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Auguste FAISANDIER (1882-1968)

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    Auguste FAISANDIER est né à Cagne, commune de Saint-Germain-Laprade à quelques kilomètres du Puy-en-Velay, le 8 septembre 1882, fête de la Nativité de la Sainte Vierge, dans une famille d’agriculteurs très chrétiens. Parmi les neuf enfants de Joseph Faisandier, trois consacrèrent leur vie au service du Seigneur : Léontine, religieuse à Lyon, décédée en 1934, Joseph, missionnaire de la mission de Mysore de 1902 à 1932, et Auguste, le garçon turbulent. Sur cette famille planait l’exemple de l’oncle paternel, Mgr Faisandier, de la Compagnie de Jésus, missionnaire de grande valeur qui passa 46 ans en Inde, le fondateur du scolasticat de Shembaganur, près de Kodaikanal, l’évêque de Tiruchirapalli (Trichinopoly), où il ouvrit le grand séminaire Saint-Paul.

     

    À cette époque, les enfants devaient réciter le catéchisme à la messe du dimanche devant toute l’assistance. Hélas, un dimanche, Auguste n’avait pu répondre convenablement. Sa mère, fort mécontente, l’envoya rejoindre son frère Joseph au petit séminaire de la Chartreuse, bien que cela fût une lourde charge pour la famille. C’est là probablement que Joseph et Auguste découvrirent leur vocation missionnaire, grâce au supérieur d’alors, le chanoine Bringer, un vrai recruteur de missionnaires qui mérita d’être appelé par le P. Delpech, supérieur du Séminaire de la rue du Bac, « le pourvoyeur des Missions Etrangères de Paris ».

     

    Auguste termina ses études en Malaisie, au Collège général de Penang où un groupe de séminaristes m.e.p. avaient été envoyés pour éviter la conscription. Il y fut ordonné prêtre le 7 juillet 1907, en même tempe que son confrère de la mission de Mysore, le P. Huet, et le futur évêque de Mandchourie, le P. Gaspais. Le 10 juillet, il prenait le bateau pour l’Inde et Mysore où son frère Joseph travaillait depuis dé­jà cinq ans.

     

    La rencontre avec son oncle jésuite à Trichinopoly lui laissa un souvenir un peu saumâtre. Par malchance, il était arrivé à 9 heures du soir, tout à la joie de voir pour la première fois son illustre oncle. Celui-ci daigna juste se montrer pour lui dire : « Tu es arrivé, c’est bien ; maintenant, c’est le grand silence !; nous parlerons demain.,

     

    Après avoir étudié la langue tamoule, le P. Auguste Faisandier fit ses premières armes parmi les coolies des plantations de café dans la région de Chikmagalur en 1908, puis, l’année suivante, parmi les ouvriers des mines d’or de Coromandel appelé aujourd’hui Kolar, à une soixantaine de milles de Bangalore. En 1909, Mgr Baslé l’envole rejoindre la petite équipe qui travaille à l’évangélisation des tribus du Wynad.

     

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    Le Wynad diffère des Nilgiris par son altitude plus basse et par son climat plus chaud, malsain et très humide. Pays de forêts et de massifs montagneux, avec çà et là des clairières où l’on cultive le riz. La végétation y est exubérante, les paysages y sont d’une rare beauté, mais il ne fait bon y vivre que si l’on a trouvé grâce devant le paludisme, la dysenterie et autres démons de la jungle. Les pluies de mousson y sont surabondantes et la forêt vierge y occupe des espaces fort étendus, peuplés d’une faune variée, depuis, les fourmis blanches, noires ou rouges jusqu’à l’éléphant sauvage en passant par toute une série de bêtes aux crocs redoutables ou au venin mortel. Le « Journal » du P. Jauffrineau nous révèle la vie héroïque des missionnaires parmi les coolies des plantations de café, de cardamome ou de poivre et parmi les aborigènes animistes, surtout les Kurichians qui parlent un dialecte de la langue malayalam et vivent de la culture du riz. Feuilletons ce journal :

     

    « 10-5-1909. — Depuis un mois bientôt, j’habite le Wynad. Départ de Bangalore avec le P. Meyniel le mardi de Pâques, 13 avril. Nous avions avec nous le P. Faisandier junior, allant à Vayittiri remplacer le P. Auzuech. La difficulté de trouver une charrette nous retarda à Mysore près d’une semaine ; mais enfin nous finîmes par nous mettre en route et nous arrivâmes, sains et saufs, à Manantoddy où nous sommes maintenant.

