s’y installa, tant bien que mal ; les chats sauvages habitaient les combles et jouèrent bien des tours à l’évêque, car ils se ravitaillaient chez lui. Enfin. il réussit à réorganiser les postes d’après le personnel dont il disposait. Pour les bâtisses, il était moins pressé. A part le petit séminaire, qu’il rouvrit dans un village de brousse pendant qu’il faisait réparer les bâtiments de Maymyo, il porta toute son atten­tion sur l’administration des chrétiens. Quand il eut obtenu des fonds suffisants, alors seulement il fit rebâtir la cathédrale et les églises ; beaucoup lui conseillaient de rebâtir également l’évêché ; lui préférait la vieille maison ; il fallut attendre l’ordre du Délégué apostolique, Mgr Martin Lucas, pour le décider à construire pour lui une maison que, d’ailleurs, il n’occupa que très peu de temps et où il vint mourir. Il voyagea beaucoup alors, il eut bien des incidents : un jour, les Dacoits (Mot de l’anglais « colonial », pour désigner en Inde et en Birmanie, les brigands.)  le dépouillèrent du peu qu’il avait, sous la menace du fusil ; une autre fois, le char à bœufs sur lequel il voyageait se renversa dans les montagnes, il tomba et se blessa la main droite et pendant longtemps il eut de la peine à écrire ; il souffrit aussi de la malaria, de la typhoïde, bref ce fut une époque bien dure pour lui, Il écrivit un jour à un ami : « Je rentre à demi-mort de mes tournées, pourrai-je continuer longtemps pareille vie ? ».

     

     

    Après l’indépendance, s’éleva en 1948 la rébellion cariane ; la ville de Mandalay fut occupée quelque temps par les rebelles ; dans les districts, c’était la loi de la jungle, les voyages étaient devenus très difficiles et semés d’embûches. Fatigué, en 1953, Mgr Falière demanda au Saint Père un auxiliaire choisi parmi le clergé birman ; sa requête fut agréée et, en juillet 1954, il eut la grande joie de consacrer Mgr U Win, premier Birman élevé à la dignité épiscopale. Après la cérémonie du sacre, un évêque disait : « Aujourd’hui Mgr Falière a rajeuni de vingt ans ». Il laissa à son auxiliaire, qui était dans la force de l’âge, le soin de faire les visites et il lisait attentivement les rapports que celui-ci lui remettait après chaque tournée. Il aurait bien voulu diviser le diocèse, les circonstances ne le permirent pas. En 1959, il partit pour Rome afin d’exposer au bon Pape Jean XXIII la situation de son diocèse et le pria d’accepter sa démission d’archevêque de Mandalay. Le Saint Père, édifié par son esprit missionnaire et son désintéressement, lui dit avec sa bonhomie : « Vous irez au ciel tout droit ! ». Sur le même ton plaisant. Mgr Falière lui dit : « Très Saint Père, engagez-vous là votre infaillibilité ? » Le bon Jean XXIII se contenta de sourire. De retour à Mandalay, il attendait avec impatience la lettre de Rome nommant son successeur et, dès que cette lettre arriva, il se rendit chez Mgr U Win pour lui annoncer qu’il était désormais le chef du diocèse ; il demanda seulement la faveur de se retirer dans une paroisse pour y travailler comme simple prêtre. Et, quelques jours après, Mgr Falière partait pour Chauk, son ancienne paroisse, où il se remit avec ardeur au travail d’antan ; cependant il n’y retrouva pas la vie de famille d’autrefois : autres temps, autres mœurs ! Chaque mois, il visitait Yenangyaung qui avait perdu de son importance ; 60 kilomètres en bus ou en bateau, cela lui était bien un peu pénible. En 1964, il reçut l’aide d’un vicaire, un prêtre indien, très dévoué ;  il n’eut plus à sortir de Chauk, mais le vicaire devait rendre compte de tout ce qui se passait dans les différents postes, tant Monseigneur aimait ses ouailles.

