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Louis FAIVRE (1875-1928)

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    M. FAIVRE

     

    MISSIONNAIRE  DE   SIAM

     

     

    La tombe venait à peine de se fermer sur la dépouille mortelle de notre confrère M. Houille au matin du mercrecli 25 juillet 1928, que le dimanche suivant, un télégramme du Séminaire de Paris annonçait un nouveau deuil pour notre Mission : M. Faivre venait de mourir en France dans son diocèse.

    M. Faivre Louis-Joseph-Florentin naquit le 17 avril 1875 au hameau de Combes, paroisse de Combe-la-Motte, diocèse de Besançon (Doubs). Par un bienfait inestimable de la divine, Providence, il vit le jour, et grandit au milieu d’une famille nombreuse et foncièrement chrétienne qui a donné non seulement des prêtres au diocèse, et des religieuses soit à la Congrégation de Saint-Maur, soit aux Congrégations diocésaines, mais encore plusieurs missionnaires à notre Société : M. Balanche, missionnaire en Cochinchine Occidentale, et MM. Duquet, missionnaires au Cambodge, ses deux cousins.

    Tous ceux qui ont connu M. Faivre peuvent conjecturer facilement qu’il avait reçu de sa première éducation les sentiments de foi vive, de piété douce et d’ardent amour de Dieu dont il était comme impré­gné. De ses premières années, de sa jeunesse même nous connaissons peu de chose ; nous voyons cependant sans difficulté le jeune garçon travaillant aux champs, rivalisant de force et d’adresse avec les plus rigoureux, expert déjà à tout ce qui concerne la conduite d’une ferme. De ces premiers temps de sa vie, notre confrère garda une empreinte très nette, de là sans doute cette audace qu’on le vit déployer en certaines circonstances de sa vie apostolique, audace confinant parfois à l’imprudence, et qui faillit lui être fatale. De là aussi le besoin que nous lui connaissions de se sentir aimé et approuvé, comme dans la famille.

    Sur les conseils d’un oncle prêtre, Louis fut envoyé au Petit Séminaire. Ses succès scolaires ne nous sont pas connus, nous savons seulement qu’il était doué d’une mémoire merveilleuse qui a dû lui valoir souvent les premières places, au moins en certaines matières. Malheureusement, il fut pris d’un mal terrible, le « mal du pays », la nostalgie du foyer paternel. A deux reprises il quitta le Petit Séminaire, le Supérieur lui prédisant toutefois qu’il reviendrait de lui-même et qu’il serait prêtre un jour. Peu après, le jeune homme demandait spontanément à rentrer au Séminaire ; il y resta jusqu’à la fin de ses études secondaires. Vers cette époque, il perdit son père, épreuve qui le mûrit prématurément, et ne fut peut-être pas sans influence sur la décision qui devait orienter sa vie vers les Missions étrangères. Ses études terminées il demanda son admission au Séminaire de la rue du Bac. Sa mère, qui avait déjà donné plusieurs de ses enfants à Dieu, l’approuva et l’encouragea.

    Il arriva à Bel-Air en septembre 1895 : grand, bien bâti, mais l’air un peu triste et concentré, il souffrait de maux de tête violents. Devançant l’appel militaire, il s’engagea : on pensait qu’une année complète passée au grand air viendrait à bout de ce  mal, il n’en fut rien, et il revint au Séminaire avec son air souffreteux et mélancolique.

    Sa mémoire lui fut d’un grand secours pour mener à terme ses études philosophiques et théologiques. Enfin, tant bien que mal, il arriva à la fin de son Séminaire et reçut la prêtrise le 22 septembre 1900. Le soir même, il recevait sa destination pour la Mission de Siam.

    M. Faivre arriva à Bangkok vers Noël 1900. Le mal de mer qu’il avait eu tout au long du voyage, l’avait beaucoup fatigué ; aussi déclarait-il avec conviction qu’il ne retournerait jamais en France. Après quelques jours de repos, il fut nommé professeur au Collège de l’Assomption. Cette destination, sans aucun doute, n’était pas celle qu’il avait rêvée, mais il fit taire ses goûts, et se rendit là où l’obéissance l’appelait. Au bout de deux mois, il fallut se rendre à l’évidence : la santé de notre confrère ne faisait que s’étioler entre les quatre murs d’une salle de classe, et puis, à ses maux de tête avaient succédé des vertiges. Mgr Vey l’envoya à Huâphai près de M. Guillou, là du moins le grand air ne lui ferait pas défaut. C’est là qu’il commença à s’initier à la langue siamoise; il ne fit guère qu’y passer, ainsi qu’à Pétriou. La pauvre santé laissant à désirer, il fut forcé de prendre le chemin de l’hôpital. On tenta un nouvel essai, et on confia M. Faivre à M. Peyrical alors chargé du poste de Chantaboun ; c’est là qu’il passera toute sa vie de missionnaire.