     

    22-6-1909. — ... Quant à nous, la plus grande partie de nos nuits se passe à transporter nos couchettes d’un coin à l’autre de notre hutte, cherchant un endroit où le chaume ne laisse pas pénétrer l’eau. En désespoir de cause, nous nous résignons à dormir avec notre parapluie ouvert, pour nous couvrir au moins la tête, quittes à laisser la pluie tomber à volonté sur les couvertures ou sur de vieux journaux que nous déplions pour les protéger. Pendant ce temps, un misérable feu, allumé à côté de nous, essaie en vain de lutter contre l’humidité qui envahit tout. Ce qu’il y a d’étonnant, c’est que malgré ces petits ennuis, on est heureux. La pensée que c’est pour le Bon Dieu qu’on supporte tout cela nous y fait trouver un certain plaisir qui nous dédommage amplement.

     

    28-9-1909. — Excursion des Pères Veyrat, Meyniel et mol à l’intérieur du Wynad, pour voir où établir notre nid. Arrivée le 2 à Kalpetta. Le lendemain. nous étions à Vayittiri les hôtes du P. Faisandier. Le surlendemain, nous nous reposâmes ; les Pères Meyniel et Faisandier, debout de grand matin et voulant faire la chasse au sambar, virent quantité de gibier et ne rapportèrent rien!

     

    20-1-1911. — Le 2 de ce mois, je recevais à Kaniambetta la visite épiscopale de Mgr Baslé, évêque de Mysore. Tout s’est passé bien simplement : mon établissement assez rudimentaire ne me permettait pas de préparer une pompeuse réception d’autant plus que, les trois semaines précédentes, j’avais dû m’absenter pour aller à Vayittiri soigner mon voisin dangereusement malade de la fièvre typhoïde ; d’autre part. je préférais que S.G. Mgr Baslé vit les choses dans leur simplicité, pour qu’elle en eût une idée plus exacte. »

     

    Peu de missionnaires purent résister quinze années au climat du Wynad, comme le P. Jauffrineau. Probablement à la suite de cette fièvre typhoïde, le P. Faisandier dut quitter les chrétiens du Wynad si attachés à leur pasteur et fut nommé curé de Mudigere, dans la région de Chikmagalur ; mais en août 1914, c’est la déclaration de la Première guerre mondiale. Le P. Faisandier se porte volontaire pour partir au front et est nommé interprète auprès des troupes anglaises. Ses permissions se passent au pays natal, chez sa sœur Marie, à qui il apporte bien des bonnes choses introuvables en temps de guerre, y compris des cigarettes pour son neveu Marcel. Très attaché à sa famille, régulier dans sa correspondance avec elle, à la démobilisation, le Père quitta les siens qu’il ne devait plus jamais revoir.

     

    Après l’armistice du 11 novembre 1918, il repart donc pour l’Inde et, en 1919, il se retrouve curé d’Arsikère, centre ferroviaire sur la ligne Bangalore-Poona. Mais en 1922, le P. Studer qui s’occupe des plantations de café, bien de la mission sur les Monts Shevaroy, devient vicaire général et il faut lui trouver un remplaçant.

