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Hippolyte FAISANDIER (1878-1911)

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    Hippolyte Faisandier naquit à Coubon, canton du Puy, dans les montagnes du Velay, où l’amour de la Vierge de France a conservé dans sa première fraîcheur la foi des anciens jours.

    Au sein des catholiques populations de cette contrée, on rencon­tre encore de ces familles patriarcales qui sont les premières à fournir à toutes les nobles causes des cœurs vraiment remplis d’amour de Dieu et prêts aux derniers sacrifices.

    À la famille de M. Faisandier, aussi robuste de constitution physique que de foi et de piété, était réservé l’honneur de donner presque tous ses enfants (14) à l’Eglise et aux Missions. Le même esprit religieux fleurissait dans sa parenté, puisque les Missions des Indes ne possèdent pas moins de quatre missionnaires de ce nom, dont un évêque, Mgr Faisandier, coadjuteur du beau et vaste diocèse de Trichinopoly.

    En 1886, M. Joseph Faisandier, frère aîné de notre regretté Confrère, quittait le Séminaire des Missions-Etrangères pour le Tonkin Occidental. Choisi par son évêque pour un poste éloigné et particu­lièrement difficile dans les montagnes du Laos, il y succombait à un rapide accès de fièvre dans le mois qui suivit son arrivée. L’éminent Mgr Puginier faisait de lui cet éloge : « C’était un missionnaire sérieux, d’une piété solide, d’un excellent fonds, déjà formé quoique jeune, dont la mort est une perte considérable pour la Mission. »

    Son plus jeune frère, doué de la même résistance physique et des mêmes qualités de cœur, ne devait, lui aussi, fournir qu’une carrière très courte.

    Arrivé à Rangoon au mois d’août 1903, il fut envoyé à Gyobingauk pour y étudier les langues anglaise et birmane. Dès l’année suivante, Mgr Cardot l’adjoignait comme vicaire à M. Saint-Guily, qui fondait alors le poste de Yenandaung (Kyangyin). C’est là que M. Faisandier devait travailler jusqu’à sa mort.

    La Mission de Yenandaung-Kyangyin avait été commencée en 1900, pour l’évangélisation des Chins, une des nombreuses tribus aborigènes de Birmanie, que l’on trouve assez compacte le long de la chaîne des montagnes de l’Arracan. Depuis bien des années, ces pauvres gens, trop éloignés des postes voisins de Zaungdan et de Sinlu, demandaient un prêtre qui voulût bien résider au milieu d’eux. Leurs dispositions et leurs instances déterminèrent le Vicaire apostolique à ne pas différer plus longtemps la réalisation de leurs jus­tes désirs.

    La Mission Chin comptait à peine 300 chrétiens, lorsque M. Faisandier fut associé à son fondateur. Baptisés depuis quelques années seulement, ces néophytes étaient loin d’être parfaits ; il fallait les christianiser. C’est à cette tâche que le jeune Missionnaire voulut particulièrement se dévouer, en attendant de pouvoir, à son tour, rayonner au loin et faire de nouvelles conquêtes. A l’exemple du Maître des apôtres, il commença par pratiquer ce qu’il avait à ensei­gner. Doux et humble de cœur, il eut vite fait de se gagner les sympathies de ces montagnards encore à demi sauvages, chez qui l’humilité, la douceur, la patience sont des vertus surhumaines et pratiquement inconnues. Sans effort apparent, il réussit à leur inculquer l’esprit chrétien et à leur faire comprendre une chose qu’ils entrevoyaient à peine l’idée du devoir.

    M. Faisandier prêchait surtout d’exemple. Il était lui-même, dans toute la force du terme, homme de devoir, d’une scrupuleuse fidélité à ses exercices de piété et au règlement particulier qu’il s’était tracé. Le caprice, les saillies de caractère n’avaient point de place dans cette âme pure et calme comme l’eau d’un lac.