     

    En 1966, ne pouvant plus marcher qu’à grand-peine, il donna encore sa démission de curé et passa les rênes à son vicaire, pour vivre bien retiré. En avril 1967, après bien des hésitations, il quitta Chauk pour venir finir ses jours à l’évêché de Mandalay ; il n’apportait avec lui que le strict nécessaire, livres et inge. Un autel fut installé dans sa chambre et, jusqu’au 4 décembre, il eut la joie de pouvoir célébrer la Sainte Messe chaque matin, servie par un homme de la paroisse. Dans cette vie bien retirée, Monseigneur s’intéressait à tout, demandait souvent des nouvelles, des confrères surtout, tout en se préparant à la mort. Il demandait souvent au Bon Dieu la grâce de mourir en mission, surtout depuis l’expulsion des jeunes missionnaires. Le 4 décembre, dans la matinée, il fit une chute et se cassa le col du fémur ; depuis, il déclina bien vite. Il regrettait de se voir obligé de demander les services des autres, qu’il édifia par sa grande patience. Le docteur très dévoué qui le soignait ne croyait pas qu’il pourrait atteindre la fin de l’année. Monseigneur reçut les derniers sacrements avec une grande dévotion. Cependant le Bon Dieu lui réservait une dernière consolation. Le 15 janvier avait lieu la retraite annuelle du clergé, les Pères arrivaient quelques jours avant et il eut la joie de les revoir. Le 12 janvier au matin, il reçut la Sainte Communion et peu après, il entrait en agonie ; à 11 h 55, il rendait paisiblement sa belle âme a Dieu qu’il avait si bien servi pendant 54 ans, entouré des Pères qui toute la journée avaient prié a ses côtés.

     

    Durant trois jours, le corps fut exposé à l’évêché ; jour et nuit, fidèles et amis vinrent prier pour le repos de son âme. Chaque soir, les paroissiens de Saint-Michel, malgré la pluie ou le froid, vinrent en groupe réciter le rosaire et chanter le « Libera me ». Le dimanche 14, les obsèques furent présidées par Mgr U Ba Khin avec, comme concélébrants NN. SS. V Bazin, archevêque de Rangoon, T. Newman, évêque de Prome, et J. Howe, évêque de Bhamo, et le P. R. Ogent, supérieur régional ; une foule compacte, très recueillie, était venue de près ou de loin, même de Rangoon, religieux et religieuses des différentes congrégations avec tout le clergé diocésain et les petits séminaristes. Ce fut pour celui qui vécut humblement des obsèques triomphales. La dépouille mortelle repose auprès de son prédécesseur, Mgr R. Foulquier, et de son successeur comme archevêque de Mandalay, Mgr J. U Win.

     

    Mgr Falière fut certes, un grand missionnaire et un grand évêque. Toujours il resta simple, peu soucieux des insignes qui distinguent l’évêque du simple prêtre. Un jeune missionnaire, arrivant en gare de Mandalay, fut heureux d’apercevoir un ancien en soutane sur le quai. « Bonjour, mon Père », et celui-ci de prendre les valises, les emporter à la voiture ; en cours de route, le jeune demande à l’ancien si Monseigneur est à l’évêché, s’il est en bonne santé, etc... Avant de célébrer la messe, le jeune Père voudrait bien saluer Monseigneur ; l’ancien de lui dire : « Vous le verrez plus tard » ; au petit déjeuner, le jeune missionnaire ne fut pas peu surpris de constater que l’ancien n’était autre que l’évêque lui-même. Pauvre, il le fut toute sa vie, il distribuait tous les cadeaux qu’il recevait et ne gardait pour lui que le strict nécessaire. Pauvreté, travail et bonté furent les vertus qu’il pratiqua, afin que « le règne du Bon Dieu arrive ». Nul doute que le Seigneur l’ait accueilli dans son ciel vers lequel il a dirigé tant d’âmes.

     

    Dès qu’il apprit le décès de Mgr Falière, le Saint Père envoya, par l’intermédiaire du cardinal Cicognani, un télégramme de condoléances à Mgr U Ba Khin, archevêque de Mandalay, l’assurant de ses prières pour le repos de l’âme du cher défunt.

     

     

    • Numéro : 3178
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1914