     

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    *  *

     

    C’est ainsi que commence la deuxième partie de la vie du P. Faisandier à Yercaud. Pendant presque quarante années, sa vie consiste à mieux connaître les secrets de la culture du café, à diriger le travail des ouvriers de la plantation, à se dévouer avec quelle abnégation ! au service de la mission. Le Père aimait d’ailleurs cette vie au grand air : chaque jour, et même à soixante-dix ans, il faisait le tour de la plantation. Bien bâti, il est vrai qu’il n’était jamais malade. Fort sociable, il aimait ses confrères des plantations voisines appartenant aux missions de Pondichéry et de Salem, et tout particulièrement le P. Modeste Cappelle, à la plantation de « Balmadies ». Chaque dimanche, il ne manquait pas la réunion des « planteurs » à San José et, après un brin de conversation, il était toujours le premier à dire : « Et alors, on travaille ? » et on se mettait à table pour la partie de tarot. Toujours aimable, souriant, le Père était très connu à Yercaud et estimé de tous.

     

    En septembre 1932, il reçut chez lui. dans sa maison, qu’on appelait plaisamment la villa « Les Cascades », son frère Joseph qui, très fatigué, avait décidé de monter à Yercaud pour se reposer et rétablir sa santé. Un jour, au cours d’une promenade, Joseph fut surpris par un orage dans la montagne et, ne pouvant retrouver son chemin par suite d’une absence de mémoire, il se réfugia dans une grotte, où il fut retrouvé par son frère et quelques coolies partis à sa recherche. Ramené à la maison, Auguste lui prodigua tous les soins dont il était capable ; cependant une hémiplégie se déclara après le retour de Joseph à Bangalore et il expira dans les bras de son frère, le 23 novembre suivant. Cette mort lui fit beaucoup de peine.

     

    En 1961, âgé de soixante-dix-neuf ans, le P. Faisandier pensa qu’il était grand temps qu’il laisse entre les mains de son assistant, le P. Roy, la responsabilité des plantations du diocèse de Mysore. Le P. Fleury lui proposa de se retirer à la maison locale m.e.p. à Mysore et d’y accueillir les confrères de passage. Il accepta avec joie, heureux de pouvoir encore rendre service. Qui a oublié son large sourire derrière ses lunettes, à l’arrivée à « St Mary’s home », la fidèle chienne annonçant le visiteur de ses aboiements ? Bien que ne connaissant pas en général le champ d’apostolat du confrère de passage, le Père s’intéressait à son ministère et faisait tout son possible pour lui rendre son séjour agréable.

     

    Aussi c’est avec une joie sincère que les confrères m.e.p. avaient célébré en privé, le soir du 7 juillet 1967, les soixante années de prêtrise du Père. Le 14 juillet, c’était le diocèse de Mysore qui fêtait le jubilaire par une messe concélébrée au petit séminaire. Le Père, fatigué les jours précédents, assista pourtant à la cérémonie, se mettant à genoux ou debout comme l’assemblée, malgré ses mauvaises jambes. Mgr Fernandez, dans son homélie souligna que c’était la première fois que le diocèse de Mysore célébrait un jubilé de diamant sacerdotal, mais surtout la fidélité du Père au service du diocèse, fidélité qu’il continuait dans la récitation de son bréviaire, malgré sa mauvaise vue et les changements de rubriques.

     

    L’état de santé du Père donnait des inquiétudes depuis longtemps. Le 18 juin 1968, le P. Rabiller, de passage à « St Mary’s home », trouva de bon matin le P. Faisandier étendu par terre dans sa chambre, le corps encore chaud. Il lui donna l’absolution et appela le docteur, qui ne put que constater le décès. Les funérailles eurent lieu le lendemain à la cathédrale de Mysore. Mgr Fernandez, plusieurs membres de la communauté m.e.p. et les deux successeurs indiens du Père à la plantation de Yercaud concélébrèrent ; Monseigneur proposa en exemple aux prêtres présents la vie du défunt, insistant surtout sur sa charité, son obéissance, son dévouement silencieux. Eloge vrai d’un missionnaire qui toute sa vie fut extrêmement humble et suivit la voie d’enfance spirituelle chère à Sainte Thérèse de Li­sieux : « Si vous ne devenez pas comme des petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. »

     


     

     

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    • Numéro : 2949
    • Pays : Inde
    • Année : 1907