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Jules FAGUAIS (1847-1902)

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    M. Jules Faguais naquit à Genêts, diocèse de Coutances, le 11 septembre 1847. Il entra au petit séminaire de Coutances, le 11 septembre 1847. Pendant les sept années qu’il passa dans cet établissement, ses heureuses qualités naturelles ne firent que se développer. Pieux, intelligent, studieux, déterminé, gai et enjoué, il sut toujours s’attirer l’affection de ses professeurs et de ses condisciples, et occupa sans interruption un rang des plus honorables dans une classe sui ne comptait pas moins de 38 à 40 élèves.

    En 1868, se trouvant à Caen, après avoir obtenu son diplôme de bachelier, il s’ouvrit ainsi à un de ses intimes amis : « Je vais te confier un secret ; j’ai une grande grâce à demander à Dieu et à la sainte Vierge, celle de devenir un missionnaire dans les pays étrangers. »

     

    Au mois d’octobre de la même année, le futur apôtre du Su-tchuen entra au grand séminaire de Coutances. C’est là, dans cette atmosphère de piété et de science, que son âme ardente pour tout ce qui était élévé, noble et généreux, grandit et s’épanouit sous l’œil de Dieu.

     

    Le vénéré M. Bénésit, de si sainte mémoire, affectionnait singulièrement M. Faguais. Maîtres et élèves partageaient l’appréciation discrète de l’excellent supérieur sur le compte du jeune séminariste.

     

    L’abbé Faguais, alors clerc  minoré, fut des premiers à solliciter, en 1870, l’honneur de voler sur les champs de bataille pour y prodiguer, comme séminariste-infirmier, ses soins spirituels et corporels aux pauvres soldats blessés ou moribonds. Là, il donna libre carrière à son zèle religieux et patriotique, et ses compagnons furent les témoins édifiés de sa charité, de son intrépidité et de son abnégation.

     

    Rentré, après la paix, au grand séminaire, l’infirmier reprit avec ardeur ses études et le soin de sa préparation aux ordres majeurs. Il parut dès lors plus sérieux, plus réfléchi, plus recueilli encore que par le passé ; il était presque rigide lorsque le règlement prescrivait le silence, mais comme il était aimable et recherché de tous pendant les récréations ! Ses confrères avaient remarqué ce changement ; aussi, de temps à autre, dans leurs fraternelles familiarités, essayaient-ils de le faire parler de ses projets. « Monsieur Faguais, lui disaient-ils, vous n’entrerez pas dans le ministère paroissial, vous irez chez les Jésuites, chez les Trappistes ? _ Vous n’y êtes pas, répondait-il en riant de bon cœur, mes aspirations ne montent pas si haut, demandez plutôt à mon ami X…, vous verrez si je vous trompe… » et tous deux échangeaient un sourire significatif qui voulait dire : c’est notre secret, vous le connaîtrez plus tard…

    Cependant le moment solennel et désiré de recevoir la prêtrise approchait ; le fervent lévite alla demander à Mgr Bravard la permission d’entrer au séminaire des Missions Etrangères après le sacerdoce.

    L’évêque exigea qu’il passât une année entière dans le ministère paroissial pour étudier encore sa sainte vocation. M. Faguais se résigna avec une docilité toute filiale et demanda alors comme une faveur d’être envoyé dans un poste aussi éloigné que possible du domicile de ses parents, espérant ainsi leur rendre moins pénible la séparation définitive.

     

    Ordonné prêtre le 25 mai 1872, M. Faguais fut nommé vicaire à Montaigu, dans le canton de Valignes, alors que certains curés de paroisses bien plus importantes eussent vivement désiré l’obtenir comme vicaire.

    Un an plus tard, il arrivait au séminaire des Missions Etrangères, et, le 29 juillet 1874, les vœux de toute sa vie étaient exaucés. Selon le conseil évangélique, dont le monde ne comprend ni l’héroïsme ni la grandeur, il quittait pour toujours ici-bas un père, une mère, des frères tendrement aimés, ses amis, sa patrie !...