    L’œuvre de formation chrétienne, à Yenandaung et ses environs, progressait à vue d’œil. En même temps, le travail des conversions dans les villages éloignés, dont s’occupait M. Saint-Guily, donnait les plus heureux résultats. On ne pouvait espérer de meilleurs débuts. La terrible fièvre des montagnes vint subitement tout entraver. M. Saint-Guily fut frappé le premier, suivi de près par son zélé vicaire.

    La robuste constitution de M. Faisandier, son énergie morale peu commune, lui donnèrent les moyens de résister, tant bien que mal, aux attaques réitérées de la maladie. Elle lui donnait d’assez longs moments de répit sur la montagne ; mais, c’était pour le saisir plus fortement quand il descendait dans la plaine. C’est ainsi que, à chaque retraite annuelle, il se voyait terrassé et mis dans l’impossibilité de suivre les exercices communs.

    Dans de pareilles conditions, le Supérieur de la Mission crut qu’il était aussi imprudent de laisser à Yenandaung un missionnaire seul que de lui donner un aide et compagnon dans ces parages malsains. Il décida d’abandonner Yenandaung et de transporter la résidence des missionnaires à Kyangyin, petite ville birmane, agréablement située à 16 milles plus loin. Un vaste terrain fut acheté, et M. Faisandier entreprit la lourde tâche de démolir les constructions, maison-chapelle et écoles, de Yenandaung et de les remonter à Kyangyin. Il se mit à l’œuvre  avec son calme et sa résolution ordinaires : en moins d’une année, la nouvelle installation était un fait accompli.

     

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    Laissons-le nous donner lui-même un aperçu de ses travaux. « La marche autrefois si prospère des conversions a, par suive du transfert à Kyangyin, subi quelque arrêt. Les chrétiens de la première heure se sont également ressentis de l’éloignement du missionnaire. Il y a eu parmi eux quelques indécisions et un peu de découragement, dont Bouddhistes et Anabaptistes ont essayé, mais en vain, de tirer profit. Cette épreuve est un bien pour le plus grand nombre et découvre le côté faible de certains autres. Lors de ma dernière visite, je constatais avec plaisir que la première impression avait à peu près disparu. Sauf quelques exceptions, j’avais la même assistance aux offices du dimanche. Le projet de construction d’une nouvelle chapelle est en bonne voie; je n’attends que la belle saison. Aux alentours, la bonne semence produira, tôt ou tard, des fruits abondants.

    « À Pégyi, les catéchumènes montrent d’excellentes dispositions à s’instruire et à apprendre les prières : ils ont déjà un petit oratoire. Plus au Nord, à 60 milles, se trouve le village de Tauma, où nous comptons une vingtaine de chrétiens Chins. En l’absence du prêtre et faute de catéchiste, l’un d’entre eux, pieux, zélé, tout dévoué à notre cause, consacre ses loisirs à l’instruction chrétienne des enfants et préside la réunion du dimanche ; tout cela, malgré les tracasseries de sa femme et de ses parents encore païens. Anglicans et Anabaptistes ont tenté tous les moyens humains pour l’attirer à eux. Il a su puiser dans la vivacité de sa foi la force de résister à leurs attraits, perfides, et il reste un catholique ferme et convaincu.

    « À Kyangyin, les écoles en sont encore à la période de début. L’école anglaise, reconnue par le Gouvernement, n’a que trente élèves. Après les examens, leur nombre augmentera certainement.

    « Kyangyin est vraiment un centre pour la Mission Chin. Si jamais la voie ferrée se poursuit jusqu’à l’extrémité Nord du district, nous ne serons plus qu’à quelques lieues de la plupart de nos chrétientés. Comme Votre Grandeur peut le voir, la situation actuelle n’est pas encore tout ce qu’on peut désirer, mais j’espère que, avant longtemps et avec l’aide de Dieu, cette fondation verra des jours meilleurs. »

    L’œuvre et la vie de M. Faisandier tiennent, en grande partie, dans cet extrait de son compte rendu de l’exercice 1906-1907.