    Sans parler de son site enchanteur, Chantaboun a, comme chrétienté, tout ce qu’il faut pour charmer un jeune missionnaire. Une nouvelle langue s’imposait, l’annamite ; M. Faivre l’attaqua avec ardeur, l’étudiant moins dans les livres que dans le commerce journalier et vivant avec les indigènes ; en moins d’un an il fut capable de prêcher, confesser, catéchiser. Chargé plus spécialement des écoles paroissiales qui comptaient plus de trois cents enfants, il s’y donna de tout cœur. Employant la méthode « suaviter et fortifier », il fut craint et aimé des enfants : absences contrôlées, punition des délinquants, préparation soigneuse des catéchismes, que ne faisait il pas, pour s’acquitter dignement de ces fonctions. Puis c’était la visite des malades, et même, durant les vacances dont il aurait pu user légitimement pour se reposer, c’était la randonnée apostolique à cheval, en barque, suivant la saison, au service des fidèles éloignés de l’église principale. Du coup les maux de tête cessèrent, du moins ne s’en plaignait-il plus ; et puis l’humeur mélancolique n’était plus qu’un souvenir : il était devenu gai, causeur, plein d’allant. Ce fut la belle époque de sa carrière; point n’était besoin de le pousser, il fallait plutôt le retenir. On lui recommandait de faire « feu qui dure », il répondait en souriant qu’il fallait faire « feu qui brûle »

    En 1905 un gros travail matériel s’imposa aux deux missionnaires de Chantaboun : la construction d’une nouvelle église, nécessitée par le nombre croissant des fidèles. M. Faivre, durant trois ans, se dépensa corps et âme à cette besogne : il ne recule devant aucune fatigue, reste sur le chantier des heures et des heures au grand soleil, court de tous côtés pour accélérer l’arrivage des bois, la confection des briques, pour presser les chrétiens lors d’un travail urgent. C’est à peine s’il consent à prendre quelques jours de repos pour aller voir sa sœur religieuse qui vient d’arriver à Bangkok. Enfin l’église put être achevée pour la fête de l’Immaculée Conception 1908. Mais les forces de M. Faivre étaient à peu près épuisées. A partir de ce jour, les maux de tête reviennent plus fréquents et plus violents que jamais, et déjà il donne les signes d’une profonde neurasthénie. Son évêque lui confie un ministère moins pénible, à Bangkok, auprès des Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Rien n’y fit, le mal ne pouvait être guéri qu’en France. Notre confrère partit donc pour la France ; dès qu’il se sentit mieux, il se hâta de revenir à Siam. Hélas, ce ne fut pas pour longtemps : un second retour s’imposa bientôt de toute nécessité. Il revit donc de nouveau le pays natal. C’est là qu’il fut touché par l’ordre de mobilisation, mais il était si exténué que les médecins militaires le renvoyèrent immédiatement dans ses foyers. Mgr Perros le vit quelque temps après, lui recommanda de se soigner sérieusement, et de ne reprendre le chemin de Siam qu’après complet rétablissement. Sa Grandeur rentrait dans sa Mission vers la fin de 1915 ; quelle ne fut pas sa surprise et celle des confrères lorsque quelques mois plus tard, un beau matin, nous vîmes M. Faivre débarquer à Bangkok où personne ne l’attendait ! Le Vicaire Apostolique, à court de personnel, les plus jeunes d’entre nous étant mobilisés en France, lui confia la Procure de la Mission. Hélas encore, notre pauvre confrère au bout de quelques mois était retombé dans le même état qu’auparavant, et en mars, 1917, il lui fallait s’embarquer encore une fois pour la France : il quittait sa chère Mission pour toujours. Il passa quelque temps dans sa famille, puis prit du ministère dans son diocèse, jusqu’au jour où la mort vint le chercher pour l’introduire dans un monde meilleur.

    Peut-être pourrait-on s’étendre en longues considérations sur le zèle imprudent de notre regretté confrère, sur le peu de cas qu’il faisait des conseils qu’on lui donnait, toujours est-il qu’il n’a pas ménagé sa peine, en dépit de souffrances qui ne l’ont guère quitté et qui auraient été pour beaucoup une cause légitime de prendre du repos. Sa persistance si méritoire à revenir, malgré tout, reprendre sa rude vie de missionnaire, nous fut toujours un sujet de profonde édification : elle nous restera, avec son pieux souvenir, un très réconfortant exemple de fidélité à la vocation.

     

     

     

     

    • Numéro : 2544
    • Pays : Thailande
    • Année : 1900