     

    Destiné au Su-tchuen occidental, il s’embarqua pour la Chine, le 2 août. Arrivé dans sa mission, il y occupa successivement cinq postes, Tsong-kin-tcheou, Pa-tcheou, Kien-tcheou et Kan-ky-tchang. Partout il fut un missionnaire modèle, prêchant sans relâche, aimant à faire le catéchisme, gouverna t son district avec prudence et fermeté et tenant toujours parfaitement en règle son cahier d’administration.

    « Qu’ils étaient beaux, écrit un de ses amis de France, les pieds de ce missionnaire qui, pendant trente ans, se rendait dans les différents postes de son district pour baptiser les enfants ou les adultes, catéchiser, confesser, communier tous ses chrétiens,bénir leurs mariages ou les préparer au grand passage du temps de l’éternité ! Son zèle pour les âmes déborde jusque dans sa correspondance.

    Priez bien, demande-t-il, et faites prier pour nous, car nous avons un grand besoin de la grâce divine. Partout, sans doute, elle est nécessaire, mais ici peut-être plus que partout ailleurs. Nous vivons noyés dans le paganisme, et un paganisme d’autant plus dangereux pour les âmes qu’il est plus poli, qu’il sait mieux garder les convenances extérieures, qu’il a même certaines qualités auxquelles il ne manque que la sève chrétienne, il n’y a que le venin du démon, venin d’orgueil et de naturalisme grossier, qui rend le cœur des Chinois insensible aux intérêts d’un ordre plus élevé, venin qui souille tout, non seulement les âmes, mais le sang, les coutumes, le langage, et, si je l’osais dire, l’atmosphère, le sol lui-même. »

    M.Faguais ne craignait point d’annoncer la bonne nouvelle aux riches et aux lettrés. Il leur prêtait des livres dogmatiques écrits en langue chinoise sur notre sainte religion. Il eut même la joie d’entendre de la bouche d’un lettré ces paroles, tout à l’honneur de Notre Seigneur Jésus Christ : « Père, vous avez la véritable religion ; vos preuves de tradition sont irréfutables, mais ma situation ne me permet pas de me faire chrétien. »

     

    Grâce à l’énergie de son vice-roi, le Su-tchuen avait échappé aux perturbations qui, depuis quelques années, ensanglantaient de nombreuses provinces du Céleste Empire. Néanmoins, les grondements révolutionnaires de Pékin firent entrevoir à notre missionnaire, avec une rare intuition de l’avenir, l’ouragan de pillage et de massacres qui allait éclater.

    En 1899, la seconde résidence de M.Faguais fut détruite de fond en comble par les boxeurs. Les bandits se bornèrent pour cette fois à ce seul méfait, mais ils se proposaient de venir en nombre faire un mauvais parti aux chrétiens de sa résidence principale. A cette nouvelle, le sous-préfet de Kouang-gan qui avait ordre, sous peine d’être destitué, de protéger la vie des missionnaires, envoya, à trois reprises différentes , ses gardes du corps pour enjoindre à M.Faguais de venir se réfugier à l’abri des remparts de cette ville. Le missionnaire refusa chaque fois.

    « Je ne pouvais me résoudre, écrivait-il quelque temps après, à abandonner ainsi ses ouailles que ma fuite aurait désorientées et livrées sans défense à la merci des premiers scélérats venus. Comme la persécution n’était pas dirigée par le gouvernement lui-même, mais que nous avions à faire à des gens mis officiellement au ban de l’empire, la résistance était permise. Je réunis donc mes chrétiens, et, après conseil, je répondis au mandarin : « Merci de votre obligeance, je reste chez moi. Si nous sommes attaqués, moi ou mes chrétiens, nous nous défendrons ; nous vivrons ou nous mourrons ensemble. » Bref, je refusai de partir et organisai la résistance dans mon enclos, à l’abri d’un solide mur en pierre de taille de 42 centimètres d’épaisseur. Lances, hallebardes, fusils de chasse, gros fusils de rempart, décorés en Chine du nom de canons, en un mot tout l’attirail de la garde nationale du pays fut réuni chez moi. Quelques dizaines de chrétiens couchaient à la résidence et faisaient la garde à tour de rôle. Quant au commandant en chef, qui n’était autre que votre serviteur, il surveillait, donnait ses ordres et se couchait, parfois tout habillé, vers minuit, ou même plus tard. Aussitôt notre renommée se répandit fort loin à la ronde. Il y avait à Kan-ky-tchang quatre ou cinq cents chrétiens armés jusqu’aux dents, disposant de fusils européens à répétition, de gros canons d’Europe, etc. Une foule d’espions est venue pour se renseigner sur la valeur de ces racontars. Une bande même de deux cents brigands s’est avancée jusqu’à quatre lieues pour nous mettre à mal. Effrayés par ce qu’elle entendait dire, elle s’est dissipée……c’est ce qui nous à sauvés. »

    M. Faguais donna, dans cette circonstance, à ses chrétiens et aux païens chinois, une haute idée du dévouement du prêtre catholique.

    Après cette alerte et la campagne des alliés, un calme apparent régnait dans la province, « mais pour combien de temps ? se demande le missionnaire à la date du 17 novembre 1901, car il serait périlleux de croire à la sincérité des Chinois. » Il paraît redouter un redoublement de la persécution après le départ des troupes européennes.

    Ses appréhensions devaient bientôt se réaliser et lui-même allait être victime des troubles qu’il prévoyait.

    Voici les détails que M. Erysson, son voisin de district, nous a envoyés sur la maladie et les derniers moments de notre zélé confrère : « M. Faguais avait éprouvé une grande fatigue à la suite d’un voyage à Tchong-kin. Revenu à Kan-ky-tchang, il avait du faire la visite d’un district dont le titulaire était malade . Appelé auprès d’un chrétien , à l’époque des plus fortes chaleurs  il avait attrapé un coup de soleil. Tout cela l’avait abattu physiquement. Soudain, il reçoit la nouvelle des ravages causés dans la mission par les boxeurs. Du coup, le moral lui-même est atteint et l’abattement physique augmente. Le dimanche 14 septembre, le missionnaire dit la messe à l’heure ordinaire et, dans son sermon, il déclare à ses chrétiens qu’en présence des évènements qui viennent de se passer, il a offert à Dieu sa propre vie pour la préservation de son district. Il ajoute que Dieu agréerait sans doute le sacrifice du pasteur, mais que les brebis n’en devaient pas moins se tenir prêtes à toute éventualité.

    La messe terminée, il reprend sa place au confessionnal et y reste jusqu’à la nuit. Déjà il avait confessé pendant toute la journée du samedi. C’est le soir de ce dimanche, à 9h.1/2 après avoir prié depuis le souper , qu’il avait pris comme d’habitude , que, n’en pouvant plus, il résolut de se coucher. Il n’eut que le temps de se jeter tout habillé sur son lit. C’est ainsi qu’il fut trouvé sans parole. Deux courriers voyagèrent tout la nuit et arrivèrent chez moi le matin, au moment où j’allais dire la messe. Je la célébrai à l’intention du cher malade, et aussitôt je me mis en route pour Kan-ky-tchang . Hélas! notre pauvre confrère était entièrement paralysé. Je fis appliquer des sangsues aux jambes, mais il ne vint que très peu de sang.

    Ses yeux étaient fermés ; cependant, lorsque je lui conférai les derniers sacrements, il me sembla qu’il faisait des efforts pour me répondre. Il a vécu jusqu’au mardi matin. Ce jour-là, à 2h.40, j’ai eu la douleur de recevoir son dernier soupir.

    Si sa mort a été subite, elle n’a pas été imprévue, et je ne doute pas que Dieu ne lui ait fait miséricorde.

    • Numéro : 1214
    • Pays : Chine
    • Année : 1874