    Tout en étant à proximité des postes de Zaungdan et de Sinlu, notre Confrère est seul à la tête d’un nouveau et vaste district où tout est à organiser ; il est dépourvu de toutes ressources autres que son maigre viatique ; sa santé minée à petit feu par la fièvre n’est rien moins que brillante ; n’importe, il va son chemin, sans bruit, faisant bien toutes choses, semant, comme le Maître, les bienfaits sur ses pas, attendant avec confiance que la divine semence lève et porte du fruit.

     

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    Mais souvent se réalise la sentence : Alius est qui seminat et alius est qui metit. Ce devait être le cas pour le cher et regretté M. Faisandier. Il ne lui était pas réservé de jouir, ici-bas du moins, du fruit de ses travaux, malgré l’assistance précieuse qui lui fut donnée, l’an dernier, en la personne d’un jeune prêtre indigène.

    Le pasteur de Kyangyin était l’humilité et la douceur en acte : à ces vertus il joignait un amour du sacrifice admirable. On entendait bien dire, parfois, qu’il était souffrant, que la fièvre le prenait à intervalles réguliers, qu’il était sujet à des maux d’entrailles : mais lui ne se plaignait jamais. Interrogé, il assurait que ce n’était rien, qu’il ne valait pas la peine d’en parler aux docteurs, que cela passerait avec le temps.

    Aussi ne fûmes-nous pas peu surpris, et comme atterrés, en apprenant par le Confrère qui l’assista à ses derniers moments la nouvelle de son départ pour une vie meilleure : une crise aiguë de dysenterie l’avait emporté.

    M. Faisandier soupçonnait si peu la gravité de son état que, l’avant-veille de sa mort, il envoyait son vicaire visiter ses chrétiens des bois. Aux personnes de son entourage il refusait la permission d’aller avertir le missionnaire le plus voisin. Un de ses Confrères l’avait invité à venir lui tenir compagnie à l’hôpital d’Henzada. « Je suis pas si mal que cela, répondit-il ; attendons encore ! « Ce­pendant, il déclinait rapidement.

    Son maître d’école prit sur lui d’appeler M. Herzog, qui put partir immédiatement et arriver le soir même à Kyangyin : il fut frappé de la faiblesse extrême du malade.

    —  À votre place, lui dit-il, je ferais une confession générale.

    — Oh ! oui, répondit le Père, voilà qui ne peut faire que du bien. Pour l’instant, contentons-nous d’une confession ordinaire. Demain matin, à l’heure où je me trouve toujours plus gaillard, nous continuerons.

    M. Herzog n’insista pas, et, le voyant exténué par la fatigue à la fin de sa confession, le laissa un moment seul pour aller respirer l’air sur le seuil de la porte. Tout à coup un cri perçant arraché par la douleur s’échappa des lèvres du malade. M. Herzog se précipita à ses côtés, et comprit que la fin était venue : il n’eut que le temps de donner l’Extrême-Onction et l’indulgence plénière. À peine avait-il terminé que M. Faisandier rendait son âme à Dieu. C’était le mercredi 8 mars, à 8 heures du soir.

    Les funérailles, fixées au samedi suivant, furent une sorte de triomphe. Birmans païens, Carians chrétiens, unis à de nombreux Chins, vinrent rendre un témoignage éclatant de sympathie, d’admi­ration et de reconnaissance envers le défunt, que tous estimaient et aimaient, les uns comme un homme de bien extraordinaire, les autres comme le meilleur des pères.

    Au lieu de 300, c’est 800 chrétiens que M. Faisandier laisse après lui. Longtemps encore, ils regretteront la disparition de celui qui les a aimés au point de se sacrifier pour eux jusqu’à son dernier soupir. Si la mort de son frère Joseph fut pour la Mission du Tonkin une grande perte, celle d’Hippolyte Faisandier est une cruelle épreuve pour la Birmanie Méridionale.

     

     

     

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    • Numéro : 2708
